‹ Les conspirateurs en AngleterreChapitre 10 sur 13 · COMPTE-RENDD DU PROCÈS DE SIMON BERNARD · texte numérisé non relu

COMPTE-RENDD DU PROCÈS DE SIMON BERNARD

A IiOHDRSS.

AUDIENCE DU 12 AYBIL 1858.

Le procès de Simon Bernard, prévenu de félonie, <X)mme complice, avant le fait, des meurtres qui ont eu lieu à Paris dans la soirée du 14 janvier dernier, a commencé ce matin, dans Old-Court, Old-Bailey, en vertu de la commission spéciale à cette fin.

Le public s'était beaucoup intéressé à cette affaire depuis Tarrestation du prévenu; les récentes discussions du Parlement sur le bill de conspiration pour

meurtre, ont encore accru rinlérét de ce drame judiciaire. L'absurde rumeur que de Rudio comparaîtrait pour déposer en justice est entièrement dénuée de fondement.

On n'entrait dans la salle d'audience qu'avec des billets; déjà la salie était remplie avant que les juges ne fussent venus siéger. Les sous-shérifs ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour admettre le plus de monde possible dans une enceinte assez bornée. M. l'inspecteur Mitchels les a parfaitement secondés.

Voici les termes de la prévention : a Simon Bernard, âgé de 41 ans, chirurgien, prévenu d'avoir, avec félonie, excité, provoqué et conseillé Felice Orsini et d'autres à faire et commettre certaines félonies, à savoir : tué et donné la mort à certaines parties, à Paris, dans l'Empire français. » Il est également détenu pour avoir conspiré illégalement avec Felice Orsini et d'autres, avec félonie, pour tuer un prince souverain, à savoir : S. M. L Louis Napoléon, Empereur des Fran çais. Il existe deux autres chefs d'accusation ; il est prévenu comme principal auteur, d'avoir commis le crime d'homicide volontaire à Paris ; ce sont là des charges capitales.

Aux termes de l'acte d'accusation, le prévenu est

accusé de complicité avant le fait (ou la perpétration du crime).

Un grand nombre de dames sont présentes, et une affluence insolite d'avocats occupe les places réservées au barreau.

A 10 heures S minutes, lord Campbell, le l"lord Baron, M. le juge Erle, M. le juge Crowder, le recorder, le lord-maire, Talderman sir C. Marshall, les aldermen sir Moon, baronnet Salomon's, WirPhilip'Sy Finnes, Haies, Gabriel et les shérifs dénommés dans la commission, prennent place.

Le procureur général sir F. Kelly, M. Macaulay, avocat de la reine ; M. Bodkîn, M. Welsby et M. Clerc, siègent au banc de Taccusation.

M. Edwin James, avocat de la reine ; Mr Hawkins, M. J. Simon, M. SIeigh, M. Brcwer et M. Scobell, siègent au banc de la défense.

Le prévenu comparaît à la barre. Il lui est donné lecture de l'acte d'accusation par le clerc de la Cour; CD finissant le clerc lui adresse cette question : « Êtesvous coupable ou non coupable? »

Le prévenu. La Cour n'est pas compétente pour me juger en vertu de cette accusation ; je ne me défendrai pas,

lard CampbelL Si vous refusez de dire : « Cou-

pable ou non coupable ^ conformâitent aux Icâs anglaises, on le fera pour yous.

II. James. Le prévenu n'agit ici que de Taris de son avocat. Défenseur du prévenu» je demande rOyep (Cour spéciale), et je requiers la lecture de la commission spéciale, en vertu de laquelle siège la Cour.

Lord Campbellf après s'être consulté avec le» au* très juges. Nous sommes tous d'avis que la Cour peut ordonner les débats sur le ce non coupable, )» le prévenu refusant de se défendre. En conséquence, c'est dans ces termes que nous allons procéder. Maintenant nous demanderons au prévenu s'il entend exercer son privilège d'êtrejugé par un jury mixte, composé par moitié d'Anglais et par moitié d'étrangers.

Le prévenu. J'ai toute conflance dans on jurj composé d'Anglais.

