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produire, étant la conséquence d’actes humains supposés conduits dans le sens le plus profitable à ceux qui les commettent; elle constitue un courant qui emporte au loin des ressources locales. Il y a donc à la fois l’élément changement de lieu, celui de continuité, car les échanges internationaux constituent des courants plus ou moins durables, et l'élément moral qui fait dire qu'il y a absentéisme parce qu'il ne devrart pas y avoir destination telle d'une telle richesse. Le départ renouvelé de quantités de richesse qui devraient, dans l'intérêt du pays, demeurer, constitue l’absentéisme par l’échange En outre, il a des conséquences analogues à celles que produirait l’absentéisme du travail et du capital employés à produire ces quantités. Cet absentéisme est donc en dernière analyse celui d'éléments matériellement, mais non économiquement» présents dansle pays. Il mérite donc d’être mis à côté de celui du capital placé au loin et de celui du propriétaire foncier qui entraîne au loin avec lui ses possibilités de travail et de disposition de capitaux.
Ce n’est pas la richesse échangée sous ses formes diverses, quiest absentéiste : il y a là, tout au plus, un absentéisme relatif d'éléments déterminés de la richesse ; ces éléments étant sur le marché international, ne sont pas hors de la portée du pays et ne lui feront pas faute : il pourra les acquérir s’il était besoin. C’est l’absentéisme économique des éléments productifs qui est un absentéisme absolu, un absentéisme important, et d'autant plus sensible que, bien qu’il paraisse peut-être assez différent des autres formes, la situation matérielle deséléments productifs, comme on l’a déjà remarqué, fait ressortir leur absentéisme économique c’est-à-dire l’absentéisme de leurs produits.
On pourrait comparer l’absentéisme par l'échange, à celui des propriétaires ruraux par lequel le travail et le capital agricoles travaillent pour l'étranger, comme le travail et le
capital qui produisent les richesses perdues par l'échange.
Il est d’autres éléments productifs que le travail proprement dit et que le capital, ou richesse productive ordinaire. Ce sont les richesses productives immatérielles. Elles représentent du travail passé, tout comme les capitaux proprement dits. Elles sont susceptibles de développer considérablement certaines branches de la production dans les pays étrangers lorsqu’elles sont exportées. Elles sont exportées à la suite de l'échange, du don ou de la prise violente. On peut considérer comme telles les œuvres d’arts et les livres pour leurs éléments immatériels. Entre ces derniers et les précédentes, il importe de faire une distinction : c’est que si les livres sont susceptibles par leur enseignement de développer à un haut degré la produ:tion étrangère, ils ne peuvent nuire que par là, et dans la mesure où il y a dommage en pareil cas pour la production nationale, à cette production. Le nombre des exemplaires exportés ne diminue pas nécessairement ni ordinairement celui des exemplaires en circulation dans le pays. Au contraire, la reproduction des œuvres d’art est loin d’être aussi aisée et leur départ peut causer du préjudice à Vart national. Au cas d'échange, les hauts prix payés peuvent ne point compenser ce préjudice. Dans ces observations, nous ne tenons pas compte naturellement de la valeur des matériaux de ces richesses qui satisfont les plus hauts besoins de l’homme par leurs qualités immatérielles,.
Intensité possible et formes de 1 Absentéisme par l’échange.
Opinions des économistes.
Quelle que soit la théorie de la valeur qu’on admette, c’est la considération du coût de production qui donne la notion et la mesure de l’absentéisme par l'échange. Assurément, lutilité finale détermine Ja valeur, mais le coût de production détermine la rareté et par suite fait partie des éléments de l’utilité finale. On pourrait dire qu’un pays perd à l'échange s’il reçoit des produits d’une moindre utilité finale pour lui que ceux qu'il a livrés. Mais cette utilité finale dépend du besoin éprouvé; elle est par suite essentiellement difficile à apprécier. Considérons la valeur en usage : si le pays-échange des objets contre d'autres, ce n’est point sans raison; c’est que les objets acquis ont pour lui une valeur supérieure à ceux cédés. Peut-on dire qu’il se trompe ? Personne, dira-t-on, ne peut discuter l'intensité des besoins d’autrui.
On peut cependant apprécier économiquement l’utiité finale ; quand cette utilité finale est consécutive à des besoins tels que celui que les Chinois éprouvent de l’opium, il est permis de dire qu’elle est trop élevée, et si elle donne sa valeur excessive à un produit exotique, elle sera une cause directe d’absentéisme par l'échange. Au cas où le pays consommateur se mettrait à produire lui-même soit la marchandise haut cotée, soit un produit de substitution, si le climat s’y opposait, l’ab-
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sentéisme disparaîtrait, ce qui ne veut pas dire que le pays se trouverait néanmoins dans une excellente position pour les échanges. Au cas où il n’y aurait ni production locale ni substitution possibles, on verrait un exemple d’absentéisme par l’échange d’origine en quelque sorte pathologique, purement provoqué par un goût dépravé, sans causes économiques. L’absentéisme par l'échange peut donc résulter, non seulement d’une mauvaise organisation, comme on l’a vu, mais aussi d’une conception franchement inadmissible de Putilité.
Cette question du gain ou de la perte qui peuvent résulter de l’échange a été de celles qui ont contribué à faire naître l'Economie politique.
Aristote, (1) lorsqu'il oppose la chrématistique naturelle à la chrématistique dérivée, l’art de produire soi-même à celui d'acquérir par l’échange, semble déjà se poser la question.
C’est essentiellement chercher dans l’échange un moyen de gagner, et non pas seulement de se débarrasser profitablement de ce qu’on a en trop, qui constitue pour lui cette deuxième chrématistique. Toutefois, Aristote ne dit pas si l’échange peut être une occasion de pertes. « Patrem familias vendacem, non emacem esse opportet » dit Caton l’Ancien, qui paraît considérer l’échange comme défavorable.
Il ne faudrait pas reprocher aux mercantilistes, comme on l'a fait souvent, d’affirmer tous que dans l’échange l’une des parties doit perdre si l’autre gagne. Ce qui constitue le mercantilisme sous sa forme ordinaire, c’est qu'il veut vendre et non acheter , parce qu’il voit dans la vente une entrée de numéraire, dans l’achat une sortie de numéraire. Pour lui, être riche c’est avoir beaucoup de monnaie.
C’est pourquoi, il préconise l’échange sous la forme anglaise de la balance des contrats : les marchands qui viennent ven-