‹ Les conseillers bénévoles du roi GuillaumeChapitre 8 sur 25 · II. — L'armée allemande avant Sedan et les · texte numérisé non relu

II. — L'armée allemande avant Sedan et les

armées françaises.

En mettant le pied sur le territoire français, le Roi publia la proclamation suivante, du 11 août :

< Nous, Guillaume, roi de Prusse, faisons savoir ce qui suit aux habitants des territoires français occupés par les armées allemandes.

> L'empereur Napoléon ayant attaqué par terre et par mer la nation allemande, qui désirait et désire encore vivre en paix avec le peuple français, j'ai pris le commandement des armées allemandes pour repousser cette agression et j'ai été amené par les événements militaires à passer les frontières de la France.

> Je fais la guerre aux soldats et non aux citoyens français '. Ceux-ci continueront, par conséquent , à jouir de

1 Le 8 août, le Roi avait déjà dit à son armée: « Nous ne faisons pas la guerre contre de paisibles citoyens; c'est le devoir, au contraire, de tout homme jaloux de l'honneur, de protéger la propriété privée et de ne mettre aucune tache sur l'honneur de notre armée. » — Le Prince royal a dit dans le même sens, dans sa proclamation à Nancy, de la fin d'août: «L'Allemagne fait la guerre à l'empereur des Français et non aux Français. La population n'a p<w à craindre qu'on prenne des mesures hostiles.... La nation paisible et principalement la ville de Nancy, doivent compter sur les plus grands ménagements. » Au reste, toute armée disciplinée, qui se respecte, prend à son entrée sur le sol ennemi le même engagement.

toute sécurité pour leurs personnes et leurs biens , aussi longtemps qu'ils ne me priveront pas eux-mêmes par des entreprises hostiles contre les troupes allemandes, du droit de leur accorder ma protection.

> Les généraux commandant les différents corps détermineront par des dispositions spéciales, qui seront portées à la connaissance du public , les mesures à prendre envers les communes ou les personnes qui se mettraient en contradiction avec les usages de la guerre.

> Ils régleront de la même manière tout ce qui se rapporte aux réquisitions qui seront jugées nécessaires poulies besoins des troupes, et ils fixeront la différence du cours entre les valeurs allemandes et françaises, afin de faciliter les transactions individuelles entre les troupes et les habitants.

> Guillaume. >

Par cette proclamation, dont on a abusé indignement, et dont on oublie les sévères menaces, le ltoi s'engageait à ne causer aucun dommage aux bourgeois et aux paysans, aussi longtemps qu'ils ne prendraient pas une part active à la guerre et qu'ils laisseraient la lutte se poursuivre entre les armées seules.

A-t-il tenu sa parole royale ? Sa parole a-t-elle fait loi pour son armée ?

J'en appelle, jusqu'à Sedan, aux témoignages qu'ont rendus aux armées allemandes les médecins et les pasteurs des ambulances internationales, les reporters anglais, les correspondants des grands journaux de Paris eux-mêmes, et jusqu'aux feuilles des contrées envahies , . Tous ont

1 Je ne citerai que le correspondant français dans le Journal de Genève du 3 septembre, et (dans la même feuille du 26 août) le Journal de VOise : « Les Prussiens ne font aucune violence ni aux personnes ni aux propriétés et paient leurs acquisitions en monnaie de Prusse. » — La seule note discordante se trouve dans la lettre

été unanimes à confesser, à admirer la discipline de ces soldats, à qui l'on ne pouvait reprocher ni vol, ni pillage, ni brutalité, qui payaient, dans les villages et dans les magasins, les objets qu'ils emportaient, et qui respectaient jusques aux fruits des vergers. Un de nos compatriotes établi en Lorraine, qui, à l'approche de l'ennemi, avait abandonné sa maison, située hors de la ville et au milieu de ses vignes , y trouva , quelques jours après , une dizaine de Prussiens, qui n'y avaient pas causé le moindre dommage. Les premières bouteilles qu'ils burent de son vin, furent celles qu'il alla lui-même chercher dans ses caves. Qu'on me cite une anecdote pareille de soldats français en Allemagne !

