AUDIENCE DD 13 AVRIL
John Roger S y témoin déjà interrogé hier, est rappelé par le procureur général. — Il déclare être l'agent de police qui a trouvé une lettre dans l'appartement de Bernard ; le i7 mars, il a trouvé deux lettres signées : G. Allsop ; c'était après l'arrestation de Bernard. M"' Parker se trouvait dans l'appartement au moment où j'y suis entré ; j'ai mis la lettre que j'ai trouvée dans ma poche; un quart d'heure après , j'ai trouvé une deuxième lettre au milieu d'un monceau de papiers, par terre, près da
lit. Je l'ai mise aussi dans ma poche. J'ai écrit un compte rendu de ma visite domiciliaire à sir R. Mayne, le 3 avril, et une autre le 12 avril; j'ai rédigé mes rapports sur des notes que j'avais prises sur mon agenda.
En réponse à une question de M. James, ce témoin déclare n'avoir pas examiné les livres parce qu'ils étaient remplis de vermine.
Il ajoute que le 9 janvier, par ordre du commissaire anglais, il avait assisté à un meeting tenu dans le cabinet de lecture de Wylo. Bernard occupait le fauteuil et plusieurs gentlemen discutaient en français des questions politiques. On traitait de la différence entre les gouvernements démocratique et impérial. Je suis resté là une demi-heure ; il y avait 40 ou 50 personnes, dont cinq ou six Anglais. J'ai fait mon rapport au commissaire. Par ordre , je m'y suis encore rendu , huit jours après, la réunion était hebdomadaire.
if. James. Vous y êtes allé comme agent de police chargé d'écouter ?
Lord Camphell. Cet agent a exécuté les ordres qui lui étaient donnés.
Sir P. Kelly. Je ferai observer au docte avocat qu'il ne doit pas poser aux témoins des questions de
nature à les flétrir d*une épithète injurieuse, si leur réponse est affirmative,
M. James. Je n'ai fait que ce qui s'est toujours pratiqué.
M. Le procureur général. Une telle question es irrégulière, elle est contraire à la loi et à la pratique.
Jf . James. Dans Taflaire Hardy, pareille question a été posée dans des termes semblables, il n'y a pas eu d'opposition.
' Le 1" baron. C'est possible, mais nous nous opposons.
M. Simon. Cette question peut être faîte.
Lord Campbell^ après s'être consulté avec ses assesseurs. Nous supprimons la question comme irrégulière.
Le témoin, continuant. J'ai été écouter ce que l'oft disait ; mon service consiste surtout à surveiller les réfugiés français et italiens; j'aKait au moins vingt rapports sur eux ; je n'ai jamais été de service avec des agents français; je ne suis pas salarié par le gouvernement français.
En réponse à une question du procureur général :
Je suis sergent de police depuis 1851 : avant, j'a-
-vais été constable pendant trois ans dans les rues. -J'ai été choisi pour mon service particulier parce que je connais la langue française. Sir R. Mayne me donne des ordres toutes les fois qu'il doit y avoir un meeting de cette nature. La lettre que j'aî trouvée chez le prévenu, et que j'ai pensé être d'Orsinî, était signée Felice.
Le 'procureur général propose la lecture de la lettre que M. Morrîsson a reconnue pour être de l'écriture d'Allsop.
M, James. Je m'y oppose. Rien ne prouve que Bernard ait été vu avec Allsop, ni que des grenades aient été en sa possession. Cette lettre n'est qu'un commentaire sur la conduite de l'Empereur des Français; elle est datée du 1^' janvier 1857 ; elle ne renferme que des opinions abstraites; il n'y a pas été fait de réponse, elle remonte à une date antérieure à l'événement. Cette lettre est émanée d'un homme complètement étranger à Bernard, et, de ce qu'il l'avait en sa possession, il n'en résulte pas qu'il doive ^tre responsable de son contenu.
M. Simon. Rien ne prouve que le prévenu n'ait pas répudié le contenu de cette lettre , et s'il Ta fait, il est hors d'état aujourd'hui de le prouver.
Lord Campbell, après en avoir conféré avec lesrr^ autres juges, déclare que lecture de la lettre sera donnée.
La lettre signée Thomas Âllsop, en date à River^ head, du 1* janvier 1857, est lue.
James Davis Parker^ commis chez M. Herring,.
droguiste, Aldersgate street, déclare que le 4 no«vembre dernier, le prévenu a acheté 8 livras d'alcool absolu et 10 livres d'acide nitrique pur; le 15^ décembre, 9 livres d'alcool absolu et 10 livres d'acide nitrique pur. Le 15, il est revenu un quart d'heure après, il a acheté 1 livre de mercure. Cet article servait à fabriquer de la poudre fulminante. Le prévenu a donné son nom de Bernard, sans laisser son^ adresse. 11 est vrai que je ne la lui ai pas demandée.
Jf . Edward Chambers Nichohon. Je suis associé de la maison Simpson et C% 1 et 2, Hennington road et Atlas- Works, Walwortb. Nous nous occupons da fabriquer de la poudre fulminante pour le gouvernement; elle se compose d'une partie de mercure, 10 d'acide nitrique et 8 d'alcool. L'alcool absolu est du pur esprit de vin. Nous avons toujours du mercure fulminant à l'état d'humidité : dans cet état il est inoffensif. Avant de s'en servir pour faire explosion, il faut le faire sécher. Ce mercure fulminant
est plus susceptible de faire explosion que la poudre elle-même.
En réponse à M. Bodkin, M. Ch, Pioct déclare être chef d'escadron dans rarlillerie et directeur du laboratoire de chimie de rartillerie. Le 21 janvier, dit-il, j'ai examiné le contenu d'une bombe et l'ai analysé. J'ai trouvé que c'était du mercure fulminant dans des parcelles de fer. La force de ce mercure varie suivant la force de l'acide nitrique et de l'alcool employés; ce mercure a une force d'explosion vingt fois plus grande que la poudre.
M. W. TogeTy directeur des ateliers et propriétaire de l'arsenal royal de Woolwich. Je connais toutes les diverses espèces de grenades dont on se sert en guerre. Je ne sache pas que jamais l'armée anglaise se soit servie de grenades semblables à celles du 14 janvier, qui ressemblent fort à une grenade à la main , mais les grenades à la main n'ont pas de cheminées. Toutes celles que j'ai vues font explosion lorsqu'une fusée les allume. Une bombe remplie de mercure fulminant doit éclater en dix ou trente fois plus de pièces que si elle était chargée de poudre. Cent grains de mercure fulminant font éclater la bombe en 155 fragments. Tandis que 1»300 grains de poudre ne la font éclater
qu'en 25 fragments. Je ne sache pas que les grenades dont on s'est servi le 14 soient pareilles à celles dont se sont servis les Hongrois contre les Autrichiens dans la dernière révolte ou à celles employées par les Circassiens contre les Russes.
