Principes, I, Chap. V
« constances dans lesquelles beaucoup de propriétaires irlan- « dais ont acquis leurs terres, de la différence entre leurs dog- « mes religieux et ceux de leurs tenanciers, des contrats parti- « culiers en vertu desquels ces derniers tiennent leurs terres à « bail, et de l'état politique de l'Irlande, on peut mettre en « doute, disons-nous, que leur séjour dans le pays lui ait pro- « curé quelque avantage considérable; mais, à quelle conclu- « sion que nous arrivions sur ce point, cela ne peut changer « ce que nous avons établi dans notre ouvraye même. La question « qu'il s’agit de trancher se rapporte uniquement à la dépense « du revenu et n’a rien à démêler avec l’amélioration des pro- « priétés foncières, et malgré toutes les clameurs qui se sont « élevées à ce sujet, nous en sommes encore à apprendre que, « sous ce rapport, l’absentéisme soit préjudiciable en quelque façon ». La théorie émise par lui à laquelle il fait allusion et
que nous avons citée plus haut, est la négation des inconvénients des séjours à l’étranger autres que l’absence d’améliora tion de propriétés foncières.
L. de Lavergne, dans l « Æconomie rurale de la France depuis 1789 » estime que l’absentéisme avait fait beaucoup plus de mal encore que le régime et la destination des impôts à la fin de l’ancien régime. Le régime des impôts et des dépenses, tel qu’il fonctionnait alors, constituait d’ailleurs un véritable absentéisme de capital, car il enlevait de certaines régions presque toute la richesse qui eût pu excéder la partie consommée,et ne laissait rien dans ces régions pour les dépenses locales. Selon L. de Laverqgne, des fermiers généraux, analoques aux middlemen d’Irlande, prenaient à bail de grandes étendues de terres, sans s’occuper eux-mêmes de la culture, et ce particulièrement dans la région du Centre. Ce mal s’est atténué, mais il n’a pas disparu. En tous cas, les « gros fermiers » d'aujourd'hui sont en général des agriculteurs.
L’absentéisme du propriétaire foncier a encore ceci de par-
ticulier qu’il est presque toujours d’origine politique ; il présente encore deux caractères remarquables ; c’est, parmi toutes les formes de l’absentéisme du capital, d’être souvent un absentéisme total, sans compensation, etremarquablement durable.
C’est en effet bien rarement que la constitution de la grande propriété, qui est si étroitement unie à l’absentéisme, est dûe uniquement à des motifs économiques. On peut en citer quelques cas : la concentration des terres en Hongrie et en Roumanie entre les mains des prêteurs et des financiers est certainement un phénomène bien économique, mais néanmoins consécutif à des mesures législatives qui, si elles n’avaient pas certes un tel but, ont été dûes à l’influence politique de'certaines idées. La grande propriété, d’origine si ancienne dans les îles anglo-normandes, eut aussi pour première cause la richesse d’une classe de la population celtique, puis pour cause de durée les tarifs contre les blés d'importation: encore y a-t-il là des éléments politiques déterminants. Des causes plus purement économiques seraient la nature du sol et du climat favorables à l'élevage: les régions de bons pâturages, celles où le terrain est maigre, mais assez humide pour entretenir la sole de prairies estimables, celles où la température permet difficilement la maturation des récoltes proprement dites, sont sous l’influence de ces causes,
La difficulté des communications qui fait préférer la production d’une richesse qui se transporte elle-même, est aussi une cause d'élevage en grand, de grande propriété et d'absentéisme. La faible densité de la population, la nature de ses aptitudes peuvent encore être citées à côté des causes précédentes. Enfin, le manque de capitaux qui impose la culture extensive, la pauvreté de la population qui rend le séjour désagréable dans le pays sont encore des causes économiques d’absentéisme.