Tout protestant a donc pu être fier, jusqu'à Sedan, de voir les soldats de Guillaume se montrer dignes de ceux de Gustave-Adolphe, oublier avec leur roi les torts de leurs ennemis vaincus, et s'associer à lui de tout leur cœur pour protéger les bourgeois et les paysans contre les horreurs de la guerre. Le Moniteur prussien avait raison de dire, le 8 août : < L'histoire attestera la sérieuse force morale et les hautes qualités militaires dont les guerriers allemands viennent de faire preuve (à Wœrth et à Forbach), et nous pouvons ajouter avec orgueil qu'ils seront de même, en pays ennemi, un modèle de Vhumanité et de la dignité de conduite qui ont leur source dans une véritable culture morale K >

au Journal des Débats d'un pasteur célèbre de l'Église libre de Paris. Les mots à l'adresse de la Prusse, de guerre « pillarde, insolente, implacable dans la victoire, » ont pendant quelques semaines, sous l'autorité d'an nom respecté de tous, desservi les passions haineuses des ennemis fanatiques de l'Allemagne. Mais nous ne voulons pas d'autre réfutation de cette accusation injuste que la lettre même qui la contient et la contredit, et qu'elle dépître.

1 On m'objectera le bombardement de Strasbourg. Il a été en effet pour tous les amis de l'Allemagne la première ombre projetée sur leur gloire, et pour plusieurs d'entre eux une première faute. Cependant il faut ne pas oublier que Strasbourg est une ville forte, que les villes fortes sont d'ordinaire ou toujours bombardées, et

C'est la première fois que des généraux et des soldats < se sont comportés en chrétiens envers leurs ennemis, > comme le roi l'avait dit dans sa proclamation du 25 juillet.

Il va sans dire que les contrées traversées par les armées étaient bientôt dépouillées de toutes leurs subsistances; mais elles Tétaient sur le sol allemand non moins que sur le sol français. Et quant aux contributions prélevées sur les villes conquises, on peut comparer les 5,000 habitants d'Heilbronn qui était neutre et pauvre, payant en deux jours 170,000 francs (34 fr. par tête), et les 30,000 habitants de la riche ville de Nancy, qui était conquise et à qui Ton se borne à demander d'emblée 50,000 francs (soit par tête 1 fr. GG c.) l . Il suffit d'un fait semblable pour

que le bombardement, tout eu causant aux assiégés plus de pertes matérielles que de pertes d'hommes, peut par la reddition prévenir l'assaut qui coûterait aux assiégeants des flots de sang. Néanmoins, comme on avait l'intention de garder l'Alsace, la politique conseillait d'en ménager à tout prix la capitale. La faute commise a paru d'autant plus grande que l'incendie de la ville, loin d'en hâter la reddition, n'a fait qu'exalter le courage et le patriotisme des habitants. L'incendie de Kchl, ville ouverte, était, au contraire, une infraction aux lois de la guerre; on voulait venger Strasbourg, mais on n'a fait qu'aggraver sou malheureux sort. Je rappellerai d'ailleurs qu'en opposition avec les us et coutumes des Français en Allemagne, à la reddition de la ville, c les soldats allemands, a écrit un Strasbourgeois, n'ont pas commis pour cinq francs de dommages, » et la ville n'a été frappée d'aucune contribution malgré lo meurtre de trois soldats. — J'ajoute qu'un Strasbourgeois nous disait que l'indiscipline des soldats français était poussée si loin que ce fut un repos pour les habitants de voir circuler dans les rues les paisibles et honnêtes soldats allemands. — Quant à la bibliothèque, on avait eu 48 heures pour en sauver tous les manuscrits et les livres de prix.

