CHAPITRE IV
LE MONASTÈRE DE LA FERMETÉ-SUR-IXEURE. — ESSAIS DE RÉFORME DANS LES MAISONS DE BËNËDICTINES.
Nous aurons encore occasion de parler des religieuses de l'abbaye de Notre-Dame de Nevers quand nous aborderons la question de la réforme des Bénédictines au dix -septième siècle. Mais nous ne pouvons oublier de rappeler ici que ce monastère devint au mois de novembre 1792 la prison dans laquelle, en vertu des douces lois de la liberté révolutionnaire, les prêtres insermentés du dépar* tement de la Nièvre, exceptés de la déportation, à raison de leur âge ou de leurs infirmités, furent mis en état de réclusion. Les religieuses en avaient été expulsées quelque temps auparavant (1).
Un autre monastère de Bénédictines, indépendant de celui de Nevers, avait été fondé à La Fermeté-sur-Ixeure, qu'on nommait encore La Fermeté-aux-Nonnains, dans la paroisse de Prye. Adélaïde de France, fille du roi Robert !«' et épouse de Renaud I*', comte de Nevers, avait établi à Crisenon, vers Tan 1030, une chapelle sous le
(1) Les prêtres dont nous parlons étaient au nombre de quarante-huit; ils furent transférés le 3 septembre 1793 à Saint-Sauveur, dans les b&tintents de l'ancien grand séminaire, d'où ils sortirent le t4 février 1794 pour être déposés dans le bateau qui devait les transporter à Nantes. Le nombre des prisonniers renfermés à Saint-Sauveur était de soixante-un- CVoir le récit de ce triste voyage dans le Bulletin de la Société nivemaise, tome VU, p. 69.)
vocable de saint Nicolas. La desserte de cette chapelle fut primive* ment confiée à des clercs ou à des moines, ce qui eut lieu sous Tépiscopat et du conseutement de Robert de Nevers , qui occupa le siège épiscopal d'Âuxerre de 1077 à 1084 ; cette disposition fut confirmée par Humbaud, son successeur, en faveur de Robert, abbé de Molesme, qui y établit des religieux tirés de sa maison. Vers 1130, Guy, abbé de ce monastère, du consentement de ses religieux, en fit l'abandon aux moniales de Saint-Julien, au diocèse de Langres, qui vinrent s'y fixer quatre ans plus tard. Hugues de Montaigu, évèque d'Auxerre, fut délégué par le souverain pontife Innocent II pour ériger cette maison en abbaye, et, en 1140, à la prière de Guillaume II, comte de Nevers, le même pape affranchit Adelane, abbesse de Grisenon, de la dépendance de l'abbé de Molesme.
Ge fut sous l'administration d'Adelane qu'une autre princesse de Nevers, du nom de la première fondatrice, Adélaïde, épouse du comte Guillaume II, fonda vers l'an 1144 le monastère de La Fermeté-sur-Ixeure, qu'elle confia à des religieuses de Grisenon. Ge fut une des filiations de ce célèbre monastère. Gette double fondation de l'abbaye de Grisenon et du prieuré de La Fermeté est contemporaine , s'il faut s'en rapporter à l'ancien nécrologe de l'église de Nevers, qui donne à l'une et à l'autre maison la comtesse Adélaïde pour fondatrice. On y lisaii : Adeldida bone memorie Nivemensù camitissa^ obiU in Domino^ qux abbaciam monialium de Crisenodo et moniales de Firmitate M deo servienies, pro remedio anime sux consiruxit. Le pape Eugène III, dans sa bulle en faveur de Grisenon du ui des calendes de février 1145, fait mention de cette filiation, et après y avoir confirmé les biens de Tune et de l'autre maison, il ajoute : c Nous voulons aussi, que ce même monastère de La Fermeté soit toujours sous votre conduite et votre obédience. » G'était, en efiet, l'abbesse de Grisenon qui nommait la prieure de La Fermeté (1).
