CHAPITRE X
DÉCRET D'APPROBATION DE L'INSTITUT. — BREF RELATIF AUX ORATOIRES PRIVÉS. — BÉNÉDICTION DU NOUVEAU COUVENT. — CONSÉCRATION DE L'ÉGLISE ET DES TROIS AUTELS.
Dans le voyage que Mgr Dufétre fit à Rome, en 1852, il n'oublia pas la congrégation dont Dieu l'avait établi le supérieur et le père : le 10 mai, dans une audience particulière , il présenta au souverain pontife Pie IX les constitutions des sœurs , en priant le Saint-Père de les approuver et de répandre en même temps sur la congrégation une bénédiction toute spéciale. Ce fut avec effusion que Pie IX accorda cette bénédiction paternelle à celles dont on lui avait exposé la vie toute de charité et de dévouement. Quant à la première partie de la demande , tout le monde connaît les sages lenteurs de Rome ; le vieil adage sat cito si sat bene est toujours en vigueur. La question des constitutions devait être mûrement étudiée ; elles furent donc remises à la congrégation des évèques , qui , tout en ajournant le jugement à porter à cet égard , proposa au Saint-Père d'approuver Yinstitut des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne, ce qui eut lieu par un décret du 26 août 1852.
Il est important d'entrer dans quelques détails relativement à cette première démarche.
On n'a pas oublié l'engagement pris en 1700 par les sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de se soumettre aux statuts approuvés en 1698 par Mgr Vallot. Ce n'était pas un engagement tempo-
raire, mais absolu et devant avoir son effet pendant toute la vie de chaque sœur : a Promettant^ y est-il dit, et nous obligeant à garder fidèlement et inviolablement, toute notre vie^ les règles et constitutions etc., et de nous consacrer le reste de nos jours aux œuvres de la charité envers Jésus-Christ, en la personne des pauvres... i Si on vient à comparer la teneur des engagements des premières sœurs de la congrégation avec les constitutions imprimées en 1777 par ordre de Mgr Tinseau, on se demande pourquoi ces modifications, pour quels motifs elles ont été introduites. Il ne s'agit plus, en effet, de promesses qui ne doivent avoir d'autres limites que celles de la vie, mais de simples promesses obligeant seulement pour le temps que chaque sœur aura le bonheur d'être dans la congrégation; en sorte que j le jour même de sa profession , une religieuse aurait pu en conscience déposer son voile et rentrer dans le monde.
Sans doute le pieux évéque qui avait livré à l'Impression les règles de la congrégation, prévoyant les bouleversements que la Révolution menaçante pouvait susciter au sein des institutions religieuses, avait jugé opportun d'introduire sur ce point une modification en faveur des nouvelles sœurs. Quoi qu'il en soit, depuis cette époque jusqu'au moment où Mgr Forcade, de concert avec la Mère Joséphine Imbert, obtint de Rome un bref définitif approuvant les constitutions des sœurs de la Charité, les règles modifiées par Mgr Tinseau et confirmées en 1803 par Mgr de Fontanges, évéque d'Autun, continuèrent à régir la congrégation; et quand, en 1852, Mgr Dufétre se rendit 1 Rome avec la pensée de solliciter un bref laudalif et approbatif en faveur^e ladite congrégation et même d'obtenir, s'il élait possible, la confirmation des statuts , il ne lui vint pas même à la pensée qu'ils n'étaient plus conformes aux engagements pris par les premières sœurs de cet institut ; il ne pensait pas qu'on pourrait, dans les congrégations romaines, soulever quelques difficultés à cet égard; c'était cependant ce qui devait avoir lieu.
