SOEUR JOSÉPHINE IMBERT, 17- SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
Le 13 mai 1S22, naquit à Luzarthes, au diocèse de Versailles, arrondissement de Pontoise , Louise-Âugustine-Hortense Imbert ; Dieu^ qui )a destinait à la mission importante qu*elle devait remplir plus tard, avait, dè^' ses plus tendres années, orné son esprit et son cœur des dons les plus précieux. Fidèle aux inspirations de la grâce, dès Tâgede dix-neuf ans, c'était en 1841, elle entra au noviciat des Sœurs de la charité et instruclion chrétienne de Nevers. En recevant le saint ha)bit, elle prit le nom de Joséphine.
Nous trouvons dans Talloculion prononcée au jour si douloureux de ses obsèques, un tableau frappant de ce que fut à cette époque la jeune novice : « Oubliant le monde qu'elle venait d'abandonner, les sourires, les avances que déjà peut-être elle en avait reçus, elles*enferma, se plongea dans cette bienheureuse solitude qui fait le charme de ce vestibule aimé de la vie religieuse ; solitude extérieure par la séparation d'avec les créatures, mais surtout solitude intérieure par Tunion que TAme y contracte avec Dieu, par Theureuse habitude qu'elle y prend de marcher toujours en sa sainte présence, de lui rapporter toutes ses actions et de puiser dans son divin cœur, comme dans une source intarissable, toutes les inspirations de sa vie (1) i.
(1) ÂllocutioD prononcée par Mgr Leiong à la cérémonie des obsèques de la révérende Mère Joséphine Imbert.
LES C0N(mÉ6ATI0NS RBLIO. DANS Lfi DIOGË&B DE NE VERS. 415
Après sa profession, qui eut lieu le 30 mars 1842, elle fut envoyée au pensionnat de Montauban et, en 1851, elle fut nommée supérieure à Thospice de Mirande, au diocèse d'Auch. Les familles de Montauban n'avaient pas oublié (ont le bien qu'elle avait opéré dans celle localité , aussi ce fut avec une véritable joie qu^on apprit, en 1854 , que les supérieurs généraux avaient jeté les yeux sur elle, pour la placer comme supérieure à la tète d*un pensionnat dans lequel elle avait laissé de si précieux souvenirs. Mgr Dufétre , dont le jugement était si sûr, avait su apprécier sœur Joséphine, dans les visites qu'il avait fiiles , soit à Mirande , soit à Montauban. Dans ce dernier établissement surtout , il avait admiré la haute intelligence de la supérieure , la bonne direction de sa maison , la tenue parfaite du pensionnat, son habileté dans la disposition des travaux et surtout dans la construction de la chapelle; il avait été frappé du port majestueux qui la distinguait et de cette fermeté, tempérée par la douceur, qui rendait Tobéissance plus facile Nous l'avons un jour entendu dire à la suite d'une entrevue avec sœur Joséphine: Un jour viendra où nous ne serons pas embarrassés pour trouver une supérieure générale.
Au mois de novembre 1861 , elle fut appelée à la communauté par la digne Mère Louise Ferrand, pour y remplir les fonctions de secrétaire générale, et, le 29 décembre 1863,elle fut élue supérieure générale, charge qu'elle remplit jusqu'en décembre 1877.
En dehors des devoirs généraux de leur charge, chaque èvèque, dans son diocèse, chaque chef d'institut dans sa congrégation ou sa communauté ont une mission particulière à remplir, selon les circonstances qui leur sont mén.igées par la Providence et les besoins du moment. Les uns se dévouent aux œuvres et aux fondations nouvelles, les autres travaillent à améliorer, compléter et régulariser les actesde ceux qui les ont précédés. Nous avons vu, sous la Révérende MèrePhilippine Juin j la construction de la Maison-Mère et les nombreuses fondations, qui ne laissaient pas sans inquiétude le conseil d'administration ; à la Mère Joséphine Imbert était réservé de tout compléter, de tout régulariser. Dès le début de son administration, elle avait compris que c'était la mission spéciale qui allait lui incomber. Nous ne reviendrons pas sur les premières opérations du gêné* ralat de la Mère Joséphine Imbert, ni sur le long et pénible procès intenté à l'occasion de la succession de Mgr Dufétre, nous en avons déjà parlé précédemment. Ce procès a achevé de confirmer
l'habile supérieure dans sa résolution de régulariser toutes les acquisitions antérieures. On s'était déjà occupé sérieusement de la rétrocession de Varennes-les-Nevers, des acquisitions de La Charitésur-Loire et de Beaumont-sur-Oise ; on ne pouvait oublier les pensionnats de Limoges, Bagnères-de-Bigorre , Toulouse, l'établissement de Valbenoite (Saint-Etienne)^ etc.