M. Si' George Barke. Je suis avocat. Le docteur Bernard a été gouverneur de mes enfants. Je Tai connu en juillet 1857. Pendant qu'il faisait Téducation de mes enfants, il m'a prié de le présenter à quelque sollicitor respectable, par l'entremise duquel il pourrait avoir de l'argent sur la garantie d'un immeuble près Redhill ou Reigate. Je lui ai dit que je ne connaissais pas de sollicitor de qui il pût avoir de l'argent; mais que je connaissais un individu nommé Mason, dans la Cité , qui prêtait sur hypothèques. Je lui ai donné une lettre pour M. Mason. Je connaissais Bernard depuis un an. Sa conduite, pendant qu'il a été dans ma famille , n'a pas cessé d'être satisfaisante. J'ai souvent causé avec lui, et plusieurs fois relativement à des expériences sur le gaz. J'étais alors directeur de la Compagnie impériale du gaz , dont Bernard connaissait le secrétaire. Je sais qu'il s'intéressait à des expériences ayant pour objet l'épuration du gaz.
M. Hason répondant au procureur général. Je fais
des affaires dans ta Cité et j'atam» de l'argent sur hypothèques. J'ai reçu une lettre de M. Si-Georges Barke, et ensuite J'ai avancé a Allsi^ 4,800 hv. st. moyennant hypothèques sur une pfoiw'iëté sise près Beigate/ AIlsop était un homme gros, d^une santé florissante, très-impatient et très-tif, âgé de plus de 60 ans. Il portait souvent la main à son oreilie,^ et j'ai pensé que c'était plutôt chea feî un tic que l'effet d'une surdité complète*
ÈUsa Cheney^ interrogée par le procureur général :
Je connaissais Orsini ; je Taî vu pour la première^ fois , il y a deux ans , an mois de jutUel , il demeurait alors, 2 Cambridge Terrace, Hyde Parc, dans une pension tenue par miss Hockley ; j'y étais femme de chambre. Tout le temps que je l'ai conna, il faisait des cours en province ; il s^absentait alors huit, quinze jours ou un mois. Lorsqu'il sortit de chez miss Hockley, le IS mars, il alla demeurer, 2 Grafton Street, Kenlisch Town. J'allai y demeurer avec lui en qualité de femme de charge, et j'y suis resiée jusqu'à son départ d'Angleterre. Je connais le doc* teur Bernard, il était intimement lié avec Orsini ; ils se voyaient souvent chez miss Hockley et dans Grafton Street.
Bernard tenait Toir Orsini deux fois par semaine. Orsini, pendant qu'il demeurait dans Grafton street, allait souvent faire des cours au dehors ; pendant ce temps, Bernard venait chercher sa correspondance, et je loi remettais tout ce qui n'était pas « confidentiel. » Je pense que Bernard lui répondait. C'est le 23 novembre, pour la dernière fois, que j'ai vu Orsini en Angleterre; je ne savais pas où il allait. Je Tai revu dans sa prison, à Paris, le mardi d'avant son exécution. La personne que j'ai vue à Paris en prison était bien la même que la personne avec laquelle je vivais dans Grafton street.
De novembre à mars, Bernard a continué de venir en l'absence d'Orsini dans Grafton street, et je lui donnais, comme d'habitude, les lettres d'Orsini ; il les emportait avec lui ; il est venu très-peu de lettres pour Orsini depuis son départ; Bernard me disait seulement qu'il venait chercher les lettres. Une fois,, il a commandé à dtner pour trois, et deux gentlemen étrangers $ont venus dîner avec lui. Je ne les ai |amais revus.
Le procureur général. Quel homme était-ce qu'OrsîniT
Le témmn. Je ne saurais vous donner un signak-
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ment plas exact que celai qui a paru dans les jour- Dauz.
Le froeureur général. Je ne puis pas le lire. Âv ait-il bonne mine ?
Le témoin. C'était nn homme d'an extérieur dis tingué. Avant de quitter TADgleterre il portait une barbe noire. Quand je l'ai revu en prison il n'avaif plus de barbe. Il avait loué la maison de Grafton -Street pour un an et il Tavait meublée.
En réponse à une question de M. James, le témoin continue : Il m'avait dit en partant de prévenir à Noël et de déménager en mars, attendu qu'on le demandait en Italie, où j'irais rejoindre sa famille. Depuis son départ, Bernard me parlait souvent du voyage d'Orsini en Italie. J'ai dit à la police que j'avais vu Bernard le 17 janvier, après que l'on avait eu connaissance à Londres de l'attentat du 14.
M. James. Bernard n*a-t-il pas dit : «c II est impossible que ce soit Orsini; dans ce cas il serait fou? »
Sir P. Kelly. Je m'oppose à ce que Ton réponde à cette question.
La cour, consultée, déclare que la question ne peut pas être posée.
Le témoin. J'ai fait ma déclaration à Saunders, le
policeman; et il l'a emportée dans Scotland- Yard. Bernard a été très-étonné de ce qui était arrivé à Paris. J'avais tout lieu de croire qu'Orsini était parti pour ritalie. Dans nos conversations, je lui entendais fréquemment prononcer ces mots : <c Koma, îtalia. » En janvier 4857, Orsini faisait des cours à la campagne.
Avant de quitter Londres, il m'avait dit : « Je reviendrai peut-être dans un mois ; si je ne suis pas revenu le 25 mars, je vous ferai venir en Italie, auprès de ma famille. » II m'a laissé l'argent nécessaire pour payer les taxes. (Le témoin est en grand deuil.) Les dépositions qui suivent représentent le prévenu partant pour Bruxelles, obtenant son passeport,, etc.
M. Georgi. J'étais un des propriétaires du café Suisse à Bruxelles en 4857. Bernard vint quinze jours avant Noël; il apportait un colis qu'il disait renfermer des articles pour le perfectionnement du gaz ; c'était rond comme des balles. On les a envoyés à Paris, mais il en est resté un. Deux individus sont venus ensuite, ils m'ont demandé si je me nommais Georgi. Un d'eux m'a donné un petit papier en disant que c'était pour moi. Je lui ai délivré alors un ieols renfermant la petite balle qui était restée. Le
gentleman m'a dit que Bernard lui avait remis le papier sur lequel la demande était écrite. C'était M. Meechenheim de Bruxelles. Ces messieurs sont partis ensuite; je ne sais rien de plus.
Interrogé de nouveau par M. James :
J'ai été arrêté à Bruxelles le 23 janvier, j'ai été relâché le 27 février. Je ne puis dire s*il existe contre moi un mandat d'arrêt encore >en vigueur. Je ne m'attends pas à être emprisonné si je retourne à Bruxelles. Le procureur général de Bruxelles m'a dît de venir à Londres et d'y déposer comme témoin, et que quand je serais parti, il verrait s'il pourrait arranger mon affaire. (On rit.)
Julien Fourfiarier^ garçon au café Suisse, confirme la déposition de Georgi relativement aux boules qui avaient été envoyées du café Suisse à Paris.
àUDIKNCE du 14 ATBIL.
Louis Reghensiy interrogé par M. Welsby : Je sais propriétaire du café Suisse, à BruxeUes. Je connais Joseph Georgi. Je me souviens qu'il est venu i^
Bruxelles, en décembre dernier. Parmi lesballots qu'il apportait avec lui, j'en remarquai particulièrement un qui était très-lourd. J'en tirai un des objets qu'il contenait pour le regarder, et puis je le plaçai sur la cheminée, dans une arrière-chambre du café. Je 9e me rappelle pas si c'étaient deux pièces. Il avait la forme (l'une poire, gros par le haut et petit par le bas.
