‹ Les congregations religieuses dans le diocese de Nevers: Congregations de femmesChapitre 8 sur 83 · MONT-DE-PIÉTÉ A LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

MONT-DE-PIÉTÉ A LA CHARITÉ

Yers le même temps, Dieu inspirait à la nièce de dom Yeni d'Arbouze le désir de rétablir dans toute sa pureté la règle de saint Benoit dans les monastères de femmes (2). Marguerite d'Arkouze, abbesse de Saint-Pierre de Lyon, mûrit ce projet et devint la réfor« matrice et la restauratrice de Tabbaye du Val-de-Grftce, qui a jeté les premiers fondements du monastère du Mont-de-Piété à La Charitésur-Loire.

Il est vrai que déjà sœur Madelaine de Rochechouard, religieuse de l'abbaye de Charenton, en Berry, avait commencé cet établisse* ment avec l'autorisation de François de Donnadieu , évéque d'Auxerre. Elle était fille de François de Rochechouard, seigneur du Jard^ et de dame Anne de Bérule, nièce du cardinal de ce nom. Elle avait essayé d'inspirer aux religieuses de Charenton le désir de vivre dans une parfaite observance de la règle de leur saint fondateur ; mais, éprouvant beaucoup de résistance, elle résolut de se retirer, avec la permission de l'abbesse et des Pères qui gouvernaient cette congrégation^ auprès de dame Anne de Ghâteau-Bodeau, religieuse de la même abbaye , qui en était sortie, quelques années auparavant, pour former un nouvel établissement à Charly, dans la même contrée, ce qu'elle fit avec sœur Gilberte de Fontays, au mois d'août 1623.

Sur ces entrefaites, les échevins et bourgeois de La Charité avaient conçu le projet d'établir dans leur ville un monastère de religieuses réformées de Tordre de Saint-Benoît ; le sieur François du Broc, seigneur du Nozet, et Aimée de Thibault, sa femme, voulurent en être les fondateurs, offrant pour cela leur maison dite de Saint-Révérien, située à La Charité, et toutes ses dépen-

(1) Toir les Congrégations religieuses d'hommes, p. 404 et suivantes.

(2} Ce récit a été extrait en entier de la Chronique manuscrite du prieuré de La Charité ; nous avons tenu à la reproduire textuellement, sauf quelques légères modiflcations qui nous ont paru nécessaires.

dances. Les échevins députèrent ensuite vers la dame de Chftteau- Bodeau, qui n'avait pas encore commencé les bâtiments de Charly, pour la prier de venir s'établir à La Charité. Elle écouta leurs propositions et les chargea d'en obtenir la permission de messire François de Donnadieu, évéque d'Auxerre, qui l'accorda volontiers le 16 novembre 1624.

Dom Passelègue, prieur claustral, et ses religieux donnèrent aussi leur consentement, et l'abbé de Cluny en fit autant le 29 novembre de la même année. Mais Mme de Chàteau-Bodeau ayant soulevé quelques difficultés, la donation fut faite à dame de Rochechouard par contrat du 27 novembre 1624 ; le jour de l'Immaculée-Conception, dom Passelègue la mit en possession de ladite maison, et bénit la chapelle du nouveau monastère qui fut dédié à Notre-Dame de Piété et à saint Benoit, -ce qui fut fait avec une grande solennité. La dame de Chàteau-Bodeau et ses compagnes consentirent, par acte du 18 février 1625, à ce que la donation eût son effet en faveur de Madelaine de Rochechouard. Cejtte pieuse religieuse, se voyant seule pour former cet établissement et délaissée de ses compagnes, ne se rebuta pas, s'appuyant sur le secours du ciel ; elle reçut trois ou quatre filles auxquelles elle donna l'habit de novices et qu'elle éleva dans Tesprit de la réforme.

Le cardinal François Barberini, légat du Pape en France, confirma tout ce qui avait été fait, par sa bulle donnée à Fontainebleau le 7 des ides de juillet 1625, seconde année du pontificat d'Urbain VIII, et permit à ladite dame de recevoir des novices, stipulant entre autres choses que l'abbesse ou supérieure serait élue de trois ans en trois ans par la communauté.

