‹ Les Conséquences Économiques de l'AbsentéismeChapitre 4 sur 33 · ROSE · texte numérisé non relu

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coup. H est vrai que là encore les progrès de la science jouent leur rôle ; telle culture nouvelle rendra productifs des terrains jusque-là stériles ; la force des vents, des cours d'eaux, voire de la marée pourra être utilisée ; les mines pourront attendre des profondeurs inconnues ;les minerais jusque-là considérés comme d’une teneur trop faible pourront par de nouveaux procédés être exploités avec bénéfices ; mais les pays’ neufs, offriront longtemps encore les ressources supérieures et incomparables, et les procédés scientifiques les plus récents y sont d’un emploi fréquent. Il semble donc que la règle des intérêts composés soit moins applicable dans les placements locaux que dans les placements lointains, les facultés d'emploi de nouveaux capitaux étant moindres dans les vieux pays que dans les pays neufs. Les placements au loin favorisent plus la production des capitaux que les placements locaux. Les capitaux ainsi produits restent la propriété du pays placeur, bien qu'ils soient évidemment absentéistes. Le pays placeur en touche les revenus et peut disposer d’eux ; il faut toutefois remarquer que s'il ne se produit pas dans ce pays de nouvelles demandes de capitaux, dûes à quelles causes que ce soit, progrès de la science, développement du travail, découverte de richesses naturelles, cette faculté de disposer des capitaux placés au loin est théorique : car, rappelés dans le pays placeur, ces capitaux ou n’y trouveraient pas d'emploi, ou n’y rencontreraient qu’une rémunération très faible, Ce qui véritablement marque le droit du pays placeur surles capitaux engagés au loin, est le prélèvement des revenus plus que la faculté de disposer de ces capitaux.

On peut encore se poser la question de l'influence du placement au loin sur la création des capitaux sous la forme suivante: les revenus des capitaux absentéistes s’emploieront-ils plus à la reproduction des capitaux que ceux des placements locaux ? Les placements au loin, —nous entendons toujours parler des

placements sûrs, — sont plus abondants et mieux rémunérés que les placements locaux dans les pays à capitaux nombreux, qui sont les pays placeurs. Il paraît donc que le rentier pourra plus facilement constituer les capitaux avec cès revenus qu’avec ceux de placements locaux. Enfin on pourrait dire que la facilité et les avantages des placements au loin encouragent l'épargne et par suite tendent à provoquer la constitution des capitaux ; que, par suite, peu importeraient les inconvénients et les dangers des placements lointains, puisque les capitaux qui émigrent ne fussent pas nés s’ils n’eussent pas dû émigrer.

Dans loutes ces considérations, nous n’avons tenu compte que de la tendance qu’ont les capitaux à aller là où ils sont le mieux rémunérés, suivant ainsi un raisonnement à peu près analogue à ceux de l’école classique, basé sur les notions de la libre concurrence, d’équivalence des taux égaux, et abstraction faite d'éléments qui ne sont cependant pas sans quelque importance. Il conviendrait de savoir en effet si les capitalistes ne préfèrent pas les placements sûrs aux placements à hauts intérêts : si ces hauts intérêts peuyent être considérés comme compensant pour l’ensemble du pays les pertes de capitaux, encore ne faudrait-il pas sans doute considérer les grands désastres financiers qui atteiynent profondément le pays tout entier, il n’en est pas du tout de même pour la grande majorité des capitalistes, qui sont de fortune modeste, ne font pas de placements très variés, et redoutent par dessus tout d’être ruinés. Aussi voit-on très recherchés des placements à très faibles intérêts, mais très sûrs. Or, ces placements très sûrs sont incontestablement en général les placements locaux ; ils rapportent si peu que ceux qui les font, à moins d’avoir des capitaux aussi abondants que des goûts modestes, consomment intégralement leurs revenus. Ainsi la tendance vers les placements sûrs ne diminuerait pas directement le rôle de l’absentéisme des capitaux dans la

se

création de nouveaux capitaux, mais elle diminuerait cet absentéisme [ui-même.

Les placements au loin augmentent la concurrence entre les capitaux à l'extérieur et la diminuent à l'intérieur du pays. Aussi tendraient-ils à élever le taux de l'intérêt au dedans et à Pabaisser au dehors ; comme ils sont précisément le résultat de son faible taux au dedans et de son taux élevé au dehors, il résulte qu'ils sont un régulateur du taux de l’intérêt et d’autre part qu'ils tendent à se détruire eux-mêmes, semblables en cela à la plupart des phénomènes économiques. Les placements au loin semblent aussi favoriser l’association des capitaux, par la facilité qu’ils donnent de les employer :ils paraissent encore faciliter la division des emplois, — nous ne disons pas division du travail pour éviter toute confusion, — entre les divers pays, en permettant à chacun de tirer le meilleur parti de ce que la nature lui a Conné et du travail qu’il peut fournir, mais non dans l’intérieur du pays, car ils n’y favorisent pas les grandes entreprises, qui, si elles réunissent beaucoup de capitaux, les emploient du moins de façon très différente en spécialisant leurs immeubles et leurs machines dans les différentes parties de la fabrication.

