Ricardo, Principes, chap. IT
que cette propriété lui est attribuée et conservée jalousement par un état de choses arbitraire, nous avons siron le sens complet, du moins un des éléments de la théorie de la rente de Ricardo.
Peut-être pourrait-on pousser plus loin et attribuer au régime foncier anglais les développements, ou au moins une partie d’entre eux, que Ricardo a donnés à la théorie de la rente foncière. Mais il faut tenir compte de ce que si un état de choses suggère à un grand penseur les bases d’une théorie, ces bases, généralement erronées par le fait même de leur contingence et de leurs rapports trop étroit avec des faits, n’auront été que l’occasion de la théorie elle-même, et l’on vnit Ricardo admettre des cas où il n’y a point de rente.
Nous ne pensons donc pas qu’on puisse chercher plus lom une analogie entre le régime des îles Britanniques et les distinctions de Ricardo, au sujet de la rente, entre les terres plus ou moins fertiles. Le mauvais état de l’agriculture en Irlande et même en Ecosse peut néanmoins expliquer l'opinion de Ricardo que la rente doit croître à mesure que la culture est plus indispensable et s'étend aux mauvaises terres, car il était disposé à tenir compte surtout des faits propres à établir des théories pessimistes.
Par ailleurs, les progrès de l’exploitation agricole, la découverte de certaines plantes ou leur nouvelle utilisation en permettant d'employer aisément les terrains où les anciens proctdés et les anciennes cultures entraînaient beaucoup de frais et procuraient de la sorte aux bonnes terres une rente considérable, enlèvent à la rente son caractère alarmant. C’est ce que Rossi a démontré (Cours, VII leçon). Mais si la théorie de Ricardo est dûe à la conception statique qu’on avait alors des phénomèênes économiques, il est bien probable que c’est précisément l’état du régime foncier anglais, tel que le voyait Ricardo, qui a iiflué sur ses idées. « Les disciples, encore plus que le maître
« (Ricardo), ont affecté une crudité d’expression vraiment « choquante. Ils semblent avoir pris plaisir à nous montrer les « propriétaires comme s’étant violemment emparés d’agents « naturels doués d’une sorte d’individualité, de les avoir « emprisonnés pour n’en laisser jouir que contre une forte « rétribution. On dirait que, il y a quelques milliers d'années, « des accapareurs se sont jetés sur les forces productives de « laterre », etc... (1)
Si la théorie de Ricardoÿ si la lecture de ses prédécesseurs et de ses disciples, d'Adam Smith, de Buchanan, de Senior, de Hopkins a pu suggérer de telles réflexions à un auteur qui n’étudiait pas spécialement la situation foncière anglaise, il faut croire qu'il y a un certain rapport entre cette situation et cette théorie ; en tous cas, ces réflexions qui veulent être une critique de la rente, en seraient plutôt, si l’on pense à l'Irlande, une justification, car c’est bien ainsi que les choses s’y sont passées. Quand Senior dit : « Les propriétaires se font payer l'usage « des agents naturels sous forme de rente, rente qui n’est la « récompense d’aucun sacrifice quelconque, et est reçue par « ceux qui n’ont ni travaillé, ni fait des avances, mais qui se « bornent à tendre la main pour recevoir les offrandes de la « communauté », il est impossible de ne pas reconnaître qu'il pense au propriétaire absentéiste. Par contre, on voit J.-B. Say, qui a sous les yeux la France qui ne comporte pas d'Irlande, où la Révolution a fait passer d’une façon assez étendue la terre entre les mains de ceux qui la travaillent, moyens ou petits propriétaires, protester contre la théorie de Buchanan et de Ricardo. Pour lui, la propriété est comparable à une machine, une machine productive, productive seulement parce qu’elle est une propriété, et dont le loyer fait partie des frais de production. Elle représente d’ailleurs une somme « de