Mais les causes politiques sont bien plus évidentes. Comme les précédentes, elles agissent de deux façons: par la consti-
tution de la grande propriété, par les inconvénients du séjour pour le propriétaire, et elles doivent se subdiviser en deux catégories : celles qui se rattachent à la conquête, celles qui se rattachent à la formation d’une aristocratie puissante. Les premières sont celles qui provoquent plus particulièrement l’ab-sentéisme ; car le propriétaire est d’une race différente de celle du cultivateur et qui lui est odieuse. C’est dans ces conditions qu’est né l’absentéisme irlandais. Tandis que les causes de la deuxième catégorie n’agissent pour provoquer®aussi l’'absentéisme que par la fortune qu’elles donnent à certaines personnes : ces personnes pourraient vivre dans le pays; si elles vont chercher ailleurs une existence qu’elles jugent plus agréable, c’est que leur fortune leur a donné des goûts de luxe et de plaisir, et d’autre part, qu’elle leur permet de les satisfaire.
L’absentéisme du propriétaire foncier, lorsqu'il est dû à des causes purement politiques telles que la conquête brutale, a ceci de remarquable que le mouvement de richesse vers l’extérieur se fait sans qu'aucune compensation aît lieu ni aît eu lieu à aucun moment. En effet, lorsqu'un propriétaire achète au loin une terre qu’il n’a pas l'intention de jamais habiter ni peut-être voir, il la paye; il se peut que la somme versée une fois pour toutes ne compense pas l’exportation future et conlinue d’une partie des revenus, mais enfin, il y a une certaine contre-partie ; il en est de même au cas d’absentéisme par l'échange, par le placement. Ici, il n’y a rien de pareil; le conquérant a pris la terre, a dépouillé l'habitant, il n’a rien apporté, et lui-même s’est retiré ensuite du pays. Lorsque c’est une aristocratie qui a accaparé les terres, son absentéisme peut avoir le même caractère à l'égard des anciens possesseurs évincés, mais d’une façon moins inévitable ; d’autre part, les absentéistes n'auraient pas même pu apport:r quelque richesse en échange, puisqu'ils sont du pays.
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On pourrait dire que le propre de l’absentéisme, dans ces conditions, est d’être un absentéisme « sans échange ». Cest en ce cas qu’il sera surtout pour le pays victime « damnum emergens », bien que sous d’autres formes il puisse aussi enlever au pays non seulement la richesse qui lui permettrait de se développer, mais celle même qui est nécessaire à sonentretien. Une population a dû généralement être conquise ou très opprimée pour avoir souffert l'établissement d'institutions qui la ruinent à ce point.
L'absentéisme foncier est encore particulièrement durable, lorsqu'il a pour cause la conquête : tout au moins, il dure autant qu’elle. L'argent, les esclaves que les conquérants ont pu emporter se sont incorporés au pays des conquérants, et sont devenus étrangers. Mais ils n’ont pu emporter la terre : il y a là une cause d’absentéisme permanent. Les tributs, il est vrai, peuvent être assez durables aussi, mais leur importance est moins considérable, et comme ils sont plus apparents et que d'autre part leur suppression lèse moins d'intérêts particuliers, ils ont plus de chances de disparaître.
On peut citer le développement du crédit comme une cause économique d’absentéisme foncier, car il a permis la formation de sociétés par actions pour l’achat et lexploitation de terres à l'étranger : celle-là, à la différence de celles énumérées jusqu’à présent,est toute moderne.
L’absentéisme du propriétaire foncier, quelies que soient ses causes et sa nature, peut présenter des degrés à divers points de vue. Aïnsi, au point de vue de l'intérêt que le propriétaire porte à sa terre, il y a lieu de remarquer qu’un propriétaire absentéiste peut s’occuper beaucoup d’elle, et que par contre, un propriétaire résidant la négliger complètement. Il faut donc, quand on regarde l’absentéisme comme une cause d'abandon de la terre par le propriétaire, ce qui est le cas général, se Souvenir qu'à ce point de vue, l’absentéisme, ou pour parler
plus exactement, ses conséquences, ont des degrés. Au point de vue de la durée du séjour, il y a tous les degrés entre le séjour continu et les visites les plus courtes et les plus espacées, et la durée du séjour a son importance à l'égard de certains soins, de certaines surveillances de longue durée. Au point de vue du manque de fonds, il y a, indépendamment de toute durée de séjour, de tout soin et de toute surveillance plus ou moins accordés, des propriétaires qui mettent des fonds dans les exploitations de leurs domaines, et d’autres qui wen mettent point. Enfin, il faut tenir compte de la situation du propriétaire qui possède des terres en plusieurs régions, et qui peut ne séjourner sur aucune, ou sur une seule, ou tour à tour sur plusieurs, ou partager son temps entre toutes ; il y a encore le cas du propriétaire absentéiste qui est agriculteur et afferme des terres au loin : ses aptitudes lui permettront peutêtre de bien diriger l’exploitation de ses terres sans y faire grand acte de présence.
