‹ Les congregations religieuses dans le diocese de Nevers: Congregations de femmesChapitre 60 sur 83 · SOEUR PÉTRONILLE VAVOQUE, 6- SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

SOEUR PÉTRONILLE VAVOQUE, 6- SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

€ La Mère Pétronille Vavoque , qui remplaça comme supérieure générale la Mère Paule de La Cour^ était née aux Grobelins, à Paris, en l'année 1696. On ne connaît pas l'année de son entrée dans la Congrégation , mais on sait qu'elle s'y fit bientôt remarquer par la maturité de son jugement, par la bonté de son cœur et par la sincérité de son dévouement. A l'âge de trente-huit ans , elle fut nommée supérieure de l'hospice de Figeac, où les so&urs furent appelées en 1734.

» Cet établissement était dans un état de désordre complet. Tout y était livré à l'arbitraire ; les pauvres s'y trouvaient dans un extrême dénûment et très-mal soignés par quelques infirmiers, qui gas* pillaient les revenus de la maison , comme les aumônes de la charité publique. La Mère Vavoque ne s'attendait pas à trouver cette œuvre dans une telle misère ; elle ne put cacher d'abord l'étonnement pénible qu'elle éprouvait , mais elle ne se laissa pas déconcerter. Ayant réuni ses compagnes y elle les exhorta à se montrer d*autant plus dévouées que le bien à faire semblait plus difficile; puis, se confiant en la divine Providence, elle se mit courageusement à l'œuvre.

> On ne tarda pas à remarquer an heureux changement dans la tenue de l'hospice. La digne Mère ayant gagné tous les cœurs par sa douceur , par son zèle et par son abnégation , obtint promptement une salutaire réforme dans l'organisation intérieure de la maison. Ses rapports pleins de modestie et de vraie charité avec les per« sonnes marquantes de la ville , la peinture qu'elle leur faisait de la détresse des pauvres , avec cette éloquence du cœur qui lui était si naturelle, firent arriver à l'établissement des secours de tous genres, et bientôt tout prit un nouvel aspect.

» Les talents et les mérites de la vertueuse Mère, le bel ordre qu'elle avait établi partout enchantaient non-seulement les habitants de Figeac, mais encore tous les étrangers qui visitaient l'hospice, et qui ne tarissaient point d'éloges sur la propreté et la discipline qu'ils y remarquaient. Toutes les compagnes de la Mère Pétronille la secondaient merveilleusement, mais surtout la jeune sœur Gertrude du Tréjet , dont le zèle plein d'ardeur ne connaissait point de bornes (1).

> n y avait dix-sept ans que la Mère Vavoque avait la direction de rhospice de Figeac lorsqu'elle fut appelée à Nevers pour prendre celle de la Congrégation. Effrayée de la grande responsabilité qui allait peser sur elle , l'humble servante de Dieu crut devoir faire de respectueuses observations à Mgr Tinseau , alors évéque de Nevers, pour obtenir qu'il proposât un nouveau choix aux sœurs de la Congrégation ; mais elle fut obligée de s'incliner devant la confirmation du prélat en faveur de son élection, et de se rendre au nouvel appel qui lui fut fait.

> Ce fut en 1753 qu'elle prit le gouvernement de l'Institut. La sagesse de ses vues, la sûreté de son jugement, la prudence de ses actes et surtout l'étendue de sa charité lui acquirent la confiance générale et l'affection de toutes les sœurs , qui trouvaient en elle un guide éclairé et une Mère pleine de tendresse (2) >.

Pendant les neuf années que la Mère Vavoque dirigea la Congre-

(1) On n'a pas oublié ce que nous avons dit précédemment sur Je courage et rénergie de sœur Gertrude et sur la vénération dont elle fut l'objet, même aux Jours les plus mauvais.

(2) Archives de la Congrégation.

gation, un nombre considérable de nouvelles fondations furent effectuées.

Nous ne parlerons pas des hospices d'Aubin-en-Rouergue , de Murât, de Carcassonne, à la direction desquels les sœurs de Nevers avaient élé appelées pendant son généralat, ni des miséricordes et classes d'Evaux, au diocèse de Limoges, et de Livry-en- Brie, au diocèse de Meaux. Depuis la Révolution, ces établissements ont passé en d'autres mains.

