‹ Les Conséquences Économiques de l'AbsentéismeChapitre 18 sur 33 · M. À. de Bovet. Trois mois en Irlande · texte numérisé non relu

M. À. de Bovet. Trois mois en Irlande

propriétaires ne puissent pas souffrir de tels spectacles ; leur absentéisme leur en épargne ordinairement la vue, et après avoir provoqué un tel mal, en est à son tour une conséquence en leur rendant insupportable le séjour sur leurs terres.

Mais il n’y a rien de commun entre les tenanciers et les landlords ; rien, pas même, comme on pourrait le croire et comme il semble que cela devrait être, les intérêts ; car la fortunedes landlords et l'habitude de la crise atténuent pour eux les inconvénients pécuniaires de la situation ; c’est ainsi que lIrlandais s’est cru et se croit encore en droit d'employer tous les moyens contre ceux qu'il rend responsables de sa misère. Seule donc, la présence des propriétaires aurait pu apporter quelque adoucissement dans leurs relations avecles paysans, par un traitement moins rigoureux de ces derniers et une communauté de traditions, d'intérêts et d’aspirations.

L’aristocratie irlandaise ne vient quère en Irlande qu’à l'automne pour chasser le grouse, et encore autant que l’hostilité de la population le lui permet. Aucun membre de la pairie irlandaise ne séjourne à Dublin. Il n’y a pas à Dublin cette vie mondaine qui, si elle provoque des dépenses de luxe inutiles dans une large mesure, par ailleurs profitables au développement artistique et même industriel et commercial, n’en a pas moins pour résultat un déplacement de richesses au profit de la population besoigneuse. Il vaudrait toujours mieux pour l’Irlande que ces dépenses somptuaires se fissent sur son territoire qu’en Angleterre ou à l'étranger. Mais l’inimitié entre nationalistes et unionistes, entre protestants et catholiques, rend les relations difficiles. Les groupes ne peuvent pas même avoir dans leur sein lentente nécessaire pour jouir d’une existence propre, brillante ou fastueuse, car ilest une foule de nuances dans les partis, et il y a par exemple, des unionistes catholiques, et des protestants nationalistes.

Les fonctionnaires anglais se considèrent comme en exil et n’attendent que leur départ et la récompense de leurs services. L’aristocratie locale, d’ailleurs en grande partie ruinée s’empresse de vivre au loin.

Cependant, les landlords qui résident suffisamment sur leurs terres parviennent, par des: concessions sur les rentes (1) dont ils apprécient la nécessité, par une attitude équitable à l'égard de la population, à éviter le boycottage. Leur présence modifie donc considérablement la situation, non seulement par les conséquences économiques qu’elle entraîne directement, mais encore et surlout par le sort meilleur fait aux tenanciers qui continuent à cultiver au lieu, après avoir été évités tous ou en partie, de lutter contre le landlord par tous les moyens licites et illicites, jusqu’à refuser ensuite les concessions faites tardivement. Le paysan vit ainsi tant bien que mal, et le land= lord retire de son domaine un revenu relativement élevé. Mais le landlord, toujours regardé comme étranger, doit, pour arriver à ce résullat, avoir une grande persévérance et beaucoup de bonté d’âme.

A côté de l'hostilité résultant de ce que le propriétaire est étranger, l'Irlande nous montre aussi la différence des opinions religieuses comme une cause d’absentéisme. Cette diffé rence a augmenté l'antagonisme entre les conquérants et les conquis, entre les propriétaires et les paysans. La grande majorité des landlords est protestante ; il n'y à de catholiques qu’un certain nombre de grands propriétaires descendant des anciens {hanists et il ny a de protestants qu'un nombre restreint de colons anglo-saxons, « sacsannachs », immigrés de

4. Nous emploierons souvent cette traduction du mot anglais rent ([ermage), qui ne doit pas être confondu avec le terme de rente employé dans ja célèbre théorie de Ricardo. Pour éviter la confusion, on dira renfe foncière quand il s’agira d’allusions à cette theorie,

la grande île. Une réciproque tolérance a bien fin! par s’établir, mais il existe encore de grandes préventions entre habitants de religions différentes et le souvenir des luttes religieuses sanglantes du xvue siècle n’est pas éteint.

En résumé, les conséquences du fait que le propriétaire est étranger se résument dans ces deux constatations : c’est une cause fréquente d’absentéisme, par le simple fait que le propriétaire étranger a moins de prédilection pour ses propriétés que s’il était du pays, et c’en est encore une autre par lhostilité qui règne entre lui et ses tenanciers lorsque à l’origine de l'établissement de la propriéié il y a eu des violences politiques. Les conséquences de l’absentéisme dans le cas d’extranéité du propriétaire sont d’abord des conséquences sur lPabsentéisme lui-même, qui n’a pas de raisons de prendre fin par la fixation du propriétaire, et qui est consolidé même par l'hostilité entre propriétaires et tenanciers.

Au point de vue productif, il en résulte un état misérable des classes rurales et ouvrières, par suite du màarasme de l’agriculture et des autres industries, faute de direction et de capitaux. Ces conséquences sont particulièrement graves dans le cas qui nous occupe, parce qu'il n’y a pas d'entente possible, même à distance, entre les propriétaires et les cultivateurs, ces derniers se refusant à subir toute influence venant des premiers; ceux-ci, comme nous l'avons vu, ne sont nullement amenés à faire des dépenses productives en vue d'augmenter leurs revenus, parce que le fait d'engager ces dépenses implique une certaine confiance dans les tenanciers. Ils préfèrent parfois même laisser les terres en friche, car ces. tenanciers s’ingénient à ne rien payer à l'étranger, et à causer à celui-ci tous les désagréments possibles dans leurs rapports avec lui. Le revenu foncier s’abaisse, au détriment surtout de la population elle-même ; enfin la pauvreté de la population entraine une réduction de la consommation, qui a les plus

fâcheuses conséquences sociales par elle-même et par sa répercussion sur l’activité productive.

Sans être un étranger, le propriétaire peut être un cosmopolite, tout au moins un voyageur. Dans ce cas, il aura aussi une faible tendance à appliquer son attention sur ces terres et à leur fournir des capitaux. Ce qu’il faut retenir comme différence avec la situation du propriétaire étranger, c’est qu’à l'hostilité de la population fait place en ce cas son indifférence à l’égard du propriétaire. Les bons rapports indispensables à l’action directrice, à l'impulsion vers le progrès agricole, qui sont le but désirable de l’activité du propriétaire, ne sont pas compatibles avec cette indifférence. Le propriétaire qui voyage dépense beaucoup d’argent ; de plus, ses terres, ainsi peu surveillées, sont loin de lui rapporter de gros revenus: il n'aura pasde tendance à les féconder par un apport de capitaux, d'autant plus que cet apport, pour être profitable, pour ne pas être un placement ruineux, exige une direction habile, intéressée, de l’exploitation agricole. La terre qui rapporte aisément un certain minimum, ne donne de revenus supplémentaires qu'avec une absorption de travail considérable. Aux conséquences de. cet absentéisme, il faut opposer comme exceptions certains cas de propriétaires, qui bien que le plus souvent absents en de longs voyages, en de longs séjours au loin, connaissent toutefois leurs domaines grâce à des visites où leur activité supplée au manque de temps, et qui ont rapporté de leurs voyages des connaissances multiples, de l'expérience, propres à leur faire tenter l’essai de procédés exotiques utiles. Toutefois, leurs conseils pourront être bons : ce qui sera difficile, ce sera l'application en leur absence, et s’il font des dépenses, il est douteux qu’elles rapportent, tant à eux-mêmes qu'au pays, ce que les sommes qui les constituent, avec un emploi dûment surveillé, eussent rapporté. Enfin, il ÿ à au total assez peu de gens qui voyagent de façon à apprendre quelque

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chose en matière d’agriculture : il y faut de la compétence, des séjours prolongés en chaque pays, etune application quine sont pas souvent le fait des personnes riches qui parcourent le globe.

Au moyen-âge, les grands voyages, ceux qui, étant accom= plis à la fois par beaucoup d'individus, et proportionnellement par plus d'individus riches, puissants, maîtres des terres, que par les pauvres et les travailleurs manuels, furent les Croisades. A côté de leurs conséquences politiques et sociales, elles ont eu de graves conséquences économiques, dont certaines se rattachent à l’absentéisme qu’elles déterminèrent.

Lors de la première croisade, celle du X[° siècle, il y eut un grand départ de toutes sortes de gens, etce ne furent pas seulement les seigneurs qui quittèrent leurs fiefs ou les engagèrent pour se procurer des fonds, ce furent aussi les serfs qui, avec le consentement des seigneurs, quittèrent leur champ, ce furent aussi les bourgeois qui abandonnèrent leur commerce. Il y eut donc un grand absentéisme du travail. Mais le caractère le plus important à notre point de vue, c’est le départ des armées féodales régulières, si l’on peut s'exprimer ainsi, qui suivit le grand élan qui avait d’abord emporté les peuples d’Occident contre et vers l’Orient. Au XIIe siècle, les départs de chevaliers sont constants ; tantôt ils s’en vont isolés, tantôt par groupes plus ou moins considérables. Mais le nombre des vilains qui les accompagnaient, par rapport aux porportions des ciasses dans la société d’alors, était bien moins important que celui des chevaliers. Ceux-ci, soit eux-mêmes seigneurs, soit simplement de familles seigneuriales, formaient alors la classe des propriétaires et leurs droits sur la terre étaient en ce temps vraiment des droits réels.

Ils dépensèrent beaucoup pour s’équiper, pour se nourrir durant leurs voyages, et ce que rapportèrent ceux qui revinrent, ce ne fut pas de la richesse, mais des idées et des coutumes, voire des lois. Il s’ensuivit beaucoup de misère, et un déplace-

ment de la possession des terres. La noblesse féodale, c’est-àdire la propriété foncière d'alors, y trouva l’origine de son déclin. Beaucoup de seigneurs, soit au moment même des croisasades, soit ensuite quand la formation des communes qui les suivit eut rendu le peuple plus puissant, accordèrent gratuitement, ou surtout vendirent des affranchissements plus ou moins étendus aux vilains et aux serfs ; les personnes et les terres échappèrent ainsi en grand nombre à l’organisation féodale, et {es griefs, qui étaient la forme d'alors de la grande propriété, diminuèrent d'importance. Une grande partie même, des terres propres des seigneurs furent vendues, ou surtout concédées aux vilains ; ce fut encore une cause de réduction de la grande propriété.