Mais, ces degrés de l’absentéisme ne peuvent servir de division : car l’absentéisme est un phénomène complexe, et il eût fallu à l’occasion de chacun d’eux examiner toutes ses conséquences.
L’absentéisme du propriétaire foncier peut être étudié dans ses rapports avec la nature du propriétaire, celle de la propriété, celle de l'exploitation agricole, celle de la législation, et enfin dans ses relations avec les autres phénomènes économiques de production et de consommation.
Les propriétaires ruraux absentéistes.
Différents types et origines. — Conséquences particulières.
La troisième partie des principes d'économie politique de Mac Culloch commence par ces lignes remarquables: « Les habitants des pays qui ont fait quelques progrès considérables dans la civilisation et les arts peuvent se diviser entrois classes: les travailleurs, les landlords, et les capitalistes » (1).
Il entend donc dire qu'il est normal qu’il y aît deux classes de personnes vivant sur la terre : le grand propriétaire, et le travailleur. L’un touche les revenus, l’autre travaille.
IT faut reconnaître qu’en fait, il en est ainsi dans beaucoup de pays, plus ou moins avancés en civilisation. L'intérêt que le propriélaire porte à sa terre peut varier selon qu'il est un national ou un étranger, un sédentaire ou un cosmopolite, un pacifique qui exploite les ressources locales ou un conquérant de pays lointains, un simple particulier sans ambition ou un ambitieux prêt à accepter l’éloignement si les fonctions auxquelles il peut attemdre l’exigent ; ce peut être un homme de la campagne, la connaissant et l’aimant, ou un homme à qui elle est inconnue et indifférente, un homme qui n’a de richesse et d'intérêts qu’en elle et chez elle, ou dont le centre écono-
1Principes, I; secte
nr
mique est tout ailleurs ; ce peut encore être une personne physiologique ou une personne collective.
La possession de la terre par les étrangers est une cause évidente d’absentéisme. Il faut cependant remarquer que bien souvent, l’étranger qui a acquis des biens fonds se fait naturaliser, ou est naturalisé par le jeu des lois locales ; cela a lieu dans les cas où cet étranger précisément n’a pas été absentéiste; en cette circonstance, l’acquisition de terre la davantage fixé dans son nouveau pays. Mais lorsque l’étranger est devenu propriétaire sans se fixer dans le pays, sa qualité d’étranger à pu déterminer son absentéisme. L’étranger, en effet, peut hésiler à habiter au milieu d’une population, dont, même s’il connaît bien la langue, les mœurs et l’esprit lui échappent le plus souvent, ainsi que les habitudes de tenure et de culture. S'il est devenu propriétaire, c’est souvent en exerçant les droits du créancier ; le gage lui est resté entre les mains, etilne pourrait le vendre qu’à grande perte et en diminuant beaucoup son revenu, c’est souvent aussi par héritage : dans un grand nombre de familles aristocratiques, les mariages ont souvent lieu entre personnes de nationalités différentes, et il en résulte que des propriétés très vastes échoient à des héritiers étrangers, tout-à-fait inconnus dans le pays où les terres sont situées.
Enfin, quoique étrangers, certains peuvent voir dans l’acquisition de terres un placement avantageux, avec l'intention de ne pas s’occuper plus de leur exploitation que de celle d’une fabrique dont ils posséderaient des actions. En ce dernier cas, cependant, l'étranger acquéreur connaît généralement plus ou moins le bien qu’il achète. Souvent, ce sont des sociétés qui se livrent àces achats de terre au loin: alors les actionnaires, évidemment, ne savent pas grand chose de la nature ni de la situation des propriétés de la société.
