‹ Les congregations religieuses dans le diocese de Nevers: Congregations de femmesChapitre 52 sur 83 · DÉCRET · texte numérisé non relu

DÉCRET

« Notre Très-Saint-Père le Pape Pie IX , dans l'audience obtenue par le soussigné , Mgr le Secrétaire de la sacrée Congrégation des Evoques et Réguliers , le 22 juillet 1870 , prenant en considération les lettres commendatices de Tévèque de Nevers et des autres évoques dans le diocèse desquels la pieuse association connue sous le nom de Sœurs de la Charité a des établissements, a approuvé et confirmé les constitutions qui lui ont été présentées, écrites en langue française et dont l'authentique est conservé dans les archives de la sacrée et vénérée Congrégation ci-dessus désignée.

> Ces approbation et confirmation sont valables pour dix ans à titre d'essai, selon la teneur d^approbation et de confirmation du présent décret.

> Donné à Rome, au secrétariat de la sacrée Congrégation des Evêques et' Réguliers, le 20 août 1870.

» Â. cardinal Quâglu, préfet;

3> S. SvEGLiATi, secrétaire.

Place t du sceau.

Mgr ForgadOy comme délégué du Saint-Siège, était heureux de penser qu'il aurait à promulguer le décret attendu depuis si longtemps, et la révérende Mère Joséphine Imbert éprouvait le besoin de déverser dans chacune des maisons de Tlnstitut la joie .dont son âme était inondée ; mais le moment n'était pas encore venu , la Providence en avait décidé autrement. Les malheurs qui allaient fondre sur la France devaient faire ajourner cette promulgation, qui n'eut lieu que le 8 septembre de Tannée suivante 1871.

La guerre avec la Prusse était déclarée ; on était assuré d'avance du dévouement des sœurs de la Charité ; en effet , elles ne balancèrent pas à prier Mgr Forcade de faire connaître au ministre de la guerre et à celui de la marine leur désir ardent de se consacrer au soulagement des blessés ; c'est à la suite de ces instances que le 31 juillet le prélat adressait la lettre suivante au ministre de la guerre :

c Monsieur le Ministre ^

» J'ai l'honneur de mettre à la disposition de Votre Excellence , pour les soins à donner aux blessés , les sœurs de la Charité de la congrégation de Nevers , l'une des plus anciennes et des plus importantes congrégations de notre France.

» Si vous voulez bien , Monsieur le Ministre , accepter les services de ces bonnes sœurs , il vous suf6ra de me faire savoir sur quel point et en quel nombre je devrai les diriger. Je serai heureux et fier de répondre aussi promptement et aussi complètement que possible aux demandes qu'il plaira à Votre Excellence de m'adresser.

> Je suis, etc. »

En môme temps, le ministre de la marine recevait la lettre suivante :

c Monsieur l'Amiral ,

» Je viens d'offrir mes chères sœurs de Nevers à S. Exe. M. le Ministre de la guerre pour les blessés de l'armée de terre. Ai-je besoin de dire à Votre Excellence que je les mets à sa disposition , avec plus d'empressement encore , pour les blessés de la marine ?

> La marine, vous le savez mieux que personne, Monsieur l'Amiral, est pour moi une vieille famille au sein de laquelle j'ai conservé jusqu'à ce jour des amis et je dirai presque des frères.

3 Ce serait donc d'un bien grand cœur que j'enverrais à Votre Excellence mes meilleures hospitalières sur tel point et en tel nombre qu'elle voudrait bien elle-même m'indiquer.

» Je suis, etc. »

Ces propositions ont été accueillies avec reconnaissance et avec empressement , et bientôt on put s'assurer qu'il ne s'agissait pas , de la part des sœurs, de propositions vagues et irréfléchies ; on ne tarda pas à les voir dans les hôpitaux et dans les ambulances se dévouer au soin des blessés, des malades et des mourants; plusieurs d'entre elles succombèrent en servant les soldats atteints de la variole et du typhus , devenant ainsi les martyres de la charité.

