Aliénés
Il en est des aliénés, comme des enfants trouvés ; beaucoup d'entre eux n'appartiennent pas réellement à la ville de Paris, ni même au département de la Seine.
Dans la période décennale de 1844 à 1853, le nombre moyen des aliénés entretenus par le département de la Seine, tant à la Salpêtrière et à Bicêtre que dans les asiles départementaux, a été de 2,848 dont :
1,098 hommes, 1,750 femmes.
U était en 1853, de 3,182, savoir :
i,215 hommes, 1,967 femmes.
On voit que les femmes fournissent à cette triste maladie, près des deux tiers de ses victimes.
La science a fait des progrès incontestables pour la cure des maux divers qui affligent l'espèce humaine ; mais ses efforts
50 LES CONSOMMATIONS D£ PABIS.
appliqués à raliénation n'ont pas en le même succès. U est malheureusement vrai, que la plupart des infbrtané&-<ïui quittent les asiles» guéris en apparence Sous VmSjieûCB dominante d'un régime plus dowx et pic» humain, y rcnttent bientôt, souvent pour n'en plus sortir. On ne doit donc pas s'étonner si, nonobstant l'action bienufai^mte d'un mode de séquestration mieux entendue, la mortadité 8?«8t accene dans les asiles de la Seine. Elle a été en eflfet :
En 1844, de 1 sur 10^36 aliénés.
' D'autres résultats peuvent avoir été obtenus sur d'autres points. Il est permis de croire cependant que, malgré la juste confiance qu'elle accorde à tous les membres du corps médi* cal, l'administration réussira difficilement à fixer son opinion sur toutes les questions qui se rattachent au traitement des aliénés, si elle ne prend résolument le parti de faire constater plus sérieusem^t l'état réel des malades confiés à ses soins. Ces constatations, fortifiées par un concours désintéressé et combinées avec celles qui se rattachent à la mortalité, à la durée du traitement et à l'étude particulière des causes morales, permettraient d'éclaircir les doutes qui existent dans beaucoup d'esprits , sur les résultats obtenus par la science , dans le traitement de l'aliénation mentale.
Comme nous l'avons déjà fait pour les enfants trouvés, nous pouvons établir que les aliénés sont beaucoup plus nombreux
dans le département de la Seine que dans les autres parties du territoire.
On ne compte en ce moment, en France, que 1 aliéné sur 1,428 habitants ; mais le rapport du nombre des aliénés à la population est de 1 à 447 dans le département de la Seine. Cette disproportion, en ce qui touche un département qui ne possède que la trente-cinquième partie de la population totale du pays, doit être attribuée à la composition particulière de la population de Paris et des grandes communes de la banlieue, à la facilité des communications et aux avantages particuliers qu'offre aux malades et infortunés de toute espèce, le séjour de la capitale.
Quoi qu'il en soit des progrès accomplis dans le développe- HDent du bien-être général, dans le soulagement de la pauvreté et dans l'art de guérir, il est certain que la populajLicm de Pa«ris a vu , depuis la Révolution française, sa condition s'améliorer notablement. Le temps n'est plus où l'on entassait dans un seul hôpital, à l'Hptel-Dieu, jusqu'à 5,000 malades, où l'on couchait 4 et même 6 malades dans un lit de 52 pouces, où l'on réunissait dans une même saUe, et quelquefois dans un même lit, les malheureux atteints des maladies les plus diverses et les plus graves, où chaque malade n'avait pas à respirer une toise cube d'un air vicié (1). Avant 1789, dans les 48 hôpitaux ou mabons de charité existant à Paris, on pre« nait soin journellement de :
6,236 malades, 14,105 valides, 15,000 enfants trouvés,
ce qui étendait à. 35,341 indlTidus,
l'assistance publique donnée dans les maisons hospitalières.
(1) Mémoire sur les Mpitaux de Paris, par Tenon, in-4».
A cette époque, les personnes secourues, dans la forme qui vient d'être indiquée, étaient considérées en général (1)
Dans le rapport de 1 à 16,97
Les maladeset valides, dans le rapport de 1 à' 2d,48 Les malades seuls, dans le rapport de 1 à 96,18 Les enfants trouvés, dans le rapport de 1 à 39,98
Nous entretenons aujourd'hui dans les mêmes établisse* menls :
Dans les hôpitaux 5,666 malades.