Ge monastère n'était pas sans importance, et cependant nos chroniques locales sont à peu près muettes sur son histoire ; à peine a- t-on pu recueillijr le nom de quelques prieures dans des actes épars.
En 1298, Isabelle, prieure de La Fermeté, donne quittance de la somme de 35 livres qu'elle a reçue de Louis l^^ de Flandres, comte
(1) Parmbntibb, Hist. man. des évêques de Nevers.
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de Nevers, c par les mains de Philippe Engelin, laquelle somme elle avait accoutumé de prendre tous les ans sur les foires du pont de Nevers et sur les censives de Decize et de Cuffy (1). »
Au mois de novembre 1400, Jeanne de Montagu, abbesse de Grisenon, confère le prieuré de La Fermeté (S), dépendant de son monastère, à Isabelle de Damocomotis (?) religieuse professe dudit prieuré (3).
En 151 4y on trouve à la tète du couvent Madelaine de Chabannes; elle figure dans un acte de bourdelage de certains héritages sis à la chaussée des Cordeliers, à Nevers (4). A sa mort, qui eut lieu en 1532, elle fut remplacée par dame Jeanne de Grossonne, dont l'abbé de MaroUes mentionne l'acte de prise de possession comme prieure (5).
Les antres pièces relatives à l'histoire du monastère de La Fermeté sont des actes qui établissent les droits seigneuriaux des religieuses, et quelques donations qui leur ont été faites.
En 1331, Louis, dit de Crécy^ comte de Flandres, de Nevers et de Rethel, c octroie aux religieuses, prieure e.t couvent de La Ferté-ès- Nonnains, qui sont de sa garde, le droit de planter des fourches patibulaires (6) ».
La même année, Alips, prieure dudit couvent, reconnaît que le comte de Nevers a la garde gardienne de son monastère, mais elle sait aussi défendre ses droits : Guillaume de Moussy, écuyer, avait fait hommage* au comte de ses terres de Limon, Aisy (Azy-aux- Àmognes), Monceaux-sur-Aise, Prie-sur-Surres (sur Ixeure) et Cigogne, c & quoi les religieuses, prieure et couvent de La Fertéles-Nonnains^ qui sont en la garde du comte, contrariaient, disant que ces choses mouvaient de leur fief (7). s
En 1383, Jean de La Bize et Marguerite, sa femme, font don aux prieure et religieuses de La Fermeté de la sixième pariie du minage du sel de Decize (8). Il est à remarquer que les religieuses ainsi que
(1) Inventaire de Tabbé de Marolles, p. 74.
(2) On remarquera qu'on dit tantôt La Ferlé, tantôt La Fermeté.
(3) Gallia ehistiana, tome XII, p. 428.
(4) Inventaire de Tabbé de Marolles» p. 450.
(5) Idemj p. 559.
(6) /dem, p. 505.
Ç7) Idem, p. 371 et 508.
(8) /(tem, p. 215.
30 LES GONGRÉOÂ'nONS RELIGIBU6ES
leur prieure ne paraissaient aucunement dans les affiaiires conten* lieuses et même dans les actes purement temporels de leur monastère; elles avaient un mandataire qui agissait en leur nom. En 1396, on trouve des actes de partage dans lesquels figure c Hugues d'Âudon, curé de Meaulce, procureur de la prieure et de tout le couvent de La Ferté-ès-Nonnains(l). >
En 1523, factum duquel il appert que le prieuré de La Ferté-aux- Nonnains est de la garde gardienne et du ressort du comte de Nevers. Vers la même époque, on trouve trois lettres relatives à La Ferté données par le roi à Mme Marie d'Âlbret, en cas de la vacance dudit prieuré (2). Â partir de 1615 ce prieuré fut à la nomination du roi et devint un bénéfice consistorial (3).
Tels sont les seuls renseignements que nous avons pu recueillir sur ce monastère qui ne présente plus maintenant que des ruines.