‹ Les Conséquences Économiques de l'AbsentéismeChapitre 31 sur 33 · EU · texte numérisé non relu

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les classesrurales d’autre part. (1) Les facilités de communication atténuent d’ailleurs les inconvénients de cet absentéisme. Il est certain, comme cela a été dit plus haut, qu’il ne faut point vouloir fixer absolument tous les propriétaires à la terre. L’absentéisme ne réside point tant en un fait matériel d’absence, que dans ses conséquences fâcheuses. |

Les progrès de l’agriculture,grâce à une direction rationn elle et à l’apport des immenses capitaux que les propriétaires ont jusqu’à présent placés ailleurs, rendraient la vie aux campagnes. Le commerce et l’industrie s’y développeraient, y trouvant des débouchés immédiats, et les conditions de toute production y étant des moins onéreuses, prospéreraient ; des voies de communication s’établiraient, et celles qui aujourd’hui coûtent si cher à entretenir en l’absence d’un trafic suffisant,deviendraient des entreprises utiles et actives. La concentration excessive de la population dansles villes serait évitée ; cette concentration dont les inconvénients sociaux sont manifestes n’a pas que d’heureuses conséquences économiques, d’abord parce que les phénomènes économiques sontintimement liés à ceux qu’on appelle proprement sociaux, ensuite parce que, si les villes sont nécessaires au grand commerce, on ne voit pas en quoi elles le sont à la production proprement dite, ni pourquoi les ateliers et les usines vont s’entasser dans les centres où ils manquent d’espa-

4. En traitant à la Société d'Economie politique de Paris « du rôle social de la fortune, > M.Paul Leroy-Beaulieu,en constatant que beaucoup de commerçants et d'industriels enrichis se réfugiaient dans l'agriculture, a déclaré que la grande propriété mo lerne est l'école pratique, le champ d’expériences novatrices dont profite la petite propriété environnante, l'essai de cultures nouvelles, de semences bien sélectionnées,des instruments perfectionnés, des méthodes que la science suggère ; c’est au grand propriétaire opulent, c’est encore mieux au riche industriel ou commerçant, abritant ces vacances ou ces loisirs dans une campagne dont il guide l'exploitation qu'incombe ce soin essentiel. Approbation de M. Yves Guyot.

(L'Economiste français 10 juillet 1897).

ce, où des charges nombreuses grêvent la production, loin des forces naturelles dont l’utilisation pourrait leur fournir à très bon compte le mouvement des machines.

Souvent, c'est la législation qui entretient l’absentéisme ; parfois la loi, généralement hostile toutefois à cette situation des propriétaires, ne l’en a pas moins implicitement et nécessairement créée et consolidée en voulant instituer et conserver la très grande propriété et la splendeur de certaines familles. Il y aurait, en pareil cas, lieu de changer lerégime légal ; mais en Angleterre par exemple ce serait une révolution. Chez nous les quelques réformes qu’on pourrait apporter se réaliseraient sans grandes difficultés ; elles sont d’ailleurs de peu d’importance et ne concerneraient guère que le régime dotal et le régime hypothécaire. L’absentéisme n’est pas en France, comme en Irlande, en Hongrie, en Roumanie, l’aboutissant d’une évolation séculaire du régime foncier. Dans ces pays, à la propriété collective qui persista beaucoup plus tardivement que chez nous, a succédé la propriété du chef de tribu dévenu seigneur, et tandis que la situation de la classe rurale s’abaissait, celle de ces seigneurs sortis de ses rangs s’élevait démesurément. [l en résulta un antagonisme si violent, que ces derniers durent souvent s’appuyer sur l’étranger pour la conserver, et en fait, dans chacun des trois pays que nous avons cités, les grands propriétaires qui nesont pas des étrangers n’ont été maintenus que par les étrangers à quiils ont livré leur pays ; les Anglais, les Turcs, les Autrichiens et les Russes sont venus à leur secours.