Les croisades n’eurent donc pas au total de mauvaises conséquences ; elles coûtèrent, il est vrai, très cher à tout le peuple, et des taxes spéciales, comme la dîme saladine édictée par Richard Cœur-de-Lion et Philippe-Auguste à l’occasion de la troisième croisade, en sont une preuve. Mais elles eurent au point de vue agricole de bonnes conséquences, non-seulement par la division de domaines trop vastes et la consolidation du droit de beaucoup de tenanciers en celui de proprié- Laires, mais par le progrès déterminé par des connaissances nouvelles rapportées d'Orient; certaines cultures datent d’alors. C’est un exemple de l'influence de l’absentéisme des propriétaires conquérants auloin. On ne pourrait en rapprocher les conquêtes des Anglais dans le monde, par égard aux Irlandais ; car les Anglais, assez riches par ailleurs, n’ont pas eu besoin de céder leurs droits à vil prix aux Irlandais pour subvenir aux frais de leurs conquêtes, et d’autre part, si ces conquétes ont été productives de richesse et de savoir, ils n’en ont guère fait profiter ces derniers, qu'ils ont toujours abandonnés dans leur île. On peut toutefois considérer que les conquêtes récentes des peuples européens ont entraîné au lom les capi-

taux de beaucoup de propriétaires, ou même ceux d’autres personnes, au préjudice de l’agriculture et des autres industries. Elles ont provoqué aussi l’absentéisme de beaucoupde fonctionnaires, d'officiers, d’industriels, ou de commerçants quisont propriétaires de terres ; souvent même, des personnes déjà habituées en cette qualité à la direction des travaux agricoles ont quitté leurs terres de la métropole pour aller chercher des revenus plus grands en exploitant des concessions dans les colonies. Les conquêtes sont donc une cause importante d’absentéisme, non pas seulement en donnant des droits sur la terre aux conquérants venus du dehors,mais encore en en donnant au loin aux propriétaires du pays conquérant. L’absentéisme du fonctionnaire, toutefois, a bien d’autres causes et d’autres occasions de se manifester que la conquête. La centralisation, la formation des grands Etats, les unités nationales, la facilité des communications l'ont développé. Dès les temps où se sont produits ces phénomènes politiques, il a pris naissance, mais il n’a cessé de croître. Une des raisons qui en atténueralent les inconvénients, c’est qu'il est transitoire, et souvent limité àla durée des fonctions, mais on peut dire aussi que beaucoup de ceux qui ont quitté leur campagne, leur province, ne reviennent pas, tout en conservant la propriété de leur terre comme une source de revenus peu élevés, mais sûrs. À ce point de vue, l’organisation de la représentation nationale a une influence sur l’absentéisme des propriétaires. Il faut en dire autant du développement de l’armée, et d’une manière générale de l’augmentation du nombre des fonctionnaires et des employés de l'Etat, de celui du personnel des grandes entreprises de transport, de banque et autres. Non seulement la plupart de ces fonctions ne laissent pas aux propriétaires le loisir de séjourner sur leurs terres, non seulement ils n'ont très souvent presque aucune espèce de vacances réqulières, mais l’exiguité de leurs appointements etles exigences de

la vie urbaine et de leur situation ne leur laissent pas le moyen de faire d'économies. Ils ne peuvent ainsi pas plus fournir de capitaux à la culture, améliorer les bâtiments ni les terralns qu’ils ne peuvent diriger l'exploitation. Au lieu que s'ils résidaient, ils pourraient en faisant rendre à la terre ce maximum qu’elle donne volontiers et en bénéficiant des conditions d'existence si avantageuses du propriétaire résidant, trouver souvent une situation plus enviable, au point de vue économique, que celle qui leur a coûté tant de travail et les éloigne de leurs terres.

La terre peut appartenir à des personnes qui, par leur origine ou leurs goûts, leur éducation, ne sauraient être des propriétaires résidants. Ilse peut, au contraire, que leur origine, leurs goûts et leur éducation les préservent de labsentéisme. La recherche duluxe, l'ambition écarta les propriétaires romains de leurs terres; la distribution des bénéfices, l’obligation du séjour à la Cour eut le même résultat pour la noblesse française.

Les Romains des premiers temps avaient un culte pour l’a-

.griculture : ils tenaient, quels que fussent leur rang et leur célébrité, à ne pas négliger leur champ. Dès que les obligations du service de la République le leur permettaient, ils retournaient, comme Cincinnatus, cultiver leur champ. Lorsque les premiers qui, parmi les Romains, amassèrent de grandes fortunes, avaient des terres trop vastes pour qu'ils pussent les cultiver eux-mêmes, ils en donnaient une partie à métayage à leurs clients, et elles ne sortaient pas de leur influence ni de leur direction. Quelles furent les conséquences de abandon de ces usages, c’est ce que tout le monde sait ; ce furent d’abord lPextension des latifundia, la ruine et le dépeuplement de la campagne et une cause importante de la décadence romaine.

La constitution des grandes monarchies d'Europe enleva à une grande partie de la noblesse féodale le goût de la campa-

gne et de l’agriculture. Le mouvement qui porta les nobles vers la Cour, qui prit de l'importance sous François I° atteignit son apogée sous Louis XIV.

La féodalité, si du moins elle a été pour l’avenir une cause d’absentéisme, avait eu cependant l'avantage de fixer les puissants dans leurs fiefs; ils vivaient au milieu des teres qu'ils s'étaient réservées, et de celles qu’ils avaient concédées: ce ne sont que les plus puissants qui réunissaient la possession de fiefs situés dans des pays différents, etse trouvaient par là absentéistes. Lorsque les grands eurent été définitivement privés de leur influence, les rois exigèrent leur présence à la cour ; après que les forteresses féodales eurent été démantelées, il convint de s’assurer de leurs anciens maîtres en les attachant à la personne du roi pour parachever l’œuvre de centralisation. Sous Louis XIV, tous les grands seigneurs durent quitter leurs terres et leurs châteaux, renoncer à avoir une cour à eux, et faire partie de celle du roi. Celui-ci, d’ailleurs, leur y dispensa une existence assez agréable pour que plus tard ce fut une punition redoutée que d’être « exilé » dans « ses » terres. Cet « exil » est assurément le comble de l’absentéisme, en ce | sens que le propriétaire s’estime moins être chez lui quand il est dans son domaine que lorsqu'il en est absent. Et c'est encore bien là cet absentéisme particulier connexe au. manque de goût pour la terre. Les conséquences de cet absentéisme ne furent pas toutefois très grandes au point de vue productif : l’agriculture routinière d’alors se passait de direction et de savoir ; à supposer que les nobles courtisans fussent restés sur leurs terres, ils n’y auraient pas fait de grandes améliorations ; cependant, il y aurait eu un meilleur entretien des bâtiments, qui étaient souvent en ruines dans ces grands domaines ignorés de leurs maîtres ; si ces derniers avaient résidé au château, ils n'auraient pas aimé voir leurs métairies en cet état; on aurait pu obtenir d’eux des ponts, des chemins, des irriga

tions plus ou moins coûteuses, et qui constituent des dépenses auxquelles ne se résigne pas le propriétaire qui n’en voit pas le besoin de ses yeux et n’envisage que la privation qu’elles lui imposent momentanément.

En Pologne, les biens immenses du clergé, dans les derniers siècles, servaient à entretenir le luxe des nobles qui se réservaient toutes les fonctions hautes et rétribuées ; les évêques vivaient en grands seigneurs et menaient une existence agitée comme d’ailleurs celle de tous les Polonais, au milieu de troubles incessants. Ils ne s’occupaient en aucune manière d’améliorer la culture des biens de l'Eglise, dont ils dépensaient les revenus dans le faste.

C'est un fait analogue à la coilation des bénéfices.

La collation des bénéfices fut dans l’ancienne France une grande cause d’absentéisme foncier, Tant qu'ils furent attachés à une fonction ecclésiastique effective, comme jusqu’à la fin de l’ancien régime le furent les bénéfices dits sacerdotaux et à charge d’âmes, ils n’entraînèrent qu’un absentéisme faible. Cependant les grands bénéfices séculiers, attribués à de grands seigneurs, étaient déjà pour ceux-ci le moyen d’une vie somptueuse qui comportait de longs séjours à la cour. Même les bénéfices séculiers les plus inférieurs, les cures, les chapelles, permettaient l’absentéisme du titulaire qui en confiait les fonctions à quelque prêtre non pourvu, et ne lui laissait du bénéfice que la portion dite.« congrue », juste suffisante pour lui permettre, avec le casuel et les dons des fidèles, de subsister misérablement. Le simple fait que le revenu du bénéfice dépassait la portion congrue était une cause d’absentéisme : en effet, la fonction seule exigeait la présence du titulaire, et la

portion congtue suffisait à entretenir la fonction. Donc, toute

la portion non congruë ne pouvait que tendre à émigrer, si les bénéfices se donnaient, comme c'était le cas, à des personnes que rien ne pouvait attirer dans les villages où étaient les

cures, ou à de grands seigneurs qu’un évêché de petite ville ne séduisait que par ses revenus. |

© Mais les bénéfices qui étaient inévitablement une cause d’absentéisme, c’étaient les bénéfices simples, qui ne comportaient ni charge d’âmes, ni état de sacerdoce, ni résidence à aucun degré, tels que les abbayes et prieurés en commende. La commende levait les difficultés qui auraient résulté de l’mcompatibilité entre la personne et la fonction. Les bénélices en commende étaient, somme toute, l’attribution des revenus à des personnes bien vues de l'autorité qui en disposait. Ces revenus comprenaient ceux de vastes domaines, complètement indifférents aux bénéficiaires qui se fussent bien gardés d'y faire la moindre dépense ni d’y résider.

Le caractère viager des bénéfices s’ajoutait à la non résidence pour augmenter l’absence de toute dépense productive. Les immenses terres des biens de l'Eglise étaient donc, au premier chef, affectées d’absentéisme pour une très grande partie; celles que cultivaient avec soin des moines vignerons ou laboureurs n’en devaient pas moins nourrir souvent des bénéficiaires non résidants; les autres étaient les plus abandonnées au point de vue de la direction de la culture et des dépenses productives, et les plus âprement dépouillées de tout le revenu possible, à ne pas laisser aux derniers serfs qui les cultivaient le boire et le manger.

A côté de ces exemples de propriétaires, de bénéficiaires que leur origine ni léurs goûts ne portent à s’occuper des ter.res qui leur sont échues, on peut placer des exemples de propriétaires que les origines, le goût et l'éducation préservent de l’absentéisme. Il en fut ainsi pour la petite noblesse en Bretagne ; il en est ainsi pour beaucoup de familles françaises dont la souche est demeurée au pays, et dont les enfants, quels que soient leurs séjours habituels, viennent souvent revoir, avant de s’y fixer de nouveau, le lieu où ils ont été élevés.

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Les Anglais absentéistes font surtout à l'étranger des dépenses de consommation, et leur fortune est assez consi lérable pour qu’elles ne fassent guère de tort aux dépenses productives de leurs domaines ; il suffit qu’ils y résident assez pour en connaître les besoins et leur imprimer une direction profitable. Mais il ne s’agit là que de propriétés anglaises en Angleterre proprement dite. Roscher, à ce propos, s’étend assez longuement dans son Économie rurale :

« Rien n’a fait mieux progresser l’agriculture anglaise que la coutume de la plupart des grands propriétaires de tenir» pour leur propre compte, dans le voisinage du manoir seigneu-rial, une ferme considérable qu'ils se font un point d’honneur d’ériger en ferme modèle. De la contenance d’environ 1500 acres, elle est ordinairement régie avec l’aide d’un habile intendant, barliff.…. »

« Le luxe, si salutaire pour lesprit comme pour le corps, de séjourner à la campagne une partie de la belle saison, aéqgalement gagné la classe moyenne d’Outre-Manche.Il constraste avec l'Irlande où les conséquences de absentisme (sic) ont été si funestes pour le peuple. »

« Si l'Angleterre est restée jusqu’à présent exempte de tout excès de centralisation, si la bonne intelligence a régné le plus souvent entre les différentes classes dont s’y compose la population rurale, si les intérêts des campagnes ont continué d'y être vigoureusement représentés, malgré le gigantesque accroissement des villes, tout cela tient à ce que les grands y résident sur leurs terres. Ce goût plus ou moins prononcé pour la campagne est en partie comme un trait du caractère nafional ».

Mais le goût de beaucoup de familles anglaises pour Pagriculture n'empêche pas que certaines pratiquent un absentéisme nuisible. Il n’en est pas moins, par ailleurs, un exemple de bonne influence, et d’obstacle à l’absentéisme foncier rural.