Tout en s'occupant de régulariser les anciennes opérations de la Congrégation, la révérende Mère Joséphine ne négligeait pas les nouvelles fondations qui lui étaient offertes, mettant un soin particulier à tout organiser, de manière à ne rien laisser à désirer. Sous son généralat, un certain nombre d'établissements importants furent créés.
Avant d'entrer dans le détail de ces maisons, nous éprouvons le besoin de répondre à certaines observations que souvent nous avons entendu faire, surtout quand il s'agissait de legs ou de donations considérables. Que de fois nous avons été dans la nécessité de rectifier certains jugements relatifs aux prétendues richesses possédées par la Congrégation; beaucoup de personnes s'imaginent que les fondations nouvelles viennent augmenter proportionnellement les ressources de la Maison-Mère; elles ignorent que les revenus des maisons particulières sont consacrés à l'amélioration de ces établissements, et que souvent la communauté centrale se voit dans la nécessité de leur venir en aide, ce qui n'empêche pas les sœurs de se consacrer généreusement aux œuvres de la ville de Nevers, de voir les pauvres à domicile et d'ouvrir des classes gratuites.
En 1864, la première maison fondée sous l'administration de la Mère Joséphine fut celle de Bourbon-Lancy, diocèse d'Âutun, formant un pensionnat et un externat libres, au profit de l'hospice, dont la fondation remonte à 1767; les sœurs sont de plus chargées de l'école communale et de l'asile.
Les sœurs furent encore appelées, en 1864', à Limoges, pour le dépôt de mendicité.
En 1865, elles vinrent s'établir à Cadours, au diocèse de Toulouse, pour un petit pensionnat et des classes externes; cette maison fut supprimée en 1872, les ressources de la fondation étant devenues insuffisantes.
En 1868, sur la demande de M. le Préfet de l'Allier et de Mgr de Dreux-Brézé, évêque de Moulins, on leur confia la direction de l'asile des aliénés de cette ville; mais en 1872 les sœurs se retirèrent.
La aiême année, un legs considérable fut fait en faveur de la Congrégation: nous voulons parler de la fondation de Montluzin, près Chasselay, au diocèse de Lyon.
Montluzin est un petit château construit à mi-côte du mont d'Or, sur le versant qui fait face aux montagnes du Beaujolais, à Villefranche et au bassin de la Saône. Cette propriété était occupée par trois sœurs, les demoiselles Lacour, qui consacraient en bonnes œuvres leur fortune et leur existence. Elles avaient établi une pharmacie pour venir en aide aux pauvres malades des environs et se trouvaient heureuses de pouvoir aller elles-mêmes leur porter les remèdes dont ils avaient besoin et soigner leurs plaies. Elles avaient fait construire dans la cour du château un oratoire assez vaste pour recevoir les colons chargés de la culture des vignobles qui environnent la propriété, et y avaient attaché un aumônier. Leur pensée était de prendre les moyens nécessaires pour perpétuer leurs bonnes œuvres et continuer, dans les mêmes conditions, ce qu*elles avaient commencé; mais elles n'avaient à cet égard aucune idée bien arrêtée; elles comptaient sur les inspirations de la Providence et sur des circonstances imprévues.
Depuis quelque temps, les trois sœurs avaient conçu le projet de faire avec leur aumônier le pèlerinage de Lourdes, et même d'y construire un chalet sur les bord du Gave, pour aller chaque année en villégiature dans ce lieu béni. Elles ne tardèrent pas à faire leurs préparatifs de voyage et elles se mirent en route. Cependant ce pèlerinage devait avoir ses épreuves ; avant d'arriver à Lourdes, une des trois tomba sérieusement malade, au point qu'on se vit forcé de la déposer dans la première hôtellerie de ville qu'on rencontra, quoiqu'elle ne fût pas des plus confortables. L'aumônier et les deux autres sœurs passèrent la nuit auprès de leur chère malade qui. leur occasionnait de sérieuses inquiétudes.