Une loi fédérale des Etats-Unis, du 3 mars 1887, interdit
l'accès de la propriété foncière aux sociétés lorsque 20 0/0 de leur capital est étranger, et les lois particulières des Etats sont encore plus rigoureuses. Il faut distinguer de ces mesures législatives qui sont prises en considération de l’absentéisme, celles qui interdisent l’accès de la propriété aux étrangers dans la crainte qu’au contraire ils prennent pied dans le pays et n’y exercent trop d'influence : les mesures de ce genre ont été portées dans les pays à civilisation inférieure, et contre les Européens. Toutefois, les Etats-Unis, à côté de dispositions contre les sociétés étrangères, en ont édicté en même temps contre les individus étrangers ; alors à la préoccupation d'éviter l’absentéisme, se joint celle d'arrêter l’afflux des étrangers, de réserver les ressources locales aux citoyens du pays, préoccupation visible dans beaucoup d’actes des pays de l'Union.
Cest enfin à des causes politiques qu’est dû souvent le fait que des étrangers tirent des revenus des terres d’un pays ; comme exemple d’un cas de ce genre, rappelons qu’en Roumanie, un tiers des terres était jadis possédé par l'Eglise orthodoxe grecque, dont les hauts dignitaires résidaient à Constantinople ; ce haut clergé s’appropriait leurs revenus, au détriment du clergé local, suivant en cette exploitation des pays danubiens l'exemple des hospodars. Ce fait procédait, indirectement, mais évidemment, des conquêtes byzantine et ottomane.
Mais il est des cas d’absentéisme foncier à forme politique plus manifeste et plus violente, telle que la prise de possession des terres par la conquête, sans fixation des conquérants, qui restent des étrangers, et ne laissent dans le pays conquis que la garnison nécessaire pour conienir ses révoltes. Nous en avons un exemple dans l’Irlande.
Alors, il faut regarder comme élément constitutif de l’absentéisme l’hostilité de la population dépouillée contre le pro-
me
priétaire étranger ; par là, la conquête, après avoir établi l’absentéisme, le maintient. L'histoire offre beaucoup d’exemples de la prise des terres par conquête: c’est même le phénomène le plus commun dans les époques de migrations qui ont précédé la formation des peuples contemporains ; mais souvent, que lPancienne population fût exterminée, refoulée, réduite en servage ou admise dans la formation d’une nationalité nouvelle avec des droits étendus, les conquérants se fixaient dans le pays et n'étaient point absentéistes. Aujourd’hui, l'expansion coloniale présente parfois un aspect analogue mais les terres sont plutôt appropriées que ravies ; de plus les colons européens ne sauraient faire prospérer leurs exploitations sans beaucoup de soins et de présence. Ilse peut que le climat les contraigne à des absences prolongées, ils ne sont pas absentéistes. Si un jour ils veulent jouir de la fortune amassée, ils vendent à un nouveau venu la plantation. On a vu cependant des familles dont la fortune consistait en ces plantations des Antilles jadis si prospères, surtout des familles nobles, sous l’ancien régime en tirer de gros revenus tout en séjournant en France ; c’est que la famille était nombreuse et qu’un de ses membres administrait là-bas le bien commun. Les populations coloniales, si leur hostilité contre les conquérants, pour êtrelatente,n’en est pas moins certaine, ne ja manifestent que rarement : un sentiment d’infériorité, la conscience plus ou moins claire mais réell: des avantages de l’ordre et de la sécurité dûs à l’administration européenne, contribuent à la maintenir dans lobéissance et à la faire se résigner à son sort.
