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tation ne sont pas du tout en état d’aider par leur activité les exploitations à arriver à leur fin. Ils déclarent ouvertement — une partie d’entre eux, tout au moins — que ce n’est pas là leur fonction, ou bien leur tournure d’esprit les empêche de le faire. Dans toutes les affaires dont ils se mêlent, ils se placent, de parti pris, exclusivement au point de vue ouvrier, montrant par là qu’ils n’ont aucune compréhension des intérêts de la cohésion de l’exploitation. Ils ne peuvent d’ailleurs pas avoir ce sentiment. Cet aveuglement est manifeste même dans le domaine qui est à portée de leur entendement, la représentation des intérêts des ouvriers, notamment en ce qui concerne les renvois d'ouvriers. Ils s'efforcent d’une manière absolument partiale, incapable d’un examen objectif des faits, d'empêcher les renvois par tous les moyens. Il en résulte pratiquement ceci que nous ne pouvons licencier un ouvrier que s’il nous est possible de fournir des raisons légales décisives. Même dans ce cas ils prennent aveuglément parti contre l'établissement et considèrent que le renvoi est une dureté ; inique. Aussi nos directeurs estiment-ils unanimement que les Conseils d'exploitation ne font qu’entraver la bonne marche de l’entreprise et de la production. À notre avis les membres des Conseils d’ exploitation
ont la plupart du temps le désir de s’assurer une
bonne place et de la conserver et, pour cela, ils s’attachent avant tout à se mettre bien avec l’ouvrier et à lui rendre toute sorte de petits services pour pouvoir être élus à nouveau. »
Comme l'indique cette déclaration, c’est surtout à propos des engagements et des renvois d'ouvriers que des conflits s’élèvent entre patrons et Conseils d'exploitation. Quelles que soient les raisons disciplinaires qui ont provoqué le renvoi d’un ouvrier, le Conseil d'exploitation proteste et au besoin a recours à la grève pour obliger le patron à céder.
La direction d’une mine du bassin de Bochum nous raconte un incident significatif à cet égard :
€ Nous avons éprouvé de graves difficultés en deux occasions : dans l’une il s'agissait du renvoi d’un ouvrier, dans l’autre, du déplacement d’un surveillant. Ainsi que nous avons pu l’observer, les Conseils prennent entièrement le parti des ouvriers, sans examiner objectivement les faits. Dans le premier cas, il s’agissait du renvoi d’un ouvrier qui avait injurié et menacé à plusieurs reprises un chef mineur, et qui, après avertissement, l’avait encore pris à partie. Le Conseil d'exploitation de la fosse où se passait cet incident voulut se livrer à une démonstration de force, et il invita le personnel à se mettre en grève. L'affaire ne put être arrangée que
grâce à l'intervention du Commissaire d'Etat... » S. — 10
La suite de la réponse de cette mine de Bochum montre bien comment la conduite dess Conseils aboutit au relâchement de la discipline. Forts de leur protection, les ouvriers se croient tout permis. Les contremaîtres n’osent pas réagir et se découragent peu à peu devant l'hostilité brutale des Conseils.
€ Dans le second cas, il s'agissait du déplacement d’un surveillant, paresseux notoire, qui, pendant les huit Jours qui avaient précédé son changement, n’avait pas visité un coin de son chantier. Les ou- *vriers du bassin auquel il appartenait se plaignaient eux-mêmes qu'il ne vint pas à son travail, et, cependant, le Conseil d'exploitation exigea que ce chef mineur fût maintenu à son poste, parce qu'il était membre du Conseil d'exploitation. Il a fallu une enquête officielle et de longs pourparlers avec les organisations dont dépendait le Conseil, pour que celui-ci consentit à renoncer à cette prétention. Au cours de toutes les négociations, nous avons eu l'impression que les membres de Conseil d’exploitation obéissent aux ordres que leur donnent leurs syndicats de prendre parti contre leurs patrons. La pression des syndicats sur les Conseils est très forte, et les Conseils n’entreprennent rien sans leur avoir demandé des instructions sur les questions impor-
tantes.
