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TROISIÈME CONGRÈS OUVRIER SOCIALISTE

(Marseille, 1879)

Les travailleurs de Paris, mandatés à cet effet parle Congrès de Lyon, s'occupèrent de rendre aux délégations étrangères envoyées à l'Exposition universelle l'accueil que les délégués français avaient trouvé à Londres, en 1862, à Vienne, en 1873, à Philadelphie, en 1876. Dès mars 1878, une commission d'initiative invita, non plus seulement les syndicats, mais « tous les groupes ouvriers » à nommer chacun un délégué pour constituer le comité de direction du Congrès international ; mais dès le commencement d'avril, les journaux officieux publiaient la note suivante : « Les efforts tentés pour organiser un congrès ouvrier à Paris pendant l'Exposition peuvent être considères aujourd'hui comme ne pouvant aboutir. Le gouvernement est résolu à ne point autoriser cette réunion. »

Le président du Conseil, Dufaure, l'auteur de la loi du 23 mars 1872 sur l'Internationale, venait d'ordonner contre YÈgalité perquisition et saisie ; depuis un mois il faisait détenir à Mazas ou à Saint-Lazare quelques socialistes italiens et russes, poursuivis comme affiliés à la célèbre association ; il eût manqué à ses principes politiques en tolérant un Congrès international. Le Congrès, annoncé dans le mois

de septembre, fut interdit par un ordre formel de la préfecture de police.

Le rôle actif de Jules Guesde commence alors. Dès l'origine, Guesde et ses collaborateurs avaient désiré participer au Congrès international. Ils comptaient d'ailleurs, parmi les socialistes étrangers, et particulièrement parmi les marxistes, de sûrs correspondants (Bebel, Liebknecht, César de Paepe) et de nombreux amis. Au mois de mars 1878, une réunion privée organisée par Guesde, salle Pétrelle, avait déjà réclamé l'accès du futur Congrès pour les groupes socialistes non ouvriers. Y? Égalité demandait à la commission d'initiative d'éviter toute mesure qui pourrait laisser croire à une division entre socialistes et ouvriers, « entre le travail musculaire et le travail cérébral » ; elle avait proposé à cet effet que la commission syndicale d'initiative fusionnât avec les délégués de la réunion Pétrelle. On ne s'étonnera donc pas que Jules Guesde et ses amis, voyant la commission syndicale reculer devant les injonctions ministérielles, aient repris résolument à leur charge le mandat du Congrès de Lyon, et se soient constitués, d'eux-mêmes, les organisateurs du Congrès international.

Les socialistes français et étrangers furent invités à venir siéger en dépit de la police. Les chambres syndicales elles-mêmes, dit M. de Seilhac, « demandèrent pour leurs délégués des cartes d'invitation au Congrès, qui devait se tenir au domicile particulier de M. Finance, 104, rue des Entrepreneurs, à Grenelle... Le

4 septembre les* congressistes se présentèrent ; rue des Entrepreneurs. Ils trouvèrent le domicile de M. Finance gardé par la police ». « A l'ou- ' verture de la première séance, dit Y Année 1 politique, des commissaires de police se présentèrent avec mission* de faire évacuer la salle. ' Une résistance s'étant produite, des arrestations eurent lieu et des poursuites judiciaires furent intentées. »

Jules Guesde comparut le 22 octobre 1878 devant la dixième chambre correctionnelle, devant laquelle il se contenta, pour sa défense et pour celle de ses amis, de développer la doctrine collectiviste. « Cette défense, dit M. de Seilhac, eut un retentissement immense. »

Finalement trente-quatre condamnations pour association illégale furent prononcées, — variant de 15 francs d'amende à six mois de prison.

I Mais rien ne se perd. On se souvient que le I Congrès de Lyon, par une précaution fort sage, ! tout en mandatant les ouvriers de Paris pour l'organisation 'du Congrès international, avait, d'avance, fixé à Marseille l'ouverture de la troisième session nationale. Les événements de Paris devaient exercer sur les résolutions de cette dernière assemblée une action singulièrement efficace. « Du contact des délégués ouvriers de toutes les nations civilisées qui s'étaient donné rendez-vous à l'Exposition universelle, il s'était dégagé une idée nettement révolutionnaire... Lorsque le Congrès international fut brutalement dissous par le ministère, une chose fut démontrée : la classe ouvrière

n'avait plus à attendre son salut que d'elle-l même... Ainsi, poursuit le compte-rendu, cette! dissolution du Congrès de Paris fit faire un pas! immense aux revendications prolétariennes.!

Elle les rendit plus précises... Les suspicions! du ministère vis-à-vis des organisateurs de ce] Congrès, le procès inique qu'il leur intenta,! aboutirent aux résolutions révolutionnaires du! Congrès, lesquelles montrent que le prolétariat! français a conscience de lui-même et est digne J de son émancipation. » D'ailleurs, pendant:] Tannée 1879, le mouvement général du socia-j lisme en France avait été manifeste. Un fait] suffit à en témoigner. Le 21 avril, quelques] mois avant l'ouverture du Congrès de Marseille, Blanqui, par 4 000 voix de majorité, avait] été élu député de Bordeaux.

