M. Cauvwès à son cours (1898, Faculté de Droit de Paris
tbe ries si célèbres que les économistes du xix° siècle ont formulées à l’occasion de l'échange. Néanmoins il est intéressant de chercher dans leurs ouvrages les idées et les expressions les plus proches de la notion d’absentéisme par l'échange telle que nous essayons de la dégager.
Les économistes anglais de l’école dite classique, quelles que soient d’ailleurs leurs divergences, continueront à louer les bienfaits de l’échange. A. Smith, suivi en France par J.-B. Say, regarde les bénéfices de l'échange d’après le profit des commerçants et l'utilisation des facultés productives des autres peuples et des autres pays, bref par l'utilité pour un pays déterminé : par là il serait aisé d’arriver à l’absentéisme par échange.
Ricardo considère le coût de production ; en quoi il était près de concevoir aussi, non seulement les avantages, mais aussi les inconvénients de l’échange ; seulement il ne tient guère compte dans le coût de production que du travail, et l'échange lui paraît s’effectuer entre des sommes de travail égales. Ensuite il regarde l’échange au point de vue universel et néglige ses conséquences pour un peuple déterminé.
Cela devait l’empêcher de signaler l’absentéisme par l'échange. La valeur d'échange internationale ne peut se prêter à la découverte n1 à l’analyse de cet absentéisme ; la valeur pour un pays est nationale, d’abord parce que la consommation nationale est le but final de toute sa production, échanges compris, et qu’elle se mesure par la valeur en usage, ensuite parce que la valeur d'échange varie trop et n’est trop souvent qu’un mythe pour permettreau pays d'obtenir des échanges équitables et à elle-même conformes. Enfin elle n’est pas la mesure, etce, par définition, du qain ou de la perte, en un mot de l’absentéisme possible dont #n pays peut être victime dans les échanges.
J.-B. Say soutient que le commerce extérieur est moins avantageux que l’intérieur. Il admet donc que l'échange n’est pas
forcément équitable à tous les points de vue, et particulièrement l'échange international. Seulement, saisi comme les autres économistes de son temps par l’idée dominante que l'échange est une source de richesse, il n’a pas grande tendance à s’apercevoir qu'il peut être,en certains cas, une occasion de perte.Et l’on peut se demander, lorsqu'il s’en aperçoit, si le souvenir de cette erreur mercantiliste qui consiste à enrichir l’un des coéchangistes au détriment de l’autre ne le retient pas d’aller plus loin. Cependant, sans que l’un s’enrichisse, l’autre peut perdre.
Il est un point où Ricardo d’une part, de l’autre J.-B. Say diffèrent assez nettement. Pour J.-B. Say, l’idée que le commerce extérieur est moins favorable à un pays que le commerce intérieur est fondée sur cette considération, que dans le commerce international, il n’y a qu’un capital national reconstitué dans le pays exportateur; l’autre capital est reconstitué dans Pautre pays. Ricardo prétend que la reconstitution des deux capitaux a toujours lieu pour le pays ; seulement l’un des deux capitaux se reconstitue sous une forme nouvelle par suite de l’échange ; l'échange étant toujours équitable, il n’y a point de perte. Ricardo a raison, du moins en général, lorsqu'il dit que les deux capitaux sont reconstitués : il s’agit toutefois de savoir si la reconstitution du capital étranger donnera une somme égale à celle qu’aureit donnée la reconstitution du capital indigène. Il faudrait donc que Ricardo dise : la reconstitution des deux capitaux peut avoir lieu pour le pays sans qu'il y ait perte, et non doit avoir lieu. J.-B. Say aurait raison s’il disait que la reconstitution peut être incomplète, ou peut être absente au lieu de dire qu’elle esf absente. Somme toute, nous voyons quatre valeurs en jeu: la marchandise exportée à l'égard du pays vendeur, le prix reçu à l'égard de ce pays, le prix payé à l'égard du pays acheteur, la marchandise importée à l'égard de ce pays. Pour le premier pays, les deux premières valeurs
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doivent être équivalentes; pour le second, ce sont les deux dernières. Enfin, en tant que valeurs d'échange, la première et la dernière doivent être égales, et le prix, qui est deux subjectivement, est un objectivement. Dans l’échange, chaque pays échangiste est intéressé par deux valeurs, l’une est un capital, l’autre une marchandise. La seconde reconstitue le premier. Il n’y a donc dans l’échange international qu’un capital reconstitué pour le pays. S’ensuit-il qu'il y perd? Non, car dans l'opération il ne s’est mis que de moitié, au lieu de la faire à lui tout seul. Peut-il y perdre ? Oui, si le capital reconstitué est inférieur à ce qu'il eût pu être, surtout s’il est inférieur au capital engagé, cas où il y a diminution de son capital circulant.
En résumé, l’échange international offre pour un pays des occasions de perte que ne présente pas l'échange national qui ne peut léser que les individus.
