SŒUR ANASTASIE DE MONTMÉJA , 8* SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
Sœur Anastasie de Montméja , qui remplaça la Mère Eustoqaie Lavastrou dans le gouvernement de la Congrégation y était originaire de Sarlat , diocèse de Périgueux. On ne connaît pas la date précise de sa naissance ; on sait seulement qu'elle entra fort jeune dans la Congrégation avec une de ses sœurs moins âgée qu'elle, et que l'une et l'autre firent profession le 6 août 1740 , avec sœur Thècle Lavastrou et les deu;c sœurs Delor du Tréjet.
€ La Mère de Montméja était supérieure à la maison de Clermont quand elle fut élue supérieure générale , le 2 mars 1772. Elle avait rempli les fonctions de secrétaire sous le généralat de la Mère Vavoque, dont elle possédait toute la confiance. Son naturel heureux, la douceur de son caractère, son affectueuse charité, l'avaient rendue chère à toute la Congrégation, quand elle était au secrétariat, et la manière affable et polie avec laquelle elle recevait les sœurs à Clermont, qui était un lieu continuel de passage , lui avait concilié tous les cœurs. On appréciait d'autant plus son aménité et ses prévenances que la maison de Clermont était loin d*ètre riche ; il fallait l'intelligente industrie et la sage économie de la Mère Anastasie pour savoir suffire aux besoins de la communauté et pour trouver encore le moyen de faire honneur aux haltes fréquentes que faisaient , dans cette maison, les sœurs qui traversaient Clermont. La digne Mère pourvoyait généreusement à tout , ce qui donnait lien de dire que la Mère Anastasie avait le talent de faire régner l'abondance an sein de la pauvreté. Son amour pour les pauvres était aussi tendre que sincère ; rien ne la rebutait quand il s^agissait de procurer quelque .soulagement aux malheureux. Elle se multipliait , du reste , pour se rendre utile à tous , et tout le monde s'accordait à dire qu'elle était, à Clermont, le modèle de toutes les vertus. Ses
éminentes qualités parurent dans tout leur jour pendant les neuf années de son généralat. Elle veillait d'une manière si active , si intelligente et si dévouée à tous les intérêts de la Congrégation, qu'il n'y avait qu'une voix pour rendre hommage à l'ardeur et à la pureté de son zèle.
» Elle forma un grand nombre d'établissements , qu'elle eut la consolation de voir prospérer et dont la plupart et même presque tous subsistent encore aujourd'hui.
V Le premier, celui de Melun, fut pour elle l'occasion d'un grand sacrifice, ainsi qu'on le voit dans la lettre où la digne Mère exprime à la Congrégation la peine qu'elle ressent du départ de la Mère Lavastrou, à qui était confiée la création de cette œuvre.
c Nous avons toutes des sacrifices à faire, disait-elle dans cette lettre ; je vous en dois l'exemple, et je crois l'avoir donné en consentant au départ de notre digne et respectable Mère Eustoquie Lavastrou. J'avais besoin d'un guide sûr, d'un conseil sage, d'un modèle toujours présent. On a jugé à propos de me retirer un tel secours. J'ai oublié mes besoins, j'ai fait taire mes plaintes, j*ai fait violence à mon cœur, je me suis inclinée sans murmure. »
» La confiance et Taffection étaient réciproques entre ces deux grandes âmes, et le sacrifice fut commun, ainsi que le prouve la suite de la lettre :
c Cette tendre Mère n'a pu refuser des larmes à notre séparation : c'est tout le soulagement qu'elle s'est permis ; elle avait un droit acquis au repos, mais elle a vu une nouvelle carrière s'ouvrir devant elle, un établissement utile à créer, du bien à faire, des pauvres à servir, et, n'écoutant que son zèle , elle a volé où l'obéissance l'appelait (1). s
Parmi les établissements confiés aux sœurs de Nevers pendant Tadministration de la Mère de Monfméja, on compte l'hospice de Cannes, au diçcèse de Fréjus; celui de Loris, au diocèse d'Orléans; celui de Sancoins, au diocèse de Bourges, et celui de Mauléon, au diocèse de Tarbes. Après la Révolution les sœurs ne rentrèrent pas dans ces maisons.
(1) Annales de la Communauté.