Organisation. — La commission d'organisa-l tion fut désignée par une réunion corporative] convoquée dès le mois d'octobre 1878(c 'est-à-dire au moment où se jugeait le procès de la dixième chambre par les délégués marseillais au Congrès de Lyon. La première circulaire fut lancée en février 1879. Ce n'était déjà plus le même langage qu'à Lyon ou qu'à Paris. « La bourgeoisie, y lisait-on.., détient les matériaux, les instruments de travail, les utilités productives dont nous, travailleurs et prolétaires, sommes spoliés régulièrement. Appuyée sur un militarisme effroyable, sur un agiotage insensé... sur 1 un système immoral qu'une science fausse, l'économie politique , prétend légitimer elle

ï rend de plus en pins impossible cette précieuse j indépendance des hommes : l'autonomie de leur personne, l'émancipation de la masse... Pour qc*e cet état de choses cesse, travailleurs, c'est à vo«s> que nous nous adressons ! »

Dans les règles de la représentation au Congrès, on relève aussi des nouveautés signifîca- [ tives. Sans doute, comme à Lyon, comme à \ Paris, on convoque les chambres syndicales et | les associations ouvrières de toute nature. On , décide que « tout délégué devra être ouvrier, f éln par des ouvriers, et porteur d'un procès - | verbal le mandatant régulièrement. » Mais on admet les cercles de travailleurs, c'est-à-dire .les cercles d'études collectivistes, fondés depuis le commencement de 1878 sous l'inspiration de Guesde et de ses amis, et dont les procédés de recrutement sont extrêmement larges. Surtout on se préoccupe — tant on désire échapper à l'influence des purs syndi- ! eaux — '- d'assurer la représentation des travail- , leurs isolés, non groupés en associations cor- I poratives. « Dans les villes au-dessous de [ 1000 habitants, décide la commission marseil- I laise, les travailleurs non régulièrement constitués r réunis v an nombre d'au moins 25, pourront envoyer un délégué par 25 et par fractions de 25. Dans les villes au-dessus de 1000 habitants, ce nombre devra s'élever à 50 au moins. Les travailleurs pourront envoyer un délégué par 50 et par fraction de 50. » Le texte est remarquable : c'est le premier essai de suffrage universel socialiste.

* Le Congrès s'ouvrit le 20 octobre, au milieu d'une afluence considérable, dans la grande salle des Folies-Bergères « que la Commission d'organisation avait très élégamment décorée. Au fond du bureau, elle avait fait placer un buste de la République entouré d'un faisceau de drapeaux...; les devises socialistes suivantes : Liberté, Egalité, Solidarité. Pas de Droits sans Devoirs; pas de Devoirs sans Droits. — La Terre au Paysan, l'Outil a l'Ouvrier, le Travail pour Tous. — Science, Paix ; Union, Justice, écrites sur fond rouge, décoraient les murailles. Sous le bureau était placée la tribune, tendue de velours rouge... »

La commission des résolutions nommée à Lyon vint tout d'abord, suivant la coutume, faire l'exposé de ses travaux, c'est-à-dire de ses déboires. Surtout la conférence organisée avec les députés du Rhône avait piteusement échoué. Ces députés, dont l'un appartenait à l'extrême-gauche, avaient combattu la limitation de la journée de travail au nom du principe de la liberté, et la liberté d'association au nom des droits de l'Etat — « le remède à cet état de choses, disait la commission, est dans la création en France d'un parti ouvrier tel qu'il existe déjà dans plusieurs états voisins. »

Lombard, secrétaire de la commission d'organisation, proposa alors que le Congrès prît le nom de Congrès ouvrier socialiste de France, et cette proposition fut adoptée à l'unanimité.

Les deux premières séances furent consacrées, par une heureuse innovation, à une sorte

de recensement des forces ouvrières organisées, puis à un exposé des conditions générales du travail dans les différentes villes pour les différentes industries. Ces rapports, dont l'importance documentaire est de premier ordre, remplissent 150 pages du compte-rendu. Après quoi le Congrès passa à l'étude des dix questions portées à son ordre du jour.