Les sœurs de Nevers sont chargées de la desserte de l'hôpital de Lourdes, et une d'elles voit les malades à domicile. Le lendemain matin, une personne du voisinage de l'auberge prévint cette bonne sœur de l'état inquiétant de la nouvelle arrivée, lui faisant observer que les secours lui feront défaut. La sœur, n'écoutant que sa charité, proposa à cette intéressante famille de recueillir la malade dans une chambre de Thospice réservée aux religieuses, ^goûtant que ses sœurs et M. l'Âumônier pourraient venir passer auprès d'elle une partie delà journée et lui rendre de concert avec les religieuses
les services qui lui étaient nécessaires. Sa proposition fut acceptée, et au bout d'un mois les bons soins prodigués à la malade avec intelligence et dévouement lui rendirent la santé.
Inutile de dire quelle fut leur reconnaissance pour les sœurs de IJevers; tout en préparant le projet de construction de leur chalet, leurs conversations revenaient souvent sur le dévouement dont elles avaient ressenti les heureux effets.
Vers la fin de la saison, on pensa à retourner à Montluzin, où de nouvelles épreuves attendaient cette pieuse famille: une autre de ces demoiselles tomba sérieusement malade, et voyant sa fin approcher, elle dit à ses sœurs : c Je ne fais pas de testament, mais je pense que vous n'oublierez jamais les sœurs de Nevers. i> L'année suivante, c'est-à-dire en 1867, la malade de Lourdes alla à son tour se reposer dans le sein de Dieu, laissant à sa sœur, Mlle Sabine Lacour, la terre de Montluzin et ses dépendances, ainsi que les maisons de Lyon et de Chasselay, ayant soin de lui rappeler aussi les obligations qu'elles devaient aux sœurs de Nevers. Les trois sœurs avaient arrêté déjà toutes leurs dispositions en dehors des dépendances de Montluzin et de Chasselay; depuis plusieurs années elles avaient fait don aux sœurs de l'EnfantJésus, à Claveizolles, d'un immeuble considérable dans le Beaujolais, et avaient abandonné à Mgr l'évoque de Tarbes le chalet de Lourdes, pour y recevoir au besoin les évèques qui entreprendraient ce pèlerinage. Mlle Sabine Lacour, qui ne devait laisser que des héritiers éloignés et qui avait à cœur de remplir les intentions charitables de ses sœurs, comprit que le moment était venu pour elle de mettre à exécution le projet relatif à Montluzin. Sa santé s'affaiblissait de jour en jour. Gomme elle désirait que ses dispositions testamentaires ne pussent être attaquées, elle eut recours à un habile notaire de Lyon pour lui faire pari de ses intentions et le prier de bien étudier la teneur de son testament, se réservant de le copier elle-même et de lui donner la forme olographe. C'est ce qui eut lieu.
Elle nommait deux légataires à titre universel; fondait à Chasselay un asile pour les enfants, et assurait aux frères des écoles chrétiennes, outre le logement audit lieu de Chasselay, une renie qui devait servir à l'entretien des frères. Elle n'oubliait pas dans ses legs pieux le grand séminaire de Lyon , le séminaire des Missions étrangères de Paris , etc. Quant à la terre de Montluzin et à ses dépendances, elle en faisait un legs spécial desciné à ta Googvégatioa dm
sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers, qui devaient jouir du château tout meuhlé et des récoltes faites et à faire. Les conditions imposées étaient de maintenir comme par le passé un aumônier pour la desserte de la chapelle, de visiter les malades pauvres à domicile et de fournir gratuitement les remèdes nécessaires aux indigents du voisinage , autant que les ressources provenant de ce legs le permettraient , les sœurs devant , aux termes du testament y demeurer seules juges de ces conditions.