Cette forme de l’absentéisme où les goûts du propriétaire

jouent le rôle principal, a souvent des causes politiques, comme le montrent l’absentéisme à la cour et celui des titulaires de bénéfice ; il dépend aussi de la nature de la propriété foncière laquelle nature, en ce cas, a des causes également politiques. C’est par là qu’on devient propriétaire sans avoir aucun ‘goût à en exercer les fonctions. Cependant, l’éducation donnée aux enfants doit être signalée comme produisant des résultats de cet ordre; surtout s'ils sont élevés à la ville, sans faire des séjours aussi fréquents et aussi longs que possible dans les propriétés de leurs parents, ils ne s’intéresseront pas à l’agriculture, Quelle que puisse être la cause de ce fait, ila de très graves conséquences pour l’agriculture, car c’estun absentéisme voulu qui en résulte; c’est d'autre part l’absence complète de surveillance des terres, et la privation de toutes dépenses productives à leur égard. Celui qui n’aime pas la terre ne consentira pas à y faire des impenses coûteuses, qui, ou bien ne provoquent pas d'augmentation visible du revenu, comme les réparations aux bâtiments, ou bien n’en promettent qu’une plus ou moins incertaine et lente à se produire. D’autre part, quelcontrôle pourrait avoir sur l’emploi des fonds le propriétaire qui nous occupe? t « Urbomanie » est le terme dont on a caractérisé l’absentéisme de beaucoup de propriétaires de ce type. En effet, le goût du séjour dans les villes et des distractions qu’on y rencontre entre pour une grande part dans leur dédain de l’agriculture. [ls ne voient la campagne que sous ses aspects les plus mélancoliques, et ils n’aiment pas la mélancolie, ni ne peuvent supporter le silence et l'isolement relatifs qu’y comporte ordinairement le séjour. La terre n’est pour eux que la source de revenus habituels et dont ils ignorent la genèse.

Il reste à faire remarquer que le goût pour l’agriculture et les aptitudes qu’elle exige peuvent être chez ceux qui les possèdent une cause assez fréquente d’absentéisme. Beaucoup de

grands fermiers sont propriétaires de terres moins importantes que celles qu’ils prennent à ferme. Aussi, résident-ils sur ces terres, souvent fort éloignées des leurs. Il est tout naturel qu’un grand agriculteur place sa fortune en terres ; il est fréquent aussi qu'il soit agriculteur parce qu’il est fils de propriétaire. Les domaines qu’il tient de famille étant trop peu étendus pour occuper un chef d'exploitation agricole ne travaillant pas de ses mains, ou ne donnant pas de revenus suffisants pour lui permettre d’augmenter sa fortune, il loue là où il trouve des conditions avantageuses, les terres dont il a besoin. Il peut alors se produire, ou bien un abandon relatif de la propriété de l’agriculteur, si l’éloignement ou toute autre cause l’empêchent de lui accorder ses soins, si son importance, comme production, est très faible par rapport à celle des terres louées, ou bien une direction et une surveillance suffisantes s’il est possible ou profitable à l’agriculteur de s’occuper de l’une et des autres. On pourrait citer des exemples des deux cas. Toutefois, au cas où il y a négligence du bien personnel, cette négligence doit être considérée relativement au soin que son propriétaire en aurait s’il y résidait, et il arrive généralement qu’il est bien mieux tenu que des terres voisines dont les propriétaires sont présents et ne manquent pas de bonne volonté, mais ne possèdent pas les mêmes capacités.

Une présence moindre, d’ailleurs, peut souvent être préférable à une plus prolongée ; il suffit que le propriétaire soit plus actif ou plus apte. Il y a en effet, beaucoup de choses qu'il est possible de faire en séjournant peu : on peut décider les réparations, les drainages, les irrigations, les clôtures, les plantations, les coupes, et aussi la nature des cultures à effectuer, au cours d’une visite ; il faut seulement connaître le domaine, avoir des notes sur l’exploitation des années précédentes, et au besoin une personne de confiance pour surveiller l'exécution des ordres. Encore suffit-il pour se rendre compte

de cette exécution, d’une visite subséquente ; la responsabilité de ceux qui sont chargés de la surveillance ou du travail est engagée par le fait que plusieurs mois après qu’ils ont été accomplis, le propriétaire peut se rendre compte de la façon dont ils l’ont été.

Le propriétaire de terres peut encore être absentéiste parce qu’il a au loin ses principaux intérêts économiques. C’est un commerçant, un industriel. En ce cas, non seulement il sera absentéiste, mais il sera presque toujours très ignorant en matière agricole. Les soucis de son commerce, de son industrie, ne lui laisseront pas le temps de s’y perfectionner, comme le peut un propriétaire plus ou moins absentéiste, mais à qui ses loisirs permettent de lire, de s'intéresser aux méthodes exposées, de s'amuser même à faire cultiver et élever certaines races de plantes et d'animaux, et qui trouve, en ce faisant, la satisfaction de s’occuper et de se rendre utile.

Il faut excepter le cas où le commerce ou l'industrie ont pour objet ou pour matière première des produits agricoles qui peuvent être le but de la culture dans les terres du commerçant ou de l'industriel. Ce dernier, alors, aintérêt à s’occuper de cette culture. On peut citer les soins donnés par les fabricants de sucre à la culture de la betterave, et l’influence qu'ils exercent sur cette culture chez les producteurs qui les fournissent. Il en est de même des rapports de la féculerie et de la culture de la pomme de terre. La vulgarisation des races les meilleures a été dûe aux industriels.

L’absentéisme varie donc dans son intensité et dans sa forme selon la nature du propriétaire. On peut même dire quele sexe du propriétaire n’est pas indifférent. Jadis il en était tenu grand compte dans la dévolution des successions et dans l’aptitude à posséder la terre. Dans les systèmes de propriété collective, la répartition de la terre se faisait parfois par tête d'homme en état de travailler, par exemple âgé de seize ans au

moins, sans considération des femmes. Plus tard, sous le régime féodal et dans les formes sociales qui l’ont immédiatement précédé, la possession de la terre comporte comme charge le service militaire, et par là n’admet pas les femmes. Dans notre régime féodal de l’ancienne France, il est aisé de trouver les traces d’une organisation analogue.

Le Coran attribue aux fils deux fois la part des filles.

Sur les frontières de Transylvanie, chez les Szeklers, la fille, n'héritait de la terre qu'à défaut de fils et si elle épousait un Szekler. Chez les Celtes de la grande Bretagne, tant qu’ils n'eurent pas reçu le droit de cité romain, les fils héritaient. seuls. Il en était de même chez ceux du pays de Galles jusqu’au Statutum Walliae d’Edouard I* en 1284, par lequel les filles furent préférées pour les terres aux parents mâles. Chez les Anglo-Saxons, pendant la période qui suivit leur installation en Grande-Bretagne, la terre fut d’abord propriété collective de village, répartie chaque année, chaque famille recevant une « hufe » ou champ, puis, quand elle fut appropriée par familles et qu'il y eut lieu à héritages, il ne fut tenu compte dans les partages que des mâles, de ceux qui peuvent faire la « faida », c’est-à-dire qui portent les armes.

Ces exemples prouvent combien il a été attaché d'importance au sexe du possesseur de terre. On peut dire qu’alors la possession de la terre avait une importance militaire et politique. N’en a-t-elle pas aujourd’hui une économique ? Si l’on considère la propriété agricole comme une industrie, il ne convient pas de diminuer Pimportance de cette question. Si on la considère comme une simple source de revenus, il est certain queles femmes doivent être tenues pour d’aussi bons propriétaires que les hommes. On pourra arquer qu'il y a des femmes qui dirigent de grandesindustries aussi bien que des hommes : tout au moins ne les ont-elles pas créées et sont-elles aidées par des fils, des parents ou des alliés. On a bien vu jadis des châtelai-

nes aller, le heaume en tête, suivies de leurs vassaux, combattre leurs ennemis et se comporter vaillamment : cela n’empêcha point qu’en général les femmes ne furent pas plus qu’aujourd’hui regardées comme aptes au service militaire personnel. De plus, la surveillance agricole exige le plein air en toute saison, l’accès des bois et des ravins, des trajets assez longs à pied ou à cheval, le contact des ouvriers, des charretiers, la fréquentation des foires : il est peu de femmes qui puissent ou veuillent accepter ces conditions, retenues qu’elles sont par la considération des fatiques ou de la rudesse des relations. Aussi, à défaut des proches qui les remplacent, laissent-elles leurs terres négligées ; elles en évitent le séjour ; si elles habitent auprès, elles n’en ignorent souvent pas moins les limites et les besoins, et il est bien connu qu’elles se refusent bien plus que les hommes à toute dépense d’amélioration, voire d’entretien. Leur sexe est donc une cause d’absentéisme que nous devions signaler.

Telles sont les conséquences de la nature du propriétaire individuel sur l’absentéisme. Il nous reste à examiner les cas où le propriétaire est un être collectif, ou tout au moins possède essentiellement par suite de sa fonction, comme c’est le cas pour la Couronne en divers pays.

Il y a plusieurs sortes de propriétaires de ce genre : les sociétés, les corps constitués et les groupes étatiques secondaires, l'Etat, la Couronne.

Il en est encore une autre : c’est la communauté villageoise ou de famille rurale, qui exista en France sous la forme des communautés taisibles, en G:rmante sous celui de la Markgenossenschaft, sous celui de clan, de sept chez les Celtes, dont on retrouve les traces dans le townschip en Ecosse, et dans les institutions bien vivantes encore du mir, de la zadruga, de la coupchtina, de l’inokosna chez les Slaves.

Mais ces formes ne se prêtent qu’à un absentéisme particu-

lier, celui de membres qui vont gaguer quelque argent au loin, comme les ouvriers russes membres de mirs. Ce qu'il faut retenir, c’est que le membre absent n’emporte pas de revenus ; il n’emporte que son droit à la terre et lorsqu'il revient il apporte souvent des fonds à la communauté.

La propriété foncière entre les mains de sociétés par aclions un absentéisme organisé. Il importe peu, /en effet, que ce soit la société et non les actionnaires, qui soit propriétaire ; la personne collective, à notre point de vue, qu’on l’admette comme personne fictive ou réelle, réside où résident ses actionnaires ; s'ils sont dispersés sur le globe entier, elle réside partout et nulle part ; s'ils sont d’une région déterminée, elle aussi est de cette région, peu importe son siège social ; s’ils sont du pays où se trouve la terre, il y en a encore absentéisme, car ils ne sauraient s’occuper de cette terre ni y résider. Nous avons vu les mesures prises contre les sociétés étrangères. Mais même celles qui sont du pays recruteront leurs capitaux dans les centres, loin des campagnes. Les individus qui voudront, dans une région, faire un placement en terres n'iront pas se réunir pour former une société : ils achèteront chacun des terres. Ce sont des financiers, des lanceurs d’affaires qui verront dans une exploitation agricole une occasion de bons placements et qui constitueront les sociétés : les autres actionnaires recrutés sur la place seronten réalité des prêteurs intéressés aux bénéfices. Si cet absentéisme par les sociétés sépare Île propriétaire du sol, il faut convenir qu’il peut lui apporter des capitaux. Il est vrai qu’en Amérique les sociétés ont fait de la culture extensive ; mais cela constitue tout de même, pour un pays neuf, un apport de capitaux. Cet absentéisme n’exclut pas une direction intelligente, car les régisseurs seront choisis parmi les gens compétents, mais l’agriculture intensive et durable ne saurait être ainsi organisée etil y a toujours exportation des revenus.

Aux Etats-Unis, la loi nouvelle interdit à toute société, sauf aux compagnies de chemins de fer, d’avoir plus de 5.000 arpents de terre ; celles dont les propriétés sont plus étendues doivent se conformer à la loi dans un délai de dix ans. Comme les Sociétés par actions ont précisément pour but de rassembler de grandes quantités de capital en vue de vastes exploitatalions, on comprend combien celte disposition légale les atteint; certaines possédaient jusqu’à 1.800 000 hectares. Dans l’Iowa, des sociétés anglaises avaient pris une énorme extension. À mesure que la population a augmenté, le danger de cet état de choses est nettement apparu. Ces sociétés pratiquent la culture en grand, et à très peu de frais ; le produit brut est très faible, le produit net rémunérateur, ce qui peut être avantageux pour les actionnaires étrangers, même pour ceux qui vivent seulement loin des terres ainsi cultivées, mais ne l’est nullement pour la collectivité locale. En 1885, le gouvernement russe a interdit en Pologne, où il se vendait alors beaucoup de terres, à toute société par actions l’achat de domaines ayant plus de 200 déciatines de superficie. Dans la Russie proprement dite, il y a pourtant 1.500.000 hectares possédés par des sociétés par actions.