A Rome on ne comprenait pas encore l'état de nos religieuses en France ; on ne pouvait admettre que les moniales^ c'est-à-dire celles qui vivaient sous la clôture; et quand les sœurs de Saint- Vincent-de- Paul parurent publiquement au milieu des rues de la ville sainte, ee fut comme une révolution, pourquoi ne dirions-nous pas un scandale? L'étonnement devint bien plus extraordinaire quand Mgr Dufétre présenta des constitutions en vertu desquelles les sœurs prenaient des engagements qu'elles pouvaient rompre le jour même. Les
objections ne manquèrent pas ; mais le zélé prélat s'était mis en mesure; muni des lettres de trente-deux évoques qui possédaient dans leurs diocèses respectifs des établissements dirigés par les sœurs de Nevers, et qui certifiaient que par leur zèle et leur dévoue* ment elles faisaient la gloire de cet institut et Tédification des maisons confiées à leurs soins, il vit tomber ou au moins diminuer les préventions. Il ne manqua pas de faire valoir que ce point des constitutions était admis par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul et autres, parmi lesquelles on compte les sœurs de la Charité de Besançon, desservant, à Rome, l'hôpital du Saint-Esprit, et dont les règles ayaient été approuvées par un bref de Pie YII, sous date du 14 décembre 1819. D'après ces règles, les sœurs, comme celles de Nevers, € font leurs vœux à l'évoque et à la supérieure générale pour le temps seulement de leur permanence dans la congrégation ».
Mgr Dufétre consigna dans une notice qu'il fit imprimer à Rome toutes ses observations, en y joignant un résumé sur l'origine et le développement de la congrégation de Nevers, et le déposa le SO mai 1852.
Malgré ses efforts il ne put obtenir tout ce qu'il désirait; mais il se trouva heureux de quitter Rome avec l'assurance qu'un décret laudatif et approbatif serait rendu en faveur de ladite congrégation. Le 15 octobre de la même année, il adressa une circulaire à toutes les maisons des sœurs pour leur notifier le décret et en même temps pour leur donner connaissance des premières opérations relatives au transfert de la communauté à Saint-Gildard. Cette circulaire doit trouver sa place dans l'histoire des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne :
» Nos très-chères filles,
» Nous vous adressons un exemplaire du décret d'approbation de votre institut. Nous désirons que vous conserviez précieusement cette pièce dans les archives de votre communauté , et que vous la transcriviez en français sur votre registre général.
> Nous vous avons fait connaître, dans les deux retraites de Nevers et de Toulouse, la situation de la communauté à Nevers, et l'impossibilité absolue où nous étions de pouvoir laisser plus long-temps le noviciat dans les bâtiments qu'il occupe aujourdhui. Sans parler des difficultés graves qui se sont élevées relativement à la possession de
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ces bâtiments , dont la jouissance nous est toujours contestée , vous savez que jamais ce local n'a été dans les conditions de salubrité que Ton pouvait désirer. Bien des fois vous avez gémi comme nous de Texiguïté du cloître , des salles , des dortoirs , etc.^ de l'obscurité et de l'humidité des classes, du défaut général d'air et de lumière dans toutes les parties de l'édifice.
» Mais aujourd'hui que la congrégation a pris de notables accroissements y que le noviciat seul compte plus de deux cents sujets , il devient physiquement impossible de se contenter des bâtiments actuels. Nous reconnaissons l'indispensable nécessité de pourvoir à l'avenir de la congrégation , en la dotant d'une maison-mère qui réponde à sa prospérité toujours croissante. Avec la disposition où nous sommes de conserver désormais nos novices à la communauté, nous avons besoin d'un édifice qui puisse contenir habituellement trois cents religieuses , et en réunir jusqu'à cinq cents dans les circonstances extraordinaires.
> Notre première sollicitude devait être de chercher un local vaste, bien situé , offrant tous les avantages qu'on peut désirer pour un grand établissement. La Providence nous est venue en aide, et nous avons acquis au nom de la communauté un terrain magnifique, dans une situation privilégiée, réunissant toutes les commodités et pouvant se prêter facilement à tous les projets ultérieurs. C'est sur ce terrain que nous voudrions élever des bâtiments vastes et commodes, qui seraient la propriété incommutable de la congrégation.
> Mais , nous n'avons pas besoin de vous le dire , la communauté n'a ni rentes ni capitaux ; elle n'est riche que de vos vertus et des ressources que vous pouvez mettre à sa disposition. Elle n'hésite pas à faire un appel pressant à votre zèle , à votre dévouement pour des intérêts qui sont les vôtres.