J'ai donné un dessin de cet objet, la première fois ^ue j'ai été interrogé en Angleterre. Il y avait à la partie petite ou inférieure un grand trou, et à la partie supérieure, plusieurs petits trous. Je n'en saurais dire positivement le nombre. Il y avait des trous; mais ma mémoire ne me sert pas suffisamment pour dire que cela (la grenade) ressemble à cet objet. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il avait exactement la forme d'une poire. Il y avait un trou là où se trouve actuellement la vis. Je me souviens qu'un monsieur vint bientôt après l'arrivée de Georgi, auquel il adressa la parole, et dit: « Mettez de côté ces appareils à gaz, parce que c'est une nouvelle invention. »
Je lui demandai quelle était cette nouvelle invention. Il me dit que c'était une invention nouvelle avec de grands perfeclîonncments dans le gaz. Puis et eau une convcrsalion relative h une întrodiiciioa
auprès d'une personne allachée à l'usine à gaz de Bruxelles. Le monsieur dit qu'il venait de Londres, mais qu'il y retournerait le môme soir. Il parlait trèsbien l'italien. Quelques jours après, Georgi fit une communication sur l'envoi d'un cheval à Paris. Il me demanda si je connaissais quelqu'un qui voulût conduire un cheval à Paris. Zeghers, le garçon du café, conduisit le cheval; il partit, je crois, le vendredi, et revint le dimanche à Bruxelles.
Interrogé par M. James :
Je suis Suisse, je ne comprends pas beaucoup l'anglais. Le dessin qui m'est montré me paraît être une fidèle représentation de l'instrument que j'ai vu à Bruxelles. Je ne dis pas que la grenade que je liens maintenant à la main a la forme d'une poire. Quand je regarde celte balle, il m'est impossible de jurer que ce soit la même que celle que j'ai vue. J'ai toujours dit que je n'avais point particulièrement fait attention à la balle. Le dessin que j'ai entre les mains a été fait lorsque mes souvenirs étaient encore tout frais , mais je ne saurais jurer que la balle que je tiens corresponde à celle dont j'ai fait le dessin.
Lattorney général. Vous rappelez-vous, ou bien oubliez -vous que vous ayez jamais eu entre les
mains la balle avec les deux parties vissées en* semble ?
M. James. Cette question ne me parait pas convenable 9 elle entraîne le témoin à dire : J'oublie.
L'atlomey général. Eh bien ! je la présenterai sous une autre forme. Ne vous rappelez-vous pas que vous ayez jamais vu les deux parties vissées ensemble ?
Le témoin. Je vissais les deux moitiés, et je sais quelles s'adaptaient exactement. Je ne vis qu'une balle. C'était cinq jours avant le départ de Zeghers pour Paris que je vis la balle. J'ai fait, le 2S décembre, le dessin dont il s'est agi. La balle que je tiens a quelque ressemblance avec celle que j'ai vue à Bruxelles, mais elle n'est pas aussi ronde.
Casimir Zeghers^ interrogé par l'attorney général. J'ai été employé au café Suisse, comme garçon de service, en décembre dernier. C'est dans ce mois que j'ai été engagé pour accompagner un monsieur à Paris, avec un cheval. Je l'ai vu, la veille de mon départ de Bruxelles. Il ne me dit pas de quel pays il était. Mais j'appris qu'il était Anglais. Georgi a fait pour moi l'engagement. Je pris quelques articles qu'on avait mis dans un sac de voyage. Je les avais
vus sur la table de la salle où l'on fume, avant qu'ils
fassent mis dans le sae. Ib ressemblaieiità h hafl» , qui m'est montrée maintenant. On me dit qu*ilb éc* vaient servir à perfieetionner le gaz.. Jù portai les bflAes à l'hôtel de rEiirq>e. Il j aivaît» je eroisv hwt on dix moitiés cnviroa. Elles ressnnfalaieQt aux nieiiiéis que j'ai dans tes nains» mais je ne Damar* quar ancan troni. Je ne les plaçai point dans !• sae de voyage. Georgi me donna le sac tout prêt remplie J^aî va les balles à Bhixelles aranl mcii dl^part. Elles n'étaient pas eoaveftes. C'était le vendisdi^ H d&embre, qaand je partk de BnneUes pour Paris.
Quand j'arrivai à l'k^d de K'&tirope) on me éooBa une brosse et une étrille. l'I^nrek le sac:eitje:Ies ; mis. J'ignorais le nom dm monsieur. Nobs, dtsàrk-^ dnre le monsteur anglais » une parsonae Bnmmée Jordan, et mm, neuê quiltftmes bientéè afnrès Ifbtttel del^urope pour nous rendra* à la statKm du chemin; de fer. J*eaa Ta diarge dv sac de voyage pfndœat tout le eltenrin. Â la deuane, le sac fut exhiM^ aux agents. Oto me demanda & quoi seffaieni ces- arfides, et je dis que c'était pour une ncmveilB iaveofoxi du gaz. Ib passèrent sanfs la moindre difficulté; Mbesi arrivAmes à Pavis entre eifiq> et sa heures: duîinaflîo.
ieimonsieiirangla» et moi, n#us^allÉ»es séjparé-
ment à un hôtel. H se rendit à lliôtel de Lille et d'Albion y et je le suivis avec le cheval et le sac de voyage. Je laissai lé contenu du sac de voyage sur un banc» dans le couloir de Fhâtel. Toutes les balles ^étaient par moitié. Je dis aux gens de Thôtel de les donner au monsieur anglais. Il était arrivé avant moi àThôtel, et comme on me dit qu'il était allé se cou- <:her, je recommandai qu'on ne le dérangeftt pas, mais qu'il fallait, dès qu'il serait levé, lui remettre les articles. Je vis le monsieur un jour après, il me paya, et je retournai le même soir à Bruxelles.
A mon retour à Bruxelles, je vis Bernard et lui dis que le monsieur et le cheval étaient arrivés sains et saufs à Paris. Il me répondit: Je le sais. Ceci se passait au café Suisse.
Interrogé par M. James : J'ai eu dans mes mains les balles une fois avant de les emporter de Bruxelles. A la frontière, le contenu du sac a été minutieusement inspecté, puis il a été remis dans le sac.
Jlf. Williams Meteyard^ interrogé par M. Welsby: Je suis régisseur de rhdtel de l'Europe. Un monsieur est venu le 99 novembre. Il m'a donné le nom d'Ailsop, ainsi que son passeport. Il est resté douze jours. Le passeport qui est produit est celui que m'a donné le monsieur que je n'ai pas tu depuis ; mais le pnr-
teur du passeport était la personne avec qui le témoin Casimir ÇiSi allé à Paris.
Jordan (Henri- Joseph), interrogé par M. Welsby. Je suis commissionnaire à Thôtel d'Europe. Je me souviens d'un monsieur qui y est venu en décembre ; il se nommait Âllsop. J'allai avec lui dans un cab à la station du chemin de fer. J'ai vu Allsop et Zeghers partir pour Paris. J'ai vu depuis la personne que j'appelle Allsop en prison à Paris.
H.'W. Polland dit: J'ai remis au prisonnier un avis lui enjoignant d'exhiber son passeport, le 8 avril dernier.
Interrogé par M. James :
Je n'étais pas présent à l'interrogatoire du prisonnier, au tribunal de police. Je suis employé à la Trésorerie. Je ne puis dire de quelle nature était l'accusation. Je ne sais si c'était pour conspiration ou pour assassinat.
Latlorney général^ à M. E. James : Produisezvous le passeport?