Les conséquences de la possession de la terre parles Sociétés par actions, au point de vue absentéisme, seraient très graves dans les pays à développement économique avaacé. Les procédés d'exploitation extensive, sans engrais, qui leur sont propres, ont malgré l’apparence scientifique que leur donne un outillage mécanique perfectionné, les inconvénients d’épuiser le sol, de produire peu et d’accaparer la terre au détriment de la population. Au point de vue de l’économie nationale, il est particulièrement fâcheux que la production soit faible. On pourrait dire que l’évolution économique du pays obligerait bien les Sociétés à exploiter d’une façon dite plus inten: sive et en ménageant l'instrument de production ; il y a cer-

tainement du vrai dans l’objection, mais il faudrait alors renoncer à toute mesure protectrice de l’agriculture du pays, car elle profiterait surtout aux sociétés accapareuses de terres, dont le révenu net augmenterait par ce fait.

La propriété du sol entreles mains des Sociétés est bien un absentéisme, car elle sépare l'intérêt du propriétaire et celui de la terre ; elle épuise la terre sans scrupules, par là plus dangereuse que l’absentéisme qui la confie à un paysan qui est routinier, mais a encore quelques égards traditionnels pour elle.

Cette forme de la propriété terrienne est aussi une manifestation du crédit foncier rural. Il est certain qu’elle apporte au sol des capitaux qui y trouvent un placement. Ce placement peut être bon, car il s’agit en général de colonisation, d’exploitation de terres qui sont loin de produire ce qu’elles pourraient donner facilement : le bénéfice est donc assuré si l'affaire est bien conduite. Ce crédit-là n’a aucun rapport avec celui qui consiste à prêter à une agriculture déjà obérée, ou déjà développée assez pour obtenir de la terre les revenus faciles qui ne lui suffisent pas et devraient lui permettre de ne pas emprunter. Il est avantageux pour le prêteur-actionnaire qui touche des dividendes, et pour la société qui fait un emploi heureux des capitaux, mais combien vaudrait mieux la possession par beaucoup de propriétaires apportant chacun leurs capitaux ! Si même la concurrence des agriculteurs plus avancés de la région nuisait à la société, ne pourrait-elle pas, car cela ne se produira qu'au moment du développement économique du pays, vendre à bon prix sa terre à la population qui en manque ? La réalisation serait une bonne affaire, mais un départ de capitaux.

Dans les pays sans aucun développement économique, les sociétés agricoles par actions peuvent non seulement être de bonnes affaires, mais encore rendre des services. Notamment dans les colonies d'Afrique, il a été souvent concédé d’immen-

Dode 10

ses terriloires à des sociétés de ce genre. Ces sociétés font le commerce de traite, exploitent les ressources naturelles, remplissent toutes sortes de fonctions qui leur sont imposées comme charges par la concession ; enfin elles établissent les cultures qui doivent être l’avenir de la colonie en assurant une production régulière, destinée à augmenter et non à diminuer, à l'inverse de l’exploitation des ressources naturelles. Elles font ce que les particuliers peuvent faire difficilement, à cause des capitaux considérables nécessaires ; s’ils entreprenaient de petites cultures, d'autre part, ils ne pourraient provoquer les progrès rapides du défrichement dûs à cessociétés, car ils n’auraient pas les moyens d’assurer leur propre sécurité, ni les communications indispensables ; enfin, dans lespays où l’européen vit difficilement, et où le peuplement blanc semble impossible, les colons isolés seront assez rares et n'iront pas fonder d’établissements à des centaines de kilomètres des points de débarquement. L’absentéisme du propriétaire, en ce cas, vaut mieux que l’absence de culture; puisqu'il n’y a pas à redouter un manque de terre, les inconvénients pour l’avenir disparaissent. Mais à mesure que les indigènes se civilisent, ils deviennent plus exigeants, et le jour où la colonie aura atteint un état social analogue à celui des Antilles, la question de la terre se posera sans doute si la propriété des sociétés par actions persiste. Dans les colonies à population déjà civilisée, comme celles d’Extrême-Orient, le système n’aurait du bon que dans leurs parties les plus délaissées.

Les groupes politiques ou étatiques secondaires, les personnes morales qui font partie de l’organisation de l'Etat, comme les corps savants, les hôpitaux, peuvent posséder des terres. En Russie, en Irlande, des corporations municipales et des groupements religieux officiels donnent des exemples de propriété rurale analogue. Lorsque ces personnes morales

résident dans la capitale ou dans une région éloignée de celle de la situation des terres, il y a absentéisme.

Ces personnes morales se comportent ordinairement comme les grands propriétaires du pays. Au point de vue productif, leur absentéisme ne présente donc pas d'intérêt particulier : cependant il n’y a pas grande différence entre le cas où les terres sont situées loin de leur siège et celui où elles sont situées auprès. Il en est un peu d’elles comme des sociétés par actions, leur absentéisme est nécessaire, elles ne sauraient être propriétaires autrement de par leur constitution même. L’exploitation de leurs terres se fera souvent par fermiers, avec une surveillance faible et le rendement ordinaire des terres de la région qui ne sont pas l’objet d'améliorations ni de soins particuliers. Au point de vue de la consommation, leur absentéisme a son importance en provoquant un déplacement de richesse.

Les circonscriptions territoriales qui jouissent de la personnalité civile peuvent posséder des terres sur leur territoire : peuvent-elles être absentéistes ? Cela dépend de leur étendue : la commune ne saurait l'être ; l'Etat dans un grand pays l’est certainement, surtout lorsqu'il y a centralisation. Mais c’est un absentéisme de la consommation, dont on a parlé plus haut : la direction ni le capital ne manquent pas en général dans les domaines de l'Etat. Cependant, en Russie, bien que les domaines de l'Etat qui couvrent 155 millions d’hectares absorbent comme fonctionnaires les élèves sortants des écoles d'agriculture, il paraît que la culture y est plutôt inférieure à celle des propriétés privées. En Hongrie, en Roumanie, les immenses domaines de l’Etat sont administrés comme ceux des grands propriétaires absentéistes. En France, le domaine de PEtat comprend des forêts dont l'administration ne saurait être aussi délicate que celle des cultures proprement dites; les déboisements qui ont été si nuisibles pour le climat et le régime deS eaux sont diminués par cette propriété de l’État dont les

it

conséquences paraissent donc satisfaisantes, il faut enfin citer les terres de la Couronne qui sont très étendues dans certaines monarchies : si leurs revenue n’ont pas la même destination que ceux des terres de l'Etat, au point de vue productif, le régime ne saurait être différent.

Quoi qu’il en soit, en Russie et en Roumanie le domaine de l'Etat tend considérablement à diminuer, par suite des nombreuses concessions faites aux paysans qu’on cherche à rendre propriétaires et à attacher au sol.

Cela nous amène à parler de la propriété foncière de’ l’Etat dans les colonies : là, tant qu’il n’y a pas concession, il n’y a pas culture (sauf de rares exceptions, comme à Java), lorsqu'il y a concession, le rôle de l'Etat, au point de vue productif, n’est pas indifférent, grâce aux conditions qu'il a imposées à l'obtention de cette concession et à sa durée. Si ces conditions ont pu n'être pas toujours sans comporter quelques erreurs, du moins en général leur effet est-il bon et sont-elles établies d’après les données d’expérience. On a beaucoup critiqué la colonisation de l’Algérie : c’est que l’expérience a certainement fait défaut dans son organisation. (

La nature du propriétaire est donc une cause d’absentéisme dans un grand nombre de cas, et lorsque l’absentéisme existe, elle en fait plus ou moins varier les conséquences. Si l’on admettait que la possession de la terre n’entraîne aucun devoir envers l’industrie agricole, on pourrait proposer comme remède le remplacement du propriétaire par un régisseur, ou un intermédiaire compétent, Mais il faut reconnaître, d’abord, que le remède est mauvais : à l’occasion des rapports de la grande propriété et de l’absentéisme, on verra combien les intermédiaires remplacent peu le propriétaire, combien les régisseurs sont coûteux. D'ailleurs, pour la moyenne et la petite propriété, si le groupement avec d’autres biens n’est pas possible, l'emploi des intermédiaires et des régisseurs ne l’est guère

non plus. Ensuite, il sera de plus en plus difficile de jouir des revenus sans justifier d’un certain travail qui aît contribué à leur production ; ce travail, cette direction imprimée à une industrie, qui ont cependant une importance capitale, sont exposés même à n'être pas reconnus par les travailleurs manuels comme suffisants pour donner droit aux revenus.

Bien plus, les personnes qui se livrent à des travaux non rétribués, et cependant de la plus haute importance sociale, risquent de voir contester leur droit à la propriété rurale qui les nourrit, si elles ne paraissent pas s’en occuper suffisamment. C'est donc, pour le propriétaire, un devoir même s’il n’a pas une autre oceupation, et une mesure de prudence dans tous les cas, de ne pas négliger ses terres. Il faut qu’on le voie le plus souvent possible les parcourir, il faut que les baux, même s’ils sont à ferme, contiennent des prescriptions minutieuses dans l'intérêt de la terre, des arbres, des fossés, des bâtiments, de tout ce qui est sujetà détérioration. Les rotations, les engrais doivent être prévus : le propriétaire doit jouer le rôle de conservateur de la terre, représenter une surveillance continue, un élément social stable et employant cette stabilité à maintenir en bon état un agent de production qui exige précisément un contrôle permanentet intéressé; car les conséquences des fautes commises dans la culture durent de longues années. Le cultivateur ne paraît pas apte au même degré à remplir ce rôle : l'instruction lui fait défaut, l’initiative et les capitaux lui manquent. Lui rendre le crédit facile, c’est presque toujours lui permettre d’en abuser; le crédit ne sert aux mieux loués qu’à étendre leur bien, ou à défricher, ou à transformer la culture, par exemple planter de la vigne ; mais étendre le bien n’est qu'une question d'intérêt personnel : défricher est l’œuvre des pays neufs ; transformer la culture n’est pas toujours possible, et cela n’a lieu que lorsque la culture la plus avantageuse n'a pas encore été introduite. Les exemples

de propriété paysanne que nous offre un des pays où elle est le plus développée, la Russie, ne sont pas très encourageants : le rendement est'plus faible que celui des autres formes de propriété, Dans les pays où la classe paysanne est plus avancée, c’est le revenu net qui augmente, mais non le revenu brut, lorsque l’on considère la propriété paysanne par rapport aux autres formes.

Assurément le droit romain, comme Ihering l’a dit (dans l'Esprit du droit romain) n’impose que le respect du droit d'autrui, et notre article 544 du Code civil consacre cette manière de voir en donnant au propriétaire les droits les plus étendus: c’est au propriétaire de n’en pas abuser, s’il veut garder sa situation économique à l’abri des bouleversements sociaux. En tous cas, il est douteux que le remède qui consiste à consolider la situation du cultivateur soit compatible avec le maintien du droit du propriétaire ; l’histoire montre que lorsqu'il y a deux propriétaires, il y en a toujours un qui évince l’autre à la longue ; ilfaut donc choisir entre donner la propriété au cultivateur, ou la laisser au propriétaire; il est même illogique de préconiser le fermage, au lieu du métayage pour résoudre les difficultés qui résultent de l’absentéisme du propriétaire ; si ce fermage ne comporte pas de conditions multiples favorisant lmtervention du propriétaire, il n’est qu'une cause lui-même d’absentéisme, en attendant qu'il en soit le remède en supprimant le propriétaire devenu inutile, invisible, et dont le droit aux revenus paraîtra exorbitant tout autant que le paraissaient à la fin du xvine siècle les droits féodaux en France.

Dans le Lehrbuch der politischen (Œkonomie de Wagner on trouve cette thèse que si l’on cultive soi-même ou si l’on fait cultiver un champ sous sa surveillance, la propriété est légitime, mais que si on y met un fermier, on ne fait plus rien pour cette terre et que la propriété doit vous en être enlevée.