Souvent même elles se bornent à fabriquer un seul objet ou à participer à un acte de sa fabrication. Si tous les titres délivrés par les grandes sociétés se ressemblent, elles n’en ont pas moins un outillage très spécialisé ; et c’est l’outillage, quicomprend aussi les immeubles, qui est le capital, non les titres avec leur valeur fictive.

Le placement au loin a encore les conséquences les plus importantes sur les faits mêmes de la production. Indépendamment de la nature de ces faits, tous se manifestent d’abord par une association des éléments de la production. Le capital est généralement fourni par une partie de l’élément travail, la partie directrice et supérieure, celle qui a l'initiative ; c’est même

Dode 3

ET

un fait inévitable, car le capital ne saurait être abardonné sans aucune surveillance au travail, ct cette surveillance ‘est ellemême un travail. Cette partie supérieure de l’élément travail possède le capital nécessaire ou l'emprunte : ce dernier cas est général aujourd’hui et const:tue le placement. Quant aux rapports entre le travail supérieur et le travail proprement dit, ils se manilestent par l’esclavage, le servage ou le salariat. La production autonome, où le travailleur suffit à sa besogne et possède ou emprunte directement le capital nécessaire, est un fait de production bien distinct des précédents. Il est facile de voir combien les placements au loin peuvent modifier ces conditions de la production dans un pays.

L'élément « travail » supérieur, grâce à eux, tend à disparaître : en eflet, il émigrera, les directeurs d’entreprises, les ingénieurs s’en iront avec le capital ; les assemblées d’actionnaires ne rempliront plus de rôle utile : elles devront s’en rapporter à ce qu’on voudra bien leur dire, n'étant plus à même de voir par elles-mêmes la façon dont l’entreprise est conduite ; l'actionnaire qui peut, dans une entreprise non éloignée, être renseigné exactement, a alors une influence sur la marche de l'affaire ; si peu que <e soit, cela représente tout de même un travail ; le capital en ce cas a une certaine intelligence et une influence par où cette intelligence prend sa part dans la direction de l’entreprise. Au contra're, dans le placement au loin, le capital n’est vraiment plus que le capital ; il ne comporte aucune parcelle de travail : une fois engagé, il appartient au travail, c’est-à-dire surtout au travail d’esprit des meneurs de l’entreprise ; la seule façon dont ses propriétaires manifestent quelque activité consiste à se prendre de panique et à précipiter leur ruine en cherchant tous ensemble à céder leurs titres au plus vite.

L’absentéisme des capitaux dispense le rentier de tout travail, sépare absolument l'élément travail et l’élément capital,

et ce au plus grand dommaye des droits des capitalistes, que d’ailleurs il tend à rendre injustifiés et fait paraître exorbitants. De plus, les capitalistes se trouvent séparés du reste de la nation par le fait que leurs intérêts vont au loin; ils ne sont plus solidaires de leurs compatriotes. C’est une situation qui, poussée à l’extrême, ne laisserait pas que d’avoir de .conséquences regrettables.

Par là, le placement au loin montre quelle analogie il a avec l’absentéisme de l'individu.

L’absentéisme des capitaux a peu d'influence sur la production considérée comme monopolisée ou sous le régime de la libre concurrence.

Ce qui tend à créer des monopoles de fait, ce sont la facilité d'agrégation des capitaux et les progrès du machinisme, Toutefois, la facilité avec laquelle les capitaux s’expatrient ne peut que contribuer à favoriser les grandes entreprises dans les pays neufs : il y a là une concurrence faite aux industries des pays riches et placeurs, qui leur est certainement défavorable, cela ne se discute plus guère ; les prix des marchandises ainsi produites, toutes choses égales d’ailleurs, seront plus bas que, les prix des produits des petites entreprises. Le faible coût de production leur permet d’écraser les petites concurrences et même, ceci fait, de développer la consommation des produits. Seules les industries de luxe, celles dont les clients ne regardent pas aux prix ou même apprécient l'élévation du prix pourront lutter avec les industries exotiques largement pour vues de capitaux grâce aux placements lointains. Il est vrai que les pays placeurs étant riches, ils peuvent fournir à la fois de grands capitaux aux industries étrangères et aux industries locales, mais en tout cas, par les placements absentéistes, 1ls se créent une concurrence, et par ailleurs les pays neufs ont pour eux bien des circonstances favorables à ‘à coût de pie duction peu élevé. Cette constatation doit toutefois être atténuée

par celle de l'existence des groupes non concurrents signalés par Cairnes et Pareto,et aussi par celle de l’influence des tarifs douaniers.