Dans les asiles 2,848 aliénés.
Dans les hospices 8^Q12 vieillards incurables ou indigents.
Dans rbospicc spécial el à
la campagne. 1 4^093 enfants trouvés.
Total 31,219
Les personnes ainsi secourues sont donc, par rapport à la population.
Comme 1 est à 32,72
Les malades et valides^ comme 1 est à 59^65
Les malades seuls, y compris les aliénés, comme 1 est à. 119,98 Les enfants trouvés, comme i est à 72^48
§ V. ~ Popalstioiides priaons*
Le mouvement de la population des prisons de la Seine, ea y ajoutant la maison des Jeunes détenus, et en retranchant la maison de répression de Saint-Denis , donne lés nombres moyens ci-après, pour trois périodes prises à partir de 1836 :
(1) Tenon indique d'autres rapports : pour lés personnes secourues en général, 1 sur 18,66 ; pour les malades et valides^ 1 sur 33,50 ; pour les malades seuls^ i sur 1D5,80. Mais il a pris pour base de ses calculs, une population d'environ 660,000 habitants, beaucoup trop considérable pour répoque. Nous avons dû rectiQer ces résultats, d'après la population probable en 1788 (599,640 habitants). Nous avons , en outre, ajouté à ces supputations, celle relative aux enfants trouvés ; Tenon l'avait négligée.
De 4836 à 18i4 43.689 prisonniers.
Si, par le noofibre des jouraées, oq calcule celui des prisonniers qui auraient pu être entretenus pendant toute Tan* née, en supposant un séjour permanent^ on obtient ces résultats :
De 1836 à 18ii... 3,697
Les décès arrivés dans les prisons, ont été, en moyenne t
Pour la première période, de 132,40 ou 1 sur 329,98 détenus.
Pour la seconde, de 155,51 — 310,42
Pour la troisième, de 178,87 — 331,93
C'est principalement sur la population des prisons, que les causes dont nous avons parlé, et qui attirent à Paris un si grand nombre d'individus sans ressources, exercent leur influence. Tandis qu'en France on compte, dans les prisons dé* partementales, 1 individu sur 1,236 habitants, le rapport des prisonniers à la population est, pour le département de la Seine, de 1 à 307, d'après le dernier état observé à la fin de
§ •• — Population des hAtclo ol dco s«rolo.
Dans plusieurs dénombrements,. Ton a recherché quelle pouvait être la population logée dans les hôtels et garnis.
Eki 1817, on constate Texistence de 692 hôtels garnis, don* nant asile à 9,484 individus ; mais on parait avoir négligéalors les maisons meublées et les garnis proprement dits.
En 1836, le déncMnbrement signale 34,906 individus logés dans ces établissements; on en compte, en 1846, 49,935.
Uenquéte de la Chambre de commerce, faite en 1847, a recueilli des faits curieux et intéressants sur les garnis. Les
comBaissaires, chargés de. ce travail, ont visité 2,360 maisons de cette espèce, où étaient reçues 27,665 personnes des deux sexes ; mais ils se sont occupés uniquement des garnis où 4emeuirent les ouvriers.*
Il y a, à Paris, trois catégories bieii distinctes de maisons -affectéesi^ au logement des individus qui ne font daâs cette ville qu^un séjour temporaire, ou qui, ayant leur domicile dans la capitale, n'y ont pas cependant de demeure fixe, soit parce quMls ne possèdent pas de meubles, soit parce qu'ils s'accommodent mieux du régime nomade.
La première catégorie comprend les hôtels et maisons meublées qui reçoivent des personnages français et étran gers^ et des voyageurs appartenant au haut commerce et à la finance. Ces établissements sont au nombre def 1,100 environ; ils peuvent loger, 20,000 individus en temps ordinaire^ et 30 à 35,000 idans dés circoQstaïKîes exceptionnelles. . m
La deuxième patégorie se compose des maisons meublées; .il y en a 1 ,800, qui.ont une clientèle de petits commerçants et ;4e rentiers. Elles reçoivent généralement 12,000 locataire^, • mais leur hospitalité pourrait s'étendre à 15 à 16,000 personner, > . *
A la troisième catégorie appartiennent les garnis où couchent les domestiques et les ouvriers des deux sexes. Ces maisons, au nombre de. 3,963, ont 37,000 locataires; '50,000 pourraient y trouver place.
