ABSENTÉISME DE LA RICHESSE SANS ABSENTÉISME DE L’INDIVIDU
Absentéisme par le placement.
Le placement au loin est un absentéisme.
La principale objection qu’on peut faire à la qualification d’absentéisme donnée au placement est que les intérêts payés au pays placeur compensent l’absence de la richesse placée, et que par suite il n’y a pas mouvement de richesse vers l’étranger.
Mais la richesse a des formes indéfiniment variées et l’absentéisme de la richesse sous telle ou telle forme, bien qu’à première vue il ne paraisse pas devoir constituer une occasion de perte pour un pays, n’en est pas moins un phénomène intéressant. De plus, on ne peut quère lui contester le nom d’absentéisme. Ce terme a toujours été employé pour désigner la perte résultant pour un pays du manque de présence d'éléments déterminés: or, personne ne niera que les placements puissent être une occasion de pertes et qu’ils constituent le manque de présence d'éléments de richesse. Il y a ainsi l’absentéisme de l'élément considéré, qui est relatif, et celui consécutif de la
richesse perdue, qui est définitif: le premier ne saurait exister sans l’autre, par définition, mais il lui est antérieur et par là peut servir à le déterminer.
L’absentéisme du capital est un absentéisme définitif lorsque le capital placé se perd ou ne donne que des revenus insuffisants : il ya alors absentéisme du capital, absentéisme du revenu, au total absentéisme de richesse. Quand dans le pays placeur il existe des éléments naturels et du travail non employés productivement faute de capitaux, il y a certainement encore absentéisme définitif: car le développement matériel du pays n’est pas ce qu'il devrait être, le travail n’est pas employé ou largement rémunéré, le travailleur n’y fait point d’épargnes, ce qui constitue un absentéisme de richesse par manque de gain, lucrum cessans, et enfin la détérioration économique du pays par suite du manque de capitaux constitue un absentéisme par perte, damnum emergens.
Hors ces cas, l’absentéisme du capital ne produit pas un absentéisme définitif. Le capital placé fait retour à son pays d’origine quand ceux quien sont propriétaires le veulent : il n’est Conc atteint que d’un absentéisme temporaire, et même pendant la durée de cet absentéisme, son éloignement est compensé par l’afflux des revenus constitués par son loyer; le droit à ces revenus est regardé comme son équivalent ; il comporte par suite à tout instant la faculté de choïsir entre eux et lui; enfin on peut reconstituer le capital par ces revenus, et nul alors ne saurait prétendre qu’il y ait eu absentéisme de richesse définitif.
Causes directes de l’absentéisme par le placement.
Le crédit cause d'absentéisme.
Quelles sont les principales causes des placements lointains et dans quelle mesure agissent-elles pour faire d'eux à leur tour la cause d’un absentéisme définitit ?
La cause la plus évidente, celle qui domine et englobe toutes les autres, c’est le développement du crédit, qui remplace la richesse quel que soit son emploi par un titre de propriété, aisément transmissible et négociable. La forme de ce titre est très variable, mais celle qui semble la forme idéale est la forme du titre au porteur. C’est la richesse mobilisée, libre , aussi indépendante de toute entrave qu’on peutle désirer. Il y a cependant un inconvénient : c’est que le titre est une richesse fictive ; et si sa forme contribue à développer labsentéisme du capital, par l'indifférence des gens à l'égard du lieu où réside la richesse réelle, elle contribue aussi à faire de l’absence du capital une cause d’absentéisme définitif par l'insécurité des placements lointains.
L’habitude de regarder les valeurs mobilières comme un papier-monnaie est certainement une cause d’absentéisme, non seulement relatif, mais même définitif, car la diplomatie n’est certes pas encore aussi puissante que l'action de la Jus-
tice nationale pour faire rentrer les capitaux et les revenus livrés à des mains plus ou moins scrupuleuses.