M. James. Il est impossible que vous soyez sérieux
Lacroix, interrogé par M. Bodkin: Je suis propriétaire de l'hôtel de la Monnaie, à Bruxelles. Un monsieur (le prisonnier) est arrivé le 25 décembre. Il a exhibé un passeport.
Lattorney général. Le passeport n'était nécessaire que pour fixer Tépoque du départ de la personne. Comme il ne peut être produit, je procéderai à l'interrogatoire.
M, Holles, interrogé par Tattorney général : Je sois fabricant de revolvers à Birmingham. Le 29 octobre, deux gentlemen vinrent m'acheter une paire de pistolets revolvers. J'ai vu depuis Orsini et Pieri dans la prison de la Roquette.
C'étaient les personnes qui m'avaient acheté les armes à feu. Les pistolets produits sont les mêmes. Je les ai reconnus par les numéros qui sont sur chacun. Quand j'ai vu Orsini, il avait rasé sa barbe. Pieri n'avait rien changé dans l'extérieur de sa personne.
Interrogé par M. James :
Les pistolets revolvers sont communément employés par tous les officiers de l'armée. Ces pistolets ne sont pas une invention américaine. Je ne puis dire combien, pendant l'année, il se fabrique de centaines de pistolets revolvers à notre établissement.
M. Théodore Lasalle , interrogé par l'attorney général : Je suis directeur de la prison de la Roquette. Quatre personnes ont été sous ma garde après
leur coodaumation pour tanUtive d'assassinat sar l'empereur Napoléon. Leurs noms étaient Orsini ^ Pieri, Gomezet de Rudkk J'étais présent quand on a montré Orsini et Pieri à M. Holles et à son fils* J'ai montré Orsini à d'autres personnes qui onl vu les autres prisonniers ; ce sont M""* Brien^ M. Estieai^ M. Devisme« M. Granger et M. Outrequin. Je coa-* nais l'écriture d'Orsini. Les papiers qu'on m'aremju^ sont écrits de la main d'Orsîni.
Interrogé de nouveau par M« James :
La prison de la Roquette est le lieu oii l'on ea* ferme les prisonniers condamnés à mort. Elle est devant la place oîx (mi lieu les exécutions.
Orsini et Pieri ont été exécutés le 13 mars^ jt 7 heures du matin. Le nom de de Rudio ne se trouvait pas sur l'ordre d'exécution. Le lundi suivant de Rudio fut demandé devant les autorités pour recevoir ses lettres de grâce. La Préfecture de police est chargée de recevoir les déclarations des personnes cond^fflinées à mort.
Le principal officier de police a eu des entrevues avec de Rudio. Il a écrit à la Préfecture de police* Aucune personne de la police, que je sache, ne Va vu depuis sa condamnation. Autant que je puis savoir» de Rudio est toujours prisonnier eaEcance. U
l'était qaand je suis parti. Je n'ai reçu aucune ardm ^ gouyeroemeant anglais pour Tamener à Londres. J'ai TU Orsini écrire son testament ; il a été envoyé au préfet de police. Il a été écrit la veille de son exéeutioa. Le 10 (trois jours ^vant sa mort] il a aussi écrit une lettre k TEmpereur. Le jeudi qui a précédé sa nori» il n'a écrit qu'une lettre««Je n'ai pas vu la lettre depuis*
Lattormg générul. On vous a demandé si des o?dr^ avaient été donnés par le gouvernement anglais pour faire venir quelques Français à Londres. Avezvous reçu quelque ordre semblable ?
Le témoin. Je n'en ai reçu aucun. Le préfet de {kolice «st la personne qui donne de pareils ordres. C'est du préfet que j*ai reçu l'ordre de venir.
Gêorge Siefhen King est interrogé par M. Welsby. Sa déposition n'est que la répétition littérale de oeUe qu'il a faite devant M. Jardine^ magistrat instructeur.
Interrogé de nouveau par M. James :
Je connais parfa^ement le prisonnier* J'ai eu fré- ^uamâient occasion de parler d'affaires avec lui. Je a'ai Jamais eu avec lui de conversation touchant la pûlitiqae. Je n'avais pas vu l'accusé avant qu'il apportât la caisse au bureau. Quand il vint au bureau.
il plaça la caisse sur le comptoir et dit qu'elle contenait une paire de revolvers valant 12 livres. H donna son véritable nom et son adresse. J'ai pu dire qu'on aurait quelque difficulté au bureau à envoyer un paquet de livres à un réfugié en Suisse, en passant par Paris. Je ne prêterais pas serment que je ne l'ai pas dit. Je ne puis pas affirmer que j'aie dit à Bernard que la difficulté provenait delà police française. J'ai compris par ces expressions : « Quand l'autre reviendra », que le prisonnier faisait allusion à l'Empereur.
La séance est suspendue pour un moment.
Outrequin^ interrogé par l'attorney général. Je demeure à Paris, rue Saint-Denis, 277, je suis marchand de soies. Je connais le prisonnier Bernard depuis 1854. Je me rappelle que^dans une circonstance, le prisonnier me parla d'une teinture particulière pour la soie. Il me demanda un échantillon pour faire un essai, et sachant qu'il avait des connaissances en chiniie, je lui donnai ce qu'il me demandait. Cela avait lieu à Londres en 18S4; j'ai depuis été avec lui en correspondance commerciale. 11 me présenta un monsieur anglais nomme Hodge. Il vint me faire une visite à Paris. Le prisonnier me présenta aussi un autre Anglais. II se nommait Âllsop. Depuis,
j'ai TU à la prison de la Roquette la personne que le prisonnier m'avait présentée sous le nom d'ÂUsop : c'était Orsini. C'était après sa condamnation, un jour avant qu'il ne fût exécuté. La lettre qu'on me présente est celle par laquelle Orsini me fut présenté sous le nom d'ÂlIsop. Elle est de la main de Bernard, autant que j'en puis juger.
Ici, la lettre est lue par l'interprète. C'est une lettre d'introduction, dans laquelle le porteur est présenté comme un bon Anglais, son ami, qui arrivait à Paris pour y dépenser quelques guinées, et dans laquelle on demandait au témoin de donner au porteur toute l'assistance possible.
On continue l'interrogatoire du témoin.
La personne, dit-il, que je connaissais sous le nom d'AUsop m'apporta elle-même là lettre ; c'était Orsini.
On lit ici une autre lettre adressée au témoin. On loi demandait de chercher à placer quelques-uns des ;^ magnifiques revolvers qu'il allait lui adresser.
On continue l'interrogatoire. — Hodge, dit le témoin, me remit personnellement cette lettre. Je reçus la lettre qu'on me présente maintenant, quelque temps avant d'avoir reçu le paquet contenant les
pistolets. Je reçus ensuite un ballot, La toile huilée
qu'on me présente formatt r«vri«p^ Elk eonie* naii deux pistolets revolvers dans des lioltes. Je ne puis faire le serment que les pistolets qu'on me présente sont les mêmes. AXtsop (Orsini) vmt le }oar que )e reçus les pistolets. Il me paria de la lettee dans laquelle Bernard demandait que les pistolets Im fussent remis. Orsini dit que ^ devais les vendre sms tenir compte de ce que disait Bernard dans s» lettre» Je les gardai avec l'intention de les vendre*
Ofsini venait tous les jours me demander si j'avais vendu les pistolets. N'ayant pas réuas à placer les pistolets, Allsop (Orsini) en emp(M?ta un dans sa botte. Ce ne fut pas moi qui donnai l'autre. Il fot.emporté en mon absence. Après qu'Msop (Orsini) eut emporté ce pistolet^ il vini me voir un dimanche, et bous al* lames à l'hôtel de France et Champagne. C'était le dimanche avant l'attentat.