J’association se manifeste dans la production de trois façons: entre les éléments «travail »,entre les éléments « capitaux», entre le « travail »et« le caprital». Cest l'influence du placement au loin sur cette dernière association qui nous intéresse ici. On peut elle-même la considérer de deux façons : par rapport à la nature des relations qu’elle établit entre le travail et le capital, et par rapport à la quantité de travail et de capital qu’elle réunit. Si les relations qu’elle établit entre le travail et le capital se sont réalisées sucessivement dans l’esclavage, le servage, le salariat, la quantité réunie de travail et de capital a singulièrement varié depuis la production familiale jusqu’à la grande production moderne. L’absentéismepar le placement tend-il à modifier les relations actuelles du travail et du capital? Le salariat tantcombattu est-il soutenu par lui ? On pourraitle croire, car l’évolution historique de l’un etde l’autre est simultanée, ce qui est dû évidemment à cetle cause commune : la mobilisation du capital, tout au moins d’une grande partie du capital. Cette mobilisation du capital en permettant la grande industrie a donné au salariat l'importance qu'il a aujourd’hui, et d’autre part elle a permis les placements au loin. Mais ces deux derniers phénomènes sont bien plutôt issus de la même cause que dans un rapport de cause à efletentre eux. D'ailleurs, avec la liberté de l'individu et les conditions modernes de la production, les rapports entre le travail et le capital ne peuvent se manifester que sous deux formes : salariat ou coopération (1). Dans la première la direction est toute au capital ; dans la seconde, les quantités de capital et de travail qu’on réunit appartiennent aux mêmes individus. L’absentéisme des capitaux ne tend cer-

F. V. à ce sujet le Précis et les publicationsde notre professeur M. Ch. Gide.

— Al amement pas à la favoriser, car il sépare les capitaux et le travail appartenant aux mêmes individus, Il favorise l’association du capital et du travail par grandes quantités de l’un et de l’autre, en permettant aux capitaux de voyager et de se grouper à leur fantaisie.

Quelle influence a-t-il sur la division du travail ? On pourrait dire « sur la division des emplois », puisque le capital, lui aussi se spécialise. Si l’on considère le travail uni au capital,il paraît certain que l’absentéisme des capitaux favorise la spécialisation dans la production à bon marché, avec aussi toutes les dangereuses conséquences des développements brusques de production, causes de crises et contraires au jeu de la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say. Mais, sans considérer l'abondance de la production, on peut dire que l’absentéisme des capitaux en favorisant les grandes entreprises favorise la division du travail. C’est dans les grandes entreprises que chaque ouvrier ne fait qu’une tâche extrêmement limitée, toujours la même, très vite et très aisément. La production peut gagner à cela une grande perfection et se faire à très bon marché ; le rôle de l’ouvrier toutefois serait réduit par cette division de travail à celui d’un automate si de plus en plus les machines n’accomplissaient toutes seules ce genre de travaux ; alors l’ouvrier devient leur mécanicien, et leur complication et la délicatesse de maniement des forces motrices exigent de lui une instruction qui compense la disparition de l’habileté professionnelle étendue qu’il devait posséder jadis.

L'agriculture est-elle atteinte par l’absentéisme des capitaux placés au loin? En tous cas elle l’est davantage par l’absentéisme du propriétaire foncier qui comporte toutes sortes de consé-

quences très graves. Maisles placements au loin privent néanmoins l'agriculture de capitaux de deux façons : par le fait des propriétaires qui, sans s'éloigner eux-mêmes, placent leurs capitaux au loin au lieu de les employer sur leurs terres, et

par la difficulté de l’organisation du crédit agricole faute de capitaux abondants et à bon marché.

Il importe donc de remarquer que les hauts intérêts payés par les placements au loin détournent de l’agriculture, non seulement les capitaux des propriétaires fonciers, mais aussi ceux des personnes qui pourraient en prêter à l’agriculture. La conséquence particulière des placements-au loin pour lagriculture est qu’elle facilite la grande exploitation au loin, au plus grand tort de l’agriculture locale : on a vu aux Etats-Unis des sociétés constituées avec des capitaux anglais entreprendre la grande culture extensive et augmenter par suite l’importa” tion du blé à bon marché dans les vieux pays d'Europe.

Le crédit agricole se manifeste sous deux formes : la forme coopérative (syndicats agricoles, banques Raiffeisen, caisses rurales), et la forme du crédit foncier. Le crédit agricole coopéra'if a essentiellement pour but de donner du-crédit aux petits agriculteurs en les rendant solidaires : il ne saurait être affecté par Pabsentéisme des capitaux des associés, les petits agriculteurs ne fournissant pas de capitaux à leur association, dont la garantie consiste dans les biens des adhérents.

L’absentéisme des capitaux n'agit à leur égard que par la hausse du taux de l'intérêt. Enfin, ces associations peuvent remédier dans une grande mesure à l’absentéisme des capitaux des grands et moyens propriétaires, en permettant au eultivateur de développer la culture avec ses propres ressources ou en empruntant à bon compte (1).

4. En Russie, àla suite de la crise qui suivit l'abolition du servage,ilse créa un grand nombre d'associations de crédit foncier mutuel. Ce fut sur le modèle des institutions analogues établies en Prusse par Frédéric Il en 1760, exemple suivi par la Pologne en 1828 et la Galicie en 1846. En Russie, ce mode de crédit qui aurait, semble-t-il, pu donner la vie à l’agriculture en lui fournissant d’abondants capitaux, n’a pas été heureux; l’absentéisme des

Au contraire, l’absentéisme des capitaux a une influence indéniable sur le crédit foncier, par où l’on place des capitaux dans lagriculture comme on les placerait dans toute autre industrie. [lestcertain que si, d’une part, l’industrie agricole fournit de grandes garanties par suite du caractère immobilier et local de la terre, d’une part elle ne peut fournir les revenus duo grand nombre d'entreprises exotiques : dans des pays anciens, le revenu agricole ne saurait brusquement augmenter comme il peut le faire dans les pays neufs, et de plus l’agriculture ne se prête, une fois développée, qu’avec peine à un développement plus grand et à de plus grands revenus.