Certains phénomèmes d’absentéisme se sont manifestés de tout temps, mais ils n’appartenaient point à l’ordre de ceux dont il est question à présent, dans l'antiquité, le capital n’existait guère sous la forme de titres ; son état le plus mobile était Pesclave, et par là il se confondait avec le travail.
C’est bien le crédit, la substitution dutitre à la valeur réelle poussée au point que des économistes tels que Mac Leod ont considéré ce titre comme de la richesse même, qui est la principale cause du placement absentéiste.
Mais il y a encore quelques causes secondaires qui provoquent l’absentéisme par le placement. La spéculation en est une certainement. On peut admettre, il est vrai, que les hauts intérêts payés devraient être, en principe, considérés comme comprenant les pertes possibles et que c’est l'affaire du capitaliste qui spécule de peser les avantages et les inconvénients des placements lointains à hauts intérêts. Tantôt en effet les revenus seront proporlionnés aux bénéfices qu'a procurés la consommation productive du capital prêté ; tantôt ils ne le seront pas, mais seront fixés à un taux moyen; cela dépendra du goût du capitaliste à courir les aventures. Les cas où il aura moins de revenus qu'il en aurait eus dans un emploi moins hasardeux de son épargne seront compensés, sinon pour luimême, duü moins pour son pays, par les cas où les revenus seront plus élevés. Ce n’est que si la faiblesse du revenu dépasse toute prévision, si les risques probables ont été dépassés par les événements, s’il y a eu perte du capital, s’il y a eu krach très important, qu'il y aura perte de richesse pour le pays placeur.
Il y a là une différence évidente entre le point de vue individuel et le point de vue national.
il faut remarquer en outre que la spéculation de certaines per-
otre
sonnes s’exerce souvent au détriment de certaines autres, et qu’il en résulte que ces dernières, entraînées par un engouement imprudent, accordent une confiance exagérée à la publicilé,etn’apprécient pas exactement les risques à courir, repré— sentés par l’improductivité ou la difficulté de l’entreprise et l'incertitude du payement des intérêts et de la restitution du capital. Certes, ainsi définie, la spéculation a été une cause puissante d’émigration de capitaux, émigration malheureusement définitive.
La facilité des communications est encore une cause de placements loirtains. Elle habitue à ne pas tenir compte des distances ; elle fait connaître aux hommes d'initiative les entreprises à créer. D’une part elle peut favoriser de bons placements, bien plus productifs que ceux des pays anciennement exploités ; d’autre part elle peut en faire faire de très mauvais, car beaucoup de gens, après avoir traversé un pays, s'imaginent bien à tort en connaître la valeur véritable et ÿ fondent des entreprises sans avenir ou insuffisamment préparées, destinées à absorber des capitaux en pure perte.
En ce cas, la facilité des communications est encore une cause d’absentéisme définitif. C’est elle en tous cas qui a provoqué la fondation des premières sociétés destinées à l'exploitation des pays lointains, lesquelles. furent même les premières sociétés de capitaux importantes : les compagnies de colonisation nées à la suite des progrès de la navigation.
Ces faits, joiuts au développement du crédit et la différence du taux de l'intérêt entre les vieux pays et les pays neufs, sont les causes principales de l’absentéisme par le placement.
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Conséquences générales et normales de l’absentéisme par le placement.
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Absentéisme relatif des capitaux. Cas et formes d'absentéisme absolu consécutif.
L’absentéisme se manifeste encore, en dehors des cas de perte du capital ou de non-payement des intérêts, par les conséquences souvent fâcheuses des placements. Grâce au développement du crédit, lequel constitue la cause principale des placements absentéistes, non seulement la richesse apparaît sous la forme fictive des titres, mais on la voit encore sous une forme doublement fictive : en effet, la monnaie qu’on obtient en échange des titres est elle-même un bon plus qu’une richesse, par l’usage qui en est fait.
