CONGRÈS DU PARTI OUVRIER FRANÇAIS, MOI^T
luçon, 1898. — En mai 1898 avaient eu lieu les
élections générales ; les socialistes avaient consolidé et accru leur succès de 1893. Les différents partis, par la discipline expresse on tacite qu'ils avaient réciproquement observée, avaient encore avancé l'heure de l'union. Et en effet, on vit se reconstituer à la Chambre un groupe « d'union socialiste ».
D'autre part, depuis la fin de 1897, la France était agitée, passionnée, divisée par l'affaire Dreyfus. Et, comme tous les partis politiques, le parti socialiste avait été surpris et troublé par le brusque déchaînement de cette affaire. Tandis que les amis d'AUeinane, de Brousse, et les socialistes indépendants — particulièrement Jaurès et Gérault-Richard — intervenaient violemment dans la lutte, Guesde et Vaillant semblaient préconiser une attitude différente. A leur avis, h les prolétaires n'avaient rien à faire dans celte bataille qui n'était pas la leur... Ils n'avaient, du dehors, qu'à marquer les coups et à retourner contre l'ordre ou le désordre social les scandales d'un Panama militaire s'ajoutant aux scandales d'un Panama financier ».
Mais précisément de ce désaccord pratique des socialistes devant une crise aussi grave semblait résulter la nécessité d'une organisation unitaire, d'une représentation commune qui à tous les militants, à tous les groupes pût dicter la volonté unique du prolétariat. Dès ce jour, dans la presse, dans des réunions publiques, les socialistes indépendants entamèrent une campagne active pour l'unité. D'ailleurs n'allait-il pas être nécessaire d'opposer à tous les ennemis
de la liberté coalisés contre la République, césariens et cléricaux, nationalistes et antisémites, la vigueur concertée de toutes les forces révolutionnaires ?
C'est dans ces circonstances que s'ouvrit à Montluçon, le 17 septembre 1898, le Congrès du Parti ouvrier français.
Par une résolution fortement motivée, il condamna l'antisémitisme comme une forme de la réaction cléricale, qui, « malgré toutes ses pétarades démagogiques, n'a jamais pu faire illusion à une fraction quelconque de la classe ouvrière consciemment organisée » . 11 condamna le nationalisme « qui n'est pas même une rétrogradation, ne correspondant à aucun fait dans le passé..., qui est en contradiction avec toute la société moderne, essentiellement internationale dans sa production et ses échanges..., qui, ainsi convaincu de n'avoir ni passé ni présent, n'existe, d'une part, que comme un moyen de diviser et d'armer les uns contre les autres les travailleurs, dont l'affranchissement est subordonné à leur action internationale ; d'autre part, que comme un moyen pour la classe capitaliste de rançonner ses prétendus compatriotes ».
En même temps, le Congrès approuva un Projet d'unité socialiste ainsi conçu :
« I. — Entre le Parti ouvrier français, le Comité révolutionnaire central, la Fédération des travailleurs socialistes, le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire et les socialistes dits indépendants, il est formé une union centrale sans
que rien soit ou puisse être modifié dans le fonctionnement intérieur de ces diverses organisations, ni dans leur mode de propagande.
» Pour entrer dans cette union, les socialistes indépendants auront it s'entendre entre eux et à s'organiser sur la base du programme minimum, dit programme de Saint-Maiulé.
» II. — L'organe représentatif de ITnion sera constitué par une délégation de chacune des cîn<| organisations sus-indiquécs.
» Ces délégués dont le nombre, pour chinjue organisation, sera proportionnel au chiffre .les voix qu'elles a réunies sur ses candidats aux dernières élections législatives, auront à se réunir chaque fois qu'un des incidents de la lutte politique ou économique appellera une décision commune ou une action d'ensembïe. »
Ce qui caractérisait donc le projet du Parti ouvrier, c'est tout d'abord que les organisations restaient intactes ; puis que l'union, loin d'être continue et organique, n'eût été que fortuite et accidentelle. 11 faut ajouter que, par des résolutions d'ordre intérieur, le Congrès de Montliicon voulut fortifier encore la constitution centralisatrice du Parti ouvrier et accélérer le progrès de sa propagande particulière.