‹ Les conseillers bénévoles du roi GuillaumeChapitre 23 sur 25 · LA FRANCE · texte numérisé non relu

LA FRANCE

Victorieuse de la France, l'Allemagne, qui, avec son empereur, a rapporté «à Dieu la gloire de ses triomphes, a vu dans la chute de cette nation naguère encore si puissante un jugement d'En Haut.

La ruine de la France, comme celle de la Prusse en 1806, est un de ces rudes châtiments de Dieu qui suivent des temps d'incrédulité et d'immoralité. < La guerre, m'écriton d'Allemagne, nous a découvert dans toutes les couches de la société française un effrayant abîme de corruption *. >

La France est, comme l'humanité entière, l'esclave des convoitises de la chah-; comme toute l'Europe actuelle, elle est infectée par le scepticisme et possédée de l'amour des richesses ; elle se scinde, comme tous les pays catholiques, en deux camps ennemis, ceux de l'incrédulité athée et de la superstition. Mais elle est possédée à un plus haut degré qu'aucun autre peuple de l'esprit révolutionnaire et de l'orgueil national. Le premier a détruit en elle tout respect pour ses princes, pour ses lois, pour le passé. Le second la pousse à se mentir et à mentir aux autres à outrance pour cacher ses humiliations, à calomnier à outrance ses ennemis, comme le font nos conseillers bénévoles, à se défendre à outrance contre toute raison par fanatisme patriotique, et à se repaître à outrance de phrases creuses et sonores. N'ayant plus foi en Dieu, elle a placé sa foi en elle-même, elle s'est adorée ; elle a dit : Je suis Dieu.

L'orgueil national, décuplé par l'orgueil catholique, a

1 Cette démoralisation a dégoûté plus d'un officier. A Dijon le général de Werder a été assailli de dénonciations, qui pourraient bien être un jour publiées, et parmi ces dénonciations de Dijon et d'ailleurs il en était de fausses qui mettaient en danger la vie de Français innocents.

fomenté, pendant la première moitié de la guerre, chez les ultramontains, prêtres et paysans, un sanguinaire esprit de persécution, auquel personne, pour ainsi dire, n'a pris garde, mais qui n'en est pas moins le vrai mot de l'énigme des événements actuels. On projetait l'expulsion ou le massacre des protestants. C'était se déclarer solidaires des crimes de la Saint-Barthélemy ; c'était en raviver devant Dieu le souvenir ; c'était, en se montrant prêts à les répéter, appeler de nouveau sur soi le céleste châtiment. Une fois déjà avait été cruellement punie la France de François I er , de Charles X et de Louis XIV : parce qu'elle avait répandu < le sang des saints et des prophètes, > Dieu lui < avait donné à boire de son propre sang > Mais le sang que l'homme criminel a versé, subsiste jusqu'au jour de l'expiation 2 : le sol ne le boit point, l'air ne l'absorbe point, les torrents de pluie ne le lavent point. Au sang qui de toutes les guillotines de la France était tombé à flots sur la terre, s'ajoutaient les orgies dont Hébert avait profané les églises, et ce culte de Robespierre qui était la déchéance du Christ, du Fils de Dieu. La nation, qui n'avait point mené deuil sur ces forfaits, et qui se montrait même toujours animée de la même haine de l'Évangile, pouvait s'attendre à de nouveaux châtiments, et les plus pieux de ses enfants s'y attendaient en effet. < Le mal, disait l'un d'eux, gisait dans les os même du corps social et en consumait la moelle. > Mais qui devait en être l'exécuteur, si ce n'est un descendant de ce petit < marquis de Brandebourg, > qui seul en Allemagne avait tenu tête à Louis XIV, qui s'était permis d'accueillir 20,000 victimes de son fanatisme, et qui était pour lui un objet de dédain et d'ennui? Il fallait que la Prusse, dont les réfugiés de France avaient éveillé et doublé les forces vives, fit éprouver à la France ultramontaine ce que l'Évangile et la Bible donnent aux plus petites na-

1 Apoc. XVI, 3 sqq.

1 Ézech. XXIV, 8.