J.-B. Say a formulé cette proposition. C’est une affirmation de l’absentéisme par l'échange. Cet absentéisme peut être très grave si la dépense faite à l’étranger ne comporte pas l'apport vers le pays de la chose achetée. Si un commerçant emporte une marchandise de son pays où il l’a achetée, il a reconstitué en achetant le premier capital. S'il la vend à l'étranger, ül reconstitue le deuxième, perdu pour son pays, mais s’il achète une nouvelle marchandise troisième reconstitution ; et qu'il l’importe dans son pays où il la vendra, il reconstituera dans ce pays un quatrième capital qui remplacera le troisième qui lui a manqué. Seulement si un voyageur emporte un capital et le dépense en consommation à l’étranger, il est reconstitué pour l’étranger, non pour le pays. Une première reconstitution de capital national a eu lieu dans le pays quand le voyageur a vendu quoi que se soit pour se procurer des fonds, la deuxième fait défaut, Ce qui ne veut pas dire que le pays perde tout le montant de cette reconstitution : il ne perd pas ce qui eût été détruit chez lui par la consommation.
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Si donc l'échange international est une source de richesse à cause de la variété des productions des régions de la planète, il est uneoccasion de pertes pour les pays de plusieurs façons.
Mac Culloch n’a vu dans l'échange qu’une augmentation de richesse résultant de ce que les choses aisées à produire en un pays y sont une moindre richesse que dans un pays où elles sont rares et que par suite, en échangeant ce qu'ils produisent facilement, ou ce dont ils ont de trop, les pays augmentent leur richesse propre et la richesse générale ; sa théorie est bien trop absolue : un pays peut perdre à l’échange, soit absolument, soit relativement en ce sens qu'il pourrait gagner plus.
Les opinions de Bastiat et de Stuart Mill sur le libre-échange touchent encore de très près la question de l’absentéisme par l'échange. Bastiat procède de Ricardo dans sa façon extrinsèque de considérer l’échange, mais il ne le mesure pas de la même manière : ce sont des services qu'échangent les pays ; pour connaître le gain ou la perte, il suffit de savoir si l’étranger nous rend un service en nous livrant des marchandises qui eussent eu chez nous un coût de production plus grand qu'ont celles que nous lui remettons.
La doctrine de Stuart Mill est un peu plus compliquée : il distingue entre les produits qui peuvent être multipliés sans limites et ceux qui ne peuvent l'être qu’en quantité limitée. Si le travail et le capital sont abondants, les premiers ont leur valeur déterminée par le coût de production, le profit ne pouvant être excessif à cause de la concurrence. Pour les seconds, la valeur dépend de l'offre et de la demande. Enfin, il ÿ a des catégories intermédiaires entre les objets du premier genre et ceux du second. Comme le travail et le capital ne se déplacent pas aisément, — surtout le travail, faut-il dire, — il résulte que la valeur d'échange internationale ne saurait coïncider avec le coût de production.
Au contraire, dans l’intérieur d'un pays, les éléments de la
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production pouvant se déplacer plus facilement en raison des moindres distances, la valeur sera déterminée en général par le coût de production. La théorie de Stuart Mill a l'avantage de bien montrer l'importance de l'élément l‘eu, l'élément géographique de l’absentéisme. Elle distingue ensuite nettement la valeur nationale et la valeur internationale. Stuart Mill (1) prend commeexemple 10 mètres de drap fin anglais quis’échangent en Angleterre contre 15 mètres de toile anglaise. En Allemagne 10 mètres de drap de même qualité s’échangent contre 20 mètres de toile allemande.
Le coût de production de ces marchandises présente donc une différence suffisante pour que l’Angleterre fasse venir des toiles allemandes, et les échange contre des draps anglais. Si l'opération commence par un échange de toiles entre l’Angleterre et l’Allemagne et que l'échange se fasse de façon que 10 mètres de toile anglaise s’échangent contre 20 mètres de toile allemande, le profit du commerce international est pour lAngleterre. Si ce sont les producteurs de toile allemande qui font venir du drap d'Angleterre dans les mêmes conditions d’échange, c’est l’Allemagne qui recueillera le bénéfice du commerce international.
Dans d’autres conditions, il peut y avoir équation dans Véchange. Si par exemple 10 mètres de drap anglais s’échangent contre 17 mêtres de toile allemande, il y aura équation si 1000 demandes de 10 mètres de drap anglais sont égales à 1000 demandes de 17 mètres de toile allemande par les Anglais. S'il n’y a que 800 demandes de toile allemande contre 1000 de de drap anglais, les Allemands devront faire quelques coicessions pour ramener l'équilibre, en donnant par exemple 18 mètres de toile pour 10 mètres de drap. L'équilibre rompu pourra aussi se rétablir autrement ; lorsque 10 mètres de drap anglais