‹ Les Conséquences Économiques de l'AbsentéismeChapitre 26 sur 33 · A ce sujet, loi dela 13° année du règne d'Henri VIII · texte numérisé non relu

A ce sujet, loi dela 13° année du règne d'Henri VIII

Conséquences de l’absentéisme du propriétaire rural sur la population rurale et ses fonctions économiques.

Exemple de l'Irlande.

Des conséquences de l’absentéisme surles formes de tenure, on peut aisément passer à celles sur l'état de la population rurale. Cette population est un élément de la production agricole ; si, dans l’industrie, l'aptitude de l’ouvrier a pu établir la supériorité d’un pays sur un autre, de même celle du cultivateur dans l’agriculture peut augmenter beaucoup le rendement et diminuer le coût de production. L’ouvrier agricole est souvent son propre contre-maître ; le chef d’exploitation du domaine, c’est en fait très souvent le fermier, le métayer, un paysan ; c’est de ses aptitudes d’ordre, d'économie, de progrès que dépend le rendement. S’il est découragé, s’il n’a aucune perspective de gain, si l'habitude de la misère lui a enlevé le courage, l'espérance, l'esprit d'organisation, a diminué même ses facultés, il sera un bien mauvais directeur d'exploitation. En Irlande, le paysan est dans ce cas ; il ne songe qu’à des revanches politiques et hypothétiques contre le landlord, et il est si habitué à ne pas réussir dans ses affaires qu’il en prend son parti pour l'instant et ne cherche plus qu’à vivre, au besoin de rapines et de charité, sans souci d’une dignité p ersonnelle qui lui semblerait une ironie dans l’état misérable où il est plongé.

Dode 15

Assurément, l’influence du progrès de quelques établissements n’est pas aussi grand en agriculture qu’en industrie. Ona dit que le progrès agricole était lent en raison de l’augmentalion des salaires : ils ont pourtant proportionnellement augmenté moins que dans l'industrie qui a fait de si grands progrès. Si le progrès agricole est souvent trop lent, cela tient à ce que l’agriculture manque généralement de direction, par suite de l’absentéisme.

L'éducation agricole du paysan est trop négligée. Comme précisément l'exemple de quelques propriétés bien conduites n’a que des conséquences relatives, il faudrait que chaque propriétaire s'intéresse à ses domaines. La concurrence n’est pas, en agriculture, le même grand stimulant que dans les autres branches de la production. Les progrès d’une entreprise sont longs à donner tous leurs résultats ; les entreprises sont innombrables, les monopoles inexistants. Aussi, les progrès réalisés par un agriculteur n’ontils pas, comme ceux réalisés par un industriel, la conséquence de supprimer les autres producteurs ou de les amener à un égal degré de progrès.

« Au moyen-âge déjà, l’abandonnement des seigneurs ter- « riens apparaît comme une des grandes causes du déclin « de l’organisation communale des villages, » dit Roscher dars son traité d'économie rurale. Ce n’est pas seulement l’organisation communale, c’est l’organisation agricole qui se perd. La propriété paysanne, si elle avait le spectacle de grandes exploitations biens tenues, pourrait peut-être, bien que très lentement, échapper aux critiques qu’on lui a faites si justement. Assurément elle ne saurait s’assimiler tous les procédés de la grande culture ; mais, somme toute, le blé ne croit pas autrement dans un petit champ que dans un grand; l’association, d'autre part, peut permettre l’achat des machines agricoles, même la mise en commun des fumiers et engrais produits dans la culture.

Enfin, l’ordre, les procédés rationnels sont des exemples toujours utiles; la destruction de certains préjugés résulte de faits constatés, indiscutables à la longue, qui se produisent dans les exploitations méthodiquement conduites.

Au contraire, l'ignorance jointe à la misère sont des effets de l’absentéisme funestes à la production agricole.

L’agriculture irlandaise, abandonnée à elle-même, a parfois des procédés étonnants. On Y voit atteler des bœufs par la queue! Les Anglais ont accusé la race irlandaise d’être imperfectible, et de n’avoir pas le sens commun ; n’est-ce pas plutôt qu’elle n’a aucun espoir d'améliorer sa condition.

J. St. Mill a dit qu'un cottier irlandais n'a rien à espérer de l’économie, de la continence dans le mariage et de l’assiduité au travail, ni rien à redouter du contraire, et Roscher ajoute que pour l’Irlandais, ont disparu « les mobiles de l’homme libre, sans être remplacés par ceux de l’esclave »

On peut se demander aussi où l’Irlandais apprendrait à mieux faire, abandonné qu’il est dans son île, avec ses compatriotes aussi misérables que lui, sans instruction agricole. Il ne peut que conserver les procédés du Moyen-Age.