Or, un propriétaire qui donne ses terres à ferme peut être résidant ; que sera-ce s’il est absentéiste ?

L’absentéiste, on peut le dire, compromet son droit de propriété ; ilen rend discutable la légitimité; il invite Îles plus pauvres que lui à se poser la question.

Si ce propriétaire joint à sa qualité d’absentéiste celle d’étranger, celle d’être inapte à reprendre son rôle de directeur ou de surveillant, si c’est un de ces êtres collectifs pour qui les individus ont toujours montré fort peu d’égards, sa situation, à notre point de vue, n’en estque plus défavorable. IL faudrait, toutefois, tenir compte de ce que, dans la forme collectiviste, ou dans le cas seulement de nationalisation du sol, il n’y aurait plus qu’un propriétaire, l'Etat. Mais, outre que nous n'avons pas d'exemple véritable d’une telle organisation, que le droit du souverain anglais ou du sultan sur les terres de leurs Etats n'empêche point l'appropriation, nous pouvons nous demander si les concessionnaires révocables de PEtat seraient autre chose que des propriétaires à droits restreints ; alors, peut-être l’absentéisme par la personne serait-il interdit. Mais les groupes secondaires ou l'Etat lui-même censerveraientils des biens en régie directe, avec absentéisme possible en ce cas, et même certain de l'Etat en raison de la centralisation ? C’est ce qu’il n’est paspermis de dire, car on ne peut ni Savoir lequel des systèmes proposés serait adopté, ni surtout sous quelles formes, toujours bien différentes de celles voulues, il se manifesterait au bout d’un certain laps de temps.

Les propriétés rurales absentéistes.

Différentes formes. — Conséquences particulières.

L’existence et les conséquences de l’absentéisme du propriétaire foncier rural dépendent souvent de la nature de la propriété. La propriété peut être grande, moyenne ou petite ; la grande propriété peut avoir une forme féodale ou allodiale plus ou moins conservée, plus ou moins complète, elle peut avoir gardé un caractère de terre conquise ou lavoir perdu, elle peut avoir une origine économique ou politique. Ces modalités ne doivent pas être confondues avec celles qui affectent la personne du propriétaire, car le propriétaire change aisément de nature, il suffit d’une transmission ; au contraire, la propriété conserve longtemps son caractère, tant dans son organisation même que dans l’esprit des populations.

La petite propriété peut-elle être affectée d’absentéisme du propriétaire ? Cela est certain. Il y a dans les villes beaucoup de personnes d’origine rurale et de condition modeste qui possèdent’ dans leur pays un lopin de terre. Très souvent, leur absentéisme n’a aucune fâcheuse conséquence pour la culture : le lopin de terre provient d’un partage, et l'absence du maître n’a d'autre résultat que d’en laisser l’exploitatioa à l’un des Co-partageants qui peut ainsi réunir une étendue de terre suffisante pour une culture rémunératrice. Au besoin, le petit

champ ou le morceau de champ est loué à un voisin, ou même laissé gratuitement aux vieux parents qui le surveillent.

L’exiguité du revenu est telle que même les propriétaires les plus besoigneux n’y attachent pas grande importance ; c’est pour eux une petite réserve, un petit trésor en cas de nécessité. D’ailléurs, le voulussent-ils, il leur serait le plus souvent bien difficile de se faire payer un véritable loyer pour leur lopin. La culture n’en offre quelque intérêt qu'aux parents et aux voisins, ceux-ci ne subissent point de concurrence et sont maîtres de la situation.

L’absentéisme est, d’une façon plus étendue et plus importante, un phénomène relatif à la moyenne propriété ; c’en est un surtout qui accompagne la grande propriété. La moyenne propriété absentéiste est surtout celle des fonctionnaires, des personnes à professions libérales. Quelquefois, elle appartient à des commerçants ou à des industriels, mais ceux-ci peuvent plus aisément résider près de leurs terres, car ils ont pu choisir leur résidence, ou acheter des terres dans la région de leur résidence. La moyenne propriété se trouve donc souvent affec- tée d’absentéisme, Quelles sont les conséquences particulières de cet absentéisme ? Elles sont certainement défavorables, car les dimensions de la propriété se prêtant à une bonne exploitation, elle ne saurait gagner à être réunie à une autre pour la culture, et la négligence dont elle est victime, soit de ce fait, soit simplement de celui de l’absentéisme, a des conséquences sur la production. La forme de tenure ordinaire de la moyenne propriété absentéiste, c’est le fermage. On verra qu’au point de vue absentéisme, il y a beaucoup d’inconvénients à ce mode de tenure. Quand le bail est concédé à un fermier principal, à un intermédiaire, la situation est particulièrement fâcheuse.

La grande propriété n’est pas la seule qui puisse être atteinte d’absentéisme, mais c’est elle surtout qui le provoque au point qu'il n’y a pas de pays où elle soit développée sans

le comporter plus ou moins. Il y a de cela plusieurs raisons telles que la fortune du grand propriétaire, qui lui permet de rechercher les conditions d’existence qu’il estime être les plus agréables: si ces conditions ne coïncident pas avec la vie à la campagne, ou du moins avec certains séjours à la campagne, il y aura absentéisme ; il y a l'étendue de sa fortune terrienne qui, s’il veut la diriger lui-même, lui imposera un travail considérable, au point que, s’il n’a pas un goût particulier pour | agriculture, il s’en dispensera certainement ; ce travail consisterait en effet en inspections suffisamment minutieuses de vastes domaines, ayant des besoins variés ; il comporterait la solution d’une foule de questions que lui soumettraient à chaque instant les cultivateurs et les personnes chargées en sous-ordre de la direction de l'exploitation; il exigerait de la mémoire, des prises de notes, des tenues de registres personnels. Or, à un teltravail, on préfère souvent un revenu un peu moindre, et une absence d'obligations et de soucis. Enfin, par ses origines, la grande propriété sépare le propriétaire des cultivateurs. C’est en effet le grand propriétaire qui est plus souvent que le petit ou le moyen un conquérant ; même lorsque la grande propriété a une origine économique, le capitaliste, le créancier qui deviennent propriétaires sont souvent inconnus dans le pays. Nous avons vu quelles sont les conséquences de la nature du propriétaire en ces circonstances. En recherchantles conséquences propres de la grande propriété, nous allons essayer de voir quels rapports elle a avec la nature du propriétaire.

La grande propriété est souvent l’origine féodale. La féodalité a été un mouvement vers la terre. L’humeur conquérante des seigneurs féodaux a ensuite défait ce que la féodalité ellemême avait fait, comme nous l’avons dit plus haut. Cette dernière avait fixé l’homme à la terre, en la prenant pour base de toute l’organisation sociale et politique. Comme l’a fait remar-

quer M. Guizot, lorsque aux dons mobiliers que les chefs faisaient à leurs fidèles, succédèrent les octrois de terres, il en résulta que nombre de ceux-ci allèrent se fixer sur ces terres ; d'autre part, la quantité des terres étant limitée, les chefs eurent tendance à les reprendre à ceux qui ne leur plaisaient plus, ou à aller en conquérir d’autres pour se faire de nouveaux fidèles, et il y eut là une cause contraire, mais passagère, d’instabilité et d’absentéisme. Au demeurant, dans la société ger. manique, la féodalité en distribuant les terres aux fidèles des chefs, apporta remède à un certain absentéisme qui consistait en ce que les chefs entretenaient près d’eux, avec les revenus de terres éloignées, un nombreux personnel de fidèles qui vivaient fort largement. Dans la société romaine, la recommandation aux puissants, dûc à l'insécurité n’eut pas cet effet; ce fut l'insécurité elle-même et le désordre qui mirent fin à labsentéisme en enlevant les terres aux absentéistes et en les obligeant à y résider pour les défendre. L'établissement de la féodalité fut donc un remède à l’absentéisme, ou un phénomène concomitant de la disparition de l’absentéisme.

Mais ce n’est pas là son seul caractère :c’est encore d’avoir superposé toute une série d'individus ayant sur elle des droits réels, c’est-à-dire toute une série de propriétaires, dont les plus hauts placés étaient de très grands, d'immenses propriétaires. Dans les temps modernes, cet échafaudage s’est écroulé : il n’est resté qu’un propriétaire, rarement deux, les droits des autres ont été abolis, rachetés ou rendus sans portée. Lorsque c’est le grand propriétaire qui a disparu, comme en France, la féodalité n’a pas laissé comme traces la gran:le propriété ni l’absentéisme. Quand c’est le petit comme en Irlande, elle a laissé la situation la plus typique de grande propriété et d’absentéisme. On peut distinguer à ce point de vue entre la féodalité con quérante et la féodalité qu’on pourrait appeler indigène. Cette dernière, il est vrai, se rapproche souvent assez de la pre-

mière, quand elle succède à des époques troublées rarement indemnes d’invasions, mais lorsqu'il n’a pas subsisté entre les classes des propriétaires et des cultivateurs de différence de langue, de religion, de statut personnel, la féodalité dans ses conséquences finales peut être regardée comme indigène. En Écosse et en Hongrie, nous trouvons la féodalité sous cette forme, dûe à des causes politiques et économiques intérieures, ou importée, mais sans qu’une race soit exclusivement dominatrice de l’autre, car bien qu’en Hongrie, l'élément hongrois fût conquérant et dominateur, il y eutdes seigneurs roumains et slaves et des serfs hongrois, les Jobagy. En Roumanie par contre, à la suite de la conquête ottomane, beaucoup de Phanariotes et d’Arméniens était devenus boyards, fait qui rappelle la conquête de l’Irlande.

Lorsque la grande propriété a une origine seulement féodale, l’antagonisme est moins grave entre les propriétaires et les cultivateurs, mais surtout l’absentéisme hors du pays n’a pas la même ampleur. Il y aura surtout séjour à la ville. Si au contraire c’est la conquête qui a établi la féodalité, et que la grande propriété provenant de la cause féodale aît conservé son caractère de propriété conquise, de propriété étrangère, toutes les conséquences que nous avons trouvées à la propriété entre les mains d'étrangers s’ajoutent aux inconvénients de la grande propriété. Ce n’est pas à la ville que le grand propriétaire ira se réfugier, car, même là, il ne trouve pas une population qui lui soit favorable ;il retour nera dans son pays à lui, ou bien il ira à l’étranger. Dans les cas où les traces de la conquête sont moins visibles, où une partie notable de la population appartient à la race conquérante, celui-ci se contentera d’habiter dans les lieux où ses compatriotes constituent l’élément le plus nombreux. En pays slave conquis par les Germains, un grand propriétaire allemand, « saxon », comme on dit en ces pays, résidera

= lol

dans la ville-allemande plutôt que dans la campagne slave.

Ce n’est pas le lieu ici d’entrer dans tous les détails des origines de la grande propriété. Cependant,on peut remarquer que le maintien jusqu’à une époque relativement récente de la propriété collective, a pu être une cause de très grande propriété et d’absentéisme grave.

Chez les Gallois et les Irlandais, jusqu’au xr° siècle, la terre appartient au clan; à cette époque, les chefs de clan, devenus de plus en plus puissants, se considérèrent comme propriétaires de toutes les terres du clan, et une princesse anglaise, la reine Margareth, dans un but politique, leur en confirma la propriété. Au xvur siècle, elle leur fut confirmée de nouveau sous une forme plus moderne, et dès lors se manifesta l’absentéisme par la location à de petits fermiers aits « cottars » ou à des fermiers principaux.

En Ecoses, c’est après Colloden, en 1745, que le gouvernement anglais, pour s'attacher l'aristocratie locale, lui reconnut la propriété des terres des clans, jusqu’alors, au moins nominalement, propriété collective de tous les membres du clan qui les cultivaient sous le régime du roënn-ruith où runrig.