tions de puissance morale et intellectuelle, militaire et politique. Il fallait que la dynastie qui avait pris sous sa protection les témoins du Christ, reçut en mains l'épée de Dieu pour détruire leur persécuteur. Il était convenable qu'un Hohenzollern fût proclamé empereur d'Allemagne et empereur protestant à Versailles, dans la grande salle des glaces, le 18 février, jour anniversaire de celui où Frédéric I, cent soixante-dix ans auparavant, avait posé de sa propre main la couronne royale sur sa tête à Kœnigsberg. Déjà le Prince royal, au pied de la statue du grand Roi, avait distribué la croix de fer aux plus vaillants de ses guerriers victorieux des Français. Mais pour que de tels miracles fussent possibles, la France devait être frappée d'aveuglement, et MM. Jules Favre et Gambetta resteront un des exemples de la folie qui s'empare de ceux que Dieu veut perdre.

Paris ne devait pas être épargné. Victor Hugo, dans son style puérilement grandiose, avait beau l'appeler < la civilisation > et traiter les Prussiens < de Vandales qui la décapitent, > Dieu juge les hommes et les choses d'après une loi inconnue du vulgaire. Cette cité serait l'arche sainte de l'humanité moderne qu'elle ne pourrait être plus chère à Dieu que Jérusalem et son temple ne l'étaient à Jéhova, et Jéhova, sous Sédécias, voulant châtier son peuple rebelle et dissolu, a frappé d'aveuglement les patriotes hébreux qui se sont crus de taille à se mesurer avec le puissant roi des Chaldéens. Paris, d'ailleurs, est une Babylone, comme Londres répète Tyr, et, si l'on veut, Berlin Ninive. Or, le prophète hébreux ne se laisse nullement imposer par les splendides apparences des grandes capitales de son siècle. Il sonde, sous leur éblouissante civilisation, leurs plaies cachées ; il pèse leur sens terrestre et charnel, leur impiété, leurs mœurs dissolues, et il leur dénonce les jugements de Dieu. Pourquoi ces mêmes jugements n'atteindraient-ils pas nos capitales modernes et ne commenceraient-ils point par Paris? Pourquoi Guillaume I ne serait-

il pas le Cyrus moderne que Dieu aurait chargé de porter à la Babylone de la Seine le premier coup mortel? J'ai devant moi des lettres d'ardents patriotes français qui, en voyant l'indicible corruption de leur capitale, pressentaient , eux aussi, quelque immense catastrophe. Un d'eux m'écrivait : < Dans les derniers temps, la machine sociale criait jle tous côtés. Le luxe le plus désordonné était une loi ; les grèves d'ouvriers éclataient partout ; les exigences des salaires devenaient impossibles ; pour gagner, il fallait être un habile, c'est-à-dire un voleur ; les détenteurs de fonds se sauvaient avec la caisse ; le dévouement devenait un piège dont il fallait se défier ; la littérature, et surtout les feuilletons des journaux, une école de dissolution immonde où tous les vices et tous les crimes étaient préchés ou excusés ; les bons théâtres, si bons il y a, déserts ; les mauvais, pris d'assaut, et faisant assaut à qui ferait ou dirait le plus d'infamies;... l'argent et sa fatale puissance détrônant tout, et faisant table rase avec une hideuse effronterie de toutes les distinctions sociales ou individuelles, pour ne reconnaître que lui de roi et de souverain ; aussi tout coté, tout estimé à son poids d'or! Je n'en finirais pas si je voulais poursuivre la gamme de cet amas de pourriture. Enfin, de cet affreux volcan s'échappent par des fissures des cris d'alarme sous la terre qui tremble; des crimes impossibles, qu'on n'eût jamais rêvés, éclatent et font frémir les populations. Je me souviens de ce que je pensais lors de l'affaire Tropmann, que ce sinistre social serait pour la future révolution ce que l'affaire Praslin avait été pour 1848. Aussi je ne doutais plus d'un prochain cataclysme; mais je le croyais tout autre. >

La France et Paris ont-ils compris ce que Dieu, dans sa justice et sa miséricorde, voulait produire en eux par ses châtiments, qui n'étaient qu'une humiliation après Sedan, et dont ils ont fait, par leur aveuglement, une ruine?