La position de la maison-mère de Nevers avait fait naître la pensée d'en faire un point de défense pour la ville ; déjà on y avait établi à cet effet certains travaux ; mais l'autorité militaire comprit que ces travaux ne pouvaient concorder avec l'ambulance que les sœurs avaient proposé d'y établir ; on renonça donc à ce projet. Les plus vastes salles de l'établissement furent garnies de lits et disposées pour y recevoir les malades et les blessés. Les sœurs leur prodiguèrent tous leurs soins et s'empressèrent de leur fournir gratuitement et abondamment, jusqu'à la fin de la guerre, tous les secours qui leur étaient nécessaires.

Ce qui avait lieu à Nevers se reproduisait dans la plupart des autres établissements dépendants de la congrégation.

Nous devons consigner ici un fait qui a été inséré dans plusieurs feuilles publiques de l'époque. Le commandant supérieur de Tétat de guerre dans la Nièvre et dans TYonne, M. le général de division de Pointe de Gevigny, adressait en communication à Mgr Forcade l'ordre du jour suivant :

c La sœur Léocadie Labattu, sœur de Charité de Nevers, est mise à l'ordre du jour de l'armée. Par cette distinction, le général ne prétend pas récompenser la sœur Léocadie Labattu, dont la conduite est au-dessus de toute récompense; il veut seulement remercier, au nom de l'armée qu'il commande, la femme qui, depuis un mois, expose chaque jour sa vie pour soigner nos malades et nos blessés.

3 Neuvy, le 7 janvier 1871.

» Le général commandant la brigade,

> L. DU Temple. »

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Il y avait bien d'autres sœurs Léocadie auxquelles le même éloge aurait pu être adressé. Au milieu de leow travaux et de leur incomparable dévouement, les sœurs n'étaient pas sans éprouver de grandes inquiétudes relativement à leurs compagnes renfermées dans Paris pendant le siège. Ce fut le 6 juin 1871 que la révérende Mère Joséphine Imbert put les rassurer par la lettre-circulaire qu'elle adressa k tous les établissements de la congrégration; cette lettre doit compléter l'histoire de Vlnslitut pendant ces temps de si douloureuses épreuves.

« Nevers, 6 Juin 1871.

» Mes très-chères Filles,

» Vous avez partagé toutes nos sollicitudes, toutes nos angoisses, dans ces temps malheureux; et, après les terribles événements qui viennent de s'accomplir, je <;omprends quelle doit être votre anxiété concernant celles de nos sœurs qui faisaient, plus particulièrement, le sujets de nos incessantes préoccupations.

» Que Dieu soit mille fois béni f... Aujourd'hui, j'ai l'assurance que toutes nos sœurs des maisons de Paris, après avoir enduré des épreuves de tous genres , ont échappé au danger imminent qui les menaçait.

» Remercions avec effusion , mes chères filles , le Sacré-Cœur de Jésus ! Oui , c'est bien lui qui tes a gardées ! Dans notre si profonde douleur, nous lui avions confié le soin de ces chères âmes ! Avec quel amour ne les a-t-il pas fortifiées, soutenues, jusqu'à la fini Leur confiance n'a jamais chancelé ; leur courage a été héroïque en présence des plus grands périls!..' Leur modestie nous taira bien des actes de leur sublime dévouement; mais ils n'ont point échappé au regard de Dieu! Ils attireront de nouveaux bienfaits sur notre chère famille religieuse, qui, elle aussi , est sensiblement éprouvée!