La grande propriété absentéiste peut avoir pour origine la conquête sans établissement du régime féodal.

Nous en trouvons un exemple dans les conquêtes des Romains. La propriété ne prit une forme féodale dans les Zatifundia qu’au moment de la décadence de l’empire, au moment où les invasions menaçaient. Ce furent d’ailleurs des mesures fiscales qui furent l’occasion des premières manifestations de cette forme nouvelle dans la société romaine et byzantine.

Dans la période antérieure, la grande propriété avait eu pour origine la conquête et l'attribution des terres conquises aux riches, malgré l’agitation agraire.

Après avoir ainsi provoqué la constitution des latifandia, la conquête favorisa l’absentéisme ces grands propriétaires, qui

était déjà provoqué par la constitution même de ces latifundia. En effet, la conquête établissait dans le pays conquis deux grandes classes d’individus, les citoyens romains et les provinciaux, et la législation issue de la conquête favorisait partout l’acquisition et l'appropriation des terres par le civis romanus et entravait celles par le provincial.

Indépendamment de ses origines conquérantes ou féodales, ou conquérantes et féodales, la grande propriété absentéiste peut avoir des causes économiques. La plus agissante de ces causes est certainement le crédit au propriétaire pauvre. La loi mosaïque avait institué le jubilé pour faire revenir aux pauvres les terres cédées par eux aux riches; c’est que déjà le phénomène du groupement des terres se manifestait. Cette cause se rencontre encore à l’origine de la concentration des terres chez les Celtes, chez les Romains. Elle agit puissamment actuellement en Hongrie, en Roumanie. En Russie si ce n’était pas l'Etat qui eût centralisé le crédit agricole, la terre fût passée en grande partie entre les mains des Sociétés de crédit, etil y a lieu de prévoir qu’elle ne pourra se dégager et que l'Etat acquerra ainsi sur elle de véritables droits de propriété.

On peut ajouter aux causes d’absentéisme les mesures poli tiques et législatives prises en beaucoup de pays par la classe riche qui est aussi la plus puissante. C’est à Rome, aussi dans les cités grecques, que ce fait est le plus évident: il fut atténué à Rome par quelques ambitieux avides de popularité, qui d’ailleurs rendaient au peuple exclusivement ce que lui avaient pris leurs ennemis politiques, et en Grèce par les soulèvements qui portaient au pouvoir les tyrans démagogues. Mais, dans l’antiquité, somme toute, ce furent le /atifundium et l’absentéisme qui prévalurent et qui préparèrent la chute de la société gréco-romaine par la ruine des campagnes et la dépopulation : Les causes politiques de la grande propriété et de l’absentéisme sont donc intimement liées par ce fait que les riches

sont presque toujours les plus puissants. Toutes les fois que la grande propriété coïncide avec une crise nationale ou économique, elle se complique d’absentéisme dans sa forme la plus dangereuse.

Le fait que la propriété étendue est un attribut nécessaire de l’homme puissant est une cause d’absentéisme, aussi souvent que les fonctions du noble, du seigneur, les devoirs envers le suzerain obligent à quitter les terres. Encore aujour d’hui, la possession de la terre est une grande source d'influence, mais c’est précisément à la condition de n’être pas absentéiste, car ou bien cette possession n’est pas une condition purement légale pour briguer les charges publiques, ou bien on ne peut satisfaire cette condition en achetant une parcelle minuscule dans la circonscription ; parfois cependant la possession d’une parcelle de terre est exigée à défaut de résidence, et il est assez curieux de constater que la loi consacre ainsi l’absentéisme, au moins un certain absentéisme, dans beaucoup de pays. Dans l’ancienne Pologne, il en était ainsi : la terre était une condition indispensable pour exercer une fonction quelconque. Une loi du xvr° siècle qui fut en vigueur jusque dans la seconde partie du xvirre exigeait que les fonctionnaires, les employés devinssent, s’ils ne l’étaient déjà, propriétaires dans les six mois. Sans terre, on n’était plus considéré comme noble. Il est vrai que la condition pouvait être satisfaite par la possession d’une petite propriété; aussi lorsque la loi n’exige pas formellement la possession d’une propriété de grande étendue, comme aujourd’hui en Autriche par exemple, pour faire partie d’une classe d’électeurs ou d'individus aptes à certaines fonctions, a-t-elle une action moindre que la simple influence politique de la possession de la terre sur sa recherche par les riches et les ambitieux propres à devenir absentéistes.

Ce qui est une cause, celle-là bien économique, d’absentéisme, c’est que la terre donne un revenu supérieur à celui des va-

io

leurs mobilières très sûres ; et elle le donne sans soins particuliers, et elle est encore d’une possession plus sûre. Cela n’est pas dû tant au produit considérable de la culture qu’aux prix de vente souvent très peu élevé desterres.

Bien qu’elle donne un certain revenu sans travail du propriétaire, la terre n’est pas aussi généralement recherchée que les valeurs mobilières, à cause des formalités et des mesures compliquées dont les législations entourent sa transmission et son engagement.

Enfin, il n’y a pas un marché pour les terres comparables à celui des valeurs mobilières, quelles que soient les mesures prises en certains pays pour les « mobiliser ».

Cette moindre recherche de la plupart des capitalistes profite à qnelques-uns qui peuvent ainsi l’acquérir à bon compte au lieu de beaucoup de personnes, ce ne sont que quelques unes qui gagnent à cet état de choses, comme ilest nécessaire d’ailleurs pour qu’il dure, et il en résulte la formation de gran. des propriétés. Ce sont en outre toujours les mêmes qui font ainsi leurs placements ; ce sont le plus souvent les grands propriétaires qui apprécient les revenus que donne Ia terre et qui songent à agrandir leurs propriétés: au lieu de consacrer leurs économies à une exploitation plus intensive et plus personnelle, ils préfèrent accroître la superficie de leurs biens, ce qui a l'avantage de n’exiger d’eux aucun soin particulier et de leur permettre de continuer à se livrer à leurs habitudes d’absentéisme. C’est ainsi qu'il se produit, en Hongrie et aussi dans certaines régions de la France un mouvement de régression de la petite propriété. Chaque fois qu’un bien de paysan est mis en vente, voir un domaine de moyen propriétaire résidant, il est acheté par le grand propriétaire voisin qui peut mieux le payer que tout autre ; les partages exigés par la loi aboutissent souvent à cette fin ; lorsque le bien est vendu à la suite de dettes, le plus souvent le propriétaire acquéreur est créan-

cier, d’une façon visible ou occulte, et il acquiert à un prix en réalité dérisoire.

Enfin, la vente ou la concession de vastes terrains à prix très faibles est une cause administrative de grande propriété et d’absentéisme. Dans les premiers temps de l'indépendance des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, il y eut des adjudications de superficies immenses à raison de un dollar l'acre. Il en est résulté de grandes propriétés qui ont duré jusqu’à présent : on n’avait pas prévu, en faisant ces adjudications, le développement du pays et le besoin de terre qui se manifesterait un jour, ni les inconvénients de l’absentéisme des propriétaires de propriétés trop vastes quand il deviend#it nécessaire que la culture fût plus intensive. |

L’étendue des propriétés a, comme nous venons de le voir, les plus grands rapportsavec l’absentéisme. Si en Angleterre la grande propriété n’a pas provoqué l’absentéisme au même degré qu'ailleurs, c’est que si l’on déduit les maisons et les propriétés collectives, il y a encore d’après M. Shaw-Lefèvre, 170.000 propriétés rurales dans ce pays, tandis qu’il n’y en a que 20.000 en Irlande, 10.000 en Ecosse, c’est-à-dire une pour 26 familles en Angleterre, une pour 52 en Irlande, une pour 84 en Ecosse. L’Angleterre offre donc surtout de nombreux exemples de grande propriété, mais elle en comprend beaucoup toutefois de petites et de moyennes.

L’Irlande au contraire en a beaucoup de très grandes; on cite le comte de Leitrim qui possède 90.000 acres, occupés par 1.700 tenanciers, dans le comté de Donegal ; on trouve en Irlande d’autre part 744 propriétaires qui ont plus de 5.000 acres chacun, et en possèdent ensemble 9.710.000 (1872). En Ecosse, la situation est plus accentuée au point de vue de la grande propriété, moins à celui de l’absentéisme ; il y avait en Écosse à cette date 582 propriétaires ayant plus de 5.000 acres; ils en

possédaient ensemble 14.903.000. Parmi les pays à grande

Dode il

propriété absentéiste, il faut encore citer l’Autriche, la Russie, l'Italie, l'Espagne et surtout la Hongrie, la Roumanie, et la Sicile.

L'Amérique du Sud nourrit également de grands propriétaires absentéistes, tels que les grands planteurs de cafés du Brésil, les fazeinderos. Mais du moins ont-ils le plus souvent dépensé à l'établissement de ces plantations une grande activité productive.

En Italie, on peut citer particulièrement la campagne romaine, où persistent les /atifundia et leurs conséquences, la dépopulation, l'élevage en grand, l’envahissement des eaux, linsalubrité, l’absentéisme. Les papes ont à plusieurs reprises sévi contre les grands propriétaires absentéistes de cette région, les menaçant même d’expropriation.

En dehors des conséquences économiques particulières aperçues à l’occasion de ses rapports avec la conquête et la féodalité, la grande propriété absentéiste a des conséquences politiques dont nous pouvons mentionner un exemple bien connu, outre celui classique de Rome ; la concentration de la fortune entre les mains de quelques-uns devenus propriétaires de toutes les terres, et par suite forcément absentéistes, fut une des causes de la perte de l’indépendance de la Grèce : elle avait des campagnes dépeuplées, ou peuplées d'esclaves qui n’avaient pas la notion de la patrie ni l'amour du sol où ils peinaient. On peut encore rapprocher de cet exemple celui de l'Irlande, où la concentration de la propriété rurale entre les mains des chefs permit la conquête anglaise, non par suite du dépeuplement des campagnes, mais par la méfiance qu’elle introduisit entre les cultivateurs et les chefs qui désormais vivaient à part, les uns penchés sur la terre, les autres dans des châteaux plus ou moins éloignés : quand le souverain anglais promit aux chefs son appui et leur garantit la propriété de leurs usurpations moyennant l’hommaye féodal, ils trahirent leur

peuple et acceptèrent. Ainsi, soit par les classes inférieures, soit par les classes supérieures, la grande propriété absentéiste désorganise les peuples.

Parmi les conséquences économiques générales de !a grande propriété au point de vue absentéisme, il y a lieu de citer celle qui constitue un rapport nécessaire entre l’étendue de la propriété et l’absentéisme lui-même. Quels que saient les goûts, la richesse, la bonne ou la mauvaise volonté, l’origine du très grand propriétaire, il est forcément absentéiste, car il ne saurait accorder son attention à toutes ses terres ; c’est là que l’on constate encore une grande différence entre l’industrie proprement dite et l’agriculture ; un homme peut être le chef suprême et unique d’une entreprise industrielle considérable ; la sécurité’et la régularité des méthodes usitées, la concentration sur un espace relativement restreint des lieux de travail, la facilité du contrôle, soit du travail lui-même, soit du souscontrôle des agents en sous-ordre, permettent à un homme doué et laborieux de remplir de telles fonctions. Mais en agriculture il y a une limite assez vite atteinte, variable selon les cultures, à l’activité directrice d’un seul homme ; hors ces limites, il peut être un administrateur financier, non un agriculteur. L’incertitude des méthodes, la nécessité de changements fréquents de dispositions, la variété des terrains, les risques climatologiques inégaux même dans un espace restreint, exigent proportionnellement plus d’attention et une fatitique relativement plus considérable. Un homme instruit peut, s’il veut être minutieux, occuper tous ses instants à la direction de quelques métairies.: une seule même exige les décisions quotidiennes et variées. Dans ces conditions, le très grand pos priétaire ne peut qu'être absentéiste en tout ou en partie. Alors se présentent ces degrés d’absentéisme déjà signalés : propriétaire absentéiste sur toutes ses terres, sur toutes sauf une, ou deux, ou plusieurs, sur aucune. Ce dernier degré n’est

pas compatible avec la très grande propriété : le très grand propriétaire qui aura la prétention de ne négliger aucune de ses terres et s’astreindra à des visites à chacune d’elles ne parviendra qu'à être absentéiste sur toutes, car ses visites ne sauraient avoir qu’un caractère superficiel ; à quoi servirontelles si on ne lui montre que ce qu’on veut parce qu'il ignore le détail des champs et des cultures entreprises, s’il ne peut se souvenir de ce qu’il a ordonné, s’il fait des confusions ? Il se donnera l'air de comprendre et n’insistera pas pour s’éviter de montrer qu'il ignore ce qu'il devrait savoir. Le très grand propriétaire est donc nécessairement absentéiste en ce qui concerne son travail.