1 Nous avons compté sur votre esprit d'économie et de désintéressement , et nous avons pensé que chaque maison n'hésiterait pas à faire, pendant cinq ans, le sacrifice du tiers des pensions du vestiaire.
> Nous avons espéré en outre que toutes les sœurs qui ont du patrimoine voudraient s'imposer pour cette grande entreprise un sacrifice proportionné à leur fortune personnelle. Elles emploient ordinairement en bonnes œuvres les ressources que la Providence leur a ménagées ; elles regarderont cette œuvre comme la plus urgente et la plus intéressante dont elles aient à s'occuper.
» Pour mieux nous rendre compte des moyens qui seront mis à
notre disposition, nous désirons que chaque supérieure fasse connaître immédiatement à la Mère générale la quotité des souscriptions qui pourront être prélevées sur le vestiaire , et que chaque sœur qui possède des revenus fasse également connaître en particulier les sacrifices qu'elle a l'intention de s'imposer.
> Nous vous prions aussi de remplir le questionnaire ci-joint et de nous le renvoyer dans le plus bref délai.
> Recevez, ^nos très-chères filles, avec notre bénédiction paternelle,
la nouvelle assurance de nos sentiments les plus affectueux et les plus
dévoués.
> f Dominique - Augustin ,
» Evêque de Nev^s. »
DËGRET
d'approbation de l'institut des sœurs de la charité et instruction
chrétienne de nevers.
c L'institut des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne, que Ton trouve établi dans le diocèse de Nevers , dès l'année 1682 , avec le temps et les bénédictions de Dieu , a pris , dans les différents diocèses où il s'est répandu , de si considérables accroissements , qu'il possède aujourd'hui près de deux cents maisons et de quinze cents sœurs. Après avoir fait des vœux simples et temporaires , sous la direction de l'évéque ou de la supérieure générale et la juridiction des ordinaires, conformément au but de leur institut, elles prennent soin des pauvres et des infirmes, en même temps qu'elles s'appliquent avec zèle à l'instruction des jeunes filles des villes et des campagnes, ainsi qu'à toutes les autres œuvres de la charité chrétienne.
» Gomme cette pieuse société a déjà produit des fruits abondants , comme elle donne, tous les jours, l'espérance assurée d'en produire de plus abondants encore , le révérendissime évéque de Nevers a , par d'instantes prières, demandé au Saint-Siège l'approbation dudit institut , en même temps qu'il a présenté, en faveur de cette pieuse société, de nombreux témoignages donnés par les évéques des lieux où elle est établie.
» Après avoir pesé tous ces motifs, les éminentissimes cardinaux de la sacrée congrégation , préposés aux affaires et consultations des
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évèques et des réguliers , dans leur assemblée générale do 30 juillet 1852, tenue au palais apostolique du Vatican, ont répondu, par écrit, qu'on devait louer , recommander et approuver ledit institut des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne, si tel était le bon vouloir du Saint-Père, remettant à un autre temps le jugement sur l'approbation de ses constitutions.
i> Et dans une audience donnée le même jour , rapport de tout ce qui précède ayant été fait par Mgr le Pro-Secrétaire soussigné à notre Saint-Père et Seigneur le Pape Pie IX , Sa Sainteté a approuvé et confirmé la décision de la sacrée congrégation.
> Donné à Rome , au secrétariat de la sacrée congrégation des Ëvéques et des Réguliers, le 26 août 1852 (1).
» G. cardinal Della Genga, « Préfet de la congrégation,
» A. BiZZANI ,
» Pro-secrétaire. ■
Les démarches faites par Mgr Dufétre auprès du Saint-Siège en faveur de la congrégation des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne ne devaient pas se borner à obtenir le décret d'approbation de cet institut ; le prélat voulut encore solliciter une autre grâce bien précieuse : celle de posséder dans chacun de leurs établissements, fondés jusqu'à cette époque, un oratoire privé et même d'y conserver la sainte Réserve , avec le consentement de l'ordinaire. Le bref, daté du 13 juin 1854, accorde la faculté de célébrer dans ces oratoires une messe tous les jours de Tannée, même aux fêtes les plus solennelles, autorisant les sœurs, leurs pensionnaires et même leurs externes à satisfaire au précepte par l'audition de cette messe.