On a la plus grande peine à composer un jury, par suite du nombre de certificats de maladie produits, des absences et des récusations de la part du ministère public et du prévenu. Un juré, nommé Samuel Bernard est récusé par le minbtère publie. Ce n'est pas avant onze heures que le jury peut prêter serment.

M, Jaincs, Je requiers la lecture de la commission.

Lord Campbell. Ce n'est pas le moment; M. le procareur général va d*abord faire son réquisitoire.

M. JafMs. Votre seigneurie voudra bien, du moins» prendre note de ma requête.

Lord CampbelL Si cette demande avait été faite confidentiellement, on y eût fait droit.

L'afihire se poursuit.

L'attorney général, en entrant en matière, dit*que le prisonnier est accusé de complicité avant le fait de certains meurtres commis en France. Parlant du lieu de sa naissance et de sa profession, le docte attorney général dit que pour des raisons qu'il est inutile de rappeler au prisonnier, il a cherché un asile en Angleterre. Il a résidé plusieurs années sous la protection de la Constitution du pays. L'Angleterre a toujours protégé ceux qui cherchent un refuge dans ce pays, mais nos lois exigent en retour qu'on ne les viole pas, et que ceux qui viennent ici dans de pareilles circonstances se conforment à ces lois qui servent de règle aux sujets britanniques.

U serait de mon devoir de présenter au jury des preuves qhi puissent lui permettre de résoudre la question très-importante de savoir si le prisonnier qui est à la barre en sa présence, accusé d'un crime emportant la peine capitale, est coupable ou non de

la grave accusation qui pèse sur lui, celle d'avoir tenté d'assassiner l'Empereur des Français, et qui a eu pour résultat une quantité de meurtres de personnes inoffensives qui étaient rassemblées dans les rues de Paris, pendant la soirée du 14 janvier dernier.

Le docte attorney général aborde ensuite les circonstances qui se rattachent à l'attaque, les moyens par lesquels elle a eu lieu, et dit qu'il accuse six personnes de ce crime.

Le premier est AUsop, qui, je regrette de le dire avec douleur et avec honte, est Anglais; Simon Bernard, le prisonnier qui est à votre barre est un Fran* çais jouissant des droits de l'hospitalité dans ce pays; et Orsini, Pieri, Gomez et de Rudio, qui tous étaient réfugiés et avaient résidé pendant plusieurs années dans ce pays. On verra que le dessein d'assassiner l'Empereur des Français remontait au 16 octobre de l'année dernière, comme cela est démontré par les dépositions. C'est vers cette époque que les grenades dont on s'est servi furent commandées à Birmingham et qu'on trouva qu'elles étaient un arme ou instrument de mort qui ne ressemblait à aucun autre connu dans les guerres modernes et qui était du caractère le plus meurtrier. De quelque manière qu'il tomb&t.

il frappait sur un des points destinés à le faire éclater, et comme il contenait de la poudre fulminante» i) faisait explosion et répandait la destruction tout autour.

Le résultat de l'emploi de ces armes dans la nuit du 14 janvier dernier, a été la mort de huit personnes et des blessures sur yingt-six autres. Les six grenades commandées à Birmingham ont été fabriquées par Allsop, du 16 au 23 novembre 1887, et livrées à ce dernier, qui en a payé le prix.

Le docte attorney, après être entré dans les détails des diverses circonstances concernant les personnes faisant partie du complot et Tintimité qui a existé entre elles jusqu'au 14 janvier, dit que dans tout ce qui a été fait, rhomme d'argent et de ressources était Orsini.

Bernard, d'après se qu'on sait de lui, n'était pas un homme de ressources; mais le 26 novembre, lo jour où le passeport au nom d' Allsop fut visé par un des consuls, et deux jours seulement avant qu'Orsini arrivât à Bruxelles, Orsini se présenta avec 435 souverains à la Banque d'Angleterre et demanda à les changer contre des billets qui furent remis et dont les numéros sont connus. Après cela, le 2 janvier, Bernard changea chez Spaillmen, changeur dans la

Cité, an des billets de 20 livres ainsi dbfeims par Orsini, et un second, le 7 de ce mois^ dans la même maison. Un troisième billet de 20 livres a été troavé sur Pieri, et le reste des billets a été trouvé sur Orsîni au moment de son arrestation.