Dans la mesure donc où les capitaux s’expatrient, attirés par les gros intérêts, ils se refusent à la possibilité de leur emploi local agricole. IL s’agit de savoir si une moindre tendance des capitaux à se fixer dans l’agriculture par le crédit foncier, conséquence en partie des facilités de placement au loin doit être considérée comme regrettable.

Le propriétaire agriculteur peut d’abord emprunter directe-

capitaux gaspillés à l'Etranger n’a pas trouvé là un meilleur remède que dans le crédit non mutuel. Les facilités d'emprunt furent très grandes, mais soit que les capitaux ne fussent pas employés productivement, soit qu’il le fussent maladroitement, la terre ne put payer l'intérêt de 4 0/0 ni le 2 0/0 d'amortissement exigés. La baisse du prix du blé, la guerre russo-turque de 1877-1878 provoquèrent une crise;les banques firent vendrede grandes quantités de terres nobles. Ainsi, non seulement le crédit foncier mutuel n’a pas remédié aux conséquences de l’absentéisme et de la mauvaise administration, mais il en a précipité la venue et a rendu la propriété noble incapable de résister à des circonstances défavorables. Il a même ensuite provoqué l’absentéisme : les nobles, sans capitaux ni crédit, sesont désintéressés des terres, et on adopté le système absentéiste dans toute sa rigueur : ils ont livré leurs terres à des intermédiaires qui les sous-louent aux paysans sans terre, et réalisent d'énormes bénéfices sur le propriétaire et sur le paysan.

V. pour la France loi du 31 mars 1899 ; il est d’ailleurs question de la

modifier.

AU

ment : dans ce cas, il peut le faire soit pour se procurer des fonds pour des besoins quelconques soit pour les employer dans l'exploitation agricole. S'il emprunte autrement que pour les besoins de la culture, son acte est assurément très mauvais pour elle ; ilaboutira généralement à la ruine du propriétaire, à sa négligence pour sa terre, à une exploitation du sol besoigneuse, finalement à sa vente : c’est toute une période critique pour un domaine ; en outre, la stabilité des propriétaires doit être considérée comme une des bases d’une bonne agriculture. Sil emprunte pour les besoins de la culture, l’opération ne saurait être considérée comme mauvaise en elle-même : mais l’emprunt fait directement par le propriétaire l'est en général à un taux onéreux ; si d’une part le prêteur a une forte garantie hypothécaire, il n’a d’autre part d'autre moyen de rentrer dans ses fonds que l’expropriation du débiteur, mesure compliquée, coûteuse, désagréable, et qui a de plus le grave inconvénient de ‘produire assez peu d'argent ; il n’y a pas un marché pour les terres comme pour les titres, il n’y a pas de cours et les ventes se font parfois à des prix dérisoires, sans doute parce que la terre exige l’homme pour prospérer, et que l’on n’achète pas au hasard la première terre venue sans savoir si l’on poura s’en occuper.

L’absentéisme des capitaux, s'il ne facilite pas l’emprunt direct du propriétaire, en raréfiant les capitaux et en élevant le taux de l'intérêt, ne paraît pas être nuisible par là. Les remèdes qu’on a voulu apporter à la difficulté des propriétaires à trouver des fonds à bon marché et aisément sont surtout des mesures législatives permettant de mobiliser la propriété foncière. Pour apprécier leur mérite, il faut certainement se demander dans quels pays elles doivent s’appliquer : iln’est pas de notre sujet d’Audier leur effet dans les pays de placement, en Australie (act Torrens) nien Tunisie.

Ces pays-là ne sauraient être des victimes de l’absentéisme

des capitaux, qui y sont rares et d’origine étrangère ; de plus, l’agriculture y peut faire de rapides progrès et supporter les conséquences des emprunts, d’ailleurs nécessaires à son essor. Mais dans les pays à capitaux abondants et à vieille agriculture, dans les pays placeurs, on peut se demander sien facilitant les emprunts agricoles, et en combattant les efforts de l’absentéisme des capitaux à cet égard, la mobilisation de la propriété foncière serait avantageuse. Le prêteur, ayant entre les mains un titre théoriquement aussi négociable qu'une action de société, pourra peut-être améliorer pour le débiteur les conditions du prêt, mais ce sera de peu, car le titre ne circulera facilement qu'autant qu'il y aura finalement des gens disposés à prendre la terre. Il ne faut pas confondre les avantages résultant de immatriculation des terres, donnant sécurité aux propriétaires et limites certaines aux domaines, comme cela a lieu en Tunisie, avec la faculté de donner le certificat d’immatriculation en gage ou de le négocier. Et si, notamment, les avantages auxquels il est fait allusion ci-dessus, n’existent pas, étant déjà procurés par l’organisation antérieure, et si le système n’a pour résultat que de permettre au propriétaire de donner sur sa propriété des droits à tous ceux qui lui prêtent, l’innovation n’est pas sans doute heureuse, et la France probablement ne gagrerait guère à emprunter à l’Allemagne.