En Irlande, il n’en a pas été, il n’en est pas ainsi. Le propriétaire anglais, le lord, est resté non seulement l’étranger, mais l'ennemi. L’Irlandais a tellement l'habitude de considérer le landlord comme un étranger, qu'il raisonne presque toujours avec cette considération comme base, sans tenir compte qu'il y a des landlords d’origine irlandaise,mème lorsqu'il s’agit dans
l'espèce d’un de ces landlords. Cela tient à ce que les populations pensent surtout avec quelques idées générales, toutes faites, et sans égard pour les exceptions. De plus, Pabsentéisme de la plupart des landlords, quelle que soit leur origine et leur religion, a contribué àles faire tous tenir pour étrangers. Le peuple irlandais n’admet guère la légitimité des droits des landlords que lorsqu'ils se sont alliés avec les familles des anciens propriétaires indigènes. C’est le cas des Osborne, cité par Roscher, Ec. pol. rurale, d’après les « Memortals of lady Osborne »,
En Irlande, l’Irlandais n’entend en aucune façon reconnaître comme compatriotes les Anglais établis dans son pays, fut-ce depuis plus de deux siècles, à part quelques familles très anciennement fixées, assimilées et catholiques.
Tous les moyens lui sont bons pour manifester son antipathie aux landlords, et surtout bien montrer qu’il les tient toujours pour des étrangers. Ses procédés à leur égard varient depuis la plaisanterie jusqu'au crime, en passant par le boycottage qui lui est particulièrement cher et Lu a parfois les conséquences les plus bizarres.
Il'accepterait encore de payer tribut au landlord comme il faisait au thanist, aux O’Donoghue, aux Mc-Carthy Mor, aux Mc-Murdh’ach, aux O’Melachlin, bien que ce landlord ne puisse prétendre, en sa qualité d’étranger, de conquérant, aux mêmes sentiments ; mais l’Irlandais ne peut admettre qu’un étranger l'empêche de cultiver ses terres ; lorsqu'il ne résiste pas ouvertement au landlord qui l « évicte », il se venge malicieusement en faisant ouen laissant paître la nuitson bétail sur les terres incultes du lord, tandis que lui-même est installé dans une cabane aux frais de la ligue nationale qui lui fait en outre une petite rente. Et c’est pour l’«évicté » une véritable satisfaction que ce tour joué au « sacsannach », à l’envahisseur saxon.
Des landlords ont été assassinés sans qu’on püût trouver le
moindre indice permettant de découvrir les assassins ; personne n’ose témoigner, par crainte, et d’ailleurs la plus grande partie de la population approuve ou tout au moins excuse l’acte.
L’absentéismeirlandais, si intense,'est donc une conséquence, en grande partie, de la nature étrangère du propriétaire.
Quoiqu'il en soit des résultats, Irlandais n’a voulu reconnaitre ni le régime actuel ni rien de ce qui l’a établi et le soutient : régime politique, administratif et judiciaire. Tout cela, pour lui, porte un vice originel quile met hors du droit et hors de la conscience irlandais. Les cours de jusiice, les huissiers, les agents des landlords sont considérés comme une armée ennemie, comme des envahisseurs. Et il faut bien convenir que cette conception est tout au moins très historique. L’irlandais est resté d'autant plus fidèle au souvenir des vieux temps qu'il fut plus heureux dans le passé que dans le présent.
Il est certain que si les propriétaires n’étaient pas absentéistes, cet antagonisme aurait difficilement pu persister. Des relations de voisinage, de protection se fussent établies ; d’ailleurs, pour des causes que nous essayerons de développer ailleurs, la population paysanne aurait été moins misérable et la misère est mauvaise conseillère. Les landlords, s'ils vivaient dans le pays, ne traiteraient pas ou ne laisseraient pas traiter leurs tenanciers de la manière dont ils l’ont été constamment.
Lord Kenmare rencontra un jour, dit-on, en se promenant sur ses domaines, sous la pluie, dans la boue, par un jour froid d'hiver, une famille d’évictés comprenant entre autres un aïeul en train d’agoniser, une femme sur le point d’accoucher et des enfants en larmes. Emu jusqu’à la colère, il prit une hachette parmi le mobilier répandu sur le chemin, brisa les barricades de la maison, dit de rentrer aux expulsés, jeta quelque argent et s’en fut sans retourner la tête (1). On comprend que les