1 Je lis dans la brochure de M. Iléhelle (Exaction*! cruautés, barbarie des Prussiens en France, 17D2, 1815, 1870), qu'au 8 novembre Nancy avait été imposé de 5 millions. Ce chiffre est-il exact? S'agit-il de contributions en argent, ou de simples réquisitions payables à la paix ? Je ne sais. En tout cas, il y a loin de 5 millions pesant sur 30,000 habitants, aux 3 millions d'Heilbronn avec ses 4 à> 5,000 âmes.

mesurer la supériorité morale des armées allemandes sur les armées françaises de Napoléon I er .

Mais on prétend que les progrès de la civilisation ont été aussi grands en France qu'en Allemagne, et que les armées françaises du second empire ou de la république auraient pratiqué en pays ennemi les mêmes vertus dont les armées allemandes, de l'aveu de tous, ont fait preuve jusqu'à Sedan. ,

A cette assertion, l'Allemagne répond par un seul mot : Les turcos, les quinze mille sauvages que la France a lâchés contre elle, et dont nous connaissions fort bien les mœurs depuis la guerre d'Italie. A Solferino, comme à Wœrth, on les a vus se jeter à terre, faire les morts, puis se relever et tirer par derrière sur l'ennemi. On les a vus en Italie saccageant et brûlant les villages, violant les femmes et les massacrant ensuite, mutilant avec une atrocité tout orientale les hommes et les enfants. L'Indépendance algérienne les excitait en 1870 à dépouiller tout sentiment d'humanité, et ils ont fidèlement suivi son conseil; car ils sont responsables des blessés sans nez et sans oreilles qu'on a trouvés dans les villages de Coulours et d'Aussan K Si les rôles étaient renversés et que les turcos fussent des soldats allemands, les Français admettraientils aisément que l'Allemagne d'aujourd'hui fût en progrès sur celle de Bliicher et de Frédéric II? Seraient-ils bien rassurés pour l'honneur de leurs femmes et de leurs filles? Et si, pour se prémunir contre l'invasion de ces barbares, ils jugeaient nécessaire d'enlever à l'Allemagne Mayence •et Trêves, s'inquiéteraient-ils beaucoup des clameurs que soulèverait leur soi-disant esprit de conquête?

Nous prouvera-t-on la haute civilisation des Français par la science et les vertus de leurs officiers? Mais qu'on

1 The Franco-German war by sir Tollemache Sainclair, baronet, (un des correspondants du Times). London 1871.

lise le portrait que trace d'eux le prince Frédéric-Charles dans sa célèbre brochure! Ou, si l'on récuse le témoignage d'un ennemi, qu'on écoute celui d'un de leurs compatriotes, d'un prêtre, d'un aumônier de la garde impériale, le P. Marchai! Il les dépeint < viveurs, buveurs, ignorants, ineptes, négligents, égoïstes l . > Il en a vu un plaçant devant Metz ses soldats le dos tourné contre l'ennemi, et un Alsacien, très-français, m'a raconté de Wœrth la même bévue. Sans doute ineptie n'est pas vice, et c'est de tous les défauts celui qu'on peut le plus vivement souhaiter à son ennemi. Mais quel était avant Sedan le ministre de la guerre? Le comte de Palikao, qui a laissé en Algérie et en Chine la réputation que chacun sait. Parmi les généraux, n'en était-il pas plus d'un auquel les journaux français et anglais reprochaient d'incroyables dilapidations? L'Allemagne ne sait trop ce que ces reproches ont de fondé. Mais il lui est permis de supposer que des hommes accusés chez eux de péculat, ne deviendraient pas, en mettant le pied sur le territoire ennemi, des modèles de désintéressement et de probité. Elle a donc le droit de se dire que la race des Vandamme ne s'est pas éteinte en 1814, et qu'il est sage de ne pas leur laisser franchir de nouveau la frontière.