» Prévoyant la lutte terrible qui allait avoir lieu à Paris, j'ai engagé celles de nos sœurs dont la santé nous inspirait des craintes à se rendre à la communauté ; toutes ont demandé à rester à leur poste, au péril même de leur vie! Ah I c'est que leur cœur de sœur de Charité était enchaîné au chevet de leurs pauvres infirmes, et rien ne saurait rompre les liens de la divine charité ! Le Seigneur en centuple la force dans les âmes généreuses : c'est ce qu'ont expérimenté nos sœurs de la. manière la plus sensible dans les prodiges

opérés, en leur faveur, par la Providence. Elles ont été sauvegardées comme par miracle, pendant tout le temps qu*a duré le premier siège ; et, par les soms assidus qu'elles ont prodigués aux malades, aux blessés, aux malheureux, elles n'ont cessé de soulager les membres souffrants de Notre-Seigneur. Mais, dans ces derniers temps surtout, Dieu s* est plu à faire éclater en elles et sur elles la toute-puissance de sa grâce.

Y J'entre dans quelques détails , très-incomplets sans doute, mes chères filles, mais bien propres, néanmoins, à exciter notre reconnaissance envers la souveraine bonté de Dieu.

» Nos sœurs de Montmartre, placées au centre de Tinsurrection, ont vu se diriger contre elles toutes sortes d'attaques. On leur a tendu des pièges et suscité des embarras sans nombre. Elles étaient entourées de tout ce qu'il y avait de plus mauvais parmi les insurgés; et c'était chaque jour, pour ainsi dire , que leur vie était menacée :

c Notre position est grave, très-grave, nous écrivaient- elles, dès

1 le début, mais notre devoir est de rester à notre poste. Ce n'est

> pas le moment de le quitter, parce que notre vie est en danger. » Nous ne méritons pas Thonneur ni le bonheur de verser notre

> sang comme des martyres ; mais nous sommes entièrement aban- » données entre les mains de Dieu, et à tout ce qu'il voudra ordonner

> de nous. »

> Elles avaient mis toute leur confiance dans le Seigneur, et le Seigneur veillait sur elles 1 II leur faisait découvrir, à temps, tous les perfides projets de leurs ennemis. Touché de leur douleur, quand elles se virent privées de sa divine présence au saint tabernacle, ce Dieu de bonté prit soin de leur envoyer, chaque jour, un de ses ministres, qui continua d'offrir, en secret, le divin sacrifice, où elles pouvaient se nourrir du pain des forts.

> Nos sœurs de Neuilly, à partir du dimanche des Rameaux, neuf heures du matin, furent constamment sous le feu des armées de Paris et de Versailles. Dès ce jour même, les obus arrivaient à peu de distance de leur maison. Le jeudi et le vendredi saints, les combats devinrent effrayants de leur côté, et des blessés furent apportés dans leur établissement. Nos sœurs les soignèrent avec tout le dévouement qu'inspire la charité , et elles eurent la consolation de voir mourir bien chrétiennement le seul malheureux qui succomba • Quelques fédérés, animés des dispositions les plus hostiles, étaient

