‹ Les conseillers bénévoles du roi GuillaumeChapitre 11 sur 25 · BRUTALITÉ · texte numérisé non relu

BRUTALITÉ

Quand nos conseillers bénévoles invitent le Roi à mettre un ternie aux crimes de ses armées, ils entendent sans doute aussi les actes de brutalité qu'elles commettent envers les femmes. M. Gambetta parle de < familles déshonorées > dans une de ses proclamations. C'est peut-être une allusion aux sept cents jeunes filles qui ont disparu en un seul mois de Versailles !

Cette accusation est excessivement grave. Une maison pillée se meuble de nouveau. Un village incendié se relève de ses ruines. Un père, un époux, un fils meurt à la guerre : c'est un deuil immense, mais le temps apaise la douleur ou l'emporte dans le tombeau. Une épouse, une fille déshonorée, c'est une honte dont le souvenir se transmet d'une génération à l'autre dans les familles.

Nous avons dit quelle a été la conduite des Français en Allemagne. Les Allemands ont pris en France plus de vingt places fortes : en est-il une seule qui ait eu le sort de LubeckV Ils ont pendant six et cinq mois occupé plusieurs cités : en est-il une seule qui gardera d'eux le souvenir que Dantzig conserve des Français? N'a-t-on pas vu les Allemands, à leur entrée dans Strasbourg, se rendre dans un temple pour y célébrer un culte, et se sont-ils de là répandus dans les maisons pour y commettre toutes sortes d'excès? A Metz, lorsque la nouvelle se répandit que la ville allait se rendre, les épouses, les mères se précipitèrent dans les rues, se tordant les mains de désespoir et suppliant les généraux d'avoir pitié d'elles et de leurs filles.... Je pense qu'elles sont aujourd'hui pleinement rassurées, et, si elles sont sincères, elles bénissent Dieu de ce que les vainqueurs n'avaient pas fait venir d'Afrique des dizaines de mille turcos.

Le reporter du Pall MaU Gazette racontait l'autre jour l'anecdote suivant : < J'ai visité le couvent l'Espérance où j'ai une parente. J'ai trouvé les nonnes occupées à se faire des vêtements laïques pour le cas où elles devraient s'enfuir. Ma parente avec une douzaine des plus jeunes venait de partir pour l'abbaye de Royaumont par le chemin de fer du Nord. Elles avaient choisi cette route parce qu'elles y rencontraient le plus vite les Prussiens. < Elles seront, ajouta l'abbesse, en parfaite sûreté dans ce couvent parce que trois cents Prussiens y sont en quartier. Quelques-uns sont catholiques, d'autres protestants ; mais tous sont pieux et d'une convenance parfaite. > Cette abbessc oubliait que pendant le siège de Paris elle m'avait dit avoir entendu des histoires terribles sur la conduite des Prussiens dans les couvents de nonnes. >

J'ai devant moi des lettres de Français des environs de Paris, qui, tout en débordant des plaintes les plus amères sur les réquisitions de l'ennemi, reconnaissent loyalement son respect pour la femme. Le même témoignage, nous l'avons vu, nous est arrivé du Montbéliard et des derniers temps de la guerre. Dans les enquêtes dressées par les Français, je n'ai compté que cinq crimes de ce genre, dont l'un encore n'est rien moins qu'avéré. Aussi M. le comte de Chaudordy, dans sa circulaire du 29 novembre, est-il dans un singulier embarras. Passer entièrement sous silence ce chef d'accusation, ce serait donner indirectement à l'armée allemande le plus bel éloge qu'elle pût ambitionner. Mais il n'osait pa§ davantage affirmer catégoriquement ce grief qu'il n'aurait pu prouver. La difficulté a été tournée très-habilement : < Les prêtres ont été frappés; les femmes maltraitées, heureuses eneorc lorsqu'elles n'ont jms <m à subir de plus eruels traitements. >

Pour moi, je ne puis rougir, avec M. Delmas et ses collègues, d'appartenir à la même communion que le roi Guillaume. Je me glorifierai bien plutôt de savoir un prince protestant à la tête d'une année mixte qui vient de donner

au monde, et en particulier aux races romaniques, un aussi bel exemple.

Puissent les Français le suivre dans leurs prochaines guerres contre l'Allemagne ! Mais nous avons vu qu'ils y paraissent peu disposés, et l'Allemagne fera bien de ne . pas compter sur leur conversion.

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