Il y a trois mois, nous nous demandions si la France ne

se relèverait point par ses souffrances, ne s'épurerait point par ses malheurs, ne grandirait point par ses revers. Nous nous demandions si la paix à Sedan n'aurait pas été une malédiction pour elle, et si la paix à Paris ou à Perpignan ne serait pas sa régénération et son salut. L'Allemagne, en maintenant inexorablement ses rudes conditions de paix, aurait ainsi contraint ses ennemis à sacrifier les intérêts égoïstes des partis et les criminelles passions des factions à la sainte cause de la vérité. Leur sang, comme celui des martyrs, aurait coulé toujours plus abondant et plus pur, tandis que depuis Sedan l'Allemagne perdait le sien sans profit pour elle. Elle ne voulait que mettre fin à leurs continuelles invasions, et elle aurait fait d'eux tous des héros, malgré eux, en les obligeant à défendre, au prix de leur vie, l'intégrité de leur territoire.

Et aujourd'hui, que dirons-nous de la France? que dirons-nous de Paris?

Nous reproduisons ici, sans en changer un mot, nos sinistres prévisions de janvier :

t Si, la guerre terminée, la nation française, s' unissant dans une même pensée, comme l'Allemagne vient de lui en donner l'exemple, se constitue paisiblement en un État régulier (républicain ou monarchique, unitaire ou fédératif, peu importe), nous reconnaîtrons sans réserve que la guerre présente a été pour elle le creuset d'où elle est sortie purifiée et rajeunie. Si, au contraire (comme le redoutent des Français éminents), elle devait être déchirée par les factions et tomber dans l'anarchie, alors nous dirions que son élan patriotique actuel est plus semblable au fanatisme des Juifs sous Titus, qu'au noble dévouement des Athéniens à Marathon et Salamine, ou des Suisses à Morgarten et Sempach. Nous dirions alors qu'il y avait orgueil et non fierté à ne pas accepter de l'ennemi les conditions qu'on lui aurait soi-même imposées ; crime et non vertu à verser le sang d'un million d'hommes, non point pour sauver son indépendance, qui n'était nullement menacée, mais pour

ne pas céder une bande de terrain de 8 à 10 lieues de large. Nous croirions alors que les Français, plus sages que leurs chefs, se souciaient peu de la guerre de partisans, et que M. Gambetta connaissait fort bien leurs sentiments, quand il recourait, pour enflammer leur zèle, à des proclamations mensongères et à la terreur. Ce patriotisme qu'exaltent les journaux et les lettres privées, nous paraîtrait donc tout à la fois factice et fiévreux. Alors enfin, ce que les catholiques nous disent de ce puissant réveil de la foi qui se produit dans les campagnes et dans les villes, ne serait plus pour nous qu'une piété de mauvais aloi; nous nous souviendrions qu'adorer la Vierge et les saints, et leur demander l'extermination des Prussiens, ce n'est pas se convertir à Dieu par Jésus-Christ ; que cette fausse piété ne vaut guère mieux que l'incrédulité déclarée des rouges, et que sans la repentance il n'y a pas, pour des Ninivites, de bénédictions possibles. Or, rien ne me fait plus douter de leur repentance, que l'unanimité avec laquelle ils rejettent tous leurs vices et tous leurs revers sur le régime impérialiste, et que leurs déclamations furibondes contre les Prussiens, que, d'une voix non moins unanime, ils avaient conviés à cet affreux duel.

< Les Révélations de saint Jean contiennent une parole sinistre ; dans les derniers temps, lorsque les coupes de la colère divine se verseront sur la terre, les hommes, à cause de leurs douleurs et de leurs plaies, blasphémeront le Dieu du ciel, et ils ne se repentiront point de leurs œuvres.

< Or, le plus sûr moyen de ne jamais se repentir, c'est de se dire : < Je suis un ange, mais je suis condamné à être toujours gouverné par des démons. Ds se nomment Bourbons, Orléans, république, Napoléons. Ceux que je chasse sont remplacés par de pires encore. Je les subis, mais je ne suis pas responsable de leurs délits ; car je suis, comme chacun le sait, la grande et immaculée nation. >

Et Paris? Naguère encore Paris disait, comme Ninive : < Moi et hors moi rien ; > comme Babylone : < Je suis reine

à toujours; > comme Tyr : * Je suis Dieu, le Dieu fort 1 . > Elle se repaissait de ses gloires et se croyait à l'abri de tout revers.

