CHAPITRE IIL
LE MOUVEMENT ET l'ASPEGT DE PARIS.
Jérôme Lippomano, ambassadeur de Venise en France, 'â laissé une relation de son ambassade, écrite par son secrétaire, et qui contient un tableau de Paris, dans la dernière moitié du XVI* siècle (1).
' Le récit de l'ambassadeur vénitien est empreint de Tétoniièmént que lui causent Tétendue de la capitale, sa magnificence, l'immense approvisionnement qu'on y consomme, le mouvement considérable qui s'y produit. Telle est la vivacité dû sentiment qui anime le narrateur, qu'il s'exagère la population, le nombre des étrangers qui affluent à Paris et des voitures qui y circulent. Tout ce qui s'agite sous ses yeux, grandit dans son imagination tout italienne, et lorsqu'il entreprend de compter, il invente des chiffres qui ne seraient pas excessifs pour notre temps.
Qju'aurait dit cet étranger, s'il eût pu être transporté tout à qoup au sein de notre capitale, telle que l'ont faite les accroissements dé la population, les ouvrages d'art et d'iitilite exécutés depuis cinquante ans, et ces nombreux travaux evr trejpris pour ï^assainissemerit de la ville et la commodité de là circulation?
Sur le boulevard extérieur qui dégage la viUe et l'eiilAure comme d'une promenade circulaire, s'ouvrent les cinquaBÉft-
(1) Relations des ambassadeurs vénitiens sur les affaires dfi .frofl^ au xTi<' siècle. (Documents inédits sur rHisitiûi:^ clA^CCdAQi^j, . «
sept entrées de Paris. Onze d'entre elles, décorées de monuments d'une architecture bizarre, correspondent aux grandes routes par lesquelles, ayant la mise en activité des chemins de fer, s'écoulaient toute la circulation des départements et de l'étranger vers Paris, et celle qui, de la capitale, se répandait dans les provinces ou vers les frontières. Mais avec les six gares de chemins de fer, qui sont devenues, depuis peu, les grands débouchés de là circulation extérieure, il y a, à vrai dire, vingt-six entrées ouvertes au plus actif mouvement des hommes et des marchandises.
Aux barrières les plus importantes aboutissent les grandes artères de Paris. Par la rue du faubourg.Saiot-Denis, la rue Saint-Denis, les rues de la Harpe et d'^Enfer, par le faubourg Saint-Martin, la rue Saint-Martin et la rue Saint-Jacques, on va du nord au sud, d'une extrémité de la ville à Fautre. Les quais, les boulevards, la rue et le faubourg Saint-Antoine, la rue de Charenton, forment les lignes par lesquelles la communication s'établit de l'est à l'ouest. Le mouvement qui vient des chemins de fer ou qui s'y dirige, emprunte ces rues principales, et bientôt, par l'achèvement de la rue de Rivoli et^u boulevard du Centre, le public parisien sera mis en possession de deux immenses voies, nécessaires au mouvement si précipité des personnes et des choses. Alors Paris aura, comme autrefois, son système de rues croisées (1). Les nouvelles voies qui le composeront bientôt, seront mises en harmonie avec les besoins actuels, et, remplaçant les anciennes rues désormais insuffisantes, elles créeront une commu-
{{) Vers la fin du xiii» siècle, Paris était divisé par de grandes voies
-ftllant du centre aux quatre entrées principales, qui étaient lés portes
Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Antoine et Saint-Jacques. Les rues
4ont il s*agit étaient donc dirigées en forme de croix : aussi les appe-
lait-'on la Croisée de Paris.
LE MOUYEHENT ET l'a^BGT DE PARIS. 69
nication lai^ et (adle^ du centre de la Tille à ses quatre points extrêmes.
Rien n'est plus propre à donner une idée du mouyement de la capitale 9 que le tableau de son activité quotidienne, ïnanifestée par le n(Mnbre incroyable de personnes et de voitures de diverses sortes, qui s'y croisent en tous sens, à toute, heure du jour et de la nuit.
L'état ci-après, dressé sur des documents recueillis «d 1853, indique le nombre et les espèces de voitures qui, appartenant par leur résidence, sôit à Tiûlçrieur, soit à Textérieur , circulent habituellement dans Paris :
ÉTAT INDIQUANT LE NOMBRE ET LES DIVERSES ESPÈCES DE VOITURES QUI aRCULENT HABITUELLEMENT DANS PARIS.