Malgré son mérite, sœur Madelaine de Rochechouard crut qu'elle n'était pas assez instruite en fait de régularité, et désira s'adjoindre des sœurs du Val-de- Grâce ; elle en parla au P. dom François Rapine, prieur de Saint-Pierre-le-Moûtier, qui fut fort de son avis. On en écrivit à l'évéque d'Auxerre. Le prélat agréa cette proposition et s'employa auprès de Monsieur de Paris pour obtenir quelques religieuses de cette abbaye. Monsieur de Paris envoya quatre religieuses, parmi lesquelles était Marguerite Yeni d'Ârbouze, sous la conduite du sieur de Ferrage, docteur en Sorbonne. Elles arrivèrent à La Charité le 4 mai et furent reçues et complimentées à la porte de la ville et conduites ensuite à leur nouveau monastère au chant du Te Devm. Ce monastère fut nommé Mont-de- Piétés à cause de la grande

piété et dévotion que ces vertueuses filles y établirent et qui ne se sont pas affaiblies.

Sœur Madelaine de Rochechouard, autrement dite sœur de Jard, et ses novices les reçurent avec joie : elles procédèrent à l'élection^ et la révérende Mère d'Arbouze fut élue première prieure.

La première chose qu'elle fit fut d'établir une parfaite clôture et d'y pratiquer les constitutions du Val-de-Grâce ; elle employa tous ses soins pour y faire régner la régularité et nomma sous-prieure la Mère Marie de Bruges.

La sœur Madelaine de Rochechouard voulut recommencer un noviciat dans la réforme; elle fut nommée Sœur-de-Jésus dont elle chercha toute sa vie à propager la gloire.

La Mère Marguerite d'Arbouze fit réparer tous les bâtiments et en fit édifier de nouveaux, afin de rendre le monastère des plus réguliers. Elle y fit travailler avec tant d'ardeur qu'en peu de temps la maison fut mise en état d'une parfaite régularité. Il est vrai que tous les habitants de La Charité voulurent y concourir : les uns fournissaient la pierre, les autres le sable, d'autres différents matériaux, et le peuple fournissait sa peine et ses journées.

Cette nouvelle réforme jeta tant d'éclat que bientôt on la demanda de toute part, et aux sollicitations de Mme de Montigny, abbesse de Charenton, la Mère d'Arbouze se décida à partir avec deux de ses religieuses pour aller l'établir dans ce monastère. Trouvant des difficultés de la part des religieuses, elle se retira. Se sentant malade et voulant mourir dans son couvent, elle hâta son départ; mais sa maladie augmentant, elle fut obligée de s'arrêter au château de Sery. Elle fit demander dom François Rapine, grand vicaire de l'évéque d'Auxerre, et se démit entre ses mains de son prieuré du Mont-de- Piété, voulant que, de son vivant, on procédât à l'élection d'une autre prieure, n'ayant d'autre désir que de mourir simple religieuse. Dom Rapine partit pour La Charité et fit procéder à l'élection. La révérende Mère Catherine de Compans , religieuse du Val-de- Grâce, fut élue. Il retourna de suite porter cette nouvelle à la Mère d'Arbouze, qui en fut très-satisfaite , et ne pensa plus qu'à se disposer à la mort.

Après avoir reçu les derniers sacrements avec une foi vive, elle rendit son âme à Dieu le 16 août 1626. Son corps fut transporté à Paris, au VaUde-Grflce, où il repose.

S8 LBS CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES

La révérende Mère Compans travailla à conserver l'esprit de régularité que la Mère d'Arbouze y avait établi. Bientôt les religieuses du Yal-de-Grâce, voyant qu'elles n'étaient plus nécessaires à La Charité, s'en retournèrent à leur premier monastère, laissant la Mère Madelaine de Rochechouard pour prieure, ayant été élue par tous les suffrages des professes du Mont-de-Piété ; ce qui eut lieu au mois d'avril 1630. Jusqu'à sa mort, cette sainte religieuse a conservé fidèlement l'esprit du Val-de-Grâce, et a eu l'avantage de donner plusieurs de ses religieuses pour être les réformatrices d'un certain nombre de monastères.

L'abbaye de Charantonnet, de l'ordre de Saint-Benoit^ transférée dans un feubourg d'Auxerre ; l'abbaye de Crisenon, située à quatre lieues de la même ville, reçurent de ces saintes filles, ainsi que le nouveau monastère de Sauvigny, en Bourbonnais, que la révérende Mère Bardou, prieure d'Iseure-les-Moulins, venait de fonder. Nous verrons bientôt que le monastère de Cosne fut une filiation de celui de La Charité. La reine-mère^ passant à La Charité avec le roi, voulut honorer de sa visite les pieuses filles de saint Benoît, et leur promit sa protection.