Tout à coup la cité royale est assiégée. Elle semble se recueillir. Endurer, mourir et vaincre : devient son mot d'ordre. Tous ses habitants sont des héros.

Le siège est levé le 28 janvier ; une révolution éclate le 18 mars, et la cité des héros se trouve être une cité de bandits qui saisissent le pouvoir, et de gens ébétés qui laissent faire, de sophistes qui déraisonnent, et de sots qui leur donnent raison.

Que signifie cette transformation?

Hélas ! un des plus frivoles et des plus fanatiques journalistes de Paris avait été meilleur prophète que beaucoup d'autres : < De tous les sièges fameux, a-t-il dit, le plus héroïque est celui de Sybaris, la ville des roses, et ses habitants voluptueux s'ensevelirent sous ses ruines, debout sur leurs remparts, comme Sardanapale sur son bûcher, dans les flammes d'une sublime apothéose. C'était

la Volupté belle et sévère...., pâle et stoïque , portant

l'égide, la cuirasse, le casque et la lance de Minerve

Paris donne au monde l'exemple de Sybaris \ >

Paris n'a pas été consumé par le feu, mais il court le risque de périr dans la fange.

Cette capitale, où affluaient naguère tous les princes et les grands de la terre, est devenue le rendez- vous des repris de justice de la France, de quatre à cinq mille voleurs anglais et des rouges les plus foncés de la Pologne, de l'Allemagne même, de la Belgique, des Etats-Unis. Elle se croyait pour toujours le Paradis du monde entier, et voilà qu'elle en est la sentine.

Le démon des révolutions y a dressé son trône, et le gouvernement qu'il a installé, c'est sa république à lui. Elle

1 Soph. II, 15, Ésaie, XL VII, 7; Ézech. XXVm, 3. * Ch. Joliet, Almanachde la guerre pour 1871.

s'était nommée autrefois une et indivisible, directoire, consulat, puis, plus tard, ateliers nationaux. Après ses nombreuses métamorphoses, elle a pris sa forme véritable et définitive : elle se nomme sociale et universelle, et son auteur s'est incarné dans l'Internationale des ouvriers.

C'est le spectre rouge. Le fantôme a pris chair et os. On peut le voir gratis dans la grande cité de la Seine, dont un Anglais, qui en vient, nous disait l'autre jour : < C'est une succursale de l'enfer. >

Aussi nous tous qui, depuis quarante ans, luttons contre l'esprit révolutionnaire, disons-nous à tous ceux qui se riaient de nous : Allez et montez sur les murs de l'enceinte de Paris, contemplez et laissez-vous instruire. Vous traitiez d'illusions nos terreurs : voyez ce que votre grand et unique principe promet de bonheur à l'Europe latine !

Voyez ces gens sans nom et sans aveu, pour qui la patrie est un préjugé, jeter le fondement de leur empire sous les canons et les regards des Prussiens qui occupent encore un tiers de la France.

Voyez-les, avec le nom sacré de la liberté sur les lèvres, s'arroger le pouvoir le plus despotique, fausser les élections et supprimer tous les journaux de l'opposition.

Voyez-les traiter Dieu d'un monsieur dont le prêtre est le serviteur, proscrire toute instruction religieuse, emprisonner l'archevêque et son clergé, faire des perquisitions dans les couvents et fermer les églises. Leurs précurseurs, pour sauver au moins les apparences, avaient encore un culte, ne fût-ce que celui de la raison. Eux, n'adorent absolument rien qu'eux-mêmes.

< Horde de bandits \ > ils tirent sur les foules inoffensives, assasinent des généraux, fusillent en secret derrière

1 Voyez, dans le Journal de Genève du 29 mars l'article très-remarquable de M. Dametb sur la république et la révolution. Cet article marque la date où le principe opposé à l'esprit révolutionnaire pénètre enfin dans le grand courant des idées du siècle.

les barricades un nombre plus ou moins grand de leurs ennemis, et arrêtent les suspects.

Voyez-les piller les caisses publiques, enlever des temples les vases sacrés, voler les tableaux des musées, dépouiller les patrons de leurs ateliers, confisquer les biens des absents.