La révérende Mère Joséphine Imbert ignorait complètement les détails du voyage de Lourdes et ses conséquences ; jamais elle ne s'était trouvée en rapport avec les demoiselles Lacour ; aussi quand M. Bertoly, qui avait préparé le testement, lui écrivit à la fin de novembre 1868 pour lui annoncer la mort de Mlle Sabine Lacour et ses dispositions testamentaires en faveur de sa congrégation, elle crut qu'elle était sous l'impression d'une hallucination, et elle ne tint aucun compte de l'avertissement du notaire ; ce ne fut qu'après des lettres plus pressantes qu'elle prit la chose au sérieux. Le notaire lui faisait envisager qu'il était important d'envoyer immédiatement des sœurs pour se mettre à la tète de la direction de la maison et ne pas laisser le mobilier et les provisions à la discrétion des domestiques. L'observation était vraie; mais la Mère Joséphine comprenait les suites d'une prise de possession trop précipitée, et avant toute démarche faite auprès du Gouvernement pour obtenir l'autorisation légale, elle avait des précautions à prendre. Elle consentit donc à envoyer des sœurs, mais en déclarant formellement que ce n'était qu'à la demande des légataires universels, dont elles seraient les mandataires, jusqu'à ce que le décret gouvernemental les autorisât à agir en qualité de propriétaires des meubles et de l'immeuble. On évitait ainsi toute difficulté.
D'après ces dispositions le 20 novembre 1868 on procédait à la levée des scellés ; mais on comprendra facilement les délais que devait occasionner la multiplicité des legs ; les préfets de la Seine, du Rhône et de la Nièvr^ les archevêques de Paris, de Lyon et l'évèque de Nevers étaient appelés à donner leur avis et à compléter les dossiers des établissements placés sous leur direction. Nous ne parlons pas d'autres difficultés soulevées par des personnes plus ou moins intéressées. Ce ne fut qu'au commencement de 1872 que le décret collectif fut rendu et que les légataires furent autorisés à prendre possession.
Dès ce moment les sœurs agirent comme propriétaires ; en fondant à Montluzin un petit orphelinat, elles ajoutèrent aux obligations qui leur avaient été imposées.
Tout en s'occupant de régulariser TafTaire du legs de Montluzin, la R. Mère Joséphine Imbert ne négligeait pas l'exécution il* un projet qui lui était cher et qui intéressait la Congrégation tout entière; on avait le désir et l'espérance de découvrir le corps du vénéré fondateur de l'Institut; on savait qu'il avait été inhumé dans l'église paroissiale de Saint-Saulge, où il avait exercé les fonctions de sous-prieur ou de sacristain , car ces deux titres lui étaient attribués. Nous croyons rendre un véritable service à la Congrégation en rappelant ici les démarches qui ont été faites à cette occasion; ce sera comme un procès-verbal exact et consciencieux qui pourra peut-être devenir plus tard de quelque utilité et aider ponr de nouvelles recherches.
Après avoir obtenu l'autorisation des autorités municipales et fabriciennesy le mardi 17 août 1869 on a commencé â lever les dalles des deux travées de la grande nef de l'église , au bas des degrés du chœur, et une partie des terres.
Le lendemain mercredi, on continua les opérations , et on arriva jusqu'au terrain primitif, qui n'avait pas été remué. Sur ce terrain étaient déposés une quantité d'ossements entassés pèle -mêle et qui provenaient probablement de l'église antérieure à l'église actuelle, puis deux murs, l'un posé sous les piliers du bas-côté [i) méridional et l'autre à un mètre environ du pilier du bas-côté septentrional.
On a reconnu dans ce dernier mur des débris de charbon; les ouvriers ont pensé qu'il y avait eu en cet endroit un ancien foyer, mais il nous parait plus probable que ce sont des traces d'incendie. Ces deux murs auraient été ceux d'une première église antérieure au monument de l'époque romane dont le chœur actuel et la crypte sont des restes. Cette opinion est basée sur la position des murs en question, qui ne se trouvent pas dans le plan de l'abside, quoique dans la même direction. La première église, ^ui devait être celle de Saint-Martin, était évidemment moins large que la seconde, et la troisième, œuvre de la fîn du quinzième siècle ou du commencement
(1) L'auteur de cet article assistait aux fouilles avec M. l'abbé Valois, ancien curé de Saint-Saulge, et consignait sur place le résultat des travaux.
du seizième, aurait élé construite en donnant à la nef centrale la largeur de l'abside conservée.
Les piliers du côlé méridional ont été élevés à la place d'un mur qui a été défoncé et dont la partie supérieure a été maintenue au moyen d'étais ; cette portion de l'ancien mur règne au-dessus des arcades de pénétration des bas- côtés et a conservé des baies romanes de l'époque primitive; on y reconnaît l'action du feu.