La réforme dont il est question paraissait d'une si haute importance que les rois, en plusieurs circonstances, ne balancèrent pas à Tappuyer de leur autorité. Nous avons une lettre de la reine Anne d'Autriche adressée à l'abbesse de Saint-Julien d'Auxerre que nous croyons devoir reproduire ici :

c Madame l'abbesse de Saint-Julien, vous ayant envoyé des religieuses du Val-de-€rrâce pour la réforme de votre maison de Saint- Julien à Auxerre, j'ai été bien aise d'apprendre, tant par l'ecclésiastique que je vous avais donné pour leur conduicte que par la lettre que vous avez esorite à la Mère prieure de Saint-Julien, tous les témoignages de bonté et d'affection qu'elles ont reçus de votre part pour l'advencement de la gloire de Dieu et le restablissement de l'observance de la règle de saint Benoist dans vostre abbaye. J'auray toujours beaucoup de satisfaction de vous quand vous continuerez dans ces bons desseins et que vous suivrez les advis de Monsieur l'évéque d'Auxerre qui n'a rien tant à cueur comme le rétablissement de vostre maison. Je ne doute point que si vous leur donnez les mains pour l'exécution de cette œuvre, nous ne les scachions bien tost dans sa perfection. De quoi je vous scauray gré et vous le tesmoigneray

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en (outes sortes d'occasions. Cependant je prie Dieu vous avoir. Madame l'abbesse de Saint-Julien, en sa sainte garde. > Ecrit à Paris, le IS*' jour de novembre 1646.

» Signé : Anne (4). »

La Mère Madelaine de Rochechouard fut réélue en 1633. D'après les constitutions, elle ne pouvait demeurer régulièrement plus de six ans en charge; c'est ce qui fait qu'on la retrouve alternativement prieure et sous-prieure. Cependant^ dans ses dernières années, la communauté tint à la conserver prieure, ce qui eut lieu sans doute avec l'assentiment de Tévêque d'Auxerre. Nous la voyons sousprieure depuis 1636 jusqu'au mois de juin 1642, époque à laquelle elle fut élue prieure pour la troisième fois.. En 1645, le 22 août, elle est nommée sous-prieure, et au mois de décembre 1647 elle fut élue prieure pour la quatrième fois. C'est à partir de cette élection qu'elle conserva sa charge jusqu'à la fin de sa vie. Elle fut réélue en 1651 pour la cinquième fois, en 1654 pour la sixième fois et en 1657 pour la septième fois. Ce n'est pas sans raison que nous conservons ces dates. Gomme le grand réformateur des Bénédictins de La Charité, dom Mauvielle, la fondatrice des Bénédictines réformées du Montde-Piété, dans la même ville, est morte en odeur de sainteté; et, sans vouloir devancer les jugements de l'Ë^lise, nous avons pensé que peut-être un jour ces détails pourraient avoir leur utilité. Ce fut le 9 août 1658 que Madelaine de Rochechouard rendit son âme à Dieu dans les sentiments de la piété la plus ardente. Depuis plusieurs années sa ferveur envers la sainte eucharistie avait encore augmenté, et c'était pour elle un besoin de faire tous les jours la sainte communion. Dieu lui accorda la consolation de voir sa communauté suivre avec ferveur le chemin qu'elle avait tracé et se soumettre fidèlement aux constitutions du Yal-de-Grâce (2).

Ce fut encore une des gloires du monastère du Mont* de-Piété de voir les religieuses de ce monastère appelées sur différents points pour y établir la réforme ou pour y fonder de nouvelles maisons selon lesdites constitutions. Tel fut le monastère réformé des Béné* dictines de Cosne dont noua parlerons bientôt.

(1) Nouvelle édition de L^euf, tome IV» p. 368.

{%) Chronique manuscrite du prieuré de La Charité.

40 LES G0NGRË6ATI0N8 RBLIG. OA198 LE DIOCÈSE DE NEVERS.

Les religieuses du Mont-de-Piéié persévérèrent dans leur régu* larité jusqu'au moment où la tourmente révolutionnaire les dispersa. En 1790, la prieure était Mme Fiteau.

Le monastère fut acquis plus tard par les Visitandines lorsqu'elles se réunirent à La Charité en 1820; elles l'occupèrent jusqu'en 1854, époque de leur transfert à Nevers. Depuis ce moment^ cette maison fût habitée par les Augustines, chargées de desservir l'hospice de la ville qui y fut transféré.

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