‹ Les conseillers bénévoles du roi GuillaumeChapitre 15 sur 25 · LE MALENTENDU · texte numérisé non relu

LE MALENTENDU

Les Français, au dire de Lamartine, font une révolution quand ils s'ennuient.

La guerre de 1870 était pour eux une distraction. Ds partaient, < le cœur léger, > pour Berlin, et ils comptaient en revenir le cœur plus léger encore, succombant sous le poids de leur gloire, de leur butin et de leurs conquêtes.

Ils auraient bien, dans leur courte promenade, fait de la Prusse et de Y Allemagne leurs vassales et détruit le protestantisme sur le continent. Mais, depuis un temps immémorial, leur intérêt et leur honneur sont leurs seules règles, que personne n'a le droit de discuter.

D'ailleurs, après comme avant leurs victoires, ils sont gracieux, aimables, polis, toujours gais, toujours riants.

Sûrs de leur triomphe, ils se souciaient peu de ce que pensait et voulait l' Allemagne. Ils la savaient gauche et débonnaire : elle apporterait à se battre peu d'ardeur et un certain empressement à s'avouer vaincue. Ils ne se doutaient pas que cette même guerre, qui était pour eux un brillant tournoi, était pour elle un duel à la vie et à la mort.

Tel est, du côté des Français, le malentendu qui a précédé leurs prises d'armes, qui survit à leur défaite et qui a rempli leur cœur d'amertume et de haine. Car ils ont imaginé que leur ennemi abusait de leurs défaites pour les écraser, et passait méchamment de la défense à l'attaque,

tandis qu'il ne faisait que poursuivre l'exécution de son plan primitif.

D'emblée, le Roi et M. de Moltke se proposaient de transporter la limite des deux nations du Rhin aux Vosges, non point par ambition, mais pour des raisons de pure stratégie ». Et, en France, protestants et catholiques, pasteurs et publicistes suppliaient le Roi, sommaient l'Allemagne 2 de ne pas se laisser enivrer par la victoire et de fermer leur cœur aux pensées de conquête ! Ils supposaient leur ennemi en état de péché mortel, quand il ne voulait, en toute bonne conscience, que se protéger contre leurs habitudes invétérées d'agression.

La conquête entrait dans les plans de l'un et l'autre parti : ici, comme mesure de légitime défense ; là, comme satisfaction d'amour-propre. Et le conquérant par vaine gloire, une fois vaincu, prétendait donner des leçons de modération au conquérant par nécessité !

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