Cette faveur, accordée aux maisons fondées jusqu'au 13 juin 1854,
(1) Inutile de rappeler ici combien est fausse Tassertion du P. Bouix (Coup d'œil historique, p. lxxvi) : « Sous le gouvernement de Mgr Dufêlre, 'a congrégation ne reposait encore que sur une approbation épiscopale; et la modiQcation appointée aux engagements des sœurs par Mgr Tinseau en 1780 (il aurait fallu dire en 1777), subsistait encore. » L'auteur a confondu l'approbation deïinstitut avec l'approbation des constitutions.
fut, par de nouveaux brefiSy concédée aux maisons établies postérieu* rement à cette époque.
Tout en travaillant à procurer ces précieux avantages aux sœurs de la Chanté, le zélé prélat n'oubliait pas la grande entreprise de la construction de la maison-mère ; il surveillait activement les travaux de Saint-Gildardy et en moins de trois ans le plan projeté était exécuté; dans le cours de 1856 la communauté put en prendre possession.
Nous croyons devoir reproduire ici ce que nous avons consigné ailleurs relativement à un fait si important pour la congrégation :
c Les habitants de Nevers se rappellent encore un modeste bâtiment oblong qu'on remarquait , il n'y a que quelques années , à rentrée des Perrières, en quittant le parc; c'était un tronçon d'église, unique débris de l'antique prieuré de Saint-Gildard. Triste comme une ruine, son aspect présentait quelque chose de plus triste encore; le temple du Dieu de la paix avait servi de forteresse dans nos discordes civiles, et les fenêtres ogivales , à demi bouchées, laissaient apercevoir les meurtrières qu'on avait pratiquées dans les maçonneries.
9 Quelle nouvelle révolution s'est donc opérée pendant le court espace de trois années? Non-seulement les pierres dispersées du sanctuaire ont été recueillies avec respect , la nef mutilée a vu disparaître les objets étrangers qui l'encombraient et la souillaient ; le pressoir national en a été banni ; les faisceaux de colonnes , les chapiteaux fleuris , les nervures délicates , se sont dépouillés de la poussière fétide qui les couvrait ; mais , tout-à-coup , nous avons vu cette antique église s'agrandir sans nuire à ses gracieuses porportions , se compléter , et présenter , dans ses harmonieux détails , tout ce que l'architecture si religieuse du treizième siècle a de plus majestueux.
> Phénix d'un nouveau genre, le prieuré de Saint-Gildard a trouvé dans ses ruines et dans ses cendres mêmes une nouvelle vie ; jamais il n'a été aussi brillant d'avenir. Les pierres cachées dans le flanc du coteau se sont soulevées , elles se sont dressées avec art et symétrie : ici, pour compléter le temple de Dieu ; là, pour préparer un asile à celles qui se font gloire d'être , tout à la fois , les épouses de Jésus-Christ , les anges visibles des enfants et les servantes des pauvres.
» Les constructions étaient enfin terminées ; le 15 juillet 1856 était le jour indiqué pour la bénédiction des nouveaux bâtiments et la prise de possession de la maison. L'époque était on ne peut plus favorable : tout le clergé du diocèse , réuni pour la retraite ecclésiastique, devait rehausser, par sa présence, la pompe de cette imposante cérémonie.
» Le matin , on avait vu tous ces prêtres , qui venaient de se retremper dans la retraite , remplir le vaste chœur de la cathédrale , puis s'avancer vers l'autel pour recevoir de la main de Mgr l'Archevêque de Sens le pain eucharistique, tandis qu'à l'entrée du chœur, Mgr l'Evéque de Nevers le distribuait aux sœurs de la Charité. Cette sainte \inio§. de sentiment devait encore se manifester dans le cours de la même journée. A deux heures et demie du soir , ces mêmes prêtres se réunirent de nouveau à la cathédrale pour accompagner processionnellement les sœurs jusqu'à leur nouvelle demeure.