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venus, à Sainte-Anne, faire une perquisition; mais surpris du courage et de l'abnégation dont ils furent les témoins, ils se retirèrent avec une respectueuse admiration. Ce n'est pas le seul prodige de grâce que Dieu ait opéré en faveur de nos sœurs : leur conservation a été comme un miracle perpétuel ! La première bombe qui tomba sur rétablissement atteignit la chapelle, et y fit un dégât considérable. Ce fut un coup bien sensible pour la communauté ; mais personne n'eut de mal. Le concierge , sa femme et ses ^enfants accoururent tout épouvantés ; pendant qu'ils mêlaient leurs regrets à ceux de nos sœurs, un boulet perçait leur logement, juste à l'endroit où ils prenaient ordinairement leurs repas, et c'était l'heure du diner!... Ils eussent infailliblement péri, s'ils se fussent trouvés à leur place accoutumée. Une de nos sœurs reçut une balle en pleine poitrine, et sa pièce ne fut pas même percée I Une dame pensionnaire se trouvait dans sa chambre , lorsque cet appartement s'effondra ; tout fut brisé ou renversé autour d'elle, sans qu'elle reçût le moindre mal I Le mardi de Quasimodo, les bombes pleuvaient sur la maison, du côté de l'avenue du Roule ; les étages supérieurs étant gravement endommagés, on crut prudent de se retirer dans les caves. On disposa un sous-sol pour recevoir le Saint-Sacrement, qu'un vénérable ecclésiastique y transporta, ce jour-là même. Ce digne prêtre put aussi continuer le secours de son ministère au personnel de l'établissement ; ce qui fut une consolation inappréciable pour nos sœurs. La Providence pourvut également , avec une tendre sollicitude, à leurs besoins temporels. Chaque jour, des fournisseurs dévoués , s'exposant courageusement au feu , venaient , au péril de leur vie, apporter à nos sœurs tout ce qui était nécessaire à leur subsistance ; et aucun d'eux n'a éprouvé le plus petit accident, pendant les six semaines qu'a duré cette pénible position!... Enfin, le lundi, 22 mai, fut le jour de la délivrance pour cette maison, si fortement éprouvée ! Le 24, jour de la fête de Notre-Dame Auxiliatrice, la communauté put quitter les caves, et se réinstaller dans les appartements supérieurs, quelque endommagés qu'ils fussent. « Nos pertes 9 matérielles sont grandes, nous dit 4a supérieure, en nous annon- » çant cette nouvelle ; mais elles sont les seules que nous ayons à > déplorer. Nous avons bien des actions de grâces à rendre au Sei- » gneur pour les prodiges de préservation qui se sont opérés en » notre faveur. > > Hélas ! une épreuve bien autrement douloureuse devait encore

frapper cette chère maison: ce jour-là même le vénérable curé de la Madeleine, M. Tabbé Deguerry, fondateur de l'œuvre Sainte-Ânne et son unique soutien, était sacrifié aux fureurs de la Commune !... » Nos sœurs des Quinze-Vingts^ qui semblaient les moins exposées, ont eu aussi leur part d'épreuves. Soumises d'abord à de minutieuses perquisitions, elles s'attendaient à être congédiées, d'un moment à l'autre, quand le quartier Saint-Antoine fut enlevé par l'armée de Versailles. Le terrible combat de la Bastille leur fournit l'occasion de déployer leur zèle.

c II me serait difficile, nous écrit la supérieure (le lendemain de » ce jour épouvantable), de vous dire comment nous existons... Le » bon Dieu nous a soutenues !... Morts et blessés, tous nous ont été

> amenés à la fois ; c'était un spectacle horrible ! »

» Nous avons appris depuis que ce vaste établissement a failli devenir aussi la prcne des flammes.

j Le Seigneur avait réservé une mission toute providentielle à nos sœurs de TAbbaye: celle d'apporter quelques soulagements aux illustres prisonniers, devenus depuis des martyrs I... Jusqu'à la dernière heure, elles ont pu faire parvenir à Mgr l'Archevêque, au vénérable M. Deguerry, au révérend père Olivain, etc., etc., tous les secours que peuvent procurer une charité ingénieuse et un filial dévouement. C'est le jour même où ces nobles victimes quittèrent la prison Mazas que nos sœurs furent chassés de leur maison. Deux jours après, la supérieure nous adressait la lettre suivante :

« Deo gratias!,.. Nous sommes enfin chez notre bonne Mère » Hélène, et nous devons dire bien haut : Merci, mon Dieu, de nous » avoir protégées et sauvegardées au milieu des dangers de toutes 9 sortes qui se sont multipliés autour de nous pendant cette terrible » crise!...

» Dans ma dernière lettre, en vous annonçant notre expulsion et 9 notre projet d'aller nous réfugier à Beaumont, auprès de nos 3 sœurs , je vous exprimais nos craintes pour le moment du départ.