Devant la balustrade du chœur, nous avons découvert les corps de quatre prêtres parfaitement disposés la tète à l'orient et regardant les fidèles. L'un portait encore des débris d'une étole; sur les pans les croix en galon de cuivre présentaient une étoffe verte; mais il est à croire que c'est le galon oxydé qui avait occasionné cette teinte. Les renseignements pris auprès des anciens de la cité et des parents de la famille de dom de Laveyne n'étaient pas assez précis pour nous
permettre de prononcer un jugement certain; nous devons nous contenter de dire que l'un des quatre corps découverts au bas du chœur était probablement celui qui était l'objet des recherches.
Le vendredi on a pratiqué des fouilles dans le bas côté méridional, continuant dans cette direction celles de la grande nef, mais sans aucun résultat.
Les sœurs ont pu se procurer la chaire qu'avait occupée dotyi de Laveyne et qu'il avait probablement fait confectionner lui-même, quelques années avant la fondation de sa petite communauté; elle est déposée au noviciat. Elle porte la date de 1677, et deux lignes incomplètes d'inscription. On y lit:
IGNARO SEMITÀM.
DEVIAM MONSTRARE.
On peut en compléter le sens : C'est du haut de la chaire que le prédicateur indique à Vignorant le chemin qu'il doitsuivrôy ei à celui qui s'est égaré la voie qu'il n'aurait pas dû quitter.
Mais reprenons la liste des fondations de la Mère Joséphine Imbert :
En 1869, M. de Lavenne de Sichamps, propriétaire àBilly-sur-Oisy, diocèse de Nevers, a pris à sa charge tous les frais d'un établissement de sœurs de Nevers pour les classes de la localité et la visite des malades.
En 1871 , M. le marquis de Chabannes a voulu aussi doter la commune de Saint-Martin -du -Puy, diocèse de Nevers,
422 LES G0NGRÉ6ATI0NB RELIGIEUSES
d'une maison de sœurs de Nevers, pour les classes et la visite des malades.
La même année, les sœurs de ladite Congrégation, qui avaient précédemment été appelées à Dornes, pour y desservir l'hôtel-Dieu, le pensionnat et les classes» et qui avaient été remplacées plus tard par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul , furent sollicitées de nouveau pour revenir dans cette localité, lesdites sœurs de Saint- Vincent s'étant retirées de leur plein gré. Sur les instances de la population, M. le Maire et M. le Curé obtinrent le retour des sœurs de Nevers.
En 1874, Luzarches (Seine-et-Oise). Sur la demande de M. Tabbô Soret, ancien curé-doyen de Luzarches et président de la commission administrative de Torphelinat fondé par ses soins et à ses frais, lès sœurs de Nevers furent appelées dans cet établissement.
— Les Milles, près Aix, en Provence. Sur la demande de
Mgr Forcade , archevêque d'Aix , ancien évèque de Nevers, une maison, dirigée par les sœurs du même Institut, fut fondée dans son diocèse.
— Gannat (Allier). Un externat libre fut fondé sur la demande
de M. l'abbé Dulin, curé-doyen de Gannat, qui désirait vivement avoir dans sa paroisse une maison d'éducation dirigée par les mêmes sœurs. Il fut convenu qu'elles conduiraient leurs élèves aux offices de l'église paroissiale.
Ce petit établissement devint tellement sympathique et prospère, qu'il menaçait de faire tomber un autre établissement voisin dont une autorité respectable protégeait les intérêts. Les sœurs de la Charité de Nevers, de l'avis même du fondateur de l'externat, durent abandonner cette œuvre.
En 1876, Gaillac-sur-Tarn, asile de vieillards invalides. Cette maison a été fondée par la commune de Gaillac avec le legs de M. Barthélémy, évalué environ à 117,300 fr., dont 40,000 fr. ont servi à payer l'immeuble consacré à ladite œuvre, à laquelle sont réunies les écoles communales et la salle d'asile, conûées également à la Congrégation.
En 1876, Mirande, pensionnat. Cet établissement, d'abord annexé à Thospice, lors de sa fondation (1823), en fut séparé en 1863 et transféré dans un local dont les frais du loyer étaient supportés par M. Fabbé Bartherote, curé-archiprêtre de Mirande. En 1876, le digne fondateur, pour assurer la perpétuité de son œuvre, acheta un immeuble qu*il donna ensuite à la Congrégation, pour l'installation définitive dudit pensionnat.