Le titre représente le droit à la monnaie (capital ou intérêts du titre), quireprésente elle-même le droit de disposer de la richesse et des produits de la richesse, c’est-à-dire d’en prélever certaines quantités. Or, dans le cas de placement lointain, le prélèvement de richesse ou de travail ne se fait pas au lieu où le travail et la richesse originaires ont été fournis et payés, ou s’il se faiten ce lieu, la richesse et le travail seront transportés au loin.
Le placement est souvent peu favorable au pays placeur, où le travail et la richesse risquent d’être inemployés, faute de
demande ou de payement suffisant, tandis que dans les pays de placement il y a en circulation beaucoup de titres ou de monnaie donnant droit à utiliser le capital et le travail.
Ces derniers sont très demandés et bien payés. Les bons, titres, coupons, monnaie, remis aux fournisseurs de travail et de capitaux permettront ensuite aux pays de placement de disposer à leur profit dans les pays étrangers de richesse et de travail. On peut dire qu'il faut que le pays placeur soit très riche et qu’il ait peu d'emplois chez lui de travail et de capital pour qu’il ait intérêt à faire des placements ; seulement si l’étranger paye de hauts intérêts, ceux-ci sont à leur tour des bons permettant de prélever chez lui de la richesse et du travail.
De quel côté est l'avantage ? Il est certain d’abord qu'il peut être à la fois des deux côtés dans l’hypothèse où les placements des deux pays l’un chez l’autre sont semblables en quantité, en qualité, se font aux mêmes conditions, et où les deux pays ont un développement économique équivalent.
Mais les deux pays ayant un état économique différent, l’un peut faire des placements qui ont pour résultat chez l’autre l'emploi de richesse et de travail qui en manquent et chez lui l'utilisation de bons qui procurent par leur placement l’apport des richesses auxquelles ils donnaient droit en principe, mais qu’on ne pouvait obtenir en échange, à cause de la surabondance de bons et de l'insuffisance des richesses matérielles et du travail à prélever. Ces bons, c’est l’argent déprécié, dépréciation manifestée par la baisse du taux de Pintérêt.
La richesse et le travail inemployés dans l’autre pays, c'est la crise des pays neufs, où la richesse matérielle abonde, mais où la monnaie est rare. Il semblerait qu’en ce cas il n’y a perte ni d’un côté ni de l’autre. Mais il faut tenir compte de ce quece n’est pas l’afflux de monnaie qui vivifiera le pays neuf £ si cela suffisait, il n'aurait qu’à émeltre une monnaie fiduciaire don-
A) Re
nant droit à des quantités déterminées de la richesse et du travail qui abondent localement pour sortir tout seul de la crise. Ce qui fait qu'il lui faut de la monnaie étrangère, c'est qu’il n’a chez lui que des richesses qui n’en sont pas économiquement, c’est-à-dire des richesses naturelles, que ces richesses exigent un peu de travail pour devenir de véritables richesses, que le travail local sans capital, sans instrument est peu efficace, et qu'il faut une avance de fonds permettant au pays neuf de vivre quelque temps sur le travail des vieux pays pour pouvoir appliquer son travail à la création chez lui facile d’abondantes richesses.
Aussi les placements faits dans les pays neufs comportent toujours de la part de ce pays un prélèvement de la richesse des anciens : les bons donnant droit à la richesse et au travail ayant été exportés, appelleat au loin le capital et le travail. La richesse exportée est le levain de la production lointaine.
I y a donc, en dehors du cas de mauvais placement, assez souvent absentéisme pour le pays placeur : il suffit pour cela que ce pays aît mieux à faire que de placer ses capitaux au loin, soit qu’il eu ait l'emploi chez lui, soit qu'il n’ait pas intérêt à susciter la concurrence ruineuse qu'un autre pays peut lui faire.
Par la diminution directe des capitaux qui est sa conséquence propre, l’absentéisme par le placement ressemble à celui par l'échange et à celui de l’individu (1).