Seignelay. — En 1753, Tannée même de Tinstallation de la Mère Vavoque, l'Institut fut appelé à la direction d'un établissement assez considérable ; nous voulons parler de Seignelay, dépendant alors du diocèse d'Auxerre et appartenant actuellement à celui de Sens. Comme l'histoire de cette maison doit occuper une place importante dans les annales de la Congrégation, vu les divers incidents qui ont eu lieu depuis son origine jusqu'au moment où nous écrivons ces lignes, nous croyons important d'exposer les circonstances de sa fondation et de son développement, nous réservant de parler de ces incidents à mesure que l'occasion se présentera, sous radministration des diverses supérieures générales.

c II existait à Seignelay, dès le quinzième siècle, une maison-Dieu qui appartenait au seigneur de ces lieux. Une déclaration faite par le receveur de cette maison, en 1500, aux commissaires du Pape, pour établir l'impôt du décime, porte qu'elle appartient à messire Claude de Savoisy^ chevaliery seigneur de Seignelay , maistre et administrateur des maisons-Dieu et de malladrerie dudit lieu (1). >

Un siècle s'écoule , mais l'existence de l'établissement pendant cette période ne saurait être mise en doute. Un acte portant la date du 21 juillet 1691 constate qu'il s'appelait alors l'Mpital de M. de Seignelay,

Par son testament du 3 novembre 1690, Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay, fils du grand Colbert, avait légué à l'hôpital 25,000 livres, devant produire une rente de l,2504ivre8.

En 1747, Charles-François de Montmorency, marquis de Seignelay, dressa des statuts en vertu desquels deux sœurs de Charité sont char-

Ci) Mémoire de M. Quantin.

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gées d'avoir soin de rôducation des pauvres filles et de visiter les malades.

On ignore si les deux sœurs de Charité dont il est question appartenaient alors à la Congrégation de Nevers, ou si elles faisaient partie d'une des associations dont nous avons déjà parlé, connues sous le nom de sœurs rendues ou données. Quoi qu'il en soit, il paraît certain que les statuts n'étaient encore considérés que comme un projet, puisque nous voyons six ans plus tard, le 27 juin 1753, / le marquis de Seignelay, dans le désir de compléter l'organisation de son établissement^ s'entendre avec la supérieure des sœurs de la Charité de Nevers et faire un traité portant que deux sœurs de la Congrégation seraient établies à perpétuité pour demeurer en la mai* son de charité deSeignelay^ servir les pauvres, etc.

Ce traité reçut son exécution.

Cependant les seigneurs de Seignelay se considéraient toujours comme propriétaires de l'établissement, et l'administration de l'hôpital reconnaissait ce droit.

Le bureau de l'hôpital prit, le 15 décembre 1768, une délibération relative à la question de payement de la rente de 1,250 livres et des intérêts arriérés, et une autre plus importante, relative à la propriété de la maison qu'il occupait ; il déclara :

c 1^ Qu'il a été reconnu que, n'ayant aucun acte qui ait transmis à rhôpitat la propriété de la maison qu'il occupe , ladite propriété appartient aux seigneurs ;

3 2<> Que quoiqu'il y ait grande apparence que les seigneurs aient accordé à l'hôpital son logement gratis dans le bâtiment qu'il occupe, néanmoins, pour éviter à cet égard toute difficulté, Thôpital reconnaît que le corps de logis qu'il occupe et qu'il a toujours occupé depuis le décès de M. de Colbert appartient en toute propriété aux seigneurs et se soumet d'en payer le loyer à Vavenir , à raison de cent livres par an. >

Nous avons vu qu'en 1753, M. le marquis de Seignelay avait préparé des statuti qui devaient être soumis au Parlement de Paris. A la date du 7 mai 1777 est intervenu l'arrêt d'homologation rendu à la requête de M. de Montmorency; il y est dit : € que les anciens 1 seigneurs de Seignelay ont fondé une maison de charité, tant pour