€ Quant à la tâche essentielle des Conseils, appuyer les intérêts de l’exploitation, nous n'avons guère constaté qu’ils se soient efforcés de la remplir. Ils considèrent que leur mission est de prendre les ouvriers sous leur protection. Aussi est-il aujourd’hui extrêmement difficile, dans une exploitation, de faire acte d'autorité, parce que les Conseils d’exploitation résistent la plupart du temps aux ordres de l’administration dès qu’il leur semble que ces ordres pourraient inciter les ouvriers à travailler davantage. En même temps, le zèle des surveillants est tombé à presque rien, car 1l leur en cuit de se quereller avec les Conseils d'exploitation et ils ont peur que les Conseils ne les fassent mettre à la po te, s’ils se montrent trop énergiques. »
Les mêmes effets sur la discipline sont indiqués par la direction d’une mine de Gelsenkirchen
« Les directeurs estiment que l'institution des Conseils d'exploitation ne fait que porter atteinte à l'autorité du personnel de surveillance. Les ouvriers se réfugient sous la protection des Conseils et ils y sont encouragés par l'attitude absolument partiale de ceux-ci. La discipline, en particulier chez les jeunes ouvriers, s’est par suite considérablement relâchée. Les jeunes ouvriers n’acceptent plus guère les observations des chefs mineurs et en même temps
une partie des surveillants, animés d’un esprit sem-
blable, ne se soucient pas ou n’ont pas le courage de réagir contre ce manque de discipline et de veiller aux affaires de l'exploitation. Dans ces conditions, le rendement total des mines tend à baisser. »
Aux usines Borsig, la direction avait défendu aux ouvriers de fumer dans l’établissement. Le Conseil des ouvriers a pris aussitôt sur lui de lever l’interdiction.
De tels procédés minent l’autorité du personnel dirigeant, entretiennent, l'esprit de révolte et d’indiscipline parmi les ouvriers, tendent à désorganiser la production.
Les Conseils et la-production.
D’après tout ce qui précède on a pu déjà se rendre compte que les Conseils ne se souciaient guère de savoir comment fonctionnent les exploitations, mi de prendre une part active à la gestion des établissements. Les socialistes. les: poussent à surveiller la production, à contrôler la situation financière des établissements. Mais en général, ils ne s'élèvent pas à ce genre de préoccupations. Dans les grands cen-
tres les syndicats ont institué des cours, où l’on
inculque aux membres des Conseils quelques notions
d'économie politique, de technique industrielle, de
comptabilité. On veut les préparer à prendre en
mains la direction de l’industrie. Jusqu'à présent,
da.
les Conseils paraissent bien indifférents à cet enseignement. S'ils sortent un peu du cercle des petites réclamations et des petites querelles quotidiennes de l'atelier, ce n’est que pour s'occuper de questions proprement ouvrières. [Ils s'intéressent au fonctionnement des assurances sociales. [ls se mêlent de la répartition des logements ouvriers et des distributions de vêtements et de denrées alimentaires. Malheureusement là encore, ils obéissent surtout à leur intérêt personnel. Ils ne visent pas à distribuer rationnellement vivres et logements, mais à faire plaisir à leurs amis, à leurs électeurs, et à satisfaire leurs rancunes. h
La direction d’une mine importante du territoire occupé écrit à se sujet :
« Comme les Conseils d'exploitation n’ont été élus sur la rive gauche du Rhin que fin mai, les expériences ne portent que sur une période de temps relativement courte. Jusqu'à présent les Conseils d'exploitation de nos puits de mines se sont occupés principalement de sauvegarder les intérêts des ouvriers. La plupart du temps, ils ont émis des vœux relatifs au logement, à l'acquisition et à la répartition des denrées alimentaires, enfin à amélioration des conditions de travail. Depuis peu, les Conseils d'exploitation ont mis eux-mêmes en train la vente
des vêtements au personnel. Dans différents cas,
ils ont fait sentir leur influence à propos d’embauchages et de renvois d'ouvriers. En somme, toute l’activité des Conseils d'exploitation se borne à recueilhr les vœux et les plaintes des ouvriers et à les faire aboutir.
Il est bien rare qu’ils aient aidé la direction à mener à bien l'exploitation. Leur action entrave presque toutes les mesures prises par la direction pour assurer le succès de l’exploitation. Le plus souvent ils montrent qu'ils ne comprennent guère les questions qui touchent à la production. Ce n’est que dans les cas 1solés qu’ils ont essayé de connaître et de contrôler les frais et les recettes de l'exploitation. Il convient encore de noter que les Conseils d'exploitation se sont efforcés d'obtenir une influence prépondérante sur la répartition des logements ouvriers et de collaborer d’une manière décisive à toutes les questions d'hygiène et d'assurance ouvrières. Une fois, un Conseil d'exploitation essaya, sous la menace de faire cesser les heures supplémentaires de travail, de s’ingérer dans la répartition du charbon pour sauver de la fermeture une usine voisine qui manquait de charbon. »
Ce dernier trait montre que si les Conseils ne s’ occupent pas de la production proprement dite, ils essaient parfois de contrôler la répartition des
produits. Le même fait à été observé à la mine de