En résumé, on compte dans 1^ capitale 6^863 maisons destinées au logement d'une masse de 69,000 individus, qui représentent la population mobile des voyageurs, ou celle qui, ne possédant ni inénage ni demeuré propre, est complètement étrangère aux habitudes de la population sédentaire et paisible.
§ •. — r«pvl«aon seolalre.
* 1. Instraetioik primaire.
Nous eussions désirç pouvoir présenter le tableau de Fétat de rinstruction primaii*e, aux trois époques de 1818, 1828 et 1854, pour lesquelles des renseignements existent dans les archives de Tadministration ; mais les données qu'ils fournissent ne sont pas assez complètes, pour établir une situation comparative. iNcrus allons oepenâant ^ilévdopper sur cette, im- -portaote matière , des détails qui ne paraitr<mt sans doute pas dénués d'intérêt, . .
Nous constaterpns d'abord les progrès de l'instruction populaire, par le dévdoppement rapide des écoles de charité.
ts»iHfm.
NOMBRE D*ÉCOLBS.
' NOMBRE D ÉLÈVES. i
Garçous.
Filles.
ToUU
im' *
iSiâ
On voit que, dans l'espace de vingt-cinq ans, le nombre dés enfants fréquentant ces écoles, s'était triplé. Mais on ne possède aucune indication correspondante, sur le développement que les écoles libres avaient reçu à cette époque.
*En 1818, la position était celle-ci :
80 écoles de charité donnaient Tinstruction gratuite à 9,949 élèves,
22 écoles primaires (enseiguènient simultané *••! .- t.347 *
* ' ' ^' AnEPt^KTKR 11,296
Report...... 11^296 élèves.
10 écoles primaires (enseignement mutuel), à 2,788 ' il écoles tenues par des congrégations religieuses, à \ ,349
i 5,433 En outre, 35 écoles mutuelles non gratuites, en recevaient gratuitement i ,256
Total 16,689
En 1828, les écoles fatuités étaient au nombre de 122 ; il y avait 281 écoles non gratuites. Les unes et les autres réunissaient 25,582 élèves, savoir :
Garçons 15.528
raies 10,054
Malheureusement, les élèves admis gratuitement n'ont pas été distingués, de ceux pour lesquels leurs familles acquittaient un prix de pension.
Examinons maintenant la situation des écoles consacrées aujourd'hui dans la capitale à Tinstruction élémentaire.
Nous parlerons d'abord des asiles destinés aux enfants de deux à six ans ; car à mesure qoe la population laborieuse s'accroissait àP^ris, riogénieuse.et libérale sollicitude de quelques personnes charitables, et plus tard l'intervention active et officielle de l'administration, fondaient et multipliaient ces écoles maternelles, où les enfants du premier âge reçoivent avec les soins de la famille remplacée pour un moment , quelques principes d'éducation ; c'est la semence préparatoire qui doit ouvrir ces jeunes intelligences aux enseignements plus sérieux de l'éducation primaire.
11 y a, à Paris, 54 asiles dont 40 communaux et 14 libres. Les premiers reçoivent 5,925 enfants, les autres 1,QI0; ce qui forme une population totale de 6^935 élèves.
On compte 661 écoles qui se répartissent comme il suit, pour la nature des établisseinents, le nombre et le sexe des éXhyes (1) :
NATURE DES itrABLISSEMEMTS.
NOMBRE
d'él&btiss.
Êcolescoœmunalesj J* 5J[«°"';
École» libres lÎT"*'
Ideûlles...
Totaux.
ai
NOMBRE D*ÉLÉVES.
Garçons.
Filles.
Total.
L'enseignement public et l'enseignement libre se partagent donc, à peu près par égale portion, l'instruction élémentaire de l'enfance parisienne.
Les écoles communales sont systématiquement gratuites ; elles procurent rinstruction, comme on vient de le voir à . . . 31 ^264 enfants.