Il y a une autre forme de crédit foncier, celle par l’intermédiaire de sociétés financières sûres, agissant par exemple sous le contrôle de l'Etat et avec monopole, comme le Crédit Foncier de France. En pareil cas, l'intérêt peut ne pas être excessif, ne pas atteindre 5 0/0 tout en comprenant l’amortissement.

Mais l’utilisation de ce mode de crédit profite surtout à quelques personnes qui, avec beaucoup de patience et d’entente des affaires, peuvent, grâce à lui, augmenter l'étendue de leurs propriétés, en payant l'intérêt avec le revenu des biens achetés

avec l’argent prêté.

et,

Le crédit foncier a sa raison d’être pour achat des terres ou pour la mise en culture des terres neuves; il est difficile d’en user avec bonheur pour développer la culture ou la relever. En Russie, le créditfoncier, mutuel cependant, a bien permis aux paysans d'acquérir les terres des nobles ruinés, mais il a contribué à la ruine de ceux-ci quiavaientgrâce à lui emprunté sur leurs terres.

Le crédit foncier, dangereux s’il veut remédier à l’absence des capitaux pour développer la culture ou relever une culture chancelante, peut jouer un rôle utile dans l’achat des terres. Mais alors il a surtout de l'importance au point de vue individuel, et seulement au point de vue économique l'infl.ence qui résulte du passage des terres d’une classe sociale à une autre. Le crédit foncier mutuel russe, organisé d’après le système Schultze-Delitzsch, en permettant aux paysans d’acheter les terres de l'Etat ou celles des nobles ruinés (1) a combattu l’absentéisme des propriétaires dans une certaine mesure.

Il ne sert quère à améliorer les revenus agricoles, ce qui seul a del’importance aux points de vue généralet national, car il faut beaucoup de capitaux pour faire de la culture intensive et les revenus supplémentaires obtenus ne constituent qu’un intérêt trop faible pour que le proprétaire puisse trouver un bénéfice dans la différence entre cet intérêt et celui payé au Crédit Foncier. Aussi est-ce avec des fonds non empruntés, mais fournis par eux-mêmes, placés dans leur exploitation au lieu de l’être en ütres, que les propriétaires doivent augmenter le capital engagé dans l’agriculture.

L’absentéisme des capitaux par le placement au loin est très nuisible pour l’agriculture si ces capitaux proviennent des propriélaires de biens ruraux ; il l’est bien moins quand ces

1. Vicomte Combes de l’Estrade. La Russie économique el sociale.

capitaux appartiennent à d’autres catégories de personnes : la terre exige non seulement l’homme, mais encore ses capitaux et non ceux d'autrui, parce que la rémunération est faible et essentiellement variable selon la direction donnée à l’exploitation, selon le deyréantérieur de revenu déjà tiré du sol, etque le capital doit être engagé pour très longtemps. Les conséquences de l’absentéisme des capitaux par le placement semblent donc très graves quand il se manifeste par l’expatriation de capitaux appartenant aux propriétaires, et moins nuisibles dans le cas contraire. Dans le premier cas, les inconvénients signalés aux emprunts agricoles n’existent pas.

Les conséquences des diverses formes de l’absentéisme sont bien différentes lorsque, au lieu de l'agricul{ure, on examine les diverses industries, y compris celles qui s’adressent directement au sol pour faire de la richesse avec ses éléments constitutifs. Dans les industries autres que l’agriculture, en effet, d’abord les emprunts n’ont pas les mêmes inconvénients, ensuite la grande production constitue un progrès certain. Dans l’agriculture, l’augmentation de revenu est extrêmement difficile à obtenir, et elle ne s’obtient pas par des procédés bien déterminés, qui une fois scientifiquement réglés fonctionnent automatiquement et sur une échelle aussi grande qu’on peut le désirer. L'agriculture dépend à la fois des phénomènes inorqaniques les plus mal conuus et les plus impossibles à prévoir, les phénomènes météorologiques, et des phénomènes biologiques végétaux et animaux qui obéissent aux lois les plus compliquées. Aussi exige-t-elle une attention, un soin continus, absorbe-t-elle une quantité de travail et de temps considérable et ne se prête-t-elle pas à la grande production automatique. La science y est d’un grand secours, mais Île savant doit en agriculture, surveiller constamment les applications de ses théories : le champ surveillé, où déjà, si petit qu'il soit, les conditions de production varient considérablement, ne saurait être

trop étendu. Enfin le cultivateur, qu’il applique sa routine ou des procédés rationnels, doit s’intéresser à sa terre, connaître en quelque sorte sa personnalité, et dix cultivateurs n’exploiteront pas aussi bien dix champs s'ils travaillent en commun que s’ils travaillent isolément. Combien autres sont les conditions de l’industrie proprement dite! La possibilité d'étendre la production en proportion des capitaux qui s’offre avec des bénéfices non pas proportionnés à l’étendue de l’entreprise, mais plus élevés dans une grande entreprise comparativement aux capitaux engagés que dans une petite ou une moyenne, permet d'emprunter avec profit. Les procédés applicables sur une grande échelle sont à l’inverse des procédés agricoles, les plus rémunérateurs; la division du travail, limitée dans l’agriculture, n’a ici que des avantages, et ceux qui résultent de la diminution de frais propres aux grandes entreprises battent leur plein. Aussi, l’absentéisme des capitaux placés en élevant le taux de l'intérêt et en raréfiant les capitaux pourra nuire à la grande industrie locale; il nuira toutefois davantage à la petite industrie qui est dans des conditions de bénéfice inférieures et ne peut offrir aux capitaux qu’une rémunération moins élevée. La production qui n’emploie que les capitaux du travailleur ou du chef d'entreprise, seule, échappe aux inconvénients des emprunts faits dans les pays où règne l’absentéisme des capitaux par Île placement.