Le motif pour lequel j'allai avae ki, c'est qu'il me demanda à le conduire à l'hôtel^ et n'ayant rien à faire, j'allai avec lui pour lui montrer l'endroit, tt me dit qu'il espérait qu'un Allemand de sm amis prendrait les pistolets. Il dit que le nom deceiamî était Pieri. Je vis ensuite Pieri, n** 10, rue du Monthabor où logeait Âllsop (Orsini), mais je ne me rap* pelle pas le jour. Avant l'attentat, Allsop (Orsini) vint
plusieurs fois <àec moi. Ia demièm Mutine je vis Oesîiû 4tait le dimanche avant rattentat eontre la rit de TEmperour.. Allsop (Orsioi) v» rembouraa poar le portées pistolets i& fr» S6 c. et en outre ce goe j'avais donné à rhomme pour beire.
Il y avait dans les colis un morceau de poix adressé à M* Gavaillon. Je ne connais pas cette personne. La poix et les pistolets sont arrivés dans le même oolis. Lorsque Orsini est venu cherdier la première botte contenant les j^stolets^ je n'y étais pas. Il a dit que je n'avais pas à m'occuper des ordres de Bernard au siqet de la destination des pistolets. Je n'ai pas été arrêté par la police. Je n'ai pas été menacé d'être arsèté ; j'ai été interrogé ciiez moi par une personne de la police. ,
jfnie Outrequm. Je suis la iémme du ténioia qui vient d'être entendu. Je connaissais Orsini, je l'ai vu en décembre, il était accoa]|)figné d'un Angolais noooné Hodge. Orsini est veon chez nous le jour de l'arrivée des pistolets. Je me rappelle qu'il en a em* porté un ; le lendemain, une autre personne est venue en chercher un second. Je ne connaissais pas^ cet individu, qui m'a dit se nommer Pieri et demeurer à l'hôtel de France. DepuiSi j'ai vu cet individu à la Conciergerie.
Le sergent Williamson, de la police, déclare que c'est lui qui a arrêté le prévenu : il n'avait de passeport ni sur sa personne ni dans ses papiers.
Le sergent Rogers. J'ai eu entre les mains les papiers du prévenu, et je puis certifier qu'il ne s'y trouvait pas de passeport.
Le sergent Smith. J'ai signifié au prévenu qu'il eAt à produire son passeport ; c'était dans la maison de détention ; il a dit l'avoir détruit et brûlé, il n'a certainement pas dit que la police devait l'avoir.
M. Veex fournit la preuve que le 7 décembre un passeport a été délivré au prévenu pour la Belgique et l'Allemagne.
M. iMcroix, employé à l'hôtel de la Monnaie. Le prévenu est arj-ivé à Bruxelles le 25 décembre ; il a exhibé un passeport qui lui avait été délivré le 7 décembre.
Jlf. Veex. En août 1881, un passeport duForeign- Office, délivré à M. Thomas Allsop, a été soumis au visa ; on a trouvé ce passeport dans la chambre d'Orsini, à Paris.
Jlf. Wich, vice-consul delà Belgique, déclare que le passeport a été visé pour Thomas Allsop. Le signalement était parfaitement conforme à la personne du véritable Thomas Allsop.
M. Banft^y appartenant au consul de Portugal : Un passeport a été délivré, le 7 janvier, à Jose-Ântonio Da Silva. Da Silva n'a pas signé lui-même le passeport, on l'a signé pour lui.
M. James. Ce passeport fut délivré à Da Silva pour se rendre à Oporto. J'aimerais à savoir comment le porteur de ce passeport a pu se rendre à Paris ; je ne connais pas parfaitement le système des passeports. (On rit).
Le Témoin. Je ne saurais dire; j'en suis tout aussi étonné que qui que ce soit. (On rit).
M. Veex. Beaucoup de personnes qui se proposent de se rendre directement en Espagne pour aller en Portugal ne trouvent pas de bateaux à vapeur tout prêts; changeant alors leurs dispositions, elles prennent la voie de terre ; alors il est nécessaire de faire viser les passeports pour France, afin de pouvoir traverser ce pays en se rendant à destination.
Élisa Rudio. Je suis la femme de Carlo Rudio depuis trois ans. En décembre dernier, mon mari et moi nous habitions une chambre au 3* étage dans Bateman's-Bunding's, Toho. Mon mari n'avait pas d'emploi, nous avions un enfant et nous vivions de ce que nous donnait Bernard. Au moment où nous étions dans cette détrosse, ce dernier est venu nous
toîr; c'était après Noël, je ne Tavais jamais vu, mon mari était sorti.
La première chose qu'il m'a demandée a été si j'étais M"' Rudio et si mon mari avait trou^ un emploi : je lui ai dit que non ; il m'a dit qull en était trèsfftché et qu'il allait s'occuper de lui. H m'a donné deux shillings. Ayant appris que mon mari serait h la maison vers quatre heures et demie, il a dit qu'il reviendrait de dix à onze heures du soir. A cett& heure, la sonnette de la porte a tinté deux fois, comme cela avait été convenu; mon mari est descendu; il est resté absent un quart d'heure.
Toutes les fois que mon mari entendait deux coups de sonnette, il descendait et il remontait avec un peu d'argent. Une fois il est remonté avec 15 sh. Plus tard Bernard a dit qu'il procurerait à mon mari des vêtements, car il n'avait plus d'effets, tous étaient engagés. Il m'a dit un jour : a Quand votre mari sera sans argent, qu'il vienne me trouver au café Saisse. » Mon mari est parti un samedi, je ne Fai plus revu depuis en Angleterre.
A ce moment, un des jurés se trouve mal : on le fait sortir de la salle d'audience. Le médecin déclare qu'il y aurait de l'inconvénient à garder le juré en place au deli de la déposition des témoins.
FA^rd Campbell, La Cour ira fmre droit; <m aura soÎB que demain la veotilatioa aoilj^iis conpièle.
Le témaim, contioaant ÀTant le départ de mon mari, le prévenu m'a donné 10 sfaâUings pM>ur dégager sas e£fels; pois il a padé ofee mon mari dans une kmgoe étrangère. Le prévrau m'a dit d'aller cacher une pinte d'ale, ce que j'ai fait. A mon retCHur, mon mari et le prévenu causaient ensemble. Bernard avait écrit plusieurs notes ; je ne sais pas s'il les a données à mon mari, auquel il a dit : « Vous partUrez demain matin. > Le prévenu m'a dit qu'es Yabaeace de mon mari, il me dcmnerait 12 sh. par sraiaine et qu'il me les apporterait les lundis soir. Le soir où cela s'est passé, nous n'avicMW pas d'argent h la maison.