Malgré la violence des idées exprimées et des résolutions prises, malgré la contrariété des opinions, les débats furent généralement tranquilles. On remarque peu d'incidents dignes d'être notés. Le Congrès retira la parole à un délégué qui avait voté contrairement au mandat de sa chambre syndicale, et lui refusa l'impression de son rapport. Au début de la séance du 26 octobre on demande l'ouverture d'une souscription en faveur du gérant du journal Le Prolétaire. Cette feuille socialiste paraissait depuis un peu moins d'un an et son gérant était détenu à Sainte-Pélagie. Après un assez vif tumulte, cette proposition fut écartée par la clôture. Le lendemain, Fournière, délégué de Paris, dirigea de violentes attaques contre « celui que la France considère encore comme le chef du socialisme », Louis Blanc. Il le traita de complice des fusilleurs, nota son silence le jour où l'Assemblée nationale , après la répression de la Commune, décida que les armées de terre et de mer avaient bien mérité de la patrie, cita une lettre au Figaro où Louis Blanc exprimait son horreur « de l'incendie, du pillage, de l'assassinat ». « Et voilà, dit-il, l'homme à la voiture

duquel Marseille, à sa honte, s'est attelée- » Louis Blanc était député de Marseille. Fournière, accusé « d'insulter tonte une population » fut accueilli par un tumulte tel que la séance en fut interrompue durant un quart d'heure. Néanmoins 76 voix contre 34 lui maintinrent la parole. Dans la plupart des discours on sentit passer la flamme révolutionnaire-' — « Puisque nous sommes venus, disait Fournière, pour organiser le grand parti du travail, creusons l'abime déjà si large — et que les cadavres des victimes 4e juin 1848 et de mai 1871 ne sont pas faits pour combler — qui existe entre la bourgeoisie... et le prolétariat qui n'est rien . » En quatre discours qu'accueillirent des applaudissements frénétiques, Ernest Roche, délégué de Bordeaux, invitait le prolétariat .à préparer par la force la réalisation de la société collectiviste : « Si le vieux monde, dans les convulsions de son agonie, essaie d'étouffer encore sous ses chassepots vos revendications légitimes, vous serez préparés à la lutte... Le sang des enfants du peuple, s'il faut qu'il coule, n'aura pas du moins arrosé les pavés delà rue pour n'aboutir qu'à un nouvel esclavage. » On acclamait la déclaration internationaliste du délégué Bernard, de Grenoble : « Notre patrie à nous, ce sont nos frères, ce sont tous les travailleurs. Nos ennemis, ce sont tous les oisifs. Tendons donc une main fraternelle à nos frères de Russie-, d'Allemagne, et qu'un cri commun sorle de nos cœurs : « Vive la Révolution sociale et universelle ! »

Dans «a séance du 25 octobre, le Congrès rota .une adresse de félicitations au Congrès de la Paix, dont la tenue était fixée à Naples, et qui avait pour but de demander le désarmement des Etats de l'Europe.

Au commencement de cette même séance, le Congrès avait reçu la lettre suivante, accompagnée d'une longue adresse :

« Citoyens,

» Les réfugiés de la Commune, réunis en

assemblée générale, envoient leurs félicitations

et leurs encouragements les plus chaleureux au

Congrès ouvrier socialiste de Marseille.

» Salut et solidarité.

» Pour la Société,

» Le secrétaire : Léon Lakdrix. »

« Le Congrès de Marseille, disait l'adresse, doit être le point de départ d'un mouvement qui, s'il n'est pas enrayé, aboutira à l'organisation en une masse compacte, mais non plus confuse, de la classe ouvrière en France.

» Le moment est favorable, la forme républicaine est à l'abri de tout péril, sinon de tout attentat... »

L'adresse traçait à grands traits l'histoire du prolétariat depuis 1848, et rattachait à la Commune le mouvement collectiviste qui se manifestait ainsi à Marseille. Elle insistait sur la nécessité de constituer un parti politique, sur l'efficacité de la propagande parlementaire : « Serions-nous incapables de nous réunir pour la lutte légale après avoir été tant de fois réunis xlans la lutte révolutionnaire ! »

Cette adresse fut saluée par une longue salve d'applaudissements, et le Congrès y répondit dans ces termes :

« Aux réfugiés de la Commune, à Londres,

» Le Congrès ouvrier socialiste de Marseille applaudit aux encouragements que vous avez bien voulu lui envoyer et qui ont été apportés à la tribune.

» Les délégués, réunis ici affirment une fois de plus les principes pour lesquels vous avez combattu et souffert... »

... De séance en séance, l'afïluence du public s'était accrue. On vit, certains soirs, jusqu'à 1 800 personnes. Les sièges manquèrent ; la plupart des spectateurs durent se tenir debout.

Programme. — Sur les dix questions que contenait le programme, cinq (numérotées 1,2, 3, 4, 6) n'étaient que la reproduction des programmes de Lyon et de Paris ; les cinq autres étaient nouvelles, et l'on peut dire aussi qu'elles exprimaient un état d'esprit nouveau. C'étaient:

Question n° 5 : du Salariat.

Question n°7 : de la propriété.

Question n°8 : de l'impôt et de la rente.

Question n° 9 : du libre échange et de la protection.

Question n° 10 : de la question sociale.