1. On a dit que le pays placeur ne retire que le revenu net des placements exotiques au lieu qu’il retirerait le revenu brut des placements locaux. Mais il suffit de faire remarquer que les capitaux empruntés par les pays neufs sont souvent employés à des achats dans les vieux pays pour réduire l'importance de cette opinion. Elle ne serait vraiment fondée qu’à l'égard d’un pays purement rentier et sans industrie ni commerce ; encore faudrait-il s'entendre sur le sens des mots produit net, revenu net, revenu
Aussi convient-il ici d’énumérer les principaux inconvénients de l’absentéisme des capitaux (1). Lorsque ensuite il sera question des autres formes de l’absentéisme qui le provoquent lui-même très souvent, il sera inutile de les mentionner à nouveau.
Et d’abord quel effet produit l’absentéisme du capital par le placement sur l’élément productif nature du pays de placement ? Il apparaît immédiatement qu’il faut distinguer deux cas, comme nous l’avons déjà remarqué : celui où dans le pays de placement il n’y a plus de nature inemployée, et celui où il en reste encore dans cet état, Ce sont là deux cas théoriques et la réalité n'offre point d'exemples de pays se trouvant absolument dans la situation du premier cas. Le pays qui actuellement se rapprocherait le plus d’une telle situation est certainement l'Angleterre ; la France n’en est pas très éloignée. Mais qui oserait dire qu’en France et même en Angleterre il n’y a plus d’emploi pour les capitaux dans l'exploitation des ressources naturelles? A quel point qu'on admette la théorie du rendement non proportionnel, dira-t-on que l’agriculture, dans ces deux pays, ne saurait employer utilement plus de capitaux qu’elle le fait? Il y a encore en Angleterre des terres négligées; les procédés agricoles pourraient encore certainement être améliorés. Toutefois, l’agriculture qui utilise les facultés du sol, et les industries extractives qui en retirent soit les matières faisant proprement partie de l'écorce terrestre,
brut, car revenu n’est pas produit. Le produit net à l'égard d’un sujet quelconque, c’est justement son revenu.
4. Il faut citer à côté de l’absentéisme international des capitaux, comme phénomènes d’absentéisme national des capitaux celui qui résulte du fonctionnement des Caisses d'épargne telles qu’elles sont organisées en France, c’est-à-dire avec centralisation. L'assurance obligatoire contre la vieillesse organisée par l'Etat pourrait avoir les mêmes inconvénients. Il y a des placements provincialement absentéistes,
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soit celles que la végétation des siècles écoulés y a fixées, sont en Angleterre largement pourvues de capitaux. Et l’on ne saurait dire que ceux qui ont émigré ne se sont pas reproduits plusieurs fois dans la métropole par les intérêts qu’ils y ont envoyés et par le développement local de lindustrie et du commerce dûs aux entreprises anglaises lointaines.
L’absentéisme des capitaux par le placement, dans un pays où les capitaux abondent par rapport à l’élément nature comme en Angleterre, n’est pas une cause, tant s’en faut, d’absentéisme définitif de la richesse. l'élément « nature » local, peut, par suite de l’accroissement de richesse dû aux placements lointains plus rémunérateurs que ceux qui auraient été faits dansles entreprises locales, recevoir ensuite des capitaux plus abondants que sil n’y avait pas eu de placements lointains ; il se peut, en sens contraire, qu'une moins âpre exploitation des ressources naturelles ne soit pas un mal. Il faut tenir compte de ce que l'espèce humaine a besoin, pour prospérer, d’air, de lumière, d’eau et d'espace. Dans un pays où l’exploitation du sol est arrivée à son dernier degré d'intensité, l’habitabilité diminue : les mines, les carrières, les usines ont tout envahi, les fleuves sont empoisonnés, l’atmosphère rendue irrespirable, les champs inondés de scories ou saturés d'engrais, et c’est un moindre surmenage qui serait certainement un progrès. En considérant cette question à un point de vue purement économique, il faut constater l’influence de la détérioration de l'élément travail placé dans de mauvaises conditions hygiéniques : cette situation est une cause de dépenses improductives, de perte de richesse.