Le sentiment même de l'honneur, autrefois si délicat en France, s'est atrophié chez un trop grand nombre d'officiers. Lorsque le général de Cissey fit demander au prince Frédéric-Charles si les officiers faits prisonniers devant Metz seraient libérés sur parole comme à Sedan, quelle a été la réponse ? < Non ! deux généraux et trois cents officiers ont violé leur parole, et ils combattent de nouveau contre nous. > Tous sans doute n'ont pas suivi ce triste exemple. Plusieurs même, qu'on ne peut assez louer, sont venus en Allemagne se constituer prisonniers pour échapper aux obsessions de leurs parents et de leurs amis. Mais

1 Drame de Metz, 15»° édition.

la loyauté des uns ne peut que rendre plus condamnable la déloyauté des autres. Ce qu'il y a de plus honteux pour la France, c'est que ces parjures-là sont entourés de l'estime générale. Même un décret du ministre de la guerre, du 13 novembre l , offre pour ainsi dire une prime aux officiers qui, violant leur parole, réussiront à échapper des mains de l'ennemi. Le général Lefort a adressé la même invitation à ceux qui se sont réfugiés en Belgique. Les Allemands qui, dans leur naïve honnêteté, croyaient pouvoir se fier sur la parole d'un Français, ont enfin compris jusqu'où la grande nation porte sa haine et son mépris pour eux.

Les soldats français, ces < lions commandés par des ânes, > compensent-ils, au moins par leur discipline, leur moralité, tout ce que laissent à désirer leur^ officiers? Mais une lettre d'un officier français, postérieure à la défaite de Wœrth, tout en reprochant au ministre de la guerre son imprévoyance et aux officiers une ignorance grossière, accuse les soldats d'une indiscipline qu'expliquent les mœurs africaines et le socialisme, et les fuyards de déprédations pires que celles qu'auraient commises les Prussiens. L'auteur français des Causes qui ont amené les désastres de l'armée française dans la campagne de 1870 représente les soldats < animés d'un esprit d'indiscipline et d'indépendance qui, durant toute la campagne, les entraîna à la maraude, au pillage et à l'oubli du respect qu'ils devaient à leurs chefs ; > < sans aucun principe de morale, vendant au plus offrant une existence oisive, vagabonde, misérable, dans le seul but d'en dissiper le produit en débauche et en scandale ; > se livrant, < encouragés par l'impunité, à des excès qui ne connaissaient plus de bornes, > et < laissant dans l'esprit des populations qu'ils traversaient une impression si pénible qu'elles devront garder longtemps le triste souvenir de leur passage J . >

1 Mon autorité est Sir Tollemache Sinclair.

* P. 106, 102, 36, 38; puis 48, 61, etc.

Dois-je ajouter le témoignage du comte de la Guéronnière y parlant de < ces masses de déserteurs, de maraudeurs qui sont pour le paysan et le propriétaire, pour le château comme pour le village, non moins redoutables que l'odieuse réquisition prussienne? > < Les exemples déplorables de cette dévastation, poursuit l'auteur, abondent dans notre malheureuse France ; nous ne les chroniquerons point. On n'ose même envisager les maux que cette situation doit engendrer 1 . >

Et qu^on ne dise pas que les armées de la république sont mieux disciplinées que celles de l'empire, et qu'elles auraient été moins redoutables aux paisibles populations allemandes. Nous pourrions nous borner à demander si M. Gambetta a renvoyé les Turcos en Algérie. Mais nous reviendrons plus tard sur ce point.

La flotte de la France arbore-t-elle peut-être ce drapeau de la civilisation que son armée de terre a laissé tomber dans la boue? Mais, tandis que les généraux allemands respectaient les propriétés des Français inofténsifs, la France saisissait par ses vaisseaux de guerre les pacifiques bâtiments du commerce allemand, en brûlait et coulait bas plusieurs, et traitaient les capitaines comme des criminels, les insultant et les enchaînant deux à deux. A des procédés semblables, l'Allemagne a répondu en emmenant à Brème et ailleurs des otages, qui d'ailleurs étaient libres sur parole.