A chacun de ces titres généraux, la commission marseillaise avait ajouté une énumération de quelques lignes détaillant les différents aspects ou les conséquences principales de la question posée. La question 7 se développait

ainsi : « De la propriété et de son organisation par l'appropriation individuelle ou collective du sol et des instruments de travail. » La question 10 : « De l'existence de la question sociale, et du caractère politique et économique qu'elle revêt actuellement... Du programme et du plan d'ensemble destiné à servir de ligne de conduite au prolétariat dans son œuvre de rénovation et d'émancipation sociale... Des moyens pratiques dont le prolétariat peut disposer actuellement pour la réalisation de ses vœux et la réussite du programme et du plan adopté. »

Résolutions. — Sur les questions déjà portées à l'ordre du jour des Congrès précédents, des résolutions inédites furent votées. On vota notamment :

L'égalité absolue des deux sexes au point de vue des droits sociaux et politiques ;

L'organisation par les syndicats « de conférences afin d'initier les prolétaires aux justes revendications de la classe ouvrière; des causeries devraient avoir lieu afin d'étudier d'une façon pratique le programme des Congrès futurs » (dans cette conception, le syndicat devait être un organe de propagande socialiste) ;

La rétribution de toutes les fonctions électives ;

La gratuité, après concours, de l'enseignement secondaire..., etc., etc.

Mais trois résolutions dominent les débats de Marseille :

Le Congrès décida que l'émancipation des ira-

vailleurs ne pourrait résulter du seul développement des associations coopératives ;

Il se rallia au collectivisme ;

Il organisa le parti socialiste français.

Aucune de ces résolutions ne doit surprendre outre mesure. Nous avons pu suivre, dans les premiers Congrès., la déchéance progressive de l'idéal coopératif. L'expérience, le raisonnement avaient «convaincu peu à peu les ouvriers que la coopération est un moyen, niais non un but; que, même si elle est un moyen nécessaire, elle ne saurait être le moyen unique. Le délégué des grandes coopératives de consommation, Frilley, l'avait presque formellement reconnu à Lyon. Comment s'étonner que la majorité des délégués l'ait proclamé à Marseille ?

D'autre part, an Congrès même de Paris, n'avons-nous pas montré que chez ces ouvriers purement syndicalistes, on sentait déjà — se révélant par des mots, des faits cités, par des affirmations qu'eux mêmes n'osaient pas pousser à leurs conséquences dernières — la doctrine collectiviste germer en silence? A Lyon, les conclusions du délégué Dupré étonnèrent, effarouchèrent., si l'on veut. Mais, semble-t-il , ses conclusions seules. L'assemblée entière lui concédait ses prémisses. Le compte-rendu laisse l'impression que tous les délégués admettaient, soit la partie expérimentale, soil la partie critique de son manifeste. En tout cas, rassemblée s'abstint plutôt qu'elle ne condamna. Il faut remarquer d'ailleurs que la majorité des

représentants de Marseille, sans soutenir explicitement l'amendement Dupré, avaient, dans la discussion,, émis des théories très voisines. Il ne manquait plus que le courage des mots et des formules. Peut -on s'étonner dès lors qu'un Congrès se tenant à Marseille, dans un milieu ouvrier particulièrement actif, après dix-huit mois de réflexion et de propagande, — fortifié par le contact des délégués étrangers, blessé par l'interdiction du Congrès international et par les procès de ses organisateurs, encouragé plus o\\ moins consciemment par les circonstances politiques générales, — se soit rallié franchement à ces théories collectivistes dont nous avons pu suivre, pas à pas, le progrès ?

Et, en ce qui concerne l'organisation d'un parti purement ouvrier, on doit éprouver moins de surprise encore. A Paris, à Lyon les déclarations sur ce point avaient été multiples et formelles. Depuis longtemps cette résolution était mûrie. Depuis longtemps, si le parti avait eu une doctrine, la doctrine aurait eu un parti. A Paris et à Lyon, n'avait-on pas réclamé une représentation ouvrière au Parlement, des comités ouvriers, des journaux ouvriers, en un mot une action politique de classe? A Lyon, de nombreux délégués demandaient que l'organisation économique elle-même, — qui est nécessairement: une organisation de classe — fût surtout adaptée à la lutte. Et en somme le futur parti possédait déjà son organe essentiel, ses Congrès, puisque, dès le début, les Congrès avaient été conçus comme une institution régulière,

puisque, depuis Irois ans, en dépit de tous les obstacles politiques, leur périodicité avait été observée. Du jour où le parti socialiste était doté de ce qui lui avait manqué jusqu'alors : une doctrine, il ne restait plus qu'à réunir en un tout systématique ces tendances isolées, à fondre ces règles éparses en un pacte constitutionnel.

Sur ces trois points : coopération, propriété, organisation du parti, nous analyserons les débats du Congrès et nous reproduirons ses résolutions.

