‹ Les Conseils d'Usine en AllemagneChapitre 38 sur 44 · SU ES REA · texte numérisé non relu

SU ES REA

Voici, par exemple, la réponse d’un propriétaire d'usine du cerele de Lenne près de Siegen :

«En réponse à votre questionnaire je ne peux vous fournir aucun renseignement bien particulier au sujet de mon Conseil d'exploitation, car je n’ai fait d'expérience particulière ni en bien ni en mal. Les bons rapports que j'ai toujours entretenus avec mon personnel ont fait que je me suis également bien tiré d'affaire avec le nouveau Conseil légal et je compte bien continuer. Jusqu’à présent, on ne m’a guère prié d'assister aux séances que toutes les six à huit semaines, parce qu’il en doit être ainsi. Tous les assistants se comportent à cette occasion tout à fait convenablement et correctement ; ils ne présentent pas seulement leurs plaintes d'ouvriers, mais ils touchent aussi aux choses qui intéressent l'exploitation. Ces gens cherchent-ils à exercer un droit particulier de contrôle ou une influence directe sur la direction de l'établissement ? je n'ai pu jusqu'à présent m'en rendre compte d’une manière désagréable. Dans les négociations au sujet des, tarifs, ils soutiennent naturellement avec vigueur les intérêts de leurs camarades de travail, mais les discussions se passent très tranquillement et sont très raisonnables. Le Conseil n’a pas encoré collaboré à l’'embauchage et au débauchage, car nous n’avons

pas à en faire de considérables. Les petites questions

journalières qui se présentent à l’improviste sont réglées sans grande cérémonie, d'accord avec le président. D'une façon générale, je ne puis que dire, “pour le moment «telle cloche, tel son. » Avec un peu de diplomatie, on se tire de bien des embarras. »

Assurément, si l’ensemble des ouvriers était animé de sentiments bienveillants ou simplement neutres à l’égard des patrons, l'institution des Conseils pourrait ne pas troubler les bons rapports entre tous les membres de l’exploitation. Ils pourraient même servir à sceller l’entente, et ils permettraient aux patrons de rester en contact étroit avec leur personnel. Mais partout où cette confiance des ouvriers n'existe pas, les Conseils sont impuissants à la créer. Ils reflètent servilement l'opinion de la masse qui les a nommés et n’essaient même pas de réagir contre elle.

Tel est l’avis de la direction d’une grosse usine de cuivre du district du Lüdenscheid-Menden, région peu agitée par les éléments révolutionnaires. « Jusqu’à présent tout s’est bien passé avec nos Conseils d'exploitation. Leurs membres sont tous de vieux employés et ouvriers qui travaillent chez nous depuis longtemps. Bien entendu ils veillent attentivement à ce que les stipulations de la loi soient observées ; ils arrivent aussi de temps à autre vers nous,

pour soutenir les intérêts des ouvriers avec toutes

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sortes de propositions, dans le tas desquelles bien peu sont utilisables. Les Conseils d'exploitation ont, dans l’ensemble, exercé une influence calmante sur les Jeunes gens et ils les ont empêchés de commettre des imprudences. Nous n’avons guère remarqué, jusqu’à présent, qu'ils aient aidé le chef d'entreprise à conduire à son but l’exploitation. Dans l'exécution des contrats de tarifs et l'exercice des droits de contrôle des Conseils d'exploitation, nous n’avons pas eu la moindre difficulté. Peut-être même les Conseils d'exploitation pourraient-ils être utiles en maintes occasions, si leurs membres entendaient se placer davantage en terrain neutre et, à cet effet, s’orienter vers ce que, personnellement, ils tiennent pour bon et juste. Mais la plupart du temps, ce n’est pas le cas et nous avons eu souvent l'impression que ces gens, en dépit de leurs convictions intimes, se laissaient influencer par l’opinion du personnel. D'une façon générale, nous sommes d’avis que les Conseils d’exploitation sont une institution assez superflue qui coûte beaucoup de temps et d'argent aux employeurs, sans pour cela procurer aux ouvriers des avantages en rapport avec ces inconvénients. » Ces deux déclarations sont les plus optimistes de celles qu’a reçues la Rheinisch Westphälische Zeitung. La direction d’une mine de l'Est croit également

que les Conseils pourraient contribuer à faciliter les

rapports entre ouvriers et patron, s'ils savaient résister à la pression du personnel. Mais c’est leur demander un courage bien diflicile. Quand les Conseils ont été obligés de donner raison aux patrons, ils se rattrapent en leur cherchant noise en d’autres occasions.

€ Bien entendu, écrit la direction de cette mine, les Conseils d'exploitation s’emploient avant tout à soutenir les intérêts des ouvriers. Les membres les plus raisonnables des Conseils, à mesure qu’ils acquièrent une vue générale de la situation, reconnaissent que la baisse de la production dans les établissements est due essentiellement au relâchement de la discipline ; mais ils n’osent pas l’avouer franchement, Dans des cas où les faits sont absolument patents, ils se décident parfois à donner raison à un surveillant contre un ouvrier. En manière de compensation, ils ne mettent que plus d’ardeur à créer des dissentiments dans l'exploitation. On né peut nier cependant que les deux parties ont appris peu à peu à éviter les froissements inutiles dont l'exploitation ne peut que souffrir. Il sera difficile de faire plus dans l'intérêt de l’exploitation, car un Conseil qui veut réellement contribuer au succès de l’exploitation doit nécessairement se trouver en opposition avec les intérêts des ou-

vriers, tels que les conçoivent ceux qui l’ont élu.

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