Quand M. Bernard est parti, j'ai vu des pièces de monnaie étrangère sur la table : une pièce ressemblait à un souverain ; une autre à un demi-souverain. Je n'ai pas entendu le nom de Fendrait où mon mari se rendait ; mais le mot 277 a frappé WÊtm oreille. Le prévenului a dit : « Quand vous seroz à la fin de votre voyage, vous trouverez quelqu'un que voi» connaissez» > Ce sont les journaux qui m'oDt appris où mon mari élait allé. J'ai vu un passeport entre les mains de mon mari.
M. James. Savez-vous lire?
Le témoin. Pas très-bien. Mon mari m'a la une partie du passeport. Le papier que Ton me présente ressemble à celui que j'ai vu» mais je ne saurais affirmer que ce soit le même. Je crois que le mot que Ton m'a montré sur le papier est de la main de mon mari; je ne peux pas le déchiffrer. Dans la matinée» après le départ de mon mari, j'ai été au café Suisse où j'ai laissé un billet que mon mari m'avait écrit.
Le lendemain, le prévenu est venu chez moi et il m'a donné dix shil. II m'a dit avoir reçu une lettre de mon mari qui lui disait qu'il ne tarderait pas à revenir. <x Si vous entendez dire quelque chose de votre mari dans les journaux, a-t-il ajouté, vous n'y ferez pas attention. » Il m'a demandé si j'avais donné son adresse à quelqu'un, je lui ai dit que non. Lorsqu'il m'a parlé du nom de mon mari, qui pourait paraître dans les journaux, je lui ai demandé pour quelle raison son nom serait mentionné dans les journaux ; il n'a pas répondu. <c Si l'on vous demande des nouvelles de votre mari, m'a-t-il dit, vous vous contenterez de répondre qu'il se porte très-bien. » Je ne comprenais pas ce que cela signifiait. Je me rendis à Noltingham, chez ma grand'mère, sous mon vrai nom d'Elisa de Rudio.
Ayant de quitter Londres, j'ai reçu une lettre de mon mari, qui m^a été lue par M"^* Fay ; je ne sais pas ce qu'est devenue cfette lettre ; je l'ai vainement cher^ chée. Je suis restée six jours à Nottingham.
n est donné lecture d'une lettre portant que 12 shillings seront envoyés toutesles semaines à M°* Élisa Booth (c'est le nom de famille de M"' de Rudio), tant qu'elle se conduira bien, par M.William Thompson.
Le témoin^ continuant. Mon mari demeurait chez ma tante à Baldwin's Gardons, la première fois que je l'ai vu. Je ne sais pas quelles étaient ses occupations avant notre mariage. Je crois cependant qu'il fabriquait des enveloppes ; il a continué d'en fabriquer pendant trois mois encore.
M. James. Mylords, je dois vous faire observer qu'il serait dangereux d'exiger de la part du juré malade une plus longue attention.
lard CampbelL La Cour va s'ajourner immédiatement.
M. James s Votre Seigneurie voudrait -elle bien nous dire comment on devra procéder, à l'égard du procès , en ce qui touche les points réservés ? Devronsnous les discuter complètement, ou simplement formulernos conclusions?
Lord Campbell. — Vous les formulerez tout sim-
plement. EXes seront 'réservées pour rexanen -des quinze juges, en la cour d'appel crioiiiMl.
L'audience est levée et l'afiaire est renvoyée au lendemain matin dix heiives.
AIIMSNCB DU 1S AVKIl.
Eld$a RtidiOf interrogée de nouveau, déclare que son mari venait de Bellimo quand fl est arrivé en Angleterre : il avait 2S ou 23 aos^ elle ne sait rien des détails de sa vie avant le maîage. A NoUinghaHi, il l'aidait à travailler à la dentelle, il ne gagnait rien alofs ; ensuite il a donné des leçons d'italien. Au moment où ils sont venus demeurer dans Batenn&'s^ Bmldiogs, il n'avait pas de leçons. Avant Noël, quelques amis lui doimaient des secours d'ax^^eot, notain*» ment M. Taylor, de Nottingbam; il reoevait aussi des secours d'une comtesse et d'un banquier. Elle n'a jamats vu Orsini ni Pieri ; elle ne sait pas si son maii les connaissait ; elle coo^rend un peu l'italien ;
elle pourrait comprendre une conyersation faite en italien, mais non en français ; elle demeure maintenant à r bdtel de Bedford, où Fa logée E. Smith ; c'est lai qui Ta conduite à Paris. Toutes ses dépenses ont été défrayées par la police» qui lui a donné des vêtements et de l'argent de poche. A l'hôtel Bedfard^ Smith venait la voir deux fois par semaine. Elle croil avoir vu M. Wiiliamson en compagnie avec M. Saun* ders. Quatre agents de police sont venus tous les jours chez elle pendant la première semaine; on a saisi ]espai»ers de son mari à Nottiogham. Sa mère est actuellement avec elle à l'hôtel Bedford. C'est la police qui paye leurs dépenses. Saunders et M""* Cheney sont venus avec elle à Paris dans un hôtel tenu par une personne du nom de Saunders ; elle a vu son mari dans la prison. C'est la police qui a payé tous ses frais de voyage. On ne l'a pas interrogée à Paris; elle n'y a été conduite que pour y voir son mari^ qu'elle a vu deux fois, le vendredi et le samedi ; elle ne l'a pas vu sans témoins; Saunders et des agents de la police française étaient présents. Elle est re* tournée, avec Saunders, à Paris, oili elle est restée une semaine ; elle a vu son mari deux fois : il avait demandé et obtenu la permission de la voir* Elle reste, avec son enfant, à l'hôtel de Bedford. Depuis
la semaine dernière, elle n'a' plus rien reçu de la police. Lorsqu'elle était à Paris^ elle a adressé une pétition à l'impératrice pour la prier de faire obtenir la grâce de la vie à son mari. La semaine suivante, elle a appris qu'il n'avait pas été exécuté»
Madame Mechenheim paraît trës-souQrante ; elle déclare être née en Angleterre; son mari habite Bruxelles. Â Birmingham, où elle a demeuré, elle a connu un individu nommé Pieri, qui était professeur de langues. Pieri, qu'elle avait perdu de vue, est venu la voir à Bruxelles, le 7 ou le 8 janvier; ils sont allés, avec son mari, au café Suisse, et Pieri leur a dit que, le train partant plutôt qu'il ne pensait, il serait forcé de partir dans la soirée. Il l'a priée de garder un colis ; elle a trouvé que le colis était lourd ; il lui a dit que c'était une nouvelle invention et qu'il lui serait obligé si elle voulait s'en charger jusqu'à son retour. Ce colis, qui lui a paru être du métal, avait une forme ovale. Elle, son mari et Pieri ont dtné tout près de la station du chemin de fer du Nord. Pieri est parti pour Lille, emportant son colis. Elle n'a jamais vu Bernard ni Orsini.
La déposition de M. L.-N. Mechenheim n'ajoute rien à celle de sa femme.
M. Edward Mocleyj commis à la Banque d'Angle-
terre, dépose que le S6 novembre, un gentleman est venu changer 435 livres en or contre des billets d'Angleterre; il a donné le nom d'Orsini, 2, Grafton Street, Kentish Town ; il lui a donné un billet de 5 liv. st. 3 de 10 et SO de SO liv. Des numéros des billets correspondent à ceux des neuf trouvés sur Orsini; les deux billets produits, changés par Bernard, avaient été donnés à Orsini, ainsi que les billets trouvés sur Pieri. Les deux billets de 20 liv. et le billet de 5 liv., produits, avaient été également donnés à Orsini.