» Cette procession , une des plus belles que Nevers ait vu défiler dans ses murs, se faisait remarquer par la présence de trois évêques: Mgr JoUy, archevêque de Sens ; Mgr Dufêtre^ évêque de Nevers , et Mgr de Dreux-Brézé, évêque de Moulins.
> Venaient après eux toutes les autorités de la ville qui avaient voulu prendre part à cette solennité.
> Après la cérémonie de la bénédiction des bâtiments , pendant laquelle on avait déposé sur une table préparée à cet eSet les trois boîtes contenant les saintes reliques qui devaient être placées dans les autels, on transporta ces reliques dans la salle du noviciat, convertie en chapelle provisoire. Là, selon les prescriptions du Pontifical, on récita les matines et les laudes des saints martyrs.
» Le maître-autel devait être dédié, comme l'église elle-même, au Sacré-Cœur de Jésus; Mgr l'Archevêque de Sens, prié par Mgr TEvêque de Nevers de faire la cérémonie de la dédicace, allait donc être chargé de la consécration de cet autel ; mais le vénérable métropolitain, objectant son état de souffrance, ne voulut accepter qu'un autel secondaire, celui de droite, qui devait être mis sous le vocable de l'Immaculée- Conception ; celui de gauche, sous le vocable de sainte Marthe, patronne de la congrégation, était réservé à Mgr l'Evêque de Moulins. Avant de clore les trois boîtes de plomb renfermant les saintes reliques et les trois grains d'encens, les prélats eonsécrateurs y déposèrent les procès- verbaux sur parchemin, signés par eux et munis du sceau de leurs armes.
ÛAN8 LE DI0GË8E DE NEVBRS. 267
» traduction du procés<*verbal renfermé dans la botte du
maItre-autel.
c L'an 1856, le i6 juillet, nous, Dominique-Augustin Dufètre, évèque de Nevers, avons consacré cette église et cet autel en l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus, et nous y avons déposé les reliques des saints martyrs et confesseurs dont les noms suivent, savoir : de saint Pierre, apôtre; de saint Gyr et de sainte Julitte, de saint François de Sales et de sainte Jeanne-Françoise de Chantai. Nous avons accordé un an d'indulgence, dans la forme usitée, à tous les fidèles qui visiteront aujourd'hui cette église, comme aussi nous accordons quarante jours d'indulgence à tous ceux qui la visiteront le jour anniversaire de sa dédicace.
» f Dominique- Augustin ,
» Évêque de Nevers. »
> L'autel de Tlmmaculée-Conception, consacré par Mgr TArchevèque de Sens, renferme les reliques de saint Vincent et de sainte Solange, martyre, et celles de saint Are et de saint Arigle, évéques de Nevers.
» L'autel de Sainte-Marthe, consacré par Mgr TEvèque de Moulins, renferme les reliques de saint Denis et de sainte Ursule, martyrs, et celles de sainte Marthe, vierge.
» Le 16 juillet, vers huit heures du matin, Mgr l'Evéque de Nevers, suivant les prescriptions du Pontifical, se transporta à l'église qu'il devait consacrer, pour s'assurer par lui-même que tout était préparé. Après avoir ordonné d'allumer les douze cierges placés au-dessus des croix de consécration, il se rendit devant les saintes reliques, pour y réciter les prières préparatoires.
B Les deux autres pontifes ne vinrent se joindre à lui que lorsqu'il eut terminé les aspersions extérieures de l'église et une partie des cérémonies intérieures, c'est-à-dire au moment de faire , avec l'eau grégorienne, les premières onctions des autels.
9 Les trois prélats consécrateurs, revêtus de leurs ornements pontificaux et accompagnés de leurs archidiacres, se rendirent processionnellement à l'endroit où les saintes reliques étaient déposées. Quand
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on eut fait avec les reliques le tour extérieur de Téglise , les portes , qui jusqu'alors avaient été fermées aux simples fidèles, s'ouvrirent ; la procession entra, et dès ce moment la foule, pieusement recueillie, put contempler les cérémonies dans toute leur pompe.