> l'instruction des pauvres filles que pour le soulagement des pauvres

> malades de la paroisse de Seignelay et autres paroisses de cette

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1 ierre ; qti'tm traité a été fait avec Mme la Sapérieure de la Gongré- 9 gation de Nevers pour l'établissement à perpétuité de deux » soeurs de la Congrégation pour demeurer dans ladite maison de > Seignelay (1). » Outre la rente de 1,SS0 livres que la famille de Montmorency payait à Thospice, elle lui était annuellement redevable de 300 fr. pour intérêts d'une somme de 6,000 fr. que Tadministration avait prêtée en 1759 à M. de Montmorency.

Nous avons été obligé de restreindre nos citations pour ne pas dépasser le cadre que nous nous sommes tracé. Nous arrivons à l'époque désastreuse de la Révolution. M. le duc de Montmorency ayant émigré et ses biens ayant été confisqués en vertu des lois révolutionnaires , le service de la rente et des intérêts se trouvait suspendu.

L'hôpital , dont ces deux redevances étaient les principales ressources, s'adressa à l'administration départementale pour en obtenir le payement. Dans leur demande , les administrateurs réclamaient € le droit d'occuper la maison où, disaient-ils , est placé ledit hôpital, moyennant 100 livres par an, ladite maison appartenant audit Montmorency, émigré, qui est obligé de l'entretenir et de la réparer, ainsi qu'il est porté dans le règlement homologué par le ci-devant Parlement de Paris, le 7 mai 1777 ».

Par arrêté du 3 floréal an II, l'administration départementale accueillit la demande de Thôpital, ordonna le payement des rentes, en défalquant sur leur montant, porte l'arrêt, € le loyer de la maison qu'occupe l'hôpital , appartenant à la nation et dépendant du séquestre établi sur ledit Montmorency (2).

Ces réclamations et les décisions qui les ont suivies établissent d'une manière incontestable que la commune et le bureau de bienfaisance n'avaient aucune raison à alléguer pour établir leur droit de propriété.

Il est important de faire connaître la conduite admirable tenue par les sœurs pour faire face à cette détresse résultant de la privation des anciennes ressources.

(1) Extrait du mémoire de M. Quantin et de la consullatlon de M. J.-B. Duvergier, ancien b&tonnier de l'ordre des avocats près la cour d'appel d« Paris.

(2) Idm.

Les sœurs, depuis la fondation de la maison, s'étaient acquittées de leurs fonctions avec un dévouement qui leur avait acquis le respect, Tafifectioa et la reconnaissance de la population tout entière ; aussi, même pendant les jours les plus mauvais de la Révolution, elles restèrent dans rétablissement, non-seulement sans éprouver aucune tracasserie, mais encore pour condescendre aux sollicitations de Tautorité municipale qui les supplia de continuer, comme par le passé, le«r œuvre toute de charité. Sœur Fouquet, supérieure de la maison , et sœur Anastasie Gouflire purent donc prodiguer encore leurs soins aux malades et aux pauvres, tout en réunissant les petites filies pour les instruire. Mais, nous l'avons dit, les ressources leur faisaient dé&ut, soit pour les malades soignés à l'hospice, soit pour ceux, en plus grand nombre, qu'elles visitaient à domicile. Sœur Anastasie, spécialement chargée de ces fonctions, s'ingéniait pour leur procurer ce qui leur était nécessaire; d'ailleurs, la Providence l'avait fait nattre de parents aisés, et elle avait résolu de consacrer à ses pauvres et à ses chers malades ses ressources personnelles. Cependant, cette raine n'était pas inépuisable, et malgré la sage économie qui présidait aux distributions quotidiennes, la bonne sœur voyait venir le moment où il lui serait difficile de continuer. On commençait à entrevoir l'aurore de jours moins sombres ; les familles comprenaient la nécessité de donner à leurs enfants une éducation plus complète. Sœur Anastasie crut que c'était un nouveau moyen qui lui était offert pour compléter son œuvre et continuer à soulager ses pauvres. Elle conçut le projet d'établir un pensionnat en construisant dans l'enclos même de Thospice un bâtiment à cet effet, sans nuire à l'œuvre primitive. Dieu bénit ses efforts, le pensionnat réussit, et grâce aux ressources qui en provenaient, Thospice prit un nouveau développement. Sœur Anastasie s'adjoigpit des maîtresses laïques, dont elle payait le traitement.