I. Le débat sur la coopération s'ouvrit le 24 octobre, après la lecture d'un message par lequel la démocratie socialiste d'Allemagne, « bâillonnée par les infâmes lois d'exception», invitait les ouvriers français à profiter de l'enthousiasme populaire qui venait au devant d'eux et leur tendait une main fraternelle.

Les délégués Gouttes et Lefebvre exposèrent tout d'abord la thèse classique de Paris et de Lyon : la suppression du salaire réalisée par le développement des associations ouvrières. Finance leur succéda à la tribune. Seul peut-être, à Paris, il avait formulé de fortes réserves sur le succès de l'idéal coopératif. Tout le «monde a été coopérateur, dit-il, Batbie, le comte de Paris et même Napoléon III. C'est que la coopération tue le sentiment politique. (En cela tout au moins, guesdistes et positivistes se trouvaient d'accord). Elle est « une apparence de solution que l'on pourrait croire inventée

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parla bourgeoisie égoïste ; . . . elle est le plus grand commun diviseur des forces ouvrières. » — Dupas, de Paris, formula le vœu « qu'aucun prolétaire ne soutienne ni n'appartienne à aucune coopération. » Vainement, Tessier, Chartier, délégués par La Solidarité de Nîmes, vinrent, dans des discours précis, défendre, « au nom de la vie à bon marché », la coopérative de consommation ; vainement Hérivault, délégué par Y Union du bâtiment de Paris, tenta, pour les coopératives de production , une démonstration plus malaisée. L'opinion du Congrès était faite. Nous ne condamnons pas les coopératives, répondait notamment Tranier, de Toulouse; bien au contraire. Elles constituent des moyens propres à nous instruire de nos droits et de nos devoirs, « mais les travailleurs ne pourront obtenir les instruments de travail et les matières premières que par la Révolution. »

Le Congrès adopta donc finalement la résolution suivante qui rompait définitivement avec l'ancienne théorie coopérative :

« Considérant qu'il résulte des discours prononcés par les différents orateurs...

» 1° Que le travailleur ne peut pas par son salaire équilibrer son budget;

» 2° Que, par conséquent, toute économie étant d'une impossibilité absolue, il ne peut atteindre, par le rachat, le but social, qui est la possession des instruments de travail...

» 3° Que les sociétés coopératives de production ou de consommation ne peuvent améliorer

que le sort cTiui petit nombre de privilégiés dans une faible proportion ;

» Le Congrès :

» Déclare que les sociétés ne peuvent aucunement être considérées comme des moyens assez puissants pour arriver à l'émancipation du prolétariat;

» Que néanmoins, ce genre d'associations pouvant rendre des services comme moyen de propagande pour la diffusion des idées collectivistes et révolutionnaires, dont le but est de mettre les instruments de travail entre les mains des travailleurs, il doit être accepté au même titre que tous les autres genres d'associations dans le seul but d'arriver le plus vite possible à la solution du problème social par l'agitation révolutionnaire la plus active. »

II. Les théories collectivistes qui avaient inspiré déjà, plus ou moins directement, cette discussion, s'affirmèrent dans toute leur vigueur à la séance du 26 octobre, sur la cinqième question : Le salariat.

Le citoyen Fauché, délégué des socialistes indépendants de Paris, exposa cette loi des salaires, que des économistes bourgeois, comme Turgot, Ricardo et Jean-Baptiste Say, ont avouée, que Lassalle a nommée la loi <£ airain. Les économistes bourgeois, dit-il, déclarerai avec Lassalle et Guesde que la bourgeoisie ne peut nous donner qu'un salaire moyen, et quece salaire ne saurait normalement dépasser le quantum des substances nécessaires pour qu?e

l'ouvrier paisse vivre et se reproduire. Se fondant sur une statistique « faite par le citoyen Guesde », il affirma que les classes intermédiaires entre gros capitalistes et prolétaires : petits commerçants, petits patrons, tendaient progressivement à disparaître. Il conclut que si l'on voulait arrêter l'exploitation de Fhomme par Fhomme, empêcher « la mort sociale », il était temps que la propriété individuelle fût remplacée par la propriété collective.

Jean Lombard, de Marseille, vint à son tour, dans un discours extrêmement long et étudié, affirmer que la loi d'airain s'appliquait avec toute la rigueur des lois économiques; que ni l'épargne, ni l'association, ni le contrat d'apprentissage, ni la fixation des salaires au moyen de transactions conclues entre patrons et ouvriers ne pourraient donc obvier à cette situation misérable. Le seul remède était de garantir à l'ouvrier, non pas le minimum de subsistance nécessaire à sa vie — ainsi qu'il résulte nécessairement des conditions présentes de la société — , mais le produit intégral de son travail. Or sur ce salaire théorique de l'ouvrier s'exerce le prélèvement du capital. L'ouvrier ne perçoit pas la valeur totale de ce qu'il a produit; il n'est payé qu'après déduction' du prélèvement que dans sa toute puissance le capitaliste s'attribue , et les fortunes capitalistes sont faites de ce travail non rétribué. Tant que la bourgeoisie retiendra les instruments de travail, elle continuera ainsi à dicter ses lois au prolétaire. Le salariat ne disparaîtra donc qu'avec la bour-

geoisie ; — « c'est le prolétariat qui doit les précipiter tous deux dans la tombe où les misères des siècles passés les attendent », et cette révolution se caractérise par la socialisation du sol et des instruments de travail. A cet effet la ligne de conduite du prolétariat est toute tracée : c'est la guerre de classe, « logique, nécessaire, fatale », que le prolétariat doit déclarer à la bourgeoisie « et qui doit se poursuivre sur le terrain à la fois intellectuel, économique, juridique et politique. »