« Toutes les fois que vous rencontrez les terres d’un grand seigneur, même quand il possède des millions, vous êtes sûr de les trouver en friche. Le prince de Soubise et le duc de Bouillon sont les deux plus grands propriétaires de France ; les seules marques que j'aie encore vues de leur grandeur sont des jachères, des landes et des déserts », dit Arthur Young. Ce qui aiïdait à l’absentéisme de ces grands propriétaires et leur permettait de ne pas s'occuper de leursterres, c’étaient les charges bien rétribuées de la cour et les pensions. Les petits nobles résidants cultivaient mieux leurs terres dont le revenu était indispensable à leur existence, et d’ailleurs, à cause de la petite étendue des biens, n’était pas considérable de luimême.

Pour pouvoir être absentéistes, les grands seigneurs écossais durent avant tout simplifier l’exploitation, soit seulement à leur égard propre, en affermant à des fermiers principaux, soit en d'épeuplant la terre pour se livrer à l’élevage en grand.

L’absentéisme du grand propriétaire qui est un homme riche, a donc pour conséquence de faire refluer d'importants capitaux vers les placements industriels, souvent exotiques : par où il provoque des phénomènes économiques exposés au début de ce

travail. La grande propriété, qui est cause d’absentéisme, doit donc être rendue responsable de ces phénomènes qui intéressent l’économie nationale, alors même quele grand propriétaire ne réside pas à létranger, mais seulement dans la capitale ou même dans la ville voisine de ses terres.

L’absentéisme de travail et de capital qui résulte de celui de la personne du propriétaire foncier a enfin de graves conséquences sur la consommation. Au point de vue local, la production étant diminuée, les cultivateurs ne disposent pas des mêmes sommes pour leur entretien que si elle était plus abondante, surtout parce qu’ils ont généralement affaire à des intermédiaires qui leur laissent dans le revenu une part moindre que celle que le propriétaire leur accorderait.

Au point de vue national, il en résulte une très importante diminution de la production agricole, et par suite une consommation considérable de produits étrangers au lieu de produits nationaux, et au cas d’impossibilité d’importations, une réduction pure et simple de consommation de produits agricoles. L'importance de ces conséquences est en raison des vastes superficies que couvre la grande propriété. Elles portent sur la richesse productive et sur la richesse produite, sur le capital et sur la richesse consommée. Il y a absentéisme pour une grande part, puisque les grands propriétaires sont généralement riches, qu’ils ont des valeurs mobilières considérables, et, par suite, des capitaux employés au loin.

La richesse produite par ces capitaux, même si elle peut dans les moments de trouble où les importations seront arrêtées, continver à venir de l’étranger vers le pays, ne pourra remplacer la richesse absentéiste, puisque les échanges seront impossibles. Au fond, les produits agricoles nécessaires, au lieu d’être produits dans le pays avec les capitaux indigènes, le sont au loin, avec ces mêmes capitaux, et ces produits constituent une richesse absentéiste, qui, dans les moments où

elle sera le plus nécessaire, ne pourra venir dans le pays. Il importe peu que les capitaux exportés ne soient pas employés au loin dans l’agriculture : ils peuvent permettre à des capitaux étrangers de s’employer ainsi; ils permettent par les revenus qu’ils donnent à leur pays d’origine d’acheter les produits agricoles exotiques, et cela revient au même.

Au point de vue général, la grande propriété absentéiste peut être regardée comme une cause de cullure extensive ou négligée, et d’une insuffisance de pro luction agricole ; si cette conséquence n'apparaît pas clairement, c’est que la mauvaise organisation des échanges, l'incertitude des débouchés, les à-coups dela production générale ont provoqué a crise agri= cole et la mévente des produits agricoles.

L’absentéisme du propriétaire rural et des différentes cultures.

Culture extensive.

Après avoir considéré l’absentéisme dans ses rapports avec la nature du propriétaire et de la propriété, nous devons, pour essayer de découvrir toutes ses conséquences économiques, chercher ceux qu’il peut avoir avec la nature et Pétat du sol, avec le régime de la culture et des tenures, puis avec le revenu foncier, avec la nature et l’état de la population rurale.

La nature du sol peut être une cause d’absentéisme : elle rend le séjour désagréable au propriétaire, personne n’a jamais séjourné dans les marais Pontins pour son plaisir ni même quand il a pu s’en dispenser. La pauvreté du sol peut encore être une cause d’absentéisme par l’état misérable où elle réduit la population et le peu d’agrément qu'offre le séjour dans ces circonstances : il faut alors se demander si la présence du qui n’est point une charge, n'aurait pas pour la situation. Enfin, une nature de e les formes

propriétaire, résultat de relever un peu terrains qui sans être mauvaise, ne comporte qu d'exploitations rurales qui exigent le moins de surveillance, telles que l'élevage ou la sylviculture, peut aussi favoriser l’absen-

téisme, et en même temps en atténuer les effets.

Lorsque c’est le climat, en ce qu’il a de moins modifiable au gré de l’homme, qui éloigne les propriétaires assez riches pour pouvoir vivre ailleurs, il est certain qu’il y a là une cause permanente d’absentéisme. Les circonstances en sont regrettables surtout sous la forme d’absentéisme des capitaux, car le climat, en beaucoup de cas, peut bien plus être changé par l’extension des cultures, le boisement, le drainage, qu'on ne le pense généralement. Si du moins les changements ainsi obtenus ne rendent pas le séjour plus agréable, 1ls peuvent le rendre plus profitable en augmentant le produit de la culture et par là provoquer”une diminution de l’absentéisme. Car le propriétaire a pu s’éloigner de son bien pour deux causes de cet ordre : désagréments proprement dits du séjour, difficultés de la culture et peu de productivité, résultant les uns et les autres du climat. Il faut donc distinguer les modifications du climat selon ces deux causes pour en connaître les conséquences. Si dans un pays recherché pour la pureté de son ciel, absence de journées pluvieuses, le développement de l’agriculture a rendu le climat humide, le temps changeant, il pourra augmenter la présence des propriétaires par les avantages qui en résultent pour la culture, il n’aura que des effets contraires à l’endroit des propriétaires plus sensibles aux agréments de l’existence. Mais ces derniers ne sont pas ceux dont la présence, au point de vue productif, est bien utile. Si le développement de l’agriculture, la fin des défrichements, les travaux d’assainissement ont amélioré à la fois les conditions de production et celles de séjour, Le résultat sera plus considérable, il ne pourra en résulter que la présence de plus de propriétaires. Il ne faudrait pas nier l’effet des travaux de l’homme sur les climats : si dans beaucoup de cas, les modifications ont été trop lentes pour être évidentes, il en est d’autres, tels que celui de l’Algérie,où, dans la région côtière, le climat a changé depuis la conquête française et s’est assez vite modifié pour que la constatation

du fait devint banale : il y pleut beaucoup plus qu'auparavant. Quant aux modificationssapportées à la salubrité par les assèchements, plantations appropriées, défrichements étendus et terminés, ils sont bien connus.

Ces faits ne sauraient être indifférents quand on recherche les origines et les conséquences de l’absentéisme. On peut dire que, de ce côté il y aura tendance à la diminution de l’absentéisme, par les perfectionnements apportés à la culture et les améliorations apportées au sol. Cependant, il peut en résulter un abandon relatif des régions ingrates : ainsi certains départements français des Alpes se dépeuplent ; beaucoup de petits propriétaires louent leurs terres, car les vendre dans ces conditions n’est guère possible. et vont chercher fortune ailleurs, soit au Mexique, soit en Algérie ; leurs parents restés au pays, leurs compatriotes, cultivent ainsi les terres en moindre nombre, et comme les absentéistes ne prélèvent pas grand’chose, ils ne s’en trouvent pas plus mal. Peut-être que le revenu brut diminue, mais l’ancienne exploitation de terrains ingrats, dans un climat rude, était ruineuse et la population qui en vivait, misérable. Il demeure toutefois les conséquences politiques et sociales de ce dépeuplement.

Nous trouvons dans l’Irlande, qui lorsque l’on traite d'absentéisme, fournit des exemples de tout genre, un cas d’absentéisme aggravé par la qualité inférieure du sol. Certaines régions de l’Irlande ne sont que des landes, des marécages, des tourbières sans fin (1). Les habitants ne portent pas de chaussures, non seulement par pauvreté, mais encore parce qu'elles restent immanquablement dans la boue gluante dès qu’on doit circuler hors des chemins; quelles cultures peuvent prospérer dans ces conditions ? Les corbeaux, les hérons et les grenouil-

1. Cependant, « de l’aveu même des Anglais, l’Irlande est supérieure à l'Angleterre comme sol », dit M. de Lavergne dans l « Essai sur l’Economie rurale de l'Angleterre, Ch. IX.

les sont les seuls animaux qui prospèrent dans ces étendues désolées ; la végétation est toute de roseaux, d’ajoncs et d’herbes qui n ont des graminées que l’apparence el sont PrÉRquE impropres à la consommation des bestiaux.

C’est cependant encore l'élève du bétail qui présente quelque possibilité dans les endroits les moins déshérités de ces régions, d’un bétail accoutumé à cette végétation, habitué à manger ce que du bétail étranger refuserait jusqu’à l'inanition : les animaux ainsi élevés ne seront jamais des produits estimables.

Les terres pauvres, sous un climat froid, n’offrent guère de ressources pour aucune culture.

Cependant la culture du lin s’accommode assez bien des terrains maigres et sablonneux et une partie d’entre eux lui est consacrée. Quand c’est l'élève du bétail qui est le meilleur parti à tirer du sol, que devient la population? Elle n’hésite d’ailleurs pas, quand elle voit un propriétaire chercher à substituer l’élève du bétail à la culture, à entraver cette substitution par des méfaits au détriment des animaux, voire des crimes sur la personne des bergers. La situation est naturellement grave à ce point de vue dans les districts d’Ecosse ou d'Irlande où il n’y a pas de tendance à l'émigration. La population s’obstine à la culture et prétend qu'elle pourrait en vivre s’il n’y avait la rente à payer au landlord dont elle réclame, c’est le cas d'employer le terme l « éviction ». Il est certain que la rente est une charge qui n’a point de compensation, car le landlord est absentéiste et ne s’occupe en rien de ses terres sice n’est pour en percevoir cette rente.

L’absentéisme aggrave la situation, et, s’il n’a pas en Irlande pour cause principale l’état misérable du pays, cette cause cependant est assez active et en maintient l’existence. Reste la question de la substitution de l'élevage à la culture. Cette substitution a plusieurs causes : la nature du terrain, la crise

mn)

agricole, et une qui procède des deux précédentes : l’augmentation du revenu net du propriétaire par la diminution des frais.

L’absentéisme est lui-même une cause d'élevage en grand et se maintient par là, car on peut bien plus aisément faire de l'élevage en grand, d’une façon industrielle, que de la culture proprement dite.