L’absentéisme des capitaux par le placement a pour conséquence particulière l’abandon dans le pays des exploitations et industries peu rémunératrices :si le taux de lintérêt baissait par suite du manque de placements à l'étranger, il est certain qu'il se créerait des entreprises de ce genre, qui payantun très faible intérêt aux capitaux engagés, pourraient faire quelques bénéfices, au lieu qu’à présent personne n’entrevoit leur possibilité. Il y a donc toujours de lanature sans emploi: cela dépend du taux de l'intérêt.

Il faut néanmoins tenir compte de deux observations déjà faites : c’est que l’afflux des revenus venant de l'étranger permet la formation de capitaux nouveaux propres à être utilisés localement, et que le développement redoutable de la concurrence exotique ne peut être durable.

En ce qui concerne spécialement les industries extractives, l’absentéisme des capitaux ne saurait avoir que peu d’effets ; elles ne dépendent en réalité que de deux conditions : présence des matières à extraire, en tenant compte de la facilité d’exploitation et de leur teneur, et facilité des communications, en y comprenant la liberté des communications souvent entravée par des motifs politiques ou fiscaux. Les phosphates algériens ont arrêté l'exploitation de ceux de la Floride: simple effet de la découverte des premiers et de l’établissement des voies ferrées qui permettent leur exportation.

L'industrie manufacturière peut beaucoup plus aisément s’établir partout ; toutefois les frais de transport des matières premières et les conditions du travail dominent sa situation: l’absentéisme des capitaux pourra néanmoins lui faire le plus grand tort dans les pays où elle aurait pu prospérer, mais où les capitaux ont préféré chercher au loin des bénéfices plus grands. Il est alors regrettable qu’elle ne puisse faire les emprunts nécessaires à son développement, en subissant les conséquences de l’absentéisme des capitaux placés, car, si ce n’élait cette cause, elle pourrait emprunter dans de bonnes conditions : le titre industriel, qui n’exige de son propriétaire que la peine de détacher les coupons, ne l’engage à aucun travail personnel, est facilement négociable, et par suite recherché. L'industrie des transports qui exige de si grands capitaux et ne saurait se constituer que par vastes entreprises souffre particulièrement du manque de capitaux : mais l’intervention des gouvernements et les bénéfices que promettaient les réseaux à construire dans les pays à vie économique intense ont sufli pour lui donner un

grand développement dans ces pays, et au contraire une grande partie des capitaux absentéistes s’est employée à l'établissement de voies ferrées dans les pays moins avancés. Enfin elle bénéficie du développement du commerce extérieur qui résulte de l’absentéisme des capitaux par le placement.

Le commerce extérieur d’une manière générale tire profit de l’absentéisme des capitaux par le placement.

Il s’est extraordinairement développé à la suite de la découverte des pays neufs, de la facilité nouvelle des communications et de l'exportation des capitaux. Aujourd'hui d’une manière générale, le terme de commerce éveille une idée de transport.

Chaque pays en effet, est plus ou moins favorisé par la production detelle ou telle richesse, le produit àmeilleur compte et tend à évincer ses concurrents dans cette branche de la production. L’absentéisme des capitaux par le placement en envoyant les capitaux là où ils pouvaient être le plus utile à la production a tendu à accroître la division de la production et à augmenter la nécessité du commerce extérieur. D'ailleurs ce dernier fait aux établissements de commerce des pays de placement une situation plutôt défavorable, analogue à celle qu’il crée aux établissements manufacturiers, en élevant le taux de l'intérêt et en raréfiant les capitaux.

IT a des conséquences sur le succès relatif du grand et du petit commerce: les grands établissements ont, il est vrai, besoin de beaucoup de capitaux, mais ces capitaux cependant sont en quantité moindre que ceux nécessaires à un grand nombre de petits établissements faisant le même chiffre d’affaires. Cela résulte de la division plus grande du travail, de la diminution des frais et du moindre stock surtout de marchandises. Il en résulte que les grandes entreprises peuventfaire des bénéfices, tout en payant de plus gros intérêts aux capitalistes, et que l’absentéisme des placements les atteint moins que les

lo

petites, dans la mesure où celles-ci doivent recourir aux capitalistes (1).