> Ces craintes se sont réalisées au-delà de toutes nos prévisions !... > Lundi , 22 , après avoir été chassées de la maison , nous nous

> rendons au chemin de fer du Nord. Il était arrêté depuis le matin. » Nous nous faisons conduire jusqu'à la porte Saint-Denis , mais un » délégué s'oppose à notre passage , et nous force à revenir sur nos

1^ pas , chargées de bagages , notre voiture ayant été renvoyée. Un

:» commissaire se présente et nous invite à le suivre au bureau de

» police de La Chapelle. Nous le suivons en silence: la foule grossis-

> sait sur notre passage, et nous arrivons ainsi escortées , toutes ]» couvertes de sueur , chez le commissaire , qui nous fait subir » immédiatement un interrogatoire fort minutieux. On dresse ensuite » un procès-verbal ; et, après une heure et demie d'attente, on donne ^ des ordres pour nous conduire à la mairie de Montmartre. La ]» foule était devenue si compacte que la circulation n'était plus » possible ; les femmes criaient en nous voyant : € Qu'on les fusille! > 9 puis elles nous accablaient d'injures... Vous avez une idée des ]» sentiments qui animaient cette multitude furieuse, et vous compre- » nez mieux encore ceux que nous éprouvions nous-mêmes en » recueillant, pour l'amour de Notre-Seigneur, cette légère part des

> ignominies de sa passion I...

» Arrivées à la mairie nous subissons un nouvel interrogatoire. 3 Nous étions au milieu d'un véritable enfer I... Enfin, après une

> heure d'angoisse, nous sortons de là pour être conduites au poste,

9 accompagnées d'un délégué à brassard rouge et d*un garde natio-

> nal. Chacun nous prodigue encore les injures les plus outrageantes! » C'est au milieu de ces injures suivies d'imprécations atroces que » nous entrons au poste. Nous y passons la nuit, ayant pour société » la lie du peuple de Paris : d'abord une cantinière ivre , puis une 9 femme de la halle , dans le même état... , et , à chaque instant , :» arrivent de nouvelles compagnes encore plus ignobles, s'il est pos* p sible que les premières ; et, pendant toute la nuit, ces misérables » créatures disent des choses qu'il n'est pas possible de répéter.

» Vers midi, nos gardiens nous laissent seules. Les portes restent » ouvertes. Les balles sifflaient au-dessus de nous , et plusieurs 1» même tombaient à nos pieds. Nous ignorions qu'une action était 3) alors engagée à Montmartre. Il nous semblait , à chaque moment, » voir entrer les insurgés polir nous massacrer... Chacune de nous » se sentait déjà le glaive dans le cœur I... Voyant la mort si proche, 9 nous faisons un acte de contrition et nous offrons à Dieu le sacri- 9 fice de notre vie !. . . Mais la grâce du martyre ne devait être que

> pour le cœur... La Providence, qui ne voulait point le sacrifice de » notre vie, nous envoie, au lieu d'insurgés que nous attendions, un » brave officier de Versailles , qui nous conduit chez des amis et , :» plus tard, à l'asile de la Providence, chez nos bonnes sœurs, dont l'in-

9 quiétude était fortgrande à notre sujet. La bonne Mère Hélène avait » appris notre arrestation , et elle avait mis tout son personnel en » aiouYement pour venir à notre secours.

» Cette bonne Mère vous écrit pour vous donner encore quelques 3 détails nous concernant. Elle doit vous dire aussi combien a été » miraculeuse la protection dont le bon Dieu Ta entourée, aii;si que 9 ses compagnes, pendant cette série de malheurs et d'affreux désas- > ires! >

3 Une seconde lettre , à la date du 30 mai , nous annonçait que , d'après les ordres du maréchal Mac-Mahon, nos sœurs venaient d'être reconduites dans leur établissement, où elles ont reçu de nombreux témoignages de sympathie.