Les travaux nécessités par l’entretien des prairies sont simples, réguliers ; le curage des rigoles, la surveillance des clôtures peuvent être effectués à des moments divers : seule la fenaison exige plus d’attention, mais ce n’est en général qu’une fois l’an. Quant aux soins à donner aux animaux, ils peuvent être l’objet d’une orçanisation en grand, analogue à celle usitée dans les armées, dans les entreprises qui emploient beaucoup d'animaux. Le personnel est beaucoup moins nombreux que dans la culture. Aussi y a-t-il un rapport entre l'élevage du bétail et la propriété absentéiste : le fait est évident en Italie, en Irlande, en Ecosse. Là, des propriétaires, pour simplifier l'administration de leurs biens et pratiquer un absentéisme plus facile, ont dépeuplé systématiquement des régions entières pour substituer l'élevage à la culture; ils y trouvent encore, quand ils viennent sur leurs terres, l'avantage de chasses plus riches et plus agréables, et aussi celui de la beauté du paysage verdoyant, reconstitué dans son état primitif.

C’est surtout sur les domaines de la maison de Southerland que cet ensemble de procédés a été d’un grand usage. Il comporte au besoin l'incendie des chaumières pour chasser les cultivateurs récalcitrants. Des fermiers louent ensuite les terres pour y faire l’élève des moutons ou les organiser en grandes chasses ; c’est le régime auquel on à soumis particulièrement le pays resté proprement écossais, le kïghland, d’où on l’a nommé hïghland-clearing.

Mais lorsque des propriétaires non absentéistes substituent

OVTARE

l'élève à la culture qui leur rapporte moins, que peut-on leur reprocher ? Est-ce leur faute si les nécessités économiques leur en font un devoir ? Cest lorsque le propriétaire est absentéiste, refuse sa peine et son argent, qu’on peut justement l’accuser de faire cette substitution d’une façon repréhensible, dont ni la nature du sol ni les circonstances ne sont responsables.

La viticulture peut être citée comme l'opposé de l'élevage au point de vue absentéisme ; la nature de sol et de climat qui lui sont propres sont un obstacle à l’absentéisme, par le soin qu’exige la vigne et la surveillance des capitaux engagés; la vérification est délicate et le propriétaire a trop d'intérêts sur sa terre pour la négliger, il y perdrait ses revenus mobiliers et immobiliers.

Les formes de culture proprement dite et de tenure sont modifiées par l’absentéisme, surtout les secondes. La culture sur la propriété est ou livrée à elle-même, routinière et maladroite, ou dirigée par des intermédiaires qui songent surtout à leurs intérêts propres et ne considèrent que le rendement immédiat.

On peut donc citer comme conséquence de l’absentéisme : culture routinière, présence d’intermédiaires, manque de capitaux, selon les cas ; ces conséquences, parfois isolées, se réunissent souvent. La première n’est pas propre à l’absentéisme ; ses effets ont été étudiés bien souvent (1) : on sait qu’ils sont regrettables, les jachères excessives, les engrais souvent absents, surtout employés avec la plus parfaite ignorance des besoins du sol, sans tenir compte de sa composition chimique. Si par hasard le cultivateur ignorant entreprend d’essayer une méthode nouvelle, il le fait dans des conditions défectueuses et les résultats sont mauvais : il en profite pour déclarer que rien ne vaut encore les anciens errements.

1, V. Roscher, Æconomie rurale.

ste

L’absentéisme, dans la mesure où il prive la culture de capitaux, semble justifier les inquiétudes de Malthus relatives à la quantité des subsistances et à l'accroissement de la population

selon lui proportionnellement plus rapide que celui de cette quantité.

Conséquences de l’absentéisme du propriétaire rural sur la rente foncière et le revenu foncier.

Théories de Malthus et de Ricardo.

Ricardo, dans l’«Æssai sur l'influence du bas prix des blés», exprime certaines opinions sur l'influence de l’abondance des capitaux dans Pagriculture. Il admet aussi que des perfectionnements dans les méthodes agronomiques et dans les instruments de culture contribueraient à accroître les profits du capital en augmentant le produit obtenu avec les mêmes frais d'exploitation. C’est-à-dire qu’il reconnaît implicitement l’importance de la présence, et par suite de l'absence, du capital et de la direction dont l’absentéisme prive l’agriculture.

Mais, lorsqu'il envisage les effets productifs du capital dans l’agriculture aux débuts de l'établissement d’une nation, il sépare déjà l'individu qui apporte du capital de celui qui apporte du travail ; il ne tient compte de ce dernier élément que sous forme de salaires, compris dans le capital circulant, et regarde le produit, déduction faite du capital fixe et du capital circulant, comme le profit net du capitaliste.

Il'entire également sa théorie de la rente : lorsque la population augmentant, il faudra augmenter les moyens de subsistance, on cultivera des terres dont le moindre rendement, dont l’éloignement,source de transports onéreux, exigeront un capital plus élevé. D'où les terres anciennement cultivées rapporteront

proportionnellement plus; alors les anciennes exploitations donneront d’abord aux capitaux un profit égal à celui des capitaux des plus récentes, ce qui est à proprement parler le profit actuel, plus une rente qui est l’excès de l’ancien profit sur le nouveau. Enfin, Ricardo prétend encore que dans un pays en progrès la rente s’accroît relativement au capital d’exploitation, mais que le profit du capital diminue en même temps. A mesure qu'on met en valeur des terres moins fertiles, et qu’on emploie plus de capitaux, le produit est moindre en proportion des capitaux, mais la rente augmente au détriment du profit sur les meilleures terres, et ce, d’autant meilleures qu’elles sont, comme cela résulte de l’abaissement du pour cent de produit par rapport au capital employé sur les mauvaises.

Mais les profits des capitaux ne fléchiraient pas et les rentes -ne hausseraient pas si à mesure que le capital et la population augmentent, on découvrait de nouvelles terres fertiles et bien placées.

L'idée de Ricardo est que l’exploitation des terres nouvelles exigeant plus de capitaux, celle des bonnes terres en exige proportionnellement moins, et que les capitaux engagés dans ces dernières seront par suite, au moins en apparence, plus considérables. Or, au fur et à mesure de cette augmentation relative ou effective de capital mis dans l’agriculture, le profit diminue et la rente augmente. Il en conclut qu'à mesure que la population se développe,le propriétaire retire davantage de sa terre, surtout en valeur d'échange. Le fermier a des intérêts un peu différents, car la grande quantité des produits pourrait compenser, pour lui, un moindre prix. Quant au reste de la société, il à des intérêts opposés à ceux des propriétaires,.

Il résulte que pour Ricardo la présence des capitaux dans l’agriculture a pour effet d'augmenter la rente des proprié-

taires, que ces capitaux n’auront qu’une rémunération décroissante, et que pour empêcher ces phénomènes de se produire, il faudrait surtout des perfectionnements apportés dans l’industrie agricole. Sur ce point, il est en désaccord avec Malthus (Recherches sur la nature et le progrès de la rente), lequel soutientau contraire que la diminution des frais de production déterminée par des améliorations apportées à l’agriculture élèvera la rente; la population,ajoute-t-il, augmente plus que les moyens de subsistance, les salaires baissent, la valeur d'échange des produits s'accroît sans que l’accumulation du capital parvienne à abaisser les profits, en raison de ces causes contraires ; les progrès de l’agriculture, la diminution des frais ne peuvent qu’augmenter la rente.

Ricardo lui reproche ces conclusions, et lui objecte que les perfectionnements ont des effets plus ou moins atténués sur les terres peu favorables à l’agriculture, que lui-même compare les terres à des « machines, toutes susceptibles de perfec- « tionnements continuels par le capital qu’on y consacre, mais « cependant toutes caractérisées par une puissance et des « qualités diverses ». Alors, fait observer Ricardo, « comment « les profits peuvent-ils s’élever lorsque nous sommes obligés « d'employer la machine dont la puissance et les qualités sont « les moins parfaites, et que nous ne pouvons refuser d’em- « ployer, puisque son emploi est indispensable pour obtenir « les subsistances nécessaires à la population. »

Quels que soient les perfectionnements apportés à l’agriculture, et les capitaux qui y soient employés, Ricardo soutient que l'importation des blés serait préférable à la culture des mauvaises terres. Le capital dégagé pourrait être employé à la production de marchandises d'échange. Il approuve Malthus d’avoir soutenu ce principe dans ses « Observations sur Les lois des céréales ». Toutefois il reconnait qu’en Irlande, si comme laffirme Malthus, il n’y a pas d'emploi avantageux du

capital en dehors de l’agriculture, il faudra produire du blé déprécié ou perdre le revenu. Nous pouvons ajouter que le Capital n'ayant pas augmenté en Irlande, la situation y est encore au moins aussi mauvaise, en observant en outre qu’il n’y a pas même excès de capital agricole employé sur de mauvaises {erres.

Enfin, Malthus lui-même a dit que si la science et le capital pouvaient donner à tout le sol les qualités nécessaires, peutêtre la masse des produits serait immense et propre à nourrir un très grand surcroît de population. Mais Ricardo croit plutôt à l'effet de la libre importation des blés.

Pour Malthus, parmi les causes qui font monter la rente, il y à « une accumulation de capital qui, comparée aux moyens de Putiliser, peut suffire pour faire baisser les profits », il y a aussi « des améliorations dans l’agriculture », la réduction du « nombre des ouvriers nécessaires pour produire un effet donné ». Parmi celles qui font baisser la rente, « la diminution du capital. un mauvais système d'agriculture ». Cependant, dit-il, « un système de culture onéreux et mauvais pourrait empêcher la formation de la rente, même sur des terrains fertiles, en s’opposant aux progrès de la population. »Siles perfectionnements s’appliquent aux bonnes terres anciennement cultivées, et agissent en diminuant le coût de production, sans augmenter la quantité produite, les fermiers feront de grands bénéfices, les prix restant les mêmes, les capitaux afflueront, étant bien rémunérés, puis il se produira une baisse générale des profits par la concurrence des capitaux, et c’est la rente du propriétaire qui croîtra. Malthus regarde toujours le fermier comme le capitaliste. À)

Si les perfectionnements apportés à l'agriculture facilitent la culture de terrains nouveaux et agissent sur la quantité produite par les anciens, la production totale sera ANBUREE le prix baissera pendant peu de temps, la population, en vertu

Dode tr

d’un axiome cher à Malthus, augmentera et fera remonter le prix du blé, les bénéfices du capital seront réduits à leur ancien niveau etla rente s’élèvera, sans d’ailleurs, que la valeur d'échange du blé, les salaires réels des ouvriers ni le taux général des profits soient finalement différents de ce qu’ils étaient aupara- . vant.

La concurrence des tenanciers fait tourner au profit des propriétaires les avantages des perfectionnements, grâce au renouvellement des baux, « les profits du capital se réglant né- « cessairement par la concurrence et d’après la moyenne géné- « rale de tout le pays (1) ». Il ajoute qu’en Ecosse, dans le nord de l’Angleterre, dans le comté de Norfolk, les rentes sous l'influence des perfectionnements ont crû extraordinairement sans que les profits aient subide modification. Malthus considère la hausse de la rente comme propre à attirer de nouveaux capitaux à l’agriculture. En supposant que chaque exploitation aît déjà le capital utilisable avantageusement au taux courant des profits et qu’il n’y aît pas tendance à cette hausse, lapport de capitaux nouveaux ne serait pas profitable. Les progrès de l’agriculture seraient donc sous la dépendance de la hausse de la rente,ou du moins se produiraient simultanément, bien qu'ils puissent augmenter relativement plus que la rente. Ordinairement, celle-ci ne suit pas dans sa marche ascensionneile la quantité de capital employée et de valeur produite.

Dans lÆssar sur l’influence du bas prix des blés, Ricardo admet qu'il ÿ a sinon égalité de taux, du moins certains rapports entre les profits des capitaux employés dans l’agriculture et les profits de ceux employés dans les autres industries.

En ce qui concerne l'affectation du travail, on peut rappeler qu'Adam Smith a dit qu’ « à quantités égales, le travail productif consacré aux manufactures ne peut jamais donner des

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