Les hospices de Bourganeuf , au diocèse de Limoges; de Limoux, au diocèse de Carcassonne; de Roquebrune, au diocèse de Fréjus;le8 miséricordes de Figeac, au diocèse de Cahors; de ViUefranche-en- Rouergue^ au diocèse de Rodez, ont été confiés aux sœurs à la même époque. La plupart de ces établissements se sont développés et ont vu d'autres maisons se former dans leur voisinage. En 1843, à Bourganeuf, un pensionnat et un externat furent fondés par les sœurs de Nevers;la ville de Limoux a été heureuse de recevoir les mêmes sœurs venant établir un pensionnat^ un externat et un asile, et se charger de la miséricorde. C'était en 1835. i
En 1775, à la miséricorde de Figeac on ajouta un orphelinat, des classes et un asile; la même ville, en 1804, fut dotée d'un pensionnat et d'un externat. En 1844, de semblables établissements furent fondés à Villefranche-en-Rouergue.
Oloron. — En 1776 , Mgr de Révol , évêque d'Oloron , évêché actuellement réuni à celui de Rayonne y avait créé dans sa ville épiscopale un orphelinat pour quatre-vingts jeunes filles; il confia cet établissement aux soins des sœurs de Nevers. Le charitable prélat voulut indiquer lui-même le costume que devaient porter ses protégées, et, par vénération pour sa mémoire , les sœurs Font toujours maintenu. Sœur Bathilde Chalup fut nommée supérieure de cet orphelinat. Elle se fît remarquer non-seulement par sa tendresse toute maternelle pour les enfants dont elle était chargée , mais encore par une énergie peu commune et par une intrépidité inébranlable dans les circonstances les plus difficiles.
On raconte qu'un jour Tévèque constitutionnel Sannadon étant venu visiter Torphelinat , la courageuse Mère refusa de lui rendre les honneurs dus au caractère épiscopal ; et voyant ses orphelines s'agenouiller pour recevoir sa bénédiction , elle leur dit avec autorité : Relevez-vous , mes enfants ; cet évêque-là n'a pas le pouvoir de vous bénir. — Citoyenne , reprit l'intrus , je viens chercher mes brebis égarées pour les faire rentrer au bercail. — Si vous avez perdu des brebis y répondit sœur Mélanie , compagne de la Mère Bathilde, vous pouvez aller les chercher ailleurs, elles ne sont pas ici. L'intrus Sannadon, comprenant qu'il ne gagnerait rien auprès des sœurs, entreprit de les faire partir et de les remplacer par des personnes séculières ; il parvint à réaliser son projet.
La Mère Bathilde fut obligée de se tenir cachée pendant la Terreur;
bientôl| l'orage s'étant un peu calmé , elle ouvrit une école pour les petits enfants, auxquels elle apprenait le catéchisme. Le représentant du peuple s'en offusqua ; mais, après quelques observations, il finit par laisser la sœur continuer jusqu'au moment où, l'ordre s'étant rétabli, elle put rentrer dans son cher orphelinat qu'elle trouva dans le plus grand désordre.
A la sollicitation d'un grand nombre de mères de famille, qui la supplièrent de se charger de l'éducation de leurs filles, la digne Mère demanda et obtint l'autorisation d'ouvrir un pensionnat, dont le produit devait remplacer les rentes dont on avait dépouillé l'orphelinat. En attendant que la maison-mère, qui venait de se reconstituer, pût lui envoyer deux sœurs pour la seconder dans cette double mission, la Mère Bathilde s'adjoignit deux anciennes religieuses: une Clarisse et une Ursuline. Ainsi fut créé en 1805 le pensionnat de Sainte- Angèle d'Oloron, auquel on ne tarda pas à ajouter un externat et un asile. Bientôt la Communauté de Nevers put envoyer plusieurs sœurs et l'œuvre prospéra. La Mère Bathilde la dirigea pendant vingt-cinq ans encore, et mourut le 27 février 1830, regrettée de la population tout entière, qui la vénérait comme une sainte. Deux ans plus tard, en 1832, l'administration de l'hôtel-Dieu pjia la Congrégation des sœurs de Nevers de se charger de cet établissement.
Lorsque les trois triennats de la Mère de Montméja furent expirés, elle demanda à se retirer dans la maison deDecize, dont on lui donna la direction. C'était une des plus pauvres de l'Institut, ce qui explique pourquoi elle fut l'objet des préférences de la vertueuse Mère, que Dieu destinait à reprendre encore le gouvernement de la Congrégation (1).
(i) Annales de la Congrégation.