Ces causes politiques de labsentéisme en aggravent les conséquences économiques en rendant l’absentéisme plus complet, et creusent un fossé profond entre les tenanciers et les propriétaires. De plus,. ces derniers ne se contentent pas de vivre à la ville, ils vivent à l’étranger. A l’absentéisme du propriétaire foncier, il faut ajouter celui du consommateur ; l’ab-

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sentéisme ne se produit pas entre lieux du même pays, ni entre provinces, c’est un absentéisme international ; la frontière et les barrières dovanières séparent définitivement la richesse emportée du pays où elle a été produite.

Cest pourquoi il est impossible de préconiser un remède unique à l’absentéisme des propriétaires fonciers : toutefois, c’est là où sa gravité est moindre, où les causes et les conséquences politiques n’existent pas qu'il est plus facile d’en indiquer un : la décision à prendre par les propriétaires de s’occuper de leurs terres, par où ils trouveront s’ils n’exercent par ailleurs aucune autre prosession, le droit de se dire agriculteurs, et le moyen d'échapper à la qualification de rentier, . de sans profession, où de propriétaire pur et simple’ qui leur devient, quoi qu’ils disent, de plus en plus désagréable,

Absentéisme de l'individu sans absentéisme de richesse concomitant.

Absentéisme du travail. — Absentéisme du travailleur manuel.

A côté des individus qui ont une besogne à remplir, mais qui peuvent s’y soustraire précisément par l’absentéisme, 1l en est d’autres qui ne peuvent échapper au travail quotidien ; toutefois ils peuvent aussi être absentéistes en allant travailler au loin.

Il en résulte des conséquences sur la production et sur la consommation.

Toutefois il ne s’agira pas ici de ces dépenses faites par l’ouvrier pour son entretien ou celui des personnes dont l’entretien est à sa charge et qui constituent un absentéisme de la consommation; en effet, que l’homme produise ou non, il lui faut toujours satisfaire à ses besoins et à ceux des siens. Il n’y a pas là, en principe, dépense productive, et le cas n’est pas différent de celui déjà vu de l’absentéisme du consommateur. Mais lorsque l’ouvrier fait défaut dans une entreprise, les conditions de la production qui persiste si le manque de maind'œuvre n’est pas total sont grandement modifiées.

L’absentéisme de la main-d'œuvre s’est produit en divers temps et en divers pays, et tout le monde se plaint aujourd’hui, en France, et aussi en d’autres pays, du manque de travailleurs dans les campagnes.

Avant d’aller plus loin, il importe de remarquer que les crises de la main-d'œuvre sont loin de provenir toujours de labsentéisme : celle qui a si fortement éprouvé les vieilles colonies à la suite de l’abolition de l'esclavage provenait du fait que les affranchis travaillaient le moins possible.

L’absentéisme ouvrier se manifeste surtout de deux façons: émigration avec esprit de retour, devant durer plusieurs années, et séjour hors du pays pour accomplir des besognes déterminées et relativement brèves, telles que la moisson.

La première forme comprend lémigration dans les pays tropicaux des travailleurs blancs, celles des Chinois, coulis et nègres engagés, et dans l’intérieur des pays, en grande partie celle qui porte les ruraux vers les villes. La seconde comprend des déplacements tels que ceux des terrassiers italiens employés aux voies ferrées et à tous les grands travaux en général, et celle des Belges venant faire la moisson en France : 1l y a beaucoup d’exemples de lune et de l’autre. IT ne nous appartient pas d'entrer dans le détail des conditions et conséquences sociales de ces déplacements de la main d'œuvre, mais seulement d’en rechercher les conséquences économiques.

Parmi les absentéismes du travail de la première forme, le plus durable est celui qui porte les travailleurs des champs vers les villes : il a lieu concurremment avec une émigration analogue très importante, car beaucoup vont à la ville sans esprit de retour : non seulement ils n’en reviennent guère, à moins de raisons extraordinaires, mais même ceux-là qui sont partis seulement pour un temps plus ou moims long ÿ restent en grand nombre. La dépopulation des campagnes qui en résulte a fait l’objet de beaucoup d'études.

Une conférence du député belge M. Emile Vandervelde (1), a, par son titre, caractérisé cet afflux des ouvriers ruraux

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