Cependant, si, sur mer et sur terre, la France militaire ne brille pas au premier rang par son humanité, peutêtre son gouvernement a-t-il été mieux inspiré? Hélas ï l'empire et la république ont expulsé les Allemands établis en France, non-seulement de Paris, où ils étaient trèsnombreux, mais de tous les départements. Ils ont expulsé non-seulement les hommes dans la force de l'âge, mais les malades, mais les femmes et les enfants, mais des vieil-

1 L'âge de fer ou Vère du sang, p. 107.

lards moribonds, mais des familles dont tous les membres étaient nés en France, qui ne savaient pas un mot d'allemand et qui avaient oublié jusqu'à la commune d'où leurs pères étaient originaires. Ils les ont expulsés, non point qu'ils eussent le moindre danger à redouter de ces étrangers; mais toute la classe ouvrière a saisi cette occasion de mettre fin à la concurrence que lui faisaient leurs habitudes d'honnêteté et de travail. Grande et généreuse, l'Allemagne n'a usé d'aucunes représailles.

Je cherche en vain dans la présente guerre quelques indices de cette civilisation exceptionnelle qui placerait la France à la tête de toutes les autres nations. A-t-elle été plus généreuse envers ses blessés que les Allemands envers les leurs? Mais elle n'a pas collecté six millions de francs, tandis que la société internationale de Berlin en a reçu quatorze. A-t-elle témoigné une très-grande sympathie pour les prisonniers et les blessés allemands ? Mais à Orléans, à Poitiers 1 , à Pau, ils se sont plaints amèrement des mauvais traitements qu'ils ont eu à subir, tandis qu'un capitaine de dragons à Glogau, un des officiers à Spandau et le conseil d'honneur des officiers français à Erfurt, ont réduit à néant les calomnies qu'on se plaisait à semer sur le sort que leur faisaient leurs vainqueurs. A-t-elle secouru avec empressement ses soldats affamés après leurs grandes déroutes ? Mais la profonde apathie que sir Tollemache Sainclair reprochait avec amertume en septembre à la riche population de Sedan et de Stenay, nous a tout

1 Le Courrier hanavrien d'avril contient le récit des dangers de mort qu'un officier prussien fait prisonnier a courus à Vendôme, à Poitiers et même à Bordeaux : soldats, officiers, gens du peuple, rivalisaient d'injures et de voies de fait. Il n'a trouvé de protection qu'auprès des généraux. Nombre d'officiers allemands prisonniers ont eu des menottes pendant 4 ou 5 jours. A Montpellier on en a vu marcher, enchaînés deux à deux comme des criminels, et l'on a enterré l'un d'eux de nuit, en cachette, en trompant ses compagnons d'armes qui n'ont pas pu l'accompagner au cimetière.

aussi péniblement surpris cinq mois plus tard à Pontarlier et dans le pays de Gex. On dirait que la France , en perdant sa foi, laisse son cœur se dessécher et se racornir K

Ce qui, aux yeux de la nation allemande, a dans cette guerre le plus terni la gloire des Français, c'est leur manque de sincérité, qu'au reste plusieurs de leurs publicistes ont été les premiers à déplorer et stigmatiser. Paris ne se doute pas de la surprise, du scandale et de la profonde pitié que les mensonges de ses gouvernements et de sa presse ont causés à l'Europe entière. C'est, d'abord, l'empire qui, cherchant un cas de guerre, feint en juin une indignation extrême à la nouvelle que le trône d'Espagne était offert à un Hohenzollem : il était parfaitement au courant de ces négociations depuis sept mois a . Ses ministres entraînent le Corps législatif en parlant en termes mystérieux d'une note de M. de Bismarck , dont ils refusent la communication : elle n'existait pas. Le premier bulletin de Napoléon change la puérile et ridicule comédie de Sarrebruck en une éclatante victoire. Avec les défaites , on a recours au système de Napoléon I er , qui, dans sa campagne de Russie, laissa les Français dans la plus complète ignorance de ses revers jusqu'au .vingt-neuvième bulletin qui avoua tout à coup l'affreuse vérité 3 . De même, pendant tout le mois d'août 1870, le ministère de la guerre changeait les défaites et les retraites en victoires, inventait de toutes pièces des combats et des triomphes *, rapportait à ces fictions