DeBudio, qui se trouvait dans une position de dé* nûment fort critique, habitait dans les maisons de Bateman; il fat engagé par Bernard h se rendre à Paris ; ce dernier remettait de l'argent à la femme de Budio^ pendant l'absence de celui-ci ; de Budio partit vers le^ 9 Janvier, et le 10 ou le 11, il se présenta à Pieri et vécut avec lui dans le même logement à Paris.

Pendant les quelques jours qui s'écoulent entreleur réunion à Paris et la nuit de l'attentat, Orsini,. Pieri, de Budio et Gomez sont continuellement réunis, et le 14, de midi à une heure et demie, trois d'entre eux, sinon le quatrième, tiennent conseil, et les mêmes reviennent de nouveau à cinq heures de l'après-midi dans le logement de Pieri. A six heures et demie, ils se réunissent tous dans le logement d'Orsini et partent en ce moment, Gomez ayant été vu portant quelque chose de pesant dans un mouchoir de poche.

Vers l'époque où l'on attendait l'arrivée de l'Empereur et de rimpératrice à l'Opéra un concours coq-

sklérable de personnes était réani; parmi elles se trouvait Pieri, qui fut soupçonné et arrêté, et en faisant des recherches, on trouva sur lui une grenade remplie de pondre fulminante et un revolver à cinq coups.

Après avoir rappelé l'explosion des trois grenades, les personnes tuées, la consternation qui régnait, le conseil entre dans des détails siur Tarrestalion d'Orsini, de Rudio et de Gomez.

Après qu'on eut reçu avis dans ce pays des forts soupçons qu'on avait contre le prisonnier, il fut arrêté; il est maintenant devant vous pour répondre des faits que j'ai exposés et qui, je le soutiens, prouvent que le prisonnier qui est à la barre a participé au crime du 14 janvier dernier, lequel a cause la mort et des blessures -à un si grand nombre de personnes.

Je sais que de graves questions légales doivent être soulevées : la première de décider si le prisonnier est sujet anglais d'après l'acte du Parlement, et dans le cas où il y aurait assassinat, que le prison» nier fût puni conformément à cet acte.

Quand le moment sera venu, je serai prêt à soutenir ces diverses points, et j'espère le faire avec succès, soit dans ce moment, soit dans le cas où l'af-

faire serait réservée pour être soumise à Topinion de tous les juges.

Lord Campbell dit que tous les points de la loi qui ont été souleyés doivent être réservés pour être examinés par les quinze juges, et que si le prisonnier est trouvé coupable, le jugement sera ajourné jusqu'alors.

Lattomey général dit que si quelque point de. droit est soulevé, bien qu'il ne pense pas qu'il puisse être opposé avec justice, il serait le dernier homme à s'opposer à ce que le prisonnier jouît de cet avantage.

La séance est alors suspendue pendant un quart d'heure. La séance est reprise. L'interprète prête serment.

Granger (Jules-François-Alphonse) est interrogé par M. Macaulay.

Je suis inspecteur de police en France. Le 14 janvier, j'étais de service à l'Opéra, à l'occasion de la visite de l'Empereur et de llrapératrice. Us arrivèrent à l'Opéra vers huit heures du soir, escortés par un faible détachement de lanciers.

Les rues étaient remplies de monde. J'entendis trois explosions de grenades au moment où ils étaient près de la porte. Plusieurs personnes furent blessées.

On jeta d'abord deux grenades ou bombes. Je l'appris par l'explosion. Je fus blessé moi-mâme. La troisième fut jetée environ une minute après les autres. Vingt minutes après, je trouvai un fragment de grenade de l'autre côté de la rue faisant face à rOpéra. Le voici.