La situation monétaire des pays est également affectée par l'absentéisme des capitaux, mais c’est dans un sens favorable : l'étranger leur fait de nombreux paiements de revenus, et ces paiements compensent avantageusement la cession de capitaux faite par le pays placeur. Il est vrai que les pays de placement auront tendance à payer ce qu'ils doivent en marchandises; mais dans la mesure où ils devront faire les paiements en monnaie, cela ne peut que contribuer à augmenter le stock métallique du pays placeur. De plus, ces paiements seront faits avec la meilleure monnaie possible. Donc, en tant qu’un stock métallique abondant peut être utile à un pays, les placements au loin sont favorables. Il faut, toutelois, tenir compte des inconvénients résultant de l’abaissement des prix dans les pays à monnaie surabondante et des avantages qui résultent pour cerlains pays de la rareté de la monnaie. Les prix étant bas chez eux, 1ls ont grand intérêt à exporter dans les pays où la monnaie est abondante et les prix élevés.

La balance du commerce ne donne qu’une idée inexacte des échanges entre les pays, justement parce qu’elle néglige de tenir compte des ellets des placements à l'étranger. Le pays qui fait des placements au loin peut importer beaucoup, car ses débiteurs chercheront à le payer en ‘marchandises ; ils y

1. Les droits protecteurs modifient la situation faite au commerce extérieur par l’absentéeisme des capitaux placés. En effet, ils tendent à la diminution des transactions entre pays différents. Les capitaux absentéistes, grâce à eux n’auront peut-être pas pour résultat de faire de la production élrangère une rivale de la production locale, mais ils ne cortribueront plus à développer un mouvement commercial d’importations et d’exportations consécutives où le pays placeur pourrait trouver son compte, toutes réserves faites, quant à la protection dûe aux industries naissantes et aux intérêts politiques etmilitaires.

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ont intérêt, car le bénéfice qu’ils réalisent en vendant leurs marchandises est autant de diminué sur le montant des intérêts qu'ils doivent payer.

Dans la mesure où les paiements se font en numéraire,et où l'exportation des capitaux a pour conséquence l’augmentation des paiements en numéraire, ils échappent à la balance du commerce, et c'est en tenant compte d'eux qu’on établit la balance des comptes; enfin ils tendent à modifier la balance du commerce, en développant les importations dans les pays placeurs; cette modification a pour effet de rendre encore plus grande l’erreur de ceux qui la confondraient avec la balance des comptes. L'inconvénient, pour le pays placeur, est dans l’engourdissement de sa force productive : habitué à vivre de ses rentes, ce pays pourra perdre son activité, et le jour où, par suite de bouleversements économiques ou politiques, il lui sera nécessaire de produire ce qui lui est nécessaire, peut-être même de produire beaucoup pour subvenir à des besoins accrus par les circonstances, il pourra se faire qu'il se trouve dans une situation inextricable.

L’absentéisme des capitaux par le placement influe favorablement sur le change.

Le pays placeur devient créancier de sommes considérables, ce qui lui permet de régler ses dettes aisément, le papier sur l'étranger étant abondant chez lui. Enfin le taux de l’escompte dans le pays placeur est peu élevé, les banques ne redoutant pas de grande rentrée de papier nécessitée par des paiements nombreux à faire en numéraire à l'étranger.

Les placements au loin permettent à un pays d'importer beaucoup sans qu'il se produise en retour chez lui la tendance habituelle à l'exportation.

La France et l’Angleterre sont dans ce cas. La balance du commerce ne pourrait même pas être en équilibre chez les pays de placement : s’ils exportaient à un moment donné autant

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qu'ils importent, il y aurait une tendance aussitôt à de nouvelles importations destinées à détruire l’équilibre de la balance du commerce. Les placements à l'étranger, s’ils constituent momentanément le pays placeur débiteur du pays de placement au cas où le montant des souscriptions n’est pas encore versé, a pour résultat final un résultat identique à celui des exportations sur le cours du change et le taux de l’escompte, mais différent sur le développement de la production.

Si les pays de placement bénéficient beaucoup des placements faits chez eux, toutefois il existe, à leur détriment, un absentéisme du capital par le placement. Une partie des intérêts qu'ils paient à l'étranger aurait pu être économisée par eux et constituer des capitaux. |

Mais cet absentéisme n’est ordinairement qu’apparent, car sans l'apport préalable des capitaux étrangers, la production ne se füt pas développée, tout au moins dans le cas où ils manquent de capitaux ; or, ce dernier cas est le cas le plus fréquent. Cet absentéisme au détriment du pays de placement ne saurait donc exister que lorsqu'il y a dans ce pays des capitaux inemployés, ou au moins souffrant de la concurrence des capitaux importés. En pareil cas, l'exportation des revenus est une exportation de capital, qui pourrait être évitée si les capitaux indigènes étaient organisés pour l’action (1). Cependant, il ne paraît pas que l'éducation économique due aux capitaux importés et aux personnes qu’ils ont amenées avec eux soit payée trop cher. Enfin le paiement des intérêts, différant en cela du paiement des importations, ne provoque pas autant une exportation par où le pays de placement puisse développer sa production.

1. Cette situation se présente dans les pays d’Extrème-Orient à consommation peu élevée, à capitaux disséminés el iautilisés, et à industrie créée par des capitaux étrangers très rétribués.

Dode 4

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Le développement de la consommation est affecté par toutes les circonstances qui agissent sur celui de la production. Mais il arrive que l’unse fait momentanément au détriment de l’autre.