1 Dans la guerre de Crimée les souscriptions pour un fonds patriotique ont produit : en France, 2,500,000 francs ; en Angleterre, 25,000,000. De même, lors de la grande détresse des fabriques de coton, la France a souscrit 200,000 fr. pour 300,000 ouvriers, et l'Angleterre plus de 30,000,000.

1 Papiers secrets, IV, p. 85; II, p. 36 sqq.

• Napoléon avait perdu 400,000 hommes et il en avouait 50,000. — Après Wagram, il avait réduit le chiffre de ses morts de 33,000 à 1,500.

4 Une victoire du maréchal Bazaine à Courcelles, dans le Moni-

par des altérations de dates les récits de batailles réelles *, propageait les bruits d'émeutes et de révolutions qui auraient eu lieu chez l'ennemi Mais le modèle du genre, £est la nouvelle apportée au Corps législatif par le ministre de la guerre, le 20 août, des trois corps d'armée culbutés par le maréchal Bazaine dans les carrières de Jaumont. On peut lire dans le Gaulois du 5 septembre, l'histoire de la montagne des 20,000 cadavres ! Cependant la presse entière pratiquait le mensonge avec une désinvolture et une effronterie vraiment inouïes dans les annales du monde. Un Belge 2 a recueilli la dixième partie de ces fables dans un gros volume, qui ne dépasse pourtant pas la chute de l'empire, et qui est bien un des monuments les plus honteux d'une société qui se décompose et se pourrit. On aurait dit la France entière possédée d'un esprit de ténèbres qui tuait en elle le sens du vrai. En se repaissant avec avidité de tant d'absurdités et de calomnies, elle a perdu le droit de se dire la première des nations civilisées.

Nous avions applaudi à M. Gambetta s' écriant au Corps législatif, le 12 août, à propos de Nancy : < Le gouvernement veut-il continuer un système qui, à l'incurie, ajoutait le mensonge? > Nous espérions que la république allait par sa véracité faire honte à l'empire. Mais hélas ! ce même député, depuis qu'il est devenu un Napoléon au petit pied, a marché sur les traces de son devancier. En vérité, la France ne peut s'en prendre qu'à elle-même si on hésite à croire ses récits même les plus véridiques.

La France ne le prouve que trop : une nation ne change

teur du 26 août. Cinq jours de combats heureux du 27 au 31 du même mois, dans Paris- Journal.

1 Voyez les plaintes de V Indépendance belge dans le Journal de Genève du 3 septembre. — Un Allemand a calculé le nombre de ses compatriotes qui, au dire des Français, avaient péri de juillet en octobre : la somme totale était de 2 millions.

* La Guerre de 1870. L'esprit parisien, produit du régime impérial, par Émile Leclercq. 4 m « édit. Bruxelles.

pas ses mœurs en changeant son gouvernement. Une réforme religieuse seule peut modifier profondément et rendre meilleur le caractère national. Le 4 septembre n'a pas d'un coup de baguette régénéré la nation française. Elle n'es^ pas devenue en un jour modeste et pacifique, chaste et probe. La série des Mélac, des Jourdan, des Vandamme, aboutissant aux turcos, n'offre nul indice de progrès, et il serait aisé d'y voir au contraire un régris. L'Allemagne fait donc preuve de prudence en se méfiant aujourd'hui encore de la France et en se prémunissant contre ses habitudes invétérées d'invasion.

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