Interrogé de nouveau par M. James :

Je suis inspecteur de police en France. Je n'ai pas assisté au jugement d'Orsini. J'ai vu de Rudio en prison à Paris la veille de l'exécution d'Orsini. Je sais qu'on a fait grâce de la vie à de Rudio. Je n'ai reçu aucune communication venant de l'Empereur ni d'aucun autre pour amener de Rudio ici. C'est depuis que je suis à Londres que j'ai appris qu'il y venait, mais je ne sais s'il y est. Plusieurs personnes ont été arrêtées dans la nuit du 14 janvier. Je suis allé à la prison en France avec une dame et un monsieur afin de reconnaître de Rudio. Je n'ai pas vu Gomez depuis l'exécution.

M. Kteller, J'étais de service pendant la soirée du 14 janvier, dans la rue Le Peletier. Je. fais partie de la garde de Paris. Un autr^e garde était à ma gauche en ce moment. Au moment de l'arrivée de la voiture de l'Empereur, j'entendis une explosion. Immédiatement après l'explosion, le corps de Batty,

le garde dont j'ai parlé, tomba dans le ruisseau. Je Tis le sang couler de son œil gauche. On releta le corps de Batty et on l'emporta dans un hôtel voisin. Il fut transporté dans une voiture à l'hôpital où son corps fut examiné ; il avait une plaie ati côté gauche de la poitrine et une autre au bras droit, qu'on découvrit alors. 11 mourut au bout de vingt-quatre heures*

Claude Petit-Jean^ sergent-major de la garde de Paris, dépose également sur la mort de Batty.

Je n'étais pas de service à l'Opéra, le 14 janvier. Je savais que l'Empereur allait ce soir-là à l'Opéra, je l'avais appris vers six heures et demie à la Préfecture de police. L'Empereur va ordinairement trois ou quatre fois par mois à l'Opéra. Cette fois, c'était une visite ordinaire.

Le docteur Tardieu^ professeur à l'Ecole de médecine de Paris, interrogé par l'attorney général. J'ai été chargé par le juge d'instruction d'examiner les personnes blessées le 14 janvier, et celles qui avaient succombé.

L'attorney-général demande combien il y a eu de blessés.

M. James s'oppose à la question. Il s'agit seule-

ment de deux personnes tuées et non du nombre de personnes blessées.

Lord Campbell. Je présume qu'on ne mettra pa& en doute l'explosion.

M. James. Non.

Interrogé de nouveau par M. James : Je connais* sais Batty depuis quatre ou cinq mois. II était Français et était dans la police française. Je suis simple garde, appartenant à la police secrète.

M. Bruyre, étudiant, attaché à l'hôpital où a été transporté Batty, dépose qu'il a vu à l'hôpital plusieurs hommes blessés le 14 janvier, Batty se trouvait de ce nombre. Il mourut dans la soirée du 15. Batty avait une blessure au front, une au côté gauche de la poitrine, et une au bras, indépendamment de six autres blessures de peu d'importance.

On ne fit aucune extraction de projectile, parce qu'il était mourant au moment où il fut apporté ; mais dans l'examen qui fut fait après la mort, je fis l'extraction de fragments de projectiles qui avaient pénétré dans le front, dans la poitrine et dans le bras droit. Voici celui qui a été extrait de la poitrine. Les blessures du côté de la poitrine étaient mortelles.

Ua juré demande pourquoi le témoin n'a pas apporté les autres fragments.

Le lord chief baron. Il faudrait quelque homme de Tart pour constater la nature des blessures.

Vattorney général regrette qu'on ait soulevé une exception contre le mode d'interrogatoire. Les blessures ont été faites par un nouvel instrument, et il est nécessaire de démontrer combien il y a eu de personnes de blessées.

M. James dit qu'il doit s'opposer à ce qu'il soit donné la preuve de la blessure ou de la mort, à moins qu'on ne puisse prouver qu'elle provient de l'explosion dont il a été parlé.

Lord CampbelL Si l'on s'attache rigoureusement à cette règle, toutes les dépositions que nous avons déjà recueillies l'ont été irrégulièrement.

M, James insiste sur son exception.

L'attorney général est d'avis que la déposition à laquelle on s'oppose doit être ajournée.