M. Lowell. Je tiens le bureau de M. Speillmann, courtier étranger à Londres. J'ai donné à Bernard le change en or pour les deux billets de 30 livres produits. Bernard a écrit son nom sur les deux billets, en la présence du témoin. Les billets ont été versés le même jour à la banque de Robart. Un autre billet produit portait au dos, de la main du prévenu : Park place, Bays water. J. F. Bernard, 12, 5fl. G® billets, ce qui signifiait prc^blement 12 billets de 5 il. allemands.
Madame Rtghenzi, qui arrive de Bruxelles, où son mari tient le café Suisse. Elle a vu le prévenu dans le café ; il fumait. Elle a fait un dessin des gre-
nades. Ce dessin a été remfa au jaged^instnactîon, à Bruxelles.
Interrogée précédemment par le consuF cPAngteterre à Bruxelles, elle a décrit exactement hs grenades.
M. Devismeê dépose aTOÎr Tendu le 8 janvier à Orsini un pistolet, moyennant 160 &•
Madame Fay, femme de William Fay, a demeuré dans la même maison que les époux Rudio, dans Bateman*^s-Buildings. Bs étaient dans une effroyable détresse; elle leur a souvent prêté de l'argent. Qnasd Bernard a en fdSA leur eonnaissa&ee,. ils^ lui ^mt rendu ce ipt'iis lui devaient, et ils ont retiré-des effete fin étaient en gpage^ Après qn'dle a €tt do&oé keimre à M*'' Budio d'une lettre qu'elle avait ceçne de Paris, Tcovdiâpiie a été brûlée dans sa cheminée, et ItP^ Rudibi a porté la lettre chez eHe. Elle a vu H^^Rudio ^aon enfant àrb&lal Bed&ird. SanoMieis l'y acondjjie. Bans Bat^nsnVBuiidiiigs, ii lœnait constamment de& étran^jo» paiK vmr Budio, mais pas d'Anglais.
Madame Brian. Je demeure à l'hôtel de Franceet*Champagne, rue Montmartre, à Paris. Deux personnes sont venues en janvier; elles ont pris la chambre n*> 50 dans l'hôtel; elles y ont couché
quelqae temps. On les connaissait sons le nom de Swiney (Gomez), et Andréas (Pieri). Je les ai revues en prison à Paris. Gomez est parti, et Pieri a continoë d^)ccilper la chambre n^ 50, jisqa'è son arrestation. Le jonr du départ de Swinej, il est ventr nne troisième personne sous le nom de Ba Siha (de Rndio); je Faî reeonnn depuis en prison pour être de Rudio. Da Sîlva a- occupé la chambre n» 50, avec Andréas, jnsqu'ï son arrestation. Gbmez et Pieri recevaient la visite d^'un nommé T. AUsop, que; faî reeonnn depuis pour être Orsini; i! venait * rhôtel presque tous les jours.
Le 14 janvier, Orsini est venu, il est resté quelque temps avec Pieri et de Rudio. II j est resté de* midt & «ne heure; it a été rejoint par Gomez, qui est venu & cheval. Tons les quatre sont montés en*^ semble à la chambre n* 50. Orsînî et Gomez sont revenus vers cinq heures^; après être restéis quelque temps ensemble, ils sont partis. Je n'ai plus revu personne que de RucBo, lorsqu'il est rentré vers dix heures après Fattentat. H a demandé sa note, too- ''^ lant, a4-il dit, partir le lendemain matin à cinq! heures. Il est monté dans sa chambre. Des agents de police sont venus trois fois à l'hôtel pendant la nuit, ne deinAo4ept aue Pieri. Le témoin leur a
indiqué Da Silvia (Rudio) parce qu'ils demandaient un Italien. U a montré son passeport, qu'ils ont examiné et ils sont partis. Ils sont revenus de minuit h une heure pour la troisième fois. Ils ont arrêté Rudio qui était couché et ils l'ont emmené avec un revolver et un poignard trouvés sur lui. Pieri et Gomez, au commencement de leur séjour, passaient le temps à causer, à. lire les journaux; ils sortaient peu. Je n'ai vu les quatre hommes réunis pour la première fois que le 14 janvier dans la maison. Gomez et Pieri étaient dans la salle à manger, où Orsini les a trouvés. Orsini paraissait toujours trèscalme. Us sont montés dans la chambre n^ 50. Gomez paraissait très-agité.
Le procureur général^ en réponse à une question du lord premier baron, déclare qu'il y a encore plusieurs témoins à entendre, mais que leurs dépositions prendront peu de temps.
La cour suspend l'audience à deux heures.
, A la reprise de l'audience, des dépositions sont entendues : elles ont trait aux mouvements du prévenu jusqu'au Jour de son arrestation, et aux articles trouvés sur lui.
AUDIENCE DU 16 AVaiL.
A mesure que le procès approche de son terme, l'intérêt public paraît augmenter. On voit dans Taudience beaucoup de dames, et entre autres la duchesse de Manchester, miss Campbell, les femmes de plusieurs aldermen et leurs amies. Le duc de Manchester, le comte de Lucan, lord Bingham, sir B. Mayne, sont présents.
Le prévenu est à la barre.
M. James, défenseur du prévenu : Je n'aurai pas besoin de beaucoup de paroles pour convaincre le jury de la conscience que je dois avoir de mon insuffisance dans une cause affectant les hbertés et les privilèges du monde civilisé. Toutefois le barreau anglais (le fait est notoire) s'est toujours fait un devoir et a tenu à honneur d'assister les faibles contre les forts, l'opprimé contre l'oppresseur, et dans cette
enceinte, les illustres noms d'Erskine, Brougham,
DemmoDy et en dernier lieu du lord premier baron PoIIok, ont jeté Téclat de leur influence sur la cause de la liberté.
L'affaire qui vous est soumise présente les caractères les plus extraordinaires. Toutefois, je dois reconnaître la modération dont a fait preuve M. le procureur général dans son réquisitoire; et de mon côté, je me fais fort de prouver que l'acte du parlement sur lequel est basée la poursuite, a élé détoonié de son véritable sens, et celte opimoo n'est pas seulement la mienne, elle est partagée par les pit» grands juristes de l'époque. L'acte dtu parletnent dont on a ai^né n'a jamais été antérieuremeiil appliqué i de semblables cas. Il semble qn on ait voulu faire une arme contre le prévena dans des circonstances très-extraordinaires; dans l'intérêt de Taccusation, on a baâHlement, dramatiquement exploité Tatlentat du 14 janvier; aoaîs le jiny voiidra bien avoir présent à la peaaie que le sieur Bernard n'était pas à Paris» poussant les auteurs du crime à sa perpétration. Je ne veux pas discuter ici les éoctrines politiques se rattachant à ce crime, je me bornerai à dire qu'en Angleterre 9 n*est pas de crime excitant à un plus faanft point rhorreur publique q«e l'assassinat.
là
le ^feoseor s'allaeke à éfmotâiereù9QiÊeqaBM one poursuite aussi extcaonttnam a édé îolmtéft omke^tm eliest, c'esl qu'il Mfaitqm leaiiBisl6re de lord Deribgr eût l'air de faire quelque chose pour dauiier saliefaetîoo au gOfOvemeiMat français. HeuiMseiDettl» pour obtenir du jury ud verdict de eon* dnmiatioii» fl fandsail prourer (ce qai d'à pas été prouvé) qœ le pr6fena avait eicité^ proroqui et conseillé les meartre» qm oui ensanglioilé Fat is. Le jury Tondra bien ^ rappeler que de tsoles les dédanaAom émaaées du prévenu, il n'm est pas use qui soil iocDiDpoi9)le avec la pensée qu'M était dans la , pbis complète ignorance de loitt atteittat profelé^ contre rËmpereur des Français*
Le docte défenseur lit des passages des rapports du baron Alderson, pour prouver que ces présomp* fions doivent être prises en considération.