Il w’en est pas de même dans les pays où la natureoffre encore de nombreuses occasions d'emploi des capitaux et où ceux: ci ne sont pas surabondants. La sécurité locale doit alors être mise en balance avec les risques à courir au loin, et d’ailleurs le taux de l'intérêt est alors suffisamment rémunérateur.
Si les ressources minières ne perdent pas à ne pas être exploitées, il n’en est pas de même du sol arable, Les eaux l’envahissent,son épaisseur diminue là où la charrue ne s’enfonce plus, et l'exploitation primitive qui persiste en épuise la force, se manifeste par le déboisement, par la corruption du régime des pluies et des cours d’eaux, et l’abâtardissement des races végétales et animales.
L’absentéisme du capital par le placement a-t-il sur l’élément travail aussi des conséquences dont certaines aboutissent à un véritable et définitif absentéisme de richesse ? Nous avons vu quels peuvent être les mauvais effets, au point de vue hygiène, du développement local extrême des entreprises minières et manufacturières. Ces effets qu’on ne saurait contester, sont-ils atténués par l’élévation des salaires et le bienêtre qui doit en résulter ? II ne faut d’abord pas tenir compte dans le taux du salaire de la part dûe à l’avilissement de la monnaie ; de plus, l’ouvrier fait avec un salaire élevé des dépenses qui sont bien loin d'augmenter son bien-être, telles que celles en boissons alcooliques ; il n’y a qu’à comparer la condition physiologique des paysans, [à où Palcoolisme ne sévit pas, comme cela a encore lieu dans certaines régions telles que le centre de la France, et aussi où les capitaux sont rares et absentéistes, avec celle de l’ouvrier des grands centres industriels à hauts salaires pour constater combien le premier l'emporte à cepoint de vue sur le second. La concentration des capitaux appelle l’agglomération des hommes, et pour que cette agglomération ne soit pas très préjudiciable à la santé morale et physique, il faudrait chez l'individu une éducation supérieure lui permettant de résister aux influences délétères, lui donnant une volonté en un mot, et d’autre part une orqganisation matérielle des voies publiques et des habitations qu’on ne rencontre quère que dans les quartiers riches. Or, précisément l’ouvrier se distingue du paysan par labsence de vo-
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lonté ; la violence de ses opinions en est la preuve, ainsi que leur mobilité : c’est le résultat de la disparition de la responsabilité, inévitable chez l’homme qui n’est plus qu’une unité dans une grande usine. L’agglomération de la population dans les quartiers ouvriers est aussi une conséquence des grandes entreprises, et cette agglomération favorise l'extension de toutes les maladies contagieuses.L’afflux des capitaux ne doit donc pas être déclaré favorable sans réserves au développement de l'élément travail.
Cependant à regarder les choses de haut, il semblerait qu'il n’en dût pas être ainsi. Théoriquement, de la réunion facile des éléments de la production doit naître une production abondante.
Et si l’on comprend encore que l’abondance de la production puisse coïncider avec un état fâcheux de l'élément rature qui est inconscient et de l’état duquel, sans doute à tort, les éléments conscients ne s'inquiètent guère, il paraît qu’il n’en sauraitêtre de même pour l’élément travail indissolublement attaché à l’élément consommateur, pour qui finalement tout travaille, pour qui finalement tout se fait. C’est un des côtés de la question sociale qui est ainsi soulevé ; c’est peut-être que la plus grande partie de ceux qui travaillent ne savent ni ne peuvent prendre de décisions en ces matières et qu'ils subissent purement et simplement une situation dans l’établissement de laquelle leur volonté n’a été pour rien; mais combien, en réalité, la production est encore au-dessous de ce qu’il faudrait qu’elle soit pour que l’élément travail recoive d’elle ce qui lui est nécessaire ; la grande production a sans doute, de par ses parüculières conditions, créé pour le travail une situation défavorable telle que l’augmentation générale de la richesse n’a pas pu en empêcher les fâcheux effets. Il paraît cependant que les progrès de l'hygiène, la facilité de communications autour des villes et dedans, et le développement
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même du machinisme qui réduit de plus en plus de l’ouvrier à n'être que le contrôleur des machines, l’âme en quelque sorte que la science ne peut pas leur donner, remédieront aux inconvénients pour l’ouvrier de la concentration des capitaux.