Lord Campbell pense que c'est la meilleure marche à suivre. L'interrogatoire continue. Les fragments trouvés dans le corps étaient de la substance qui a été produite; quelques-uns étaient plus petits que d'autres. Ils diffèrent beaucoup ; ils sont de la grosseur d'un grain de charbon ou de lentille, ou de

pois. Ils sont de telle nature que l'explosion d'uD instrument comme celui qui a été produit (c'est une grenade), étant rempli de poudre fulminante, aurait lieu. Les fragments d'un instrument somblable seraient excessivement nombreux.

L'explosion de trois grenades pareilles produirait vraisemblablement un grand nombre de blessures. J'ai visité, un peu après l'événement, beaucoup de personnes qui souffraient de blessures qui ont été probablement produites par ces projectiles.

if. James s'oppose encore à la déposition, comme paraissant devoir nuire au prisonnier ; il faut être scrupuleux, parce que le prisonnier n'était pas alors à Paris. On peut déposer sur la nature dangereuse de l'explosion; mais s'il est nécessaire que la déposition nuise, il faut prouver que les blessures ont été le résultat de l'explosion.

Lord Campbell dit que la cour est d'opinion que le témoignage doit être admis.

Le témoin continue : J'ai visité 156 personnes blessées, une semaine après l'attentat; il y avait en lout 511 blessures. Toutes, excepté six, avaient été occasionnées par l'explosion. Les six avaient été causées par des éclats de verre dispersés. Les fragments ont été donnés, quelques-uns au juge d'ins-

traction, et d'autres aux personnes blessées qui en demandaient.

Un chirurgien vétérinaire dépose qu'il a examiné un des chevaux de la voiture tués par Texplosion. II a extrait de ce cheval huit ou neuf morceaux de différentes grosseurs.

Chevalier (François-Etienne). Je suis inspecteur de police à Paris. Je produis un fragment de hombe ou de grenade extrait du corps d'un cheval. J'en produis également plusieurs qui ont été ramassés dans la rue Le Peletier. J'étais de service près de l'Opéra. J'ai arrêté Joseph Pieri tout près de l'entrée impériale réservée. Quand l'Empereur se rend à l'Opéra, il y a des appareils d'illumination tant à l'extérieur de l'édifice qu'au coin de la rue. C'est ce qui s'est fait en cette circonstance, et l'on a comniencé à illuminer un peu avant huit heures.

L'Empereur est arrivé à huit heures et demie environ. J'ai arrêté Pieri environ dix ou quinze minutes avant l'explosion. Je l'avais connu auparavant. Je l'ai vu exécuter après le jugement. Il a été fouillé au corps de garde, le soir du crime. J'ai trouvé sur lui un grand couteau à ressort, un revolver à quatre chambres, chargé dans chacune et coiffé de la capsule ; j'ai trouvé aussi une bombe ou grenade. (Le

témoin produit tous ces objets.) La grenade était chargée, et chacune des cheminées était coiffée d'une capsule.

La grenade était enveloppée dans un morceau de soie noire, il a été perdu. Le revolver est numéroté, il est marqué 5561 T. Je produis un morceau de toile cirée d'emballage, une banknote anglaise de 20 Ht. st.» quelques pièces d'or, d'argent, et des pence pris sur Pieri.

Interrogé par M. James : Pieri est Italien. Je n'aî pas assisté au procès Orsini ; de Rudio, Gomez et Orsini sont Italiens. Je ne sais pourquoi de Rudio n'a point été exécuté. J'ignore les déclarations recueillies de la bouche de de Rudio. C'est vers quatre heures que j'ai appris que l'Empereur allait à l'Opéra. Ce n'était pas un secret, tout te monde le savait^ On a commencé les préparatifs d'illumination vers quatre ou cinq heures, à l'extérieur de l'Opéra. Un petit détachement de troupes, à peu près 25 hommes, escortait l'Empereur. La garde de Paris était là aussi.

Louii'FrançùU Devismes, armurier, demeurant à Paris, interrogé par l'attorney général, répond : J'ai extrait la charge de la grenade qui a été produite.

Elle était remplie de fulminate de mercure qui se composait d'acide nitrique et d'alcool.

Joseph Taylor^ mécanicien, demeurant à Birmingham» interrogé par M. Bodkin : J'ai fait la grenado qu'on a produite. J'en ai fait six en tout» trois grandes et trois petites*

M. Bodkin. Qui vous a chargé de les faire?

Af . James. Je m'oppose à cette question.