Ils se réjouissent à la pensée qu'il devient impossible de faire bénir son mariage par un prêtre : c'est un acheminement à la suppression de toute formalité quelconque et aux unions libres.

Quatre ou cinq autorités souveraines sont en présence. On se querelle, on s'injurie, on s'emprisonne. C'ést une anarchie, d'où il ne sort pas un homme supérieur et pas une idée nouvelle. C'est une incapacité politique sans exemple. Des généraux étrangers font seuls preuve de quelques talents. Ce ne sont d'ailleurs que des proclamations où l'on ment aussi effrontément que le comte de Palikao et M. Gambetta, et plus stupidement que personne, et que des journaux où les jurements les plus vulgaires tiennent lieu d'esprit.

Les monstres de 1793 étaient au moins des géants qui inspiraient la terreur : ceux-ci sont des Liliputiens qui prêteraient à rire s'ils étaient moins malhonnêtes.

Voilà donc où aboutit la révolution de 1789! Elle était politique à l'origine, elle est communiste à son terme. Elle commence avec Mirabeau et finit avec Assi, Varlin, Avoine, Billorcy, Grousset, etc., etc. Elle apportait la liberté et l'égalité au monde, et son dernier mot, c'est la fainéantise aux dépens d'autrui qu'on dépouille.

En 1848, M. Victor Hugo, qui est un grand écrivain quand il ne chausse pas la cothurne, prophétisait ainsi :

< Le socialisme ou la république rouge, c'est tout un; car il renversera le drapeau tricolore et arborera le drapeau rouge. Du métal de la colonne Vendôme il fera des gros sous. Il abattra la statue de Napoléon et élèvera celle

de Marat. Il supprimera l'Académie, l'École polytechnique et la Légion d'honneur. A la haute devise : < liberté, égalité, fraternité > il ajoutera l'alternative : < ou la mort. > Il amènera la banqueroute. Il ruinera les riches sans enrichir les pauvres. H détruira le travail, qui donne à chacun son pain. Il abolira la propriété et la famille; il promènera sur des piques les têtes coupées, remplira les prisons de suspects et les videra par des massacres. De la France il fera la patrie des ténèbres. Il égorgera la liberté, étouffera les arts, décapitera la pensée, niera Dieu. Il mettra en mouvement ces deux machines fatales, dont l'une ne fonctionne pas sans l'autre : la presse aux assignats et la guillotine. En un mot, il fera de sang-froid ce que les hommes de 93 ont fait dans leur fièvre, et après le grandiose terrible que nos pères ont vu, on nous montrera l'horrible dans le petit et le bas. >

Paris, qui enivrait le monde du vin de la révolution, n'est-il pas tombé dans un tel état de delirium trcmcns qu'il doit, comme l'ilote à Sparte, apprendre au monde entier à rougir de cette ivresse ?

Ah ! que ne donneraient pas à cette heure le vrai Paris et la vraie France pour avoir un Frédéric-Guillaume III et une reine Louise qui pleureraient avec eux sur les ruines de la patrie et qui travailleraient sous le regard de Dieu et avec foi à son relèvement? Mais ils ont guillotiné ou chassé ou regardé tomber tous leurs souverains, et chacun d'eux a laissé après lui un parti qui prétend maîtriser toute la France, tandis que la république est exécrée des campagnes et adorée des populations des grandes villes.

L'esprit révolutionnaire, c'est le venin d'une maladie transitoire, qu'on prétend être le sang, la vie, la santé, la force du corps, et qui tue. La réforme seule est la vie.

Il faut choisir !

L'Allemagne, que les conseillers bénévoles prétendent compromettre la cause de la civilisation, contemple la France, s'instruit et fait son choix qui sera irrévocable.

Mais quel sera le sort de Paris et de la France? Nul ne peut le dire. Quand sa boussole est affollée, le navire prend avec une égale confiance toutes (les directions possibles. 11 peut aborder dans tous les ports, il peut se briser sur tous les écueils.

Hier la France donnait huit millions de suffrages à Napoléon; demain elle en donnera autant peut-être à Henri V ou à l'un des Orléans.

Hier d'une voix unanime elle exaltait une centralisation qui atrophiait tous les membres; aujourd'hui elle incline vers un fédéralisme qui détruirait son unité.