A côté de ces conséquences fâcheuses pour le travail de l’affux des capitaux, avec ses conséquences telles qu’elles peuvent arriver à provoquer une perte véritable de richesse par le mauvais état de la population, sa décroissance, et les dépenses de l’assistance publique, des hospices, des hôpitaux et des prisons, il faut placer les conséquences également fâcheuses de l'absentéisme des capitaux sur l’élément travail et signaler celles d’entre elles qui constituent un véritable absentéisme de richesse. Nous savons toutefois dès à présent que ce n’est pas par une concentralion de capitaux excessive et sans rapports avec la puissance des autres éléments de la production ni avec certaines conditions nécessaires au bon état de ces éléments que l’on peut remédier aux inconvénients de l’absentéisme des capitaux. Une des premières conséquences sur le travail de l'absence des capitaux, c’est d’abord l’absence même du travail. Le travail est latent, faute d’être stimulé, il ne se manifeste pas. On pourrait même dire, la fonction créant l'organe, qu’il n’est pas même existant là où il n’a pas l’occasion de fonctionner. L'école classique, et l’école mathématique dans les théories de M. Pareto, ont prétendu que les naissances étaient en rapport avec la demande de travail faite par les capitaux.
Il est certain qu’il ya du vrai dans cette idée, et qu’un emploi assuré tend à l'augmentation de la population. Mais il faut beaucoup de temps certainement pour que le rapport se réalise, et il intervient tellement de causes étrangères à la demande de travail, qu'il importe de ne pas en exagérer Pimportance. Les enfants sont une charge pour leurs parents et, surtout dans les centres industriels, jouissent d’une telle indépendance dès qu’ils gagnent quelque argent que leurs parents
n’en profitent quère. La natalité a des raisons bien autres et bien plus complexes. Les idées communément admises, l’état de santé des populations, l'usage des excitants, depuis l’alcool jusqu’à l’opium en passant par l’éther, ont sur elle une influence dominante. Enfin, l’aisance qui est bien la cause par laquelle la demande des capitaux devrait stimuler la production des hommes, puisqu'elle résulte des bons salaires, est précisément une cause de ralentissement de la natalité, tandis que la pauvreté, qui devait résulter de l’absence des capitaux, en produit plutôt l'augmentation. Les capitaux ne provoquent pas par leur présence l'élévation de la natalité : si la population s'accroît là où ils se concentrent, c’est par l’immigration.
Le déplacement des capitaux a des influences évidentes sur celui du travail. La présence des capitaux a surtout pour effet de manifester le travail latent, comme leur absence leffet contraire. Lorsque les capitaux sontabsentéistes comme en Irlande, que les entreprises locales sont rares, la population ne diminue pas par abaissement de la natalité, pas plus qu’elle n’augmenterait dans le cas contraire par son élévation, mais elle émigre, comme elle émigrerait dans ce cas contraire.