9 Le courage et l'abnégation dont nos sœurs des pays envahis ont fait preuve, ont été, aussi, au-dessus de tout éloge. Elles ont montré autant de prudence que de zèle , dans les circonstances difOciles où elles se sont trouvées. Celles des environs de Paris ont grandement diminué nos sollicitudes par l'empressement affectueux avec lequel elles sont venues en aide à leurs compagnes plus éprouvées. Que Dieu daigne les en récompenser !...

» Vous avez su, mes chères filles, tous les dangers dont notre maison-mère a été menacée pendant la durée de la guerre. Nos appréhensions ont été bien grandes à son sujet ; mais elle est consacrée au divin Cœur de Jésus... elle a été l'objet d'une protection visible; et cette protection s'est étendue à toutes les maisons de notre Institut ! Il m'est consolant de penser qu'une telle bénédiction est due aux mérites des œuvres de miséricorde que nos sœurs, attachées au service des hôpitaux et des ambulances, ont exercées avec tant de zèle et d'oubli d'elles-mêmes 1 Vous n'ignorez pas, mes chères filles , qu'un bon nombre d'entre elles ont été victimes de leur généreux dévouement ; nous avons la confiance que leur intercession est puissante pour nous, auprès de Dieu... >

Cependant il plut à la divine Providence de mettre fin à cette guerre désastreuse , et quoique les sœurs eussent encore à exercer leur mission de charité auprès des malades et des blessés , elles pouvaient espérer des moments de repos. Mgr Forcade s'enten*dit avec la supérieure générale pour préparer une retraite qui devait précéder la promulgation des nouvelles constitutions. Les supérieures

des nombreuses maisons de la congrégation établies sur différents points de la France furent convoquées à cet effet pour le 1*' septembre 1871 ; toutes celles qui n'étaient pas retenues par la maladie ou les infirmités se rendirent avec empressement à cet appel, et le 8 du même mois, fête de la Nativité de la très-sainte Vierge, le zélé prélat, officiant pontificalement , promulgua , comme délégué du Souverain Pontife , lesdites constitutions , et au moment de la communion les supérieures présentes ne balancèrent pas à prononcer leurs vœux conformément à la formule admise par le Saint-Siège.

L'année suivante , les supérieures qui n'avaient pu assister à l'imposante solennité dont nous venons de parler et grand nombre de sœurs anciennes sollicitèrent la faveur d'être admises à prononcer les mêmes vœux.

c II me serait difficile , mes très-chères filles , écrivait la R. M. Joséphine Imbert, le 24 juillet 1872, de vous exprimer la consolation que me cause le religieux empressement avec lequel un grand nombre d'entre vous sollicitent la faveur de se lier irrévocablement à Dieu. Pour répondre à vos désirs si légitimes, j'ai hâte de vous dire que la retraite annuelle de la maison-mère sera exclusivement consacrée, cette année, aux sœurs qui doivent prononcer leurs vœux perpétuels. Elle s'ouvrira le 30 août pour se clôturer le 8 septembre.

> Je désire, afin que nous puissions procéder avec ordre, que nos sœurs. supérieures nous envoient, le plus promptement possible, les noms et le temps de profession de celles de leurs compagnes qui ont demandé à faire leurs vœux perpétuels ; les noms qui ont été reçus déjà devront être inscrits de nouveau sur la liste que nous demandons. Dès qu'elle nous sera parvenue nous nous hâterons de faire connaître aux supérieures les sœurs qui seront autorisées à prononcer leurs vœux cette année. Nous appellerons les autres un peu plus tard. 9

Depuis ce moment la plus grande partie des sœurs qui se trouvaient dans les conditions voulues se sont empressées, à l'occasion des différentes retraites, de solliciter la même faveur.

Quant aux vœux annuels, la circulaire précitée désigne pour leur renouvellement la fête de la Présentation de la très-.sainte Vierge, tout en admettant qu'ils pourraient extraordinairement avoir lieu un autre jour.