c Le mémoire auquel j'emprunte ces détails intéressants, dit M. Quantin, ajoute que la sœur Anastasie a, depuis la création du pensionnat jusqu'à la fin de 1826, époque de sa mort , employé les bénéfices de la maison du pensionnat et ses propres ressov/rces au profit des pauvres, à Pamélioration de rétablissement et aux réparations des bâtiments; en sorte que le bureau, lui laissant la direction libre et entière, n'avait qu'à subvenir à la pension des sœurs, aux aumônes, bouillons et linges nécessaires aux malades. »

En 1807, à la mort de la sœur Fouquet, les administrateurs du bureau de bienfaisance fixèrent le traitement des deux sœurs ; le préfet de l'Yonne approuva la délibération et adressa copie de son arrêté à la supérieure générale de la Congrégation , en Tinvitant i pourvoir le plus tôt possible au remplacement de la sœur décédée; ce qui eut lieu sans délai. Sœur Ânastasie Gouffre fut nommée supérieure de Thôpital.

Ici auraient pu s'élever quelques difficultés relativement à la propriété de l'immeuble occupé par l'hospice, par suite du séquestre établi sur M. de Montmorency; mais en 1809 et 1810, des décrets impériaux, en date des 28 février et 17 mai, restituèrent à M. de Montmorency les biens de sa famille qui étaient invendus, notamment ceuxqai étaient situés dans le département de l'Yonne. Les droits primitifs de la famille sur l'hospice de Seignelay faisaient évidemment partie de cette restitution, Les anciens règlements relatifs à cette œuvra reprirent leur cours ; un mandataire de la famille de Montmorency continua à faire partie de l'administration et avait en sa possession une des clés de l'armoire contenant les papiers et les titres de la maison.

Sœur Anastasie mourut à la fin de l'année 1826. A sa mort commencèrent les difficultés et les luttes dont nous parlerons plus tard , relativement à la maison de Seignelay.

Cette sœur, comme nous l'avons vu, avait consacré au pensionnat et aux besoins de l'hospice qu'elle dirigeait ses ressources personnelles et le fruit de ses labeurs; craignant peut-être que ses héritiers eussent la pensée de revendiquer sa succession , elle avait , dès l'année 1818, fait son testament, par lequel elle léguait à l'hôpital tous ses biens meubles et immeubles. Il paraît évident que sous le nom d'hôpital , la bonne religieuse avait en vue l'œuvre fondée par la famille de Montmorency, d'après les conditions primitivement établies , conditions qui avaient continué à être exécutées depuis la Révolution et surtout depuis les décrets de 1809 et de 1810 , corroborés par la loi du 5 décembre 1814. Cette œuvre , qui occupait un immeuble indivis , était composée en 1828 : 1» de l'ancienne maison de charité telle qu'elle existait avant la Révolution ; 2o des bâtiments du pensionnat élevé par les sœurs ; 3» d'un jardin acquis en 1817 par Mme de Montmorency pour être réuni, est-il dit dans l'acte, à la maison qui lui appartient, et pour agrandir l'habitation des sœurs de charité y attachées ; 4" du legs Brunot fait en 1820 au bureau de

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bienfeisance pour les classes de l'école ; 5® d'une partie de cour achetée en 1S28 par le régisseur de Mme de Montmorency pour être réunie à l'hôpital et mise à Tusage des sœurs... Nous ne parlons pas ici des réparations exécutées par la famille des fondateurs. On voit qu'il s'agit d'une œuvre que tous avaient à cœur d'accroître et de compléter, la famille de Montmorency, les sœurs et l'administration; c'est pourquoi nous l'avons désignée sous le titre de propriété indi-

vise.