Le 28 octobre s'ouvrirent les débats sur la septième question : De la propriété. Fournière et Fauché, de Paris; Tranier, de Toulouse, reprenant les démonstrations déjà faites, conclurent «à la propriété collective avec toutes ses conséquences comme but, et à la révolution comme moyen pour y arriver. Le positiviste Finance vint alors défendre « la cause de la propriété individuelle, nécessaire à l'indépendance et à la dignité du citoyen, nécessaire à la marche du progrès humain ». Finance, « se réclamant du nom de socialiste », admettait sans cloute que des modifications devaient être introduites dans la constitution actuelle de la propriété; mais, pas plus pour la masse que pour l'individu, la propriété ne doit comporter le pouvoir d'user et d'abuser, et c'est à quoi pourtant devait mener, selon Finance, la propriété collective. Puis il opposa aux collectivistes leurs propres dissensions doctrinales, les difficultés pratiques que devait rencontrer la mise en œuvre de leurs théories. Il reprocha au collecti-

visme de ne pas garantir le droit des minorités,

'. c'est-à-dire des élites, de recourir à la tyrannie

? de l'Etat alors que la civilisation tend progres-

jf sivement à éliminer l'Etat de tout ce qui n'est

pas le maintien de l'ordre matériel, de croire

que la loi sera toujours nécessaire pour forcer

| l'homme à être honnête. On devait, selon lui,

tout attendre au contraire des progrès de « l'ins-

* truction encyclopédique et de la perfectibilité

humaine », grâce à laquelle un jour viendrait

« où les mesures légales seraient inutiles et où

il suffirait de la pression de l'opinion publique

| éclairée pour maintenir les possesseurs de la

fortune dans le devoir. »

| Jean Lombard répondit. Il y a, dit-il, en préj sence, un droit : la propriété qui doit être à i tous, et un abus : la propriété qui n'est qu'à ( quelques-uns. Or ce n'est pas le droit qui doit r , être vaincu par l'abus. Qu'est-ce en effet que la propriété, sinon l'expression concrète des besoins de chaque être et le moyen de satisfaire à ces besoins? D'autre part, les organes sociaux, les moyens de vivre : terre et outillage industriel sont historiquement le produit du travail de l'ensemble des générations humaines, et c'est l'ensemble de leurs descendants qui en est le propriétaire légitime. Puisque l'organisation sociale actuelle est un obstacle à la possession générale des outils et du sol par l'immanité entière, seule propriétaire légitime, c'est aux prolétaires, organisés en parti de classe, à détruire cette organisation pour lui substituer une société juste.

Finalement, soixante délégués présentaient, le 30 octobre, la motion suivante, accueillie par des applaudissements prolongés et des cris de : Vive la Révolution !

« Les soussignés,

» Considérant que la question sociale ne sera résolue que lorsque chaque être humain — rhomme émancipé et la femme devenue son égale — sera arrivé à la satisfaction complète de ses besoins et au développement intégral de ses facultés...

» Considérant : 1° que la stérilité absolue des moyens de rachat, de coopération, d'alliance du capital et du travail est scientifiquement et expérimentalement démontrée ;

» 2° Que l'impôt, progressif ou fixe, de quelque façon qu'il sera perçu en l'état actuel, retombera toujours sur le consommateur, c'està-dire sur le travailleur ;

» 3° Qu'aucune entente n'est possible entre les détenteurs de la fortune publique et ceux qui la revendiquent justement, impossibilité trop démontrée par la différence des intérêts engagés ;

» Déclarent :

» Que l'appropriation collective de tous les instruments de travail et forces de production doit être poursuivie par tous les moyens possibles. »

Fuis, après une journée de discussions nouvelles, le Congrès votait (par 73 voix contre 27, dit M. Léon de Seilhac, mais nous ignorons où il a pris ce chiffre, puisqu'une demande d'appel

nominal fut rejetée), les deux résolutions suivantes, dont l'importance ne pouvait être exagérée.