La même année 1872 devait encore être fructueuse pour rinstitut, par rétablissement d*un postulat fondé à Saint-Saulge. Mgr Forcade avait exprimé le désir de voir le berceau de la congrégation devenir comme une autre maison-mère dans laquelle on établirait des classes avec des salles réservées aux malades et aux orphelines; on devait aussi y recevoir des postulantes. L'établissement fut construit dans ce but et reproduisit, sauf quelques modifications, les dispositions de la maison-mère.

Laissons encore la R. M. Joséphine Imbert exposer elle-même à ses sœurs dans la même circulaire le but de ce nouvel établissement :

a Vous apprendrez avec une grande satisfaction, mes chères filles, que le postulat que nous avions projeté d'établir à Montlozin sera fondé dans le diocèse de Nevers, à Saint-Saulge, lieu béni, où le Seigneur a fait fructifie}^ plus qu'au centuple le petit grain de sénevé jeté, avec une foi si vive, une piété si ardente, par notre très-honoré Père de Laveyne, dans le modeste champ confié à sa sollicitude.

» La divine Providence a permis qu'il se rencontrât des obstacles à l'établissement de cette œuvre dans le diocèse de Lyon, et ces mêmes obstacles ont été un trait de lumière pour notre vénéré supérieur, dont le zèle éclairé et persévérant sait vaincre toutes les difficultés, quand il s'agit de la gloire de Dieu et des intérêts de notre cher Institut. La création de ce postulat, qui, depuis longtemps, est l'objet des préoccupations et des sollicitudes de Monseigneur, doit atteindre ce double but. Aussi, le Seigneur vient-il de nous manifester sa sainte volonté^ à cet égard, d'une manière évidente, en inspirant à plusieurs de nos sœurs la généreuse pensée d'employer une partie de leurs ressources personnelles en faveur de cette œuvre nouvelle, qui doit être si féconde en bons résultats!... Que de jeunes filles abandonnent le projet de se consacrer à Dieu, parce qu'elles savent que leurs parents ne peuvent s'imposer des sacrifices pour achever leur éducation. Notre petite fondation répondra donc aux aspirations de ces âmes qui veulent servir Dieu dans une société religieuse vouée aux œuvres de charité. Nous serons à même de recevoir gratuitement six aspirantes à la rentrée prochaine. Nous vous enverrons, plus tard, une note qui vous fixera sur les conditions d'admission. En attendant, mes chères filles, vous vous bornerez à celles qui sont en usage parmi nous : naissarrce légitime, bonne santé et conduite édifiante.

intelligence au moins ordinaire, instruction élémentaire, etc., etc. On ne recevra aucune aspirante qui ne sache parfaitement lire et écrire. Il nous semble prudent de fixer Tâge de quatorze à dix-sept ans. > Si, comme nous l'espérons, mes chères filles, cette œuvre grandit et prospère par l'accroissement de nos ressources, notre chère famille religieuse s'en ressentira d'une manière très-efficace, nonseulement sous le rapport spirituel, qui est le point capital, mais encore par l'augmentation du personnel; ce qui nous facilitera le moyen de seconder votre zèle dans le développement de nos osavres. Ce zèle, il m'est bien pénible, parfois, de le comprimer; mais, vous le savez, je le fais dans l'intérêt de votre santé, avec laquelle vous ne calculez pas assez. :»

L'établissement de Saint-Saulge fut construit sur l'emplacement même de la maison primitivement occupée parles premières sœurs(i). Nous devons terminer ici l'histoire de lajcongrégation, réservant certains détails importants qui trouveront place dans la partie consacrée aux supérieures générales.

(\) L'auteur du manuscrit de Saint-Saulge dit que cette maison, située à l'entrée du faubourg de Ch&tiilon on de la Roche, était primitivement la meilleure hôtellerie du lieu , appelée de la Croix- Blanche,

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