En outre, les écoles fondées par la charité privée, sous Pinspiration d'un sentiment religieux, sont ouvertes gratuitement à 3,209 garçons. \ ^-^
et à : 4,063 Olles. ) ^*^
De telle sorte que les places gratuitement occu- « pées daos les écoles communales ou privées, s'élèvent au nombre de 38,536
Si, aux deiux époques de 1818 et de 1854, l'on comparera situation de l'enseignement primaire, considéré sous le rap*
(1) Nous ne comprenons pas dans ces nombres les individus qui fréquentent les classes d'adultes. Ces classes sont au nombre de 32 ; elles reçoivent 5,264 hommes et 500 femmes, en tout 5,764 per- Bonnes.
port dela.gratulté., ùa voit qu'H y avait alors tlahs les écdes,
recevant l'instruction gratiiûte !
En 1818 1 élève sur 45,25 hab.
En 1854 1 — 26,51
Il res3or^ de ces chiffres que Tadministration municipale^ ^ secondée par les fondateurs de quelques écoles privées, a dou- 'blé à Paris/ en quarante-cinq ans, le bienfait de l'instruction 'populaire.
Le butqu'eille se.proposait par cette libéralité faite aux enfants dès classjes pauvres a-t-il été dépassé? Des familles dont les ressource^ leur perijfettraient dé donner des maîtres à leurs enfants, ne leur font-elles pas occuper dans les écoles, au détrlno^ent dç;s finances^publiques et des classes laborieuses •elles-mêmes^ des places qui ne leur sont pas destinées? Quelques personnes le croient, et cette pensée a déjà pénétré dans 'la législation. FI ferait possible, ce nous semble, de remédier à ces abus, s'ïls exièteni, en imposant aux autorités chargées par le décret du 31 décembre 1853, de prononcer les admissions, le devoir de veiller sérieusement, à ce que le bénéfice de l'instruction gratuite ne soit accorde qu'aux enfanté pauvres et à ceux des chefs de famille, dont la position suffisamment aisée n'est point notoire. Mais, dans les grands centres de population, du il est. si difficile de connaître les positions individuelles, il faudrait se garder de trop de ri^eur dans les appréciations. L'instruction qu'on reçoit dans les écoles publiques, ne peut être chose de luxé dans aucune des situations de la^ vie ; eUe est aussi iikdlspensable'à4- homme ^ùi doit chercher des'Hioyens d'existence'dans le li'avinl'<d^bne profession manuelle, qu'à la femme vouée aux soins intérieurs du ménage. Il serait à craindre qu'une recherche trop sévère des facultés personnelles, ne refroidit la bonne volonté des chefe de famille, et n'eût pour effet de nuire à la diffusion de l'iii-
struction élémentaire. Par raction calice et ferme qu'elle sait exercer sur les autorités secondaires, Fadministration supérieure saura prévenir, et les abus qui résultent d'une facilité excessive et les inconvénients plus graves peut-être du système.opposé. "
Le nombre des enfants qui reçoivent l'instruction élémentaire, n'atteint pas à beaucoup près à Paris, comme dans la plupart des départements, la proportion du dixièmei de la populatiôn,.bien que l'enseignement primaire y soit généralement suivi. Gela tient surtout, à ce qu'à raison de la nature particulière de sa population, la capitale compte parmi ses habitants, ainsi ,que nous l'avons vu, un nombre de célibataires beaucoup plus considérable que partout ailleurs.
, 2. Insuuclion secondaire.
La Siatistiqae de la Seine a donné en 1828, quelques détails sur l'état de l'instruction 'seèondaire : 434 établissements y étaient alors consacrés, et elle s'étendait à 17,919 personnes des deux sexes. Mais, dané ce chiffrie, gn avait compris, quoiqu'elles appartinssent à la banlieue, 21 institutions de jeunes gens recevant 1,138 élèves, et, sans distinction, un assez grand nombre' de pensions de Jeunes demoiselles. On ne saurait donc étaiblir aucune comparaison, entre cette époque et l'époque actuelle.
Voici au surplus quelle est la situation présente de l'instruction'secondaire, dans lia ville de Paris. Le collège Çhaptal, l'école Turgot et les pensionnats de jeunes demoiselles figurent officielleiheht daris le catalogue des établissements d'instruction pf iniaire ; nous avons cru plus rationnel de les classer parmi ceux du second degré, parce que leur caractère dominant les rattache, d'une manière évidente, à cette branche de l'instruction publique.
ÉTABLiSSEMEKTS D'mSTRUCTlON SECONDAIRE.