Voici la première :

« Considérant qne si le salariat est un progrès sur le servage et l'esclavage, c T est surtout un progrès pour les classes riches dont les capitaux sont devenus beaucoup plus productifs sous l'action du travail libre ;

» Qu'il n'existe aucune proportion entre la rémunération de ce travail et le produit de ce travail ; que la production de l'ouvrier peut être centuplée par les découvertes nouvelles... sans que pour cela la situation des travailleurs soit améliorée ;

» Que le salaire de l'ouvrier n'est pas le prix de ses produits, mais un salaire qui lui permet de vivre et de se reproduire ;

» Par ces raisons, il ne saurait être apporté une amélioration sérieuse à la situation des prolétaires sans une transformation complète de la société, c'est-à-dire sans la suppression du salariat lui-même ;

» Attendu que le salariat est le résultat de la division de la société en deux classes, l'une possédant tout et ne travaillant pas ; l'autre travaillant et ne possédant rien; que le salariat ne saurait être aboli et faire place à la rémunération du travail par l'intégralité de son produit que si tous les travailleurs possèdent les capitaux qu'ils mettent en valeur ;

» Attendu que cette possession par les travailleurs des capitaux ne saurait être constante et universelle qu'autant que, cessant d'être indi-

viduels, ils deviennent collectifs, impersonnels et inaliénables ;

» Le Congrès décide que le but des travailleurs doit être la nationalisation des capitaux, mines, chemins de fer, etc., mis ensuite entre les mains de ceux qui les font produire, c'est-àdire des travailleurs eux-mêmes. »

Voici la seconde :

« Considérant que le système individuel qui régit actuellement la propriété est contraire aux droits égalitaires qui doivent être l'expression de la société future ;

» Considérant qu'il est injuste et inhumain que les uns produisent tout, les autres rien, et que ce soient justement ces derniers qui possèdent toutes les richesses, toutes les jouissances, ainsi que tous les privilèges ;

» Considérant que cet état de choses ne cessera point par la bonne volonté de ceux qui ont tout intérêt à le faire exister...;

» Le Congrès adopte :

» Comme but : la collectivité du sol, soussol, instruments de travail, matières premières, donnés à tous et rendus inaliénables par la société à laquelle ils doivent retourner. »

On aura reconnu dans ces résolutions, et particulièrement dans la première, les idées et jusqu'aux expressions de celui qui représentait alors en France le collectivisme allemand, Jules Guesde.

III. — Il est inutile d'analyser les discours relatifs à la constitution du parti. L'assemblée

entière se trouvait d'accord sur ce point, et le rapport de la commission fut adopté sans débat.

Le Congrès s'était rallié au principe fédératif. Le parti prenait le nom de Fédération du Parti des Travailleurs socialistes de France. Il se divisait en six régions autonomes. Les organes centraux étaient le Congrès général et le Comité général nommé par lui. (Le premier Comité général fut composé de 19 délégués de Marseille). — Il est essentiel de remarquer que, malgré la netteté extrême des résolutions théoriques précédemment votées, le Congrès n'exigeait pas des membres de la fédération l'adhésion à ces principes.

Voici d'ailleurs les articles principaux de la Constitution du Parti :

Art. 1 er . — Il est formé entre tous les groupes adhérents qui entrent dans l'organisation ouvrière, une fédération de travailleurs socialistes des deux sexes, dans le but de rechercher l'application de la justice en propageant autant que possible les idées émises au sein des Congrès ouvriers.

[Ainsi le Congrès avait eu un programme, une doctrine, mais le parti n'en avait point.]

Art. 2. — La fédération se divise en six régions principales. (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, Alger.)

Art. 3. — Chaque région tient ses Congrès régionaux et s'administre comme elle l'entend.

Art. 5. — La fédération tient chaque année un Congrès... où tous les groupes adhérents pourront se faire représenter. Le Congrès

devra se tenir à tour de rôle en un centre de chacune de ces régions. Il nommera, à la fin de sa tenue, un Comité de 19 membres qui sera chargé de l'exécution de ses décisions...

Art. 8. — Tout groupe adhérent qui s'écarterait de la ligne de conduite tracée par la Fédération pourra en être exclu par le Comité régional auquel il appartiendra. Toutefois il pourra en appeler au Comité général exécutif.

La Commission avait proposé que le prochain Congrès fût international et se tint à Genève. Le Congrès décida qu'il serait national et se tiendrait au Havre en septembre 1880.

Puis la dernière séance fut levée aux cris de : Vive la Révolution démocratique et sociale ! Vive l'amnistie ! Vive la République !

CONGRES REGIONAUX

Chaque région pouvant, selon la constitution du parti, s'organiser à sa guise, la fédération de Paris (Union fédérative du Centre) publia dès le mois d'avril 1880 un appel « aux salariés des deux sexes ».Lecomité fédéral proposait détenir à Paris un congrès « d'où sortirait l'organisation complète et définitive du parti ouvrier — région du centre — ». Quelques semaines plus tard le comité publiait les statuts de la fédération : aux termes de l'art. 2, et pour donner satisfaction à VÈgalité, l'Union fédérative n'était pas exclusivement composée de travailleurs manuels, mais elle comprenait « tous les groupes, sociétés et chambres syndicales de travailleurs socialistes français » qui adhéreraient aux dits statuts.