Hier les bourgeois de Paris tenaient pour très-convenables la propriété et la famille; ils trouvent aujourd'hui que les théories contraires des socialistes ont du bon.

< La France n'a plus de principes, je ne dis pas religieux, mais moraux: > tel est le résumé du tableau qu'un Parisien libre-penseur nous traçait, le cœur navré, de sa patrie. < C'est un chaos, > lisons-nous dans Y Église libre, de M. Pilate. Les Allemands diraient la France boderilos. Là où le sol manque, on ne peut rien édifier de durable.

D'où vient le mal?

Du catholicisme qui confisque au profit des prêtres la conscience individuelle, propage l'idolâtrie et la superstition, et par ces deux moyens altère le sens commun, paralyse le sens moral et tue l'indépendance du caractère. Aussi est-il suivi en tous lieux par le despotisme et par l'incrédulité, qui achèvent son œuvre en annihilant la conscience.

Quel est le remède?

Les libres-penseurs disent : l'instruction et le travail. Nous disons : l'Evangile.

Calvin l'avait rendu à la France. Elle l'a repoussé. Mais en rejetant le vrai Christ, elle a fini par perdre le vrai Dieu, et à qui perd Dieu, il ne reste rien que la chair et ses convoitises, qui tuent l'âme.

1 1 Jean, V, 12.

La France peut-elle revenir au temps de Calvin et faire reculer de trois siècles l'ombre au cadran de sa vie? Un officier catholique, longtemps prisonnier en Allemagne, écrivait à l'un de nos pasteurs : < Il faut à ma patrie un second Calvin. > Mais Dieu accorde-t-il deux fois le même prophète à un peuple? En 1861, M. Rosseeuw-Saint- Hilaire avait proclamé de nouveau : < Ce qu'il faut à la France; > a-t-elle donné à cette voix la moindre attention? L'an passé Dieu lui a parlé, à sa manière, à coups de foudre : l'a-t-elle écouté?

J'en cherche les indices et ne les trouve pas. La guerre civile a tempéré ses cris de vengeance et de rage ; mais la frivolité et l'indifférence se sont accrues ; la lutte sanglante entre Paris et Versailles est pour le reste de la France un accident dont on se préoccupe le moins possible, et la Commune, telle que l'entend l'Internationale, est l'incarnation de l'égoïsme politique.

Les protestants renient la religion du vainqueur ; et cependant il est évident que l'Allemagne doit ses triomphes à la Bible, qui dans les écoles l'a formée à la piété , au devoir, à la spontanéité et à l'obéissance.

Les catholiques disaient avec M. de Montalembert : < Nous sommes les fils des croisés et nous ne reculerons jamais devant les fils de Luther. > Or voici que les fils de Luther ont en sept mois fait reculer en 170 rencontres les fils des croisés! Les Vendéens, les Bretons sont-ils à ce point humiliés et instruits par leurs revers qu'ils soient prêts à quitter le culte de la Vierge pour l'Évangile de leurs vainqueurs?

Et cependant, sans l'Évangile et une radicale réformation, la France est perdue, infailliblement et absolument perdue.

Que si par delà les épaisses ténèbres du moment présent, je cherche à discerner la figure de la France aux derniers temps de l'économie actuelle, je crois la voir, je ne dis pas

d'après la prophétie biblique, mais d'après mon interprétation de cette prophétie, toujours maîtresse de l'Algérie, faisant, de concert avec la Russie (vers 1930), la guerre aux juifs rétablis en Palestine. Je crois la voir incorporée dans un vaste empire latin, grec et latin, dont Rome sera la capitale. Je suis certain que les chrétiens évangéliques seront exposés dans tout cet empire à des persécutions de plus en plus sanglantes jusqu'à la dernière qui sera la plus terrible, et j'en conclus que l'ultramontanisme gardera en France jusqu'à la fin toute sa puissance.

Dans ces temps-là, < la grande cité > européenne se brisera en trois parts : l'empire catholique et romanique, l'empire germanique et évangélique, l'empire slave de religion grecque.

Si les deux empires extrêmes se liguent contre celui du milieu, le plus faible sera le plus fort, quelles que puissent être les péripéties de la lutte ; car il est le soutien de la liberté et de la vérité, et il faut un asile aux martyrs de l'Antéchrist.

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