Orphelinat de Lourdes. — En 1834, les sœurs de Nevers avaient été appelées à Lourdes , ville peu connue alors. Cependant les Nivernais ne peuvent ignorer que c'est à notre illustre Vauban que Lourdes est redevable de la construction de son fort. Ce sont lesdites sœurs qui, depuis cette époque , y sont chargées de la desserte de l'hospice, du soin des malades, de l'éducation des jeunes filles et de la direction de la salle d'asile.
C'est à l'une des enfants pauvres de la localité que la sainte Vierge daigna apparaître, en 1858, aux roches de Massabielle, Bernadette, accueillie depuis à l'école des sœurs de Nevers a grandi, pendant huit ans, entourée de leurs soins maternels ; et, lorsque l'âge lui a permis de se donnera Dieu sans retour, c'est dans leur Congrégation qu'elle a voulu servir le Seigneur, prononcer ses vœux et devenir la sœur Marie- Bernard.
De nouveaux liens attachaient donc plus intimement la Congrégation à cette localité et l'ont déterminée à y fonder un orphelinat , devenu tout à fait indispensable , et formant le complément nécessaire de leur salle d'asile et de leur école.
c L'immense afQuence des pèlerins qui arrivent à Lourdes donne aux enfants des classes indigentes la tentation d'aller mendier sur le chemin de la grotte, et, par suite, de prendre des habitudes funestes pour leur avenir. Retirer de ces périls les petites filles sans appui naturel , les instruire et leur apprendre à gagner honnêtement leur vie par le travail , les placer ensuite comme ouvrières , et les patronner encore après leur sortie de la maison, tourner à bien, autant que possible , le malheur qu'elles ont d'être sans famille , tel est le but que veulent atteindre, telle est l'œuvre nouvelle qu'entreprennent les sœurs de Nevers.
» Pour réaliser cette œuvre, en continuant toutes les autres que
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dirigent les sœurs de Nevers, elles n'ont d'autres ressources que leur zèle, leur charité, leur foi en Dieu. Tout le reste leur manque, car elles sont dans une pauvreté dont on ne peut avoir une véritable idée qu'en visitant l'hospice et l'école qu'elles dirigent.
» Mais Texpérience des choses de Dieu leur a appris à avoir confiance dans les cœurs chrétiens. Parmi tant de pèlerins qui se rendent à Lourdes, et qui y laissent de pieuses offrandes pour édifier le temple matériel, plusieurs auront la pensée de contribuer aussi, en ce lieu béni, à élever un autre temple invisible et sacré où le Seigneur se plaira à habiter, et ils voudront offrir à Dieu et à Marie, non-seulement des pierres que l'on taillera, mais des âmes, des pierres vivantes, que l'on essayera de former à l'image de Jésus-Christ.
» C'est dans cette croyance, c'est dans cette espérance assurée que les sœurs de Nevers, établies à Lourdes, font appel à la charité de ceux qui connaîtront leur œuvre et qui, en la considérant un instant, se souviendront et s'inspireront de cette parole, laquelle ne peut être vaine et stérile, en cette terre de grâce et de miracles : c Ce que vous avez fait au plus petit d'entre ceux-ci, c'est à moi- > même que vous l'avez fait (1). >
L'œuvre des orphelines de Lourdes, fondée en 1874, par la vénérée Mère Joséphine, dans une maison à loyer, rue du Tribunal, n^ 8, a été transférée, en octobre 1878, dans le nouveau local édifié aux frais de la Congrégation, sur un emplacement sis en face de la grotte, route de Pau. La Congrégation a été autorisée à acquérir cet emplacement par décret présidentiel du 27 mars 1876, moyennant la somme de 26,617 fr.
Mgr Langénieux, alors évéque de Tarbes, a bien voulu contribuer à cette acquisition pour une somme de 18,000 fr. provenant d'un don fait à Sa Grandeur par une auguste donatrice.
Les nouvelles constructions, bien étudiées pour le but qu'on se proposait, s'élevèrent avec rapidité , et bientôt trente orphelines purent y être admises. Le nombre a plus tard dépassé ce chifire , et l'établissement, avec la bénédiction de Dieu et la charité des pèlerins, ne peut que prospérer.
Il était impossible, on le comprendra facilement, d'entreprendre
(1) Prospectus exposant le but de l'œuvre.