Le Congrès fut convoqué pour le 18 juillet 1880, salle de l'Ex-Alhambra, faubourg du Temple. « On ne saurait trop attacher d'importance à ce Congrès, disait la circulaire de convocation ; c'est la première fois que le socialisme scientifique, procédant par la division du travail, organise les forces du prolétariat ...; que le socialisme, rejetant toute conception vague et de sentimentalisme sans but,... déclare ne marcher qu'avec la science. »

L'ordre du jour était ainsi fixé :

De la ligne de conduite du parti socialiste ouvrier dans la lutte électorale;

Des élections municipales et législatives qui devaient avoir lieu en 1881 ;

De la propriété ;

Du salariat;

De la femme;

De l'instruction intégrale et professionnelle pour les deux sexes.

Cet ordre du jour avait été préparé d'accord par le comité de l'Union fédérative et par l'ensemble de la presse socialiste parisienne, où l'on ne remarquait encore aucune division :

L'Égalité (oii Paul Brousse et Benoît Malon collaboraient avec Jules Guesde, Deville, Massarcl), Le Prolétaire (Prudent-Dervillej\s, Lavy, Paulard, Le Roy), La Revue socialiste (Paul Laf argue), Le Travail (Brousse), etc.

43 groupes ou sociétés, parmi lesquelles des cercles anarchistes (représentés notamment par Jean Grave), participèrent au Congrès de Paris.

Sur les 2° et 3° questions (propriété et salariat) le Congrès adopta à l'unanimité moins quelques abstentions des résolutions analogues à celles du Congrès de Marseille.

Sur les 4\ et 5 e questions .(de la femme et de l'enseignement) le Congrès se divisa. Par 32 voix contre 19 et par 39 voix contre 27, la majorité admit la possibilité de réformes pratiques immédiates. La minorité s'était ralliée à des rédactions présentées par Y Egalité, et aux termes desquelles ces deux questions n'étaient suscep-

tibles d'aucune solution utile avant la transformation de la société bourgeoise.

Mais l'œuvre entièrement nouvelle du Congrès régional de Paris, ce fut de voter, en réponse à la l re question, un programme électoral adopté paragraphe par paragraphe (à l'unanimité moins 3 voix) et de fournir ainsi à la fédération du Centre ce que le Congrès de Paris n'avait pas donné à l'ensemble du parti, un principe d'unité théorique.

Le programme comprenait, en effet, un ensemble de considérants généraux qui résumaient la doctrine collectiviste, et un ensemble de réformes qui constituaient le programme minimum du parti.

Nous ne pouvons reproduire, en raison de leur étendue, les considérants rédigés à Londres par Karl Marx lui-même, « chef-d'œuvre d'argumentation saisissante, dit Engels ». Quant au programme proprement dit, il se divisait en deux parties.

A. — Programme politique en quatre articles, le 1 er visant l'abrogation des lois sur les réunions, les associations, les livrets ouvriers; le 2 e , la suppression du budget des cultes et le retour à la nation des biens de main-morte ; le 3 e , l'armement général du peuple; le 4 e , l'autonomie communale.

B. — Programme économique, en 10 articles.

Nous citons les principaux : 1° repos d'un jour par semaine ou interdiction légale pour les employeurs de faire travailler plus de six jours

sur sept. Réduction légale de la journée de travail à 8 heures pour les adultes...

2° Minimum légal des salaires, déterminé, chaque année, d'après le prix local des denrées ;

Les articles 3 à 8 demandaient : l'égalité de salaire entre les deux sexes, l'instruction intégrale et professionnelle pour tous les enfants ; les retraites pour les vieillards et invalides du travail ; l'administration par les ouvriers des caisses de prévoyance; la responsabilité des patrons en cas d'accident; la suppression des amendes ou retenues dans le salaire.

9° Abolition de tous les contrats ayant aliéné la propriété publique : banques, chemins de fer, mines , etc. , et l'exploitation de tous les ateliers de l'Etat confiée aux ouvriers qui y travaillent.

10° Abolition de tous les impôts indirects, et transformation de tous les impôts directs en un impôt progressif sur les revenus dépassant 3 000 francs. Suppression de l'héritage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe dépassant 20 000 francs.

Ce programme même était l'œuvre des marxistes français : Guesde, Deville, Lombard. Il avait élé revu par Marx et par Frédéric Engels.

D'autres congrès régionaux se tinrent vers la mémo époque que celui de Paris, notamment à Lyon et à Marseille, au mois de juillet. Mais ceux-là n'apportèrent à la vie organique du parti aucun élément nouveau. Le Congrès de Bordeaux fut purement syndicaliste, et, par 50 voix sur 52, refusa de prendre le titre de Congrès socialiste révolutionnaire.

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