Par le fait que les revenus se capitalisent, la consommation diminue d’abord; mais, par suite de l’augmentation des capitaux, les intérêts croissent aussi, et il se peut à lafois que les pays de placement fassent de plus en plus de placements et consomment de plus en plus: il est certain qu’en Angleterre et en France la consommation est considérable; il ne faudrait donc pas conclure, après avoir dit que les placements lointains sont favorables à l’accroissement des capitaux, qu’il y ait là une diminution corrélative de la consommation. La consommation ainsi accrue par ces placements sera, d’ailleurs, souvent alimentée par la production étrangère: les placements au loin appellent les placements au loin et font du tort à l’activité économique d’un peuple lorsqu'il néglige d’exporter des chefs d’entreprises avec les capitaux et d’étendre son action sur les pays de placement. Les placements auloin ne diminuent donc pas directement la consommation. IL ne peuvent le faire que par la diminution de la production locale, dans le cas où les ressources de la production étrangère viendraient à faire défaut pour une raison quelconque.

On peut encore se demander quel usage serait fait des fonds disponibles siles placements au loin n’existaient pas et que par suite les capitaux étant relativement plus abondants et moins demandés, le loyer de l’argent baissât encore ? Est-ce que beaucoup de personnes ne préféreraient pas alors dépenser leurs économies, surtout les petites sommes, qui, placées à un très faible taux, ne rapportent que des intérêts insignifiants ?

Peut-être verrait-on alors la thésaurisation reprendre une partie de son importance de jadis:la consommation soit présente, soit retardée, prendrait de l'importance au détriment

de la production, et naturellement au détriment d'elle-même dans un avenir plus ou moins rapproché, ce qui constituerait un véritable recul dans le mouvement économique.

Les conséquences économiques de l’absentéisme des capitaux par le placement sont en résumé très variées et l’on ne peut en ürer une opinion générale. Il est possible de dire cepeudant que, hors le cas de mauvais placements, le pays placeur n’y perd pas, bien que cet absentéisme ne soit pas sans inconvénients Les conséquences sont plutôt mauvaises pour le travail local, elles peuvent restreindre la production, et par suite elles pourraient diminuer la richesse si les intérêts que paye l'étranger ne venaient combler le déficit; elles auraient surtout des effets fâcheux sur la vitalité économique de la nation si la situation qui les rend possibles pouvait durer ou même si elle prenait un caractère plus tranché dans le sens du manque de capitaux dans les entreprises locales.

Le cas où, même siles placements lointains étaient excellents, la situation serait très mauvaise c’est celui où des ressources naturelles et du travail seraient demeurés sans emploi : alors il y aurait une véritable perte de richesse, d’autant plus regrettable qu’une exploitation habile et soigneuse de ces ressources permettrait peut-être de payer des intérêts suffisamment élevés et aurait pour conséquence ces deux résultats bien faits pour se maintenir l’un l’autre : l’élévation du taux local de l'intérêt et l'extension des placements et de l’industrie locaux.

Le placement au loin a nécessairement des conséquences semblables à celle de l’absentéisme de l’individu toutes les fois que cet absentéisme comporte ce placement au loin. Au cas où l’absentéisme de lindivida comporte une exportation de capital sous une autre forme que celle du placement, par exem-

* ple si l'individu va fonder une entreprise à l'étranger avec ses propres ressources, elles sont analogues. Enfin elles peuvent

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différer lorsque l’absentéisme de l'individu, bien que provoquant un départ de richesse, ne comporte pas d'avantages comparables au retour des intérêts et des profits.

Quand les conséquences du placement ressemblent à celles de l’absentéisme de l'individu, il reste toujours une différence considérable entre elles : c’est que les pays riches sont ceux qui sont affectés davantage par l’absentéisme des capitaux, et les pays pauvres par celui de lindividu. Aux maux causés par l’absentéisme de l'individu, il faut néanmoins souvent ajouter ceux qui peuvent résulter du placement absentéiste, comme il sera rappelé plus loin, à l’occasion des pays que l’absentéisme a le plus complètement ruinés et désolés : en effet, l’absentéisme d’une petite quantité du capital, la seule que produise le pays, suffit à en arrêter le développement, et à provoquer le départ des individus.

Absentéisme par l'échange,

L'échange peut être absentéïste.

Dans les échanges qui s’opèrent entre lieux différents, il peut certainement y avoir perte de richesse pour un des lieux considérés.

S'ilest évident qu'on ne peut apprécier la richesse que par les désirs qu’elle satisfait, il n’en est pas moins vrai que les habitants d’une région peuvent diriger mal leur production et les échanges subséquents, et que parfois, ils pourraient avec moins de travail et de richesse produire soit le produit acquis par l’échange, soit un produit cédé en échange contre une quantité plus grande du produit importé, ‘et par là, satisfaire mieux leurs besoins avec moins de consommation de travail et de richesse. [l y a donc là un absentéisme définitif.

Dira-t-on que la quantité de richesse perdue est perdue, non absentéiste? Quel rapport constant y a-t-il entre cette richesse et le pays affecté ?

Les capitaux placés au loin sont absentéistes parce qu'ils appartiennent à des nationaux ; la richesse perdue par labsentéisme du propriétaire rural est absentéiste parce que ce dernier, entant que propriétaire, a un lien avec le pays où est sa terre : la richesse perdue par l'échange est absentéiste parce qu’elle constitue une perte qui ne devrait pas se

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