DANS LE OIOGËSE DE NE VERS. Alb
ce travail de réorganisation dans certaines localités sans soulever bien des difficultés ; des traités avaient été passés entre la Maison- Mère et les administrations municipales ou hospitalières, et dans les temps agités que nous traversons, plusieurs de ces administrations avaient voulu ou modifier les traités ou les abolir, sans trop se préoccuper des droits acquis. La congrégation, qui avait à faire valoir ces droits et à défendre en conscience ses intérêts , se vit dans la nécessité d'avoir recours aux tribunaux et de s'engager dans des procès dont les résultats lui furent constamment favorables. Telles furent les luttes engagées entre Foix, Seignelay, le double procès de Prémery, etc. , non compris les legs et les donations contestés.
Cependant la révérende Mère Joséphine Imbert, épuisée par ces travaux incessants, sollicitait depuis longtemps la faveur d'être déchargée du lourd fardeau qu'elle portait depuis quatorze ans, pour le plus grand bien et à l'honneur de sa chère Congrégation. Mais ses sœurs s'y refusaient toujours ,* il semblait que Dieu dût consentir à prolonger indéfiniment l'espèce de miracle qui suspendait en faveur d'une si chère existence les lois ordinaires de la nature (1).
Elle était d'ailleurs si bien faite pour la supériorité I C'était là vraiment sa vocation ; on le sentait à son attitude, à son regard, au son de la voix, à son geste, à l'expression de sa physionomie...
Il fallut bien céder enfin à ses humbles instances. C'était à la fin de l'année 1877, et deux mois à peine écoulés, le 1^ mars 1878, Dieu l'appelait à lui, au début de ce mois consacré à saint Joseph, sous le patronage duquel s*était abritée sa vie religieuse tout en* tière, et quelques jours seulement après Pie IX[qui, en approuvant sa règle, avait été et était demeuré pour elle le souverain bienfaiteur et comme un ange terrestre.
Les obsèques eurent lieu dans l'église de la Maison-Mère, au milieu d'un concours extraordinaire.
Au clergé de Nevers et des environs, aux nombreuses sœurs de la Congrégation accourues des diverses maisons pour rendre les derniers honneurs aux restes mortels de leur Mère vénérée, s'étaient jointes les personnes les plus distinguées de la ville, ayant à cœur
(1) Allocution prononcée par Mgr l'Evêque de Nevers à la cérémonie des obsèques, passim.
de donner ce témoignage de sympathie à cet Institut qui rend tant de services sur tous les points de la France, et aussi d'affirmer par leur présence la haute idée qu'ils avaient des vertus de la Mère Joséphine.
Monseigneur^ assisté de ses vicaires généraux et entouré du chapitre de sa cathédrale, voulut lui-même donner l'absoute, après avoir prononcé l'oraison funèbre de la vénérable défunte, dont il avait su apprécier, en quelques mois, les éminentea qualités.
c Que la Congrégation des sœurs de Nevers pleure I disait le pontife. Ce n'est certes pas moi qui lui en ferai un reproche ni qui m'en étonnerai : j'unirai plutôt mes larmes aux vôtres, car moi aussi je perds beaucoup. Bien qu'il m'ait été donné de connaître votre Mère seulement à la fin de sa vie, alors que dans le vase d'argile tombant en décomposition , cette âme ne projetait plus, pour ainsi parler, que ses dernières lueurs, il ne m'avait fallu ni beaucoup de temps ni beaucoup d'étude pour comprendre que la divine Providence me mettait en face d'une de ces natures d'élite dont le ciel n'est malheureusement pas prodigue pour la terre. »
SGëUR ADELAÏDE DONS, 18* SUPÉRIEURE GÉNÉRALE.
Les suffrages de la Congrégation appelèrent au mois de janvierl878 la Mère Adélaïde Dons, supérieure de l'hôpital général de Nevers depuis 1865, au redoutable honneur de succéder à la révérende Mère Joséphine. Il ne fallait rien moins que le sentiment de l'obéissance religieuse pour vaincre la modestie de la '^nouvelle élue et lui faire accepter cette charge. Ses qualités administratives avaient été , d'ailleurs, remarquées à Nevers, notamment pendant la cruelle période de 1870-1871, et précédemment dans les hospices de Moulins (Allier), de Lodève (Hérault), de Bagnols (Gard).