Cependant, le testament de sœur Anastasie donna lieu à une contestation entre les administrateurs du bureau de bienfaisance et la supérieure générale de la Congrégation de Nevers ; c'était surtout le pensionnat qui occasionnait ces difficultés, c La supérieure générale se refusait à l'exécution du testament; elle soutenait que rhôpital n'avait aucun droit sur le pensionnat. Les administrateurs , en reconnaissant tous les faits relatifs à l'origine et à la fondation de l'hôpital, demandaient qu'il leur fût attribué une somme équivalente à la valeur locative et à l'entretien des bâtiments occupés par le pensionnat.

> Rien n'indique quelle solution fut alors donnée à cette contestation (1). »

Nous y reviendrons quand il s'agira du généralat de la Mère Emilienne Pelras et plus tard de celui de la Mère Joséphine Imbert.

NtMES. — Ce fut aussi sous l'administration de la Mère Pétronille Yavoque que les sœurs de Nevers furent appelées, en 1756, à desservir l'hôpital général de Nîmes, fonctions qu'elles continuèrent à remplir pendant la Révolution et qu'elles remplissent encore actuellement. Pendant les jours les plus mauvais elles eurent la consolation de demeurer auprès de leurs chers malades et de leur prodiguer leurs soins.

Quoique forcées de déposer leur costume religieux, elles persévérèrent avec courage à remplir l'œuvre de dévouement qui leur avait été confiée. Privées de toute ressource du côté du Gouvernement, elles eurent recours à la charité publique pour subvenir aux besoins les plus urgents de ceux dont elles s'étaient constituées les mères ;

(1) Consultation pour la famille de Montmorency et les religieuses de la CoDgrégatioa de Nevers, par M, Duvergier.

tous les jours elles se mettaient en route pour quêter en leur faveur dans la ville et dans les campagnes environnantes, ne se préoccupant pas des privations personnelles auxquelles elles étaient exposées, sans que leur zèle se démentît jamais . Ces charitables mendiantes étaient sœur Thérèse du Cayla, supérieure de Thôpital, et sœur Gertrude Ranton,

A la mort de la digne supérieure, qui eut lieu à la fin de décembre 1810, les administrateurs de l'établissement écrivirent à la supérieure générale, le 5 janvier 1811, pour la prier de leur donner sœur Gertrude comme remplaçante de la Mère Thérèse. Ils profitèrent de la circonstance pour faire Téloge de l'une et de l'autre : c Ce sont ces deux sœurs, écrivaient-ils, qui ont sauvé rétablissement dans les temps malheureux où les hospices, dépouillés de leurs biens, n'avaient plus aucun moyen de subsistance pour soutenir les pauvres. On les vit alors, ces deux sœurs, aller de maison en maison, exciter en faveur des malheureux la charité de ceux qui étaient restés fidèles à la vertu (1)... >

L'hôpital général de Nîmes continue à être desservi par les scean de la même Congrégation ; c'est un des plus beaux établissements de ce genre qu'on remarque dans le midi de la France.

Sens. — Deux ans plus tard, en 1758, on confia aux sœurs de Nevers l'hospice de Sens ; mais elles ont cessé de diriger cette maison, sans cependant s'éloigner de cette ville. Au centre même de la cité elles ont formé un pensionnat qui est sans contredit un des plus beaux de la Congrégation^ et qui devient de jour en jour plus florissant; on y a joint un externat assez important.

Montréal. — En 1762, la même Congrégation fut chargée de l'hôtel-Dieu de Montréal, au diocèse de Carcassonné. Plus tard, on ajouta un externat à l'hôtel-Dieu, que les sœurs continuent de desservir.

Quoiqu'aucun article des statuts' des sœurs de Nevers ne s'oppose à la prolongation de l'administration de la supérieure générale pour un quatrième triennat, il est cependant d'usage qu'après neuf ans d'exercice on laisse à ladite supérieure la faculté de se livrer à uo

(1) Archives de la Congrégation.

