République. Liv. VI. ch. IL
qu’elle aît pu être pour des raisons non économiques, n’en reste par moins leur grande erreur; aujourd’hui en considérant l'échange on fait d’abord abstraction de la monnaie ; les conséquences qui peuvent résulter de sa nature et de sa quantité ne sont que secondaires. Lorsqu'ils établissent la théorie de la balance du commerce, ils approchent de la vérité, mais ils donnent encore trop d'importance à cette considération de la perte et du gain inverse par l'échange; leur erreur est de considérer les deux pays coéchangistes, et de chercher ce qui résulte de l’échange pour l’un afin de découvrir ce qui en résulte pour l’autre : elle a discrédité leurs théories. Mais ils étaient près de la vérité. La théorie de la balance du commerce, encore élargie par Thomas Munk, qui place un pays en face de tous les autres, méritait mieux que les railleries d'Adam Smith.
Le colbertisme qui était en germe dans le mercantilisme avait encore le tort d’être imprégné de bullionisme comme les théories précédentes, mais il avait beaucoup de vrai; son point de départ n’était-il pas en réalité que la production manufacturière donne au travail et au capital plus de profit que l’agricole et que celle des matières premières, que par suite elle favorise le développement national, qu’enfin le coût de production de la marchandise donnée en échange étant ainsi moindre que celui de la marchandise reçue en échange ne le serait pour le pays, le pays avait intérêt à livrer et à recevoir des marchandises déterminées ? Son tort était certes de vouloir accumuler du numéraire et de se refuser aux importations nécessaires pour l'utiliser. Si la richesse acquise eût dû être consommée, le système était équilibré. Réserves faites sur les opinions d’alors relatives aux conditions comparées de la production industrielle et de la production agricole et sur la trop grande sévérité à l’égard des importations, on peut déclarer que les colbertistes avaient aperçu l’absentéisme par l'échange;