CHAPITRE IX
t. — Frolto de prlniear.
Avant de nous occuper des arrivages qui composent l'approvisionnement annuel en fruits de toute espèce, nous devons parler des primeurs. L'art de les obtenir, alors que la nature est partout endormie, et que la terre est attristée encore par la présence des frimas, a fait, depuis trente ans, des progrès vraiment merveilleux. Sur des couches abritées par des serrea chauffées au feu ou à Teau bouillante, les fraises, les raisins, les pèches, les cerises, les framboises et les figues naissent, se développent, se colorent et peuvent être cueillis, bien avant l'époque fixée par Tordre des saisons, pour leur maturité. Ce genre de culture savante a reçu un remarquable élan de l'emploi d'un nouveau mode de production de la chaleur artificielle t le thermostphon entretient une température régulière dans toute la zone chauffée, et par son action plus égale, assez semblable à celle de la nature, il mûrit insensiblement le fruit, et contribue à lui dojiner plus de goût. C'est par ces moyens perfectionnés, que l'on cultive aux environs de Paris, avec un incontestable succès, un fruit délicieux des régions tropicales, l'ananas, dont Bernardin de Saint-Pierre a dit : a L'ananas est le plus beau des fruits par les mailles de sa cuirasse, par son panache peint en pourpre et par son odeur de violette. Les fraises unies au citron donnent une
LES FRUÎTS.' 363
idée de sa cbair^ dont le sac a besoin d'être adouci par le sucre^ pour être moins indigeste ; son écorce a un goût poivré qui peut-être en est le correctif. »
n y a en quelque sorte deux saisons dans la culture forcée. Dans la première, on obtient ce qu'on appelle les bautes primeurs ; dans la seconde, qui se prolonge j\isqu*à Tépoque des arrivages du Midi et des premières récoltes de pleine terre, se produisent les fruits désignés simplement comme primeurs.
Les fraises de primem* arrivent à maturité du 15 février au 20 juin. On vend alors ces produits rares, dans de petits pots à fleur en grès, dont le nombre est annuellement d'environ 150,000. Les fraises anglaises viennent les premières; ebaque petit pot contient 5 à 6 de ces fruits. La fraise plus petite des quatre saisons ou des Alpes mûrit ensuite ; le petit pot dans lequel on la livre peut en contenir de 22 à 25. La saison des primeurs se clôt par les fraises moyennes de diverses Tariétés ; on compte dans ebaque pot à ce moment de 7 à 8 fruits. En général, un pot de fraises de primeur rapporte au producteur 1 fr. en moyenne; mais le prix des premières fraises atteint souvent 1 fr. la pièce. Un tiers des quantités indiquées plus baut peut être considéré comme bautes primeurs.
La première récolte du raisin se fait vers le 25 mars; de ce moment jusqu'à la fin de juin, les jardiniers primeuristes . pix)duisent 500 kil. de raisin, principalement de cbasseljas, qu'ils ne vendent pas moins de 24 fr. le kil. On a vu, à la . fin de mars, alors qu'une neige tardive couvrait la terre, de beaux plants de cbasselas étaler, sous les serres, leurs grappes jaunes aux grains transparents. De la fin de juin au 15 août, époque ordinaire des arrivages du Midi, les mêmes borticulteurs récoltent 750 kil. de raism, du prix de 16 fr. l'un.
Les pêcbes, les cerises, les framboises et les figues s'ob-
tiennent aussi par la culture forcée, mais en faibles quantités.
La culture de Fananas est Fobjet de beaucoup de soins aux environs de Paris; les serres des primeuristes des communes limitrophes, celles de Montreuil, Meudon et Versailles, donnent les ananas les plus savoureux ; elles en livrent au commerce environ 3,000 dont le prix moyen est de 10 fr. Dans l'hiver, lorsque ce fruit de luxe est rare, le prix s'en élève à des taux excessifs.
On comprend qu'il soit difficile d'évaluer en poids tous les fruits de primeur qui entrent dans la consommation, par quantités pour ainsi dire insaisissables. Toutefois, si l'on porte pour les fraises, les cerises, les pèches, les figues et les framboises un chi£fre un peu hasardé, on peut avoir quelque idée de ce que la ciUture des fruits de primeur de Paris ou des environs, fournit à la consommation de la capitale :
1*^ 150,000 pots de fraises; cerises, pêches, figues
et framboises 1 ,300 kil.
2» Raisin 4,250
3<» 3,000 ananas des serres des environs de Paris (1), du poids moyen de 620 gr. 1^S60
Total 4,6iOkil.
§ t. - Fraite de mIbom.
•Paris est, pour les fruits de saison de toute espèce, un centre d'approvisionnement et de consommation, dont l'attraction se fait sentir jusqu'aux extrémités du territoire, depuis surtout que la locomotion à vapeur, en se multipliant dans toutes les directions, a créé des moyens de transport puissants et rapides.
En effet, les environs de Paris ne sont plus comme autre-
(1) Les ananas de la Havane et du Brésil et les ananas conservés en boîte, seront comptés plus loin.
fois en possession de fournir aux Parisiens à peu près exclusiyement) tous les fruits nécessaires à leur subsistance ; les nouvelles voies de communication ont changé complètement les conditions de notre approvisionnement. Aujourd'hui le Midi, qui ne nous envoyait ses fruits, que lorsque ceux des départements voisins ne venaient pas encore sut les marchés parisiens, nous les expédie en abondance, et d'autres contrées moins favorisées sous le rapport du climat, trouvent avantage à faire à leur tour des expéditions de fruits vers la capitale. Il n'est point douteux que ces facilités, en donnant au rayon de l'approvisionnement une étendue presque illimitée, n'aient contribuée augmenter la consommation d'une manière sensible.
Ce que nous avons à dire des quantités qui composent les arrivages, et qui atteignent à ce moment des proportions dont peu de personnes se font une idée, doit être précédé de quelques notions sur les provenances. Pour que ces renseignements eussent toute la précision désirable, nous avons eu soin de les résumer, sous une forme synoptique, dans un tableau où les fruits ont été classés, selon l'ordre observé plus loin au tableau des quantités.
On remarquera qu'à l'exception des lieux connus par leurs cultures spéciales, nous avons désigné les pays de provenances, soit par le nom des régions auxquelles ils appartiennent, soit par celui des villes où se centralisent les apports et d'où se font les envois. Est-il nécessaire de faire observer, par exemple, que les territoires de Bordeaux, Angers, Montauban, etc., ne sauraient produire tous les fruits attribués à ces villes, et que les provenances indiquées sous leur nom, viennent en réalité d'autres pays compris dans leur rayon d'approvisionnement ? ^
TABLEAU INDIQUAKr LES PROVENANCES DES FRUITS DE SAISON DE TOUTE ESPÈCE QUI APPROVISIONNENT PARIS (1855).
ESPACES
PROVENANCES
POHHU. <
PoimM. .
PSITITBS..
PftCBIS..
Abucots Raisin...