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repos bien mérité. La vénération et Testime que la Mère Vavoque avait inspirées à ses sœurs par la sagesse de son administration avaient engagé le conseil de la Communauté à la renommer après ses neuf ans. C'était le vœu de la Congrégation tout entière ; mais on trouva en elle une opposition telle, qu'on dut se rendre aux raisons qu'elle fit valoir. Toutefois on la pria de désigner le sujet qui lui semblait le plus propre à gouverner l'Institut, et tous les suffrages se réunirent en faveur de la sœur désignée par elle.

Après avoir déposé ce lourd fardeau, elle vint retrouver ses pauvres de Figeac, au grand contentement de toute la ville. Elle mourut au milieu d'eux en 1779, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.

Sœur Gertrude du Tréjet, qui avait rempli les fonctions de maltresse des novices sous son généralat, revint avec elle à Figeac et fut nommée pour lui succéder dans la direction de cette maison.

SOBUR EUSTOQUIE LAVÂSTROU, 'jj* SUPÉRIEURE GÉNÉRALE.

c La Mère Eustoquie Lavastrou était supérieure à l'hospice de Nevers quand elle fut élue, d'une commune voix, pour succéder à la vénérable Mère Vavoque.

> Elle était née à Saint-Céré, au diocèse de Cahors, le 12 octobre 1717, au sein d'une famille de condition fort modeste, mais bien respectable. Son père se nommait Pierre Lavastrou et sa mère Marie Dubois. Ils avaient trois filles ; les deux plus jeunes entrèrent dans la Congrégation. La seconde, Marie-Spérie, fut sœur Eustoquie. Dieu l'avait douée des dons les plus précieux de la nature et de la grâce, et lui avait donné de bonne heure un grand attrait pour la vie religieuse. Elle était bien jeune quand elle se présenta à Nevers, où ses éminentes qualités la firent distinguer par ses supérieurs.

> Après sa profession elle avait été envoyée à l'hospice de Beaumont-sur-Oise; mais elle fut bientôt rappelée à la maison-mère, où l'emploi de la pharmacie et le soin des malades lui furent confiés. L'hospice de Nevers se trouvait alors dans une position difficile, et il était urgent qu'une direction intelligente et ferme vint remédier à certains abus qui s'étaient glissés dans l'établissement. On pensa que personne n'était plus capable d'opérer cette réforme délicate que la sœur Lavastrou, dont la prudence égalait le dévouement ; et bien

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qu'elle fût encore très-jeune, les supérieurs n'hésitèrent pas à la placer à la fête de cette maison, la plus importante de la Congrégation. La manière dont elle remplit les devoirs de sa nouvelle charge justifia pleinement la sagesse d'un tel choix. L'hospice de Nevers prit un développement considérable sous Thabile administration de la Mère Eustoquie, et il était dans l'état le plus prospère quand elle fut appelée au généralat par le suffrage des sœurs de l'Institot. Elle venait d'atteindre sa quarante-quatrième année.

9 Le zèle et l'activité qu'elle déployait dans l'exercice de sa grande mission, l'énergie pleine de mansuétude qui caractérisait sa conduite au dedans et au dehors, lui conciliaient l'affection, l'estime et la confiance générales. Autant elle était aimée et respectée de ses sœurs, autant elle était appréciée et vénérée des personnes séculières avec lesquelles elle était obligée d'avoir des rapports. Tout le monde s'accordait à lui reconnaître une intelligence supérieure et le don particulier du discernement des esprits; mais ce qu'on admirait surtout en elle, c'était sa charité pour les autres et son abnégation personnelle. Elle pratiquait les vertus de pauvreté et de mortification à un suprême degré, et prenait le plus grand soin de maintenir la régularité et la discipline primitives en toutes choses. Elle donnait la première l'exemple d'une grande ferveur dans la pratique des saintes règles (1). »

Saint-Lizier et SAiNT-GmoNS. — Sous l'administration de la Mère Eustoquie, la Congrégation fut appelée à diriger un assez grand nombre d'établissements ; nous ne mentionnerons ici que les plus considérables. En 1763, Mgr Moreau, évêque de Vence, demanda des sœurs de Nevers pour desservir l'hospice de sa ville épiscopale (2). En 1765, Mgr Tévêque de Saint-.Lizier, diocèse actuellement réuni à celui de Pamiers, leur confia les hospices de Saint- Lizier et de Saint-Girons.

Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle la Congrégation ne possédait pas d'autres établissements dans ces deux villes. La Mère Rosalie de Boutang était supérieur de l'hospice de Saint-Lizier quand parut la

(1) Archives de la Communauté.

(2) Le diocèse de Vence a été réuni depuis la Révolution aux différents diocèses voisins.

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loi qui supprimait les congrégations religieuses; elle put cependant continuer avec ses deqx compagnes à remplir sa mission toute de charité. Ces sœurs savaient s'imposer les plus grandes privations poor venir plus largement au secours de leurs pauvres malades; elles purent même offrir un asile à leurs compagnes de Saint-Girons que les révolutionnaires avaient chassées. Quand des jours moins agités eurent succédé à la tempête, la Mère Rosalie eut la pensée d'annexer à l'hospice un pensionnat et un externat dont le produit répara les pertes éprouvées par cet établissement, qu'elle eut la consolation de voir prospérer de nouveau. En 1837, des sœurs de la congrégation de Nevers furent chargées, dans la même ville de Saint- Lizier, de l'hôpital des aliénés.

Quant à Saint*Girons, les sœurs, qui avaient été obligées de se retirer pendant l'ère révolutionnaire, ne reprirent pas immédiatement leurs fonctions. Cependant les habitants n'avaient pas oublié les bonnes sœurs de Neveis ; on ut des démarches pour obtenir encore leur concours, et en 1829 elle furent chargées de la miséricorde et fondèrent dans celte ville un pensionnat et un externat. Vingt ans plus tard, en 1849, on leur confia de nouveau la direction de l'hôpital.

Nous ne dirons rien de l'établissement de Mouchy, au diocèse de Beauvais, fondé par le seigneur du lieu, le duc Philippe de Noailles ; les sœurs n'en sont plus chargées depuis la Révolution. Vers le même temps elles avaient été appelées à Chambly, même diocèse ; mais elles se virent dans la nécessité de se retirer pour échapper à la persécution ; en 1849 elles y furent rappelées pour desservir l'hôpital et tenir les classes et l'asile.

Bourbon-Lancy. — En 1767, les sœurs de Nevers furent chargées de desservir l'hospice de Bourbon-Lancy, au diocèse d'Autur. Cet établissement avait bien son importance ; il avait été construit au lieu même occupé par les thermes. Quatre sœurs y élaient employées. En 1793 elles furent sommées de prêter un serment qui répugnait à leur conscience ; par suite de leur refus, deux d'entre elles furent incarcérées , les deux autres s'étaient retirées dans leurs familles.

On ignore le temps que dura leur détention, mais on sait par les registres dé la maison qu'elles reprirent leurs fonctions à l'hospice en l'année 1804. L'établissement thermal était bien resserré ; plus tard, grâce aux libéralités de M. le marquis d'Aligre, un vaste hôpital fut élevé sur la colline qui domine les eaux, et le nombre des sœurs

fut augmenté. Outre Thospice qu^elles continuaient à desservir, depuis 1864 elles ont fondé un pensionnat.

La Mère Eustoquie attendait la fin de son troisième triennat pour prendre un repos bien mérité; mais deux procès intentés à la Communauté de Nevers Tobligèrent à garder, pendant quelques mois encore, la direction des affaires. La Congrégation aurait désiré voir se prolonger son habile administration; il fallut céder à ses instances réitérées pour rentrer dans les rangs inférieurs, dès qu'elle eut obtenu gain dé cause dans les deux procès dont nous venons de parler.

€ Mgr Tinseau, évêque de Nevers, qui avait pour elle une trèsgrande estime, ne crut pas devoir résister à ses désirs ; toutefois, ce ne fut qu'à regret qu'il lui permit de se retirer et qu'il ordonna de procéder à une nouvelle élection.