Sœur Adélaïde née, le 16 mars 1812, à Castres, département du Tarn, d'une honorable famille qui lui fit donner sa première instruction chez les sœurs de la Présentation-de-Marie dont la Maison- Mère est à Castres, entra dès le mois de janvier 1829 au noviciat des sœurs de la Charité de Nevers. Elle y ût profession le 25 mars 1830, et fut immédiatement envoyée au Vigan (Gard), en qualité d'insli-
Dans le DI0GÈ8B DE NBVEM. 4?7
tutrice et d'hospitalière. Elle en sortit en 1836, pour entrer à Thos» pice de Nîmes (Gard), qu'elle ne quitta en 1842 que pour exercer les fonctions de supérieure à Bagnols.
Pendant la courte administration de cette digne Mère, la Oongrégation vit s'établir dans le diocèse, en 1879, à Clamecy, par les soins du comité des dames de la charité de cette {ville , l'école gratuite de Sainte- Marthe ;
En 1880, à Varzy, une école libre (pensionnat Sainte->Eugénie) et un externat payant ;
En dehors du diocèse, en 1880, à Saint-Pourçain (Allier), une école libre, comprenant un pensionnat et un] externat, par suite de la séparation du pensionnat d'avec l'hospice.
La même année l'Institut orthopédique , à Lyon, dirigé par le docteur Pravaz , appelait aussi pour le desservir les sœurs de Ne vers.
Mais l'événement important de cette époque, celui qui tient la plus large part dans les souvenirs de la communauté, fut le décès en la Maison -Mère, le 16 avril 1879, de Thumble sœur Bernadette Soubirous, en religion sœur Marie -Bernard, l'heureuse voyante de Lourdes, la privilégiée de Marie Immaculée,
Dès que la nouvelle de cette mort se fut répandue dans la ville, il n'y eut partout qu'un cri s'échappant de tous les cœurs : La sainte est morte, et une foule nombreuse ne cessa de se presser autour de la dépouille mortelle exposée, selon l'usage de la maison, dans la chapelle du couvent. Les hommes, les femmes, les magistrats, les militaires, les ouvriers, les prêtres, tous voulaient posséder quelque objet qu'on lui avait fait toucher. Les funérailles, présidées par Mgr Lelong, assisté de ses grands vicaires, eurent lieu le samedi 19 avril, en présence d'un nombreux clergé, de députations de toutes les communautés de la ville et des environs, et d'un immense concours de toute la population de la ville.
Sa Grandeur, après la messe, et avant l'absoute, fit l'éloge de la défunte en commentant ces paroles du livre de Tobie : Sacramentum régis ahscondere bonum est : opéra aulem Dei revelare et confiteri honorijicum est: c II est bon de cacher le secret du roi , mais il est honorable de révéler et de confesser les œuvres de Dieu. » Puis, la longue procession , comme une marche triomphale, se dirigea avec ordre,, à travers les cours et les jardins, jusqu'à la chapelle de Saint Joseph, dernière œuvre de Mgr Dufétre et bénite
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par lui quelques jours avant sa mort (1). C'est là que repose/sous la protection du grand saint qu'elle avait tant aimé pendant sa vie, le corps de Bernadette, et Dieu seul sait quelles prières ardentes ont été répandues depuis dans ce sanctuaire et quelles secrètes faveurs en ont été la récompense.
SOEUR MARIE-THÉRËSE VÂUZOU, 19« SUPÉRIEURE GÉNÉRALE.
Appelée depuis 1861 à Nevers par la révérende Mère Louise Ferrand pour remplir la charge de maîtresse des novices, en remplacement de la digne Mère Rosalie Bouvet, nommée première assistante, sœur Marie-Thérèse Vauzou fut élue supérieure générale le 8 janvier 1881, après la retraite de la très-honorée Mère Adélaïde Dons.
Quelques mois seulement se sont écoulés depuis cette élection ; il nous est interdit de devancer l'heure de Thistoire; à d'autres nous laisserons le soin de raconter combien de demandes déjà ont été adressées à la nouvelle supérieure générale pour la création de divers établissements : à Oloron-Sainte-Marîe ( Basses-Pyrénées ) , annexe de l'hospice de cette ville; à Paris, paroisse Saint-Ânloine, une école libre dont le zélé curé de la paroisse prend tous les frais à sa charge, etc.
(1) Voir pour de plus grands détails la Semaine religieuse du diocèse, 16* année, n** 9 et 10.