» Auprès de chaque autel , une crédence avait été dressée pour recevoir la boite des reliques , tandis que , sur une autre crédence , étaient préparés les vases renfermant le saint-chrême et l'huile des catéchumènes, ainsi que les autres objets nécessaires pour la consécration.
» C'était un magnifique spectacle de voir les trois pontifes déposer simultanément dans les trois autels dont ils étaient chargés les restes précieux des saints protecteurs de la nouvelle église, puis balancer l'encensoir après chacune des onctions multipliées qu'ils faisaient sur l'autel, et répandre avec profusion les huiles saintes sur la pierre du sacrifice ; et cependant on n'était point encore arrivé au moment le plus imposant.
» Enfin , les autels sont consacrés ; il ne s'agit plus que de conjurer le Seigneur de ratifier les nombreuses bénédictions de ses ministres, et de confirmer lui-même, par la vertu de son divin esprit, ce qu'ils viennent de faire ; tout-à-coup , les trois autels s'illuminent instantanément ; les quinze bougies qui brûlent sur chacune des tables où va bientôt s'immoler la sainte victime font monter vers le ciel la fumée de l'encens qui se consume dans leurs flammes ; et, en même temps, les trois pontifes déposent leurs mitres, s'agenouillent au pied de l'autel qu'ils ont consacré , et entonnent l'antienne Ymi sancte Spiritits, que le chœur et les fidèles continuent.
» Quelques instants après, au milieu des chants joyeux et des sons harmonieux de l'orgue, les prêtres efc les clercs s'empressent d'orner les autels, puis les trois évêques commencent ensemble le divin sacrifice, à la fin duquel leurs voix s'unissent, pour donner la bénédiction solennelle.
» Oh ! qu'elle soit bénie, trois fois bénie, cette maison sainte, qui doit à l'avenir être le berceau des sœurs de la Charité; que ces bénédictions, qui ont été répandues avec tant d'abondance sur les vénérâbles supérieures, réunies pour cette solennité, s'étendent sur toutes les maisons de la congrégation mises sous leur direction.
> Qu'elle soit bénie, cette colline de Saint-Gildard que le Seigneur semble avoir destinée à être le séjour de la prière et des vertus ! Il y a douze cents ans environ que les enfants de saint
Basile (1) se réunissaient sur ce plateau, autour d'un autel consacré à Marie; quatre siècles plus tard, les enfants de saint Augustin (2) le faisaient retentir de leurs pieux canti'|ues, et les chanoines de Saint'Cyr le choisirent depuis pour le lieu de leur retraite (3). Sanctuaire vénéré, le Seigneur n'a pas voulu que le triomphe des ennemis de son nom fût complet, il n'a pas oublié que c'est dans tes murs qu'il avait établi dès le commencement sa famille chérie; il a racheté son héritage ^ la montagne de S ion, où il avait établi sa demeure (4).
1 II veut que cette longue tradition de prières et de vertus ne soit plus interrompue, et il confie cette glorieuse fonction à ces vierges qui se glorifient de porter son nom, aux Sœurs de la Charité. Oui^ sois bénie, à jamais bénie, colline de Saint-Gildard !
) Entonnant le cantique que chantait David dans la translation de Tarche sur la sainte montagne, nous nous plairons à répéter avec lui : Montagne de Dieu, montagne enrichie des bénédictions du Très- Haut et fière de servir d'asile à ces nombreuses vierges unies par la charité, c'est sur ton sommet que le Seigneur veut habiter, que rÉternel fixe à jamais sa demeure : Mons Deiy mons pinguis^ mons coagulatusy mons pinguis... Mons in quo beneplacitum est Deo habitare in eo : etenim Dominus habitabit in finem (5). >
(1) Les premiers moines qui ont habité Saint-Gildard suivaient le règle de saint Basile.
(2) Les moines de Saint-Laurent^r Abbaye suivaient la règle de saint Augustin.
(3) Bulle d'Eugène UI, en 1147
(4) Ps. Lxxui, V. 2 et 3
(5) Ps. Lxvu,16.