D'ailleurs, il espère que le bien naîtra de l’excès du mal, tandis que si la situation devenait tolérable sous le régime actuel, ce régime abhorré serait sans doute consolidé au point qu’on n’en pourrait prévoir la chute. Aussi l’absentéisme a-t-il non seulement ruiné l'Irlande, mais encore est-il entretenu farouchement par elle qui ne veut pas de ses maîtres. A côté de l'hostilité que produit la qualité d’étranger du propriétaire absentéiste, il y a donc lieu de tenir compte de celle qui résulte simplement de l’absentéisme ; la population rurale devient haineuse, et la haineest mauvaise conseillère. On ne produit guère avec la haine, et les conditions de la culture antique par esclaves sont ainsi de nouveau réalisées.

En Sicile, l’absentéisme toutefois estimposé aux propriétaires

par l'état d'esprit des populations, non pas parce que leur haine du propriétaire rend le séjour bien dangereux pour celuici, mais parce qu’elles sont inféodées à la Mafia. La crise agraire provoque bien des troubles, l'agitation socialiste s’est bien répandue dans les campagnes, mais tout cela est relativement peu pour le propriétaire qui, en raison de sa fortune, est d’un excellent rapport pour les « Ma fiost ».

Le séjour dans les terres est rendu très périlleux pour les propriélaires par la « mafia ». Ils sont exposés à voir des gens venir leur demander quelques milliers de lire de la façon la plus naturelle et avec un air discret. Un simple refus équivaut à un arrêt de mort : celui qui n’a pas voulu céder est généralement trouvé, quelque temps après, tué d’un coup de fusil au tournant d’un chemin. L’assassin, qui a de nombreux complices, est garanti contre l’action de la justice par la terreur qu’exerce la « mafia » le point d'honneur (omerté) qui empêche tout sicilien d'aider l’autorité par un témoignage, enfin par les affiliés qui occupent les hautes fonctions de l'ile. En Irlande, l’auteur d’un crime agraire est surtout protégé par l'attitude passive dé la population, qui refuse tout témoignage ; en Sicile, il y a de plus un élément actif et terroriste beaucoup plus puissant, car il est plus nombreux et plus farouche.

Non seulement le propriétaire est en butte à toutes sortes d’'exactions,. mais il n’a chez lui aucune autorité. C’est la «mafia » qui lui choisit ses jardiniers, ses cultivateurs, voire son homme de confiance, bien que cette expression soit ici plutôt dérisoire. Faute de ratifier les choix de la mafia, tout va de mal en pis dans le domaine : les récoltes ne croissent pas, les arbres se dessèchent, les fruits tombent avant d’être mûrs, et les maraudeurs enlèvent tout ce qui arrive à point. Comment veut-on qu’en ces conditions, un propriétaire ne fuie pas son domaine ? Sa personne n’y est pas en sécurité, et il n’y jouit d’aucune liberté, il ne peut s'intéresser à une propriété qu'il ne dirige

pas effectivement, qui est ou dévastée ou exploitée par d’autres ; le petit nombre de ceux qui, sans doute parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement, demeurent à la campagne, doit se résigner à payer des redevances aux ma/fiosi, à n’employer que des mafiost où de leurs amis et à se contenter de ce qu’on veut bien lui laisser. Aussi, la presque totalité des propriétaires vit à la ville, dans une sécurité relative, et abandonne à des intermédiaires l'exploitation des terres. Le plus souvent, le propriétaire est totalement inconnu au lieu où se trouvent ses terres. Il faut convenir que si l’absentéisme nuit à l’éducation de la population rurale, le manque d’éducation d’une partie de celle-ci peut le provoquer en retour.

En Sicile, nous retrouvons en outre, comme en Irlande, comme aussi en Hongrie, l'agitation agraire.

Les fasci comptent plus de 300.000 adhérents en Sicile. Les paysans, « contadini », espèrent en y adhérant améliorer leur condition. Les débouchés insuffisants, l’immensité des propriétés négligées par les propriétaires qui se contentent de maigres revenus, ont pour conséquence l'extrême pauvreté des classes rurales pour qui, non seulement le travail est fort peu rémunérateur, mais souvent introuvable.

Les fascr ont des réunions bruyantes où les colères se développent et mûrissent ; ils imaginent parfois des manifestations ingénieuses et assez naïves en même temps, telles que d'aller en grand nombre manger sur les trottoirs des voies luxueuses de Palerme la misérable nourriture du peuple sicilien, le fenouil sauvage cuit à l’eau (1). Ces « fascr dei lavoratorti » toutefois, s'ils sont en partie une des conséquences de l'abandon où les propriétaires laissent les paysans, ne sont pas une cause d’absentéisme commela mafia ; ils sont aussi plus honorables.

Après le manque d'éducation agricole de la population

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