On pourrait opposer, puisque nous avons cité l’Irlande, des statistiques qui constatent qu'il s’y est produit un grand abaissement de la natalité: mais cet abaissement est immédiatement consécutif à l’émigration qui a privé la population des éléments jeunes, que les études démographiques ont montrés comme ceux qui en fait produisent le nombre le plus élevé de naissances. Mais ce n’est pas ici qu'il y a lieu d’étudier ces questions et particulièrement la situation démographique de PIrlande ; ce n’est point par le placement au loin que les capitaux manquent en Irlande, mais par l’absentéisme des propriétaires fonciers. D'ailleurs, l’état d’un pays exportateur de capitaux par le placement ne saurait être le même que celui de l'Irlande ; lorsqu'un pays place au loin ses capitaux, c’est gé-
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néralement parce qu’il en a déjà beaucoup. L’abondance locale des capitaux, abondance considérée relativement aux demandes de capitaux faites par les autres éléments de la production, provoque la baisse du taux de l'intérêt et par là le départ des capitaux vers les régions où ils trouvent une plus grande rémunération. Dans ce cas, les capitaux manquent parce que les bons emplois locaux étant déjà faits, ils vont au loin en chercher d’autres, tandis que dans le cas de l'Irlande les capitaux manquent parce que labsentéisme des premiers . Capitaux produits ne permet pas à la production de se développer assez pour permettre à l’épargne d’en constituer des quantités suffisantes.
Ainsi l’aisance de la population coïncide avec l'exportation des capitaux, avec la faible demande de travail etces deux causes tendent à restreindre la natalité. Cette population à natalité faible ne sera pas misérable, mais elle aura très peu le goût des entreprises, très peu d'initiative. Les qualités seront surtout l'épargne, la parcimonie, elle économisera plus qu’elle ne produira; elle cherchéra le bien-être dans les revenus des capitaux ; elle ne cherchera pas à fournir elle-même le travail nécessaire à la productivité des capitaux que son travail passé a produits : elle préfère vivre plus modestement, renoncer à la part de rémunération qui est attribuée au travail. Ces tendances finissent par avoir pour le développement du pays de fâcheuses conséquences ; l’activité s’en retire ; malgré abondance de richesse entretenue par lafflux des intérêts, l’industrie et le commerce périclitent; le travail est rare, coûteux; il est vrai qu’il est généralement habile, d’une habileté artistique et élégante surtout, car le sentiment de la sécurité dû à l’aisance, les traditions et l'éducation intellectuelle d’une population qui a un passé derrière elle, circonstances normales chez un pays exportateur de capitaux, contribuent à donner ces qualités au travail. Mais il faut regretter pour le pays qui est dans ce cas
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l’exportation excessive des capitaux; il n’est pas suffisant pour entretenir l’activité d’un peuple de vivre sur le travail passé ; il n’y a pas de contradiction entre la richesse etle travail; une grande partie des capitaux peut sans doute être utilisée localement, pour le mieux dutravail local, et quant à la partie exportée, elle peut être suivie d’une émigration temporaire de l’élément du travail. |
En pareil cas les conséquences mauvaises de l’absentéisme des capitaux par le placement disparaissent. L'élément travail ne perdra rien de sa vigueur, de son initiative, en un mot de sa prospérité, la production locale ne diminuera pas, et la richesse du pays ne sera pas menacée.
L’absentéisme des capitaux, a sur le travail des effets différents selon la situation des pays concurrents où les capitaux ont été exportés. Dans ces pays la production s’est développée ; elle produit beaucoup et à bon compte; l’industrie du pays placeur en souffre, et le travail local en subit les conséquences. Là-bas l'élément nature offre des ressources qu’on peut exploiter avec peu de travail et de cavitaux ; nous savons que maintenant les capitaux ne manquent pas, et que le travail, s’il manque peut-être d’habileté, se contente d’une faible rémunération dans un pays où la vie est à bon marché, et les besoins peu développés. Aussi les industr'es des pays anciens sont-elles plus ou moins atteintes, et moins elles peuvent donner aux ouvriers des salaires nombreux et élevés, plus cependant les besoins de ceux-ci deviennent exigeants par le fait du développement naturel des habitudes prises et aussi par l'exemple du luxe donné par la classe riche toujours nombreuse dans ces pays. C’est certainement la conséquence la plus fâcheuse pour le travail de
les pays neufs se développent, leurs conditions démographi-
‘exportation des capitaux par le placement, mais à mesure que
ques et productives ressemblent de plus en plus à celles des pays anciens, et ceux-ci peuvent, surtout si la crise qu'ils ont
subie a eu pour résultat de les obliger à chercher des remèdes, et a amené une orientation nouvelle des idées, des tendances nouvelles dans lPindustrie, redonner au travail local un emploi abondant et rémunéré, et par suite La vitalité qui lui faisait défaut.