» Une personne si précieuse ne pouvait rester cachée, quoique ce fût le plus ardent de ses vœux. Mgr le cardinal de Luynes, qui connaissait le mérite de la Mère Lavastrou, résolut de l'employer à la création d'un établissement considérable qu'il voulait fonder à Melun; il fit donc la demande de cette digne Mère à Mgr Tinseau et à la nouvelle supérieure générale, qui s'empressèrent de répondre favorablement à Son Eminence. La Mère Eustoquie, malgré l'épuisement de ses forces, qu'elle ne consultait jamais quand la voix de l'obéissance se faisait entendre, s'inclina devant la volonté de ses supérieurs, et alla jeter en 1772 les fondements de l'hospice général de Melun.

]> Il avait été convenu qu'elle rentrerait à la maison-mère dès que cette œuvre serait bien assise ; mais Mgr de Luynes, qui avait une haute idée de sa capacité et de sa vertu, insista pour la retenir, et les supérieurs généraux ne voulurent pas contrarier Son Eminence. La Mère Lavastrou resta donc à Melun. Après avoir édifié toute la ville pendant quatre ans, et donné à ses compagnes l'exemple de toutes les vertus religieuses, surtout celui d'une patience héroïque pendant sa dernière maladie, qui fut aussi longue que douloureuse, elle 8*endormit dans le Seigneur, le 9 novembre 1776, à l'âge de soixante ans (1) >.

La fondation de Melun nous porte naturellement à dire quelques

(1) Archives de la Communauté.

mots de la sœur cadette de la Mère Eustoquie^ qui entra dans la même Congrégation, où elle reçut le nom de sœur Thècle. Après sa profession on l'envoya remplacer sa sœur à Beaumont-sur-Oise ; elle y remplit avec zèle toutes les œuvres de sa vocation, jusqu'au jour où elle fut nommée supérieure de la maison de Paris. Ses supérieurs renvoyèrent à Melun quelque temps avant la mort de sa bien-aimée sœur. Elle eut la consolation de l'assister dans ses derniers moments et de lui fermer les yeux.

La communauté de Melun et Mgr de Luynes désiraient voir la Mère Thècle remplacer sa pieuse sœur. Son Eminence écrivit à Nevers à cet effet ; ses vœux furent satisfaits, et la maison de Melun continua de prospérer sous Thabile direction de la nouvelle supérieure.

c Plus tard on conçut le projet d'élever la Mère Thècle au gênéralat. Tout porte à croire que tous les suffrages se seraient réunis en faveur de cette excellente Mère, si la connaissance qu'elle eut de ce projet n'eût déterminé une maladie qui la conduisit aux portes du tombeau. On dut renoncer à son élection, et la digne Mère disait agréablement, quacd elle fut revenue à la santé : Oh ! l'heureuse maladie, qui a préseiDc la Congrégation de mon triste gouvernement !

» Elle mourut d'une attaque d'apoplexie, le 2 février 1790, prévoyant tous les malheurs qui allaient fondre sur la France. Trois ans après, toute la communauté de Melun était mise en réclusion (1^ novembre 1793) (1) >

Sœur Ursule Bastit fut nommée supérieure de Thôpital de Melun à la mort de la Mère Thècle ; elle dirigea cette maison pendant trois ans avec un dévouement et une prudence admirables. Elle sut communiquer à ses sœurs son courage et son énergie ; toutes demeurèrent fermes à leur poste, jusqu'au moment où on leur intima l'ordre de quitter Thospice pour se rendre à la maison de réclusion.

Les six prisonnières furent transférées à Provins. Là le président du comité de salut public, qui connaissait la Mère Ursule et qui avait conservé pour elle un reste de vénération, favorisa son élargissement et celui de ses compagnes; il leur délivra des passe-ports aûn qu'elles pussent se rendre dans leurs familles. Elles y demeurèrent jusqu'au moment où il leur fut permis de rentrer à Nevers , quand la Congre-

(1) Archives de la Communauté.

gation se réorganisa. Nous verrons bientôt que la digne Mère Ursule fut nommée supérieure générale.

L'hospice de Meiun cessa d'être desservi par les sœurs de Nevers; outre le soin des malades, elles avaient encore la direction de l'asile des femmes veuves, qui était joint à Thospice, et des classes pour les enfants pauvres.

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