Lord Campbell décide qu'il sera répondu à la question.

Le Témoin. La personne qui m'en a chargé est âgée de 60 ans environ. Elle se nomme Thomas Allsop. Il avait l'oreille dure. Les grenades ont été faites sur des modèles en bois qu'il avait apportés. Je n'ai pas fabriqué les cheminées de la grenade» mais je m'en suis procuré trois douzaines chez un armurier. Il y en avait 25 dans chaque bombe» Quand j'ai vu Allsop, le 23 novembre, à Birmingham, les bombes étaient terminées. Les cheininées y étaient vissées. Je lui ai délivré les six bombes, et il me les a payées 8 liv. st. 4 sh.

On montre ici au témoin les fragments d'une des bombes qui ont fait explosion, le 14 janvier, à Paris, et il les reconnaît comme faisant partie d'une des grosses grenades qu'il a faites pour Allsop.

M. George Morison^ notaire, demeurant à Re»»

ding. Je connais M. ÂUsop de Nutfield.

On montre au témoin une lettre écrite au témoin Taylor, et qui lui commande les grenades. Il reconnaît que c'est bien là récriture d'ÂlIsop.

Jonathan Whicher^ interrogé par Tattorney général : Conformément aux ordres qui m'ont été donnés, j'ai tftchéde découvrir M. Thomas ÂUsop, mais je n'y ai pas réussi. Je me suis adressé à sa dernière demeure connue, Clapbam-Terrace ; mais il ne s'y trouvait pas.

Uattorney général. Avez- vous vu des affiches offrant des récompenses à ceux quirarrêteraient?

M. James. Qu'a cela de commun avec l'affaire? Le nom de M. ÂUsop ne figure pas dans l'acte d'accusation. C'est tout simplement pour nuire au prisonnier.

Lattorney général. Je veux seulement prouver qu'ÂUsop est absent. Je ne désire point aller au delà.

Le sergent Rogers, de la police métropoHtaine, interrogé par l'attomey général : Dimanche, 7 mars, j'ai fouillé le logement du prisonnier, à Bayswater. J'ai trouvé une lettre datée du 1*' janvier. Je l'ai trouvée sur le parquet. La lettre qui m'est remise est bien cette pièce. Il y a quelque chose d'écrit au bas. Je

<ms que c'est de l'écriture même du docteur Bernard.

Interrogé par M. James : J'ai vu Bernard écrire une fois. C'était au poste de police de Scolland-Yard. C'est la seule fois que j'aie eu l'occasion de voir son écriture. Je n'ai pas trouvé la lettre dans un livre.

M. Powell. J'ai reçu une lettre du docteur Bernard. L'écriture au bas de la lettre qui m'est remise, est, je croîs, celle du prisonnier. (La lettre en question porte qu'elle est écrite au prisonnier par M. AIIsop.)

Misiress Darker^ maîtresse de la maison dans laquelle a demeuré le prisonnier à Bayswater, interrogée par l'attopney général, répond : Le prisonnier a demeuré dans ma maison environ six ans.

Interrogée par M. James : La police, quand elle est venue, a fouillé tous les coins de la chambre da docteur Bernard. Un des agents de police, parlant à un autre, dit : « Tenez, j'ai trouvé une lettre, d J'ignorais où il l'avait trouvée, mais il m'a dit que c'était dans un livre. Voici ce qu'il a dit : oc Là, j'ai trouvé une lettre avec le nom d'Allsop dessus. » Rogers est celui qui m'a dit avoir trouvé la lettre. Il a dit que la lettre eût dû être produite d'abord.

Rogers est appelé : La personne qui est allée avec

moi au logement du prisonnier» n*est pas un policeman, c'est mon oncle, et il est monté avec moi par curiosité.

Interrogé par H. James : mon oncle est garçon de bureau à la Compagnie générale des Omnibus, h Bayswater. Dne va pas avec moi. Le prisonnier avait été en prison environ trois semaines, et mon oncle voulait voir la chambre du prisonnier, uniquement par curiosité.

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