Les placements au loin ont donc pour conséquence un véritable monopole des travailleurs de certains pays au détriment de ceux d’autres pays. La libre concurrence entre les capitaux que les frontières n’arrêtent pas, pas plus que les grandes distances, produit donc un monopole dans le travail, qui, lui, ne saurait avoir la même mobilité, étant lié à la personne humaine dans le cas du travailleur manuel. À mesure que les pays nouveaux, non-seulement sont connus, mais encore sont administrés par les Européens, ou tout au moins sous leur contrôle, offrent une certaine sécurité, passent de la production autonome et familiale à la grande production sous l’impulsion des Européens, tout en conservant en grande partie leurs conditions de vie à bon marché, de population à besoins restreints, la crise dont le travail souffre dans les anciens pays va s’aggravant, et c’est seulement à la suite de l’évolution fatale qui assimilera les conditions de la production dans les pays neufs à celles des vieux pays qu’elle pourra prendre fin. Un brusque développement des placements et de la production lointains, comme cela se produira sans doute en Extrême-Orient, provoquera une crise du travail en Europe et en Amérique et compliquera par là la question®de l’organisation du travail et des associations professionnelles.
L’absentéisme des capitaux par le placement a enfin une grande influence sur le troisième élément de la production, le capital lui-même. Les capitaux qui se constituent grâce aux intérêts provenant de placements lointains se constitueraïent-ils aussi bien ou mieux grâce aux intérêts provenant de placements locaux ? Tout le monde sait à quelles sommes fantasti-
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ques s’élève un capital placé à intérêts composés. il est évident que si le pays placeur plaçait à l'étranger les revenus qu'il en retire, la somme des capitaux lui appartenant et des revenus auxquels il aurait droit grandiraient démesurément. Mais la règle des intérêts composés n’est économiquement vraie que pour les cas isolés. Elle n’a pas de portée générale. Dès que les capitaux qui cherchent emploi ont satisfait aux demandes des autres éléments de la production, le taux de l'intérêt s’abaisse, et si les capitaux continuaient à s’accroître, nul doute qu’on n’en trouvât plus le placement. D’ailleurs, d’où proviendrait l’accroissement de ces capitaux ? Précisément d’une facilité de placement illimitée, facilité purement chimérique hors les cas exceptionnels auxquels nous avons fait allusion. Si ces cas ont néanmoins une existence bien réelle puisque nombres de fortunes se sont constituées et se constituent ainsi, ils ne sont possibles que parce que d’une part beaucoup de capitaux se perdent, d'autre part les besoinsde capitaux grandissent, et que le nombre des personnes qui cherchent à les réaliser n’est pas excessif par rapport aux circonstances ci-dessus mentionnées qui permettent cette réalisation.
Les pays peuvent dans une certaine mesure agir comme certains particuliers et placer les revenus de leurs placements. Mais cela dans la seule limite des besoins de capitaux. Ces besoins grandissent en raison de la possibilité d'employer beaucoup de capitaux avec très peu de travail grâce au progrès des sciences appliquées. En effet, l'élément travail peut en quantité restreinte s’unir productivement à une grande quantité de capital. Enfin la conquête du monde fournit en abondance l'élément nature. C’est dans des progrès de la science et de la civilisation que réside la possibilité de nombreux capitaux. Ils ne facilitent pas dans la même mesure le développement local de la production. Si l'influence des progrès de la science y est la même, l'élément nature local ne saurait augmenter beau-