C'est à k couronne à prouver non que le préveau était affilié à quelque soulàveinesU général p^ur Via-' térèt présumé de son pays, mais qu'il a été réelle^ ment l'instigateur des meurtves dont on Facciise. fl n'est pas prouvé que les grenades achetées i Bûrxma^ gham aient été celles qui ont ensanglaAté Paris. Sit grenades ont été fabriquées par Ta;kNr, à Biranis*-
gtiam, trois ont fait explosion à Paris, deux ont été trouvées depuis, une autre a disparu.
On n'a pas prouvé qu'aucune de ces grenades ait été entre les mains de Bernard. Sans doute le prévenu a porté à Bruxelles des grenades qui devaient aider à régénérer ritalie; mais ces grenades ont été complètement étrangères à l'attentat du 14 janvier. Le témoin Georgi, dont la mémoire me paraît singulièrement élastique, avait d'abord dit que les grenades qu'il avait vues n'avaient que six cheminées; puis, quand il a vu suspendue sur sa tète la menace d'une arrestation, il s'est rappelé qu'il y avait 25 cheminées. Il serait par trop cruel d'envoyer un homme à la mort sur la foi de semblables dépositions.
Quant aux pistolets, ils avaient été achetés en vue d'un soulèvement général en Italie. M. Bernard désire qu'on le sache bien, et qu'on sache bien aussi qu'il n'a eu aucune connaissance du projet d'attentat contre l'Empereur. Du reste, il ne se cachait pas, il s'est rendu en Belgique avec un passeport pris en son propre nom , et les billets qu'il a échangés à la maison de banque de Lombard street portaient son nom au dos. Des armes avaient été envoyées à Paris, mais ce n'était pas pour assassiner l'Empereur, ^quoique dans un moment fatal et cédant à une brus-
que impulsion y Orsini et les autres aient commis l'attentat que tout le monde déplore.
On a fait grand bruit d'une lettre d'AUsop à Bernard, remontant à une année de date; mais il n'est pas démontré que Bernard ait fait réponse ni attention à cette lettre.
J'arrive à la déposition delà femme de deRudio.Si l'on ne prouve pas que de Rudio avait été payé par Bernard spécialement pour le meurtre» l'argument tiré de la déposition est sans force. De Rudio avait été engagé par Bernard, au nom d'Orsini, dans l'intérêt d'un soulèvement général, et les grenades devaient servir contre une armée et non contre des individus. Quand Bernard apprit ce qui s'était passé à Paris, sa première exclamation fut qu'Orsini, sans doute, était fou. Sur Orsini, Pieri, Gomez et de Rudio l'onn'a rien trouvé de nature à compromettre Bernard. Les dernières déclarations d'Orsini sont une preuve à la fois concluante et solennelle de sa pensée, qui avait toujours été un soulèvement général et non un crime particulier; elles sont la preuve de la parfaite innocence de Bernard.
Quand cette innocence est clairement démontrée,
le jury ne voudra pas détourner la législation anglaise
de son véritable esprit pour arriver sûrement à la des-
trodion èa ârok »efé d'^e si 'ihêt mûL Anglais. Maintenant, il ne me Teste plas qu'à dire aux jusés : J*ai fait m&a devoir ^ns penr, en CdDsôeSfie, awc fermeté, faHes de mèoke^ et, uae ioîs de .plus» m(w- trez qoe le jury est le sanctuam de la Ubarlé &s^ glaise.
L'awiifeime est saspendiKL
L#fdl €<xmfb€&. Je ne pouivai pa» présenter aojoard'btti moa résumé. La Covr &'aj0oraeira aprèsar^ir enleeda la réplique du itHrocureur général.
Après une eourliB saq[>en&tûn^ randienee es4 reprise.
VaM&meif fénéral prend la parole et répond sur Faffak^e tout entière. Le moment est vena poiff snoi, dh'il, de résuiKier devant vous les prewes à Vappoi de la poursuite, et le moment n'est pas maintefieii^ fortélœgné où tous am*ez à reasaplir votre tàobe. En^ remplissant la mienne, je m'efforcerai de me cenfarmer dms les limites de la loi et de la pratique de nos cours dans des questions de cette espèce.
Qu'on ne suppose pas que }e blâme mcm ami M. James d'avoir, dans un entraînement d'âoquence râpe devant les cours de justice, dépassé les boroes prescrites à im avocat, quoiqu'il ait introduit divers sujets dans le cours de sa plaidokie. Si j'en dis au*
tmt, c'est parce que dma de^voir n'est pas de Vy «;ii^ vre, mais de tâcher de ramener votre attentioa sar les YéritaUes questiens^qoe vous a?ez à examiner et sur lesq^Ues vous devez prononceL. U faut d*abord écarter de volire esprk cette cbiinèFe de m»u savaat ami, i savoir que ee procès» évoqué dévoiles doclesjuges du pays, dans une cour de justice anglaise, devant un jurj anglais» a été provoqué par le gou-veraeraent français ou par tonle autre personne que celles qui étaient compétrates daps une semblable poursuile dans ce pays.
Le dernier attorney général a institué «ette en* quête d'après des circonstances certaines qui ki avaient été comsittniqHées et indiquant qu'il existait ht preuve que le prisoniner était impliqué, avec Or^ ^ni et d'autres individus, dans une conspiratioi^ pour assassinat. L'affaire a été portée devant un magistrat, qnand il a été donné une prewve certaine, et qu'elle a pris un aspect qui a décidé le savant aivocat chargé de la conduire, et le digne magistrat devant lequel eUe a été évoquée, à faire arrêter le prison* nier comme complice avant l'assassinat On n'a point, pour produire cette accusation, foiûilé dans devient actes du parlement, car celui qu'on a consnlté a été passé dans la dernière année de GFCorge lYr
'^i en des circonstances que la plupart se rappellent.
Ce n'est pas le gouvernement qui a fait cette accQsation ; c'est le savant magistrat devant qui le pri- -sonnier a été interrogé, convaincu qu'il était de son devoir d'agir ainsi conformément aux termes de l'acte du parlement. Elle arrive maintenant devant vous 9 comme jury anglais appelé à décider sur b culpabilité ou sur l'innocence du prisonnier, d'après la preuve produite, et non d'après l'éloquence du savant défenseur du prisonnier. J'ai pleine confiance dans l'impartialité de votre décision, et quant aux observations du docte défenseur sur mon silence, j'ai dit pourquoi cette accusation a été intentée. Heureusement, c'est la première affaire de ce genre qui soit arrivée en ce pays , et il ne faut pas ^'étonner si c'est la première fois que le pays a été ainsi déshonoré, que ce soit aussi la première fois qu'une telle accusation ait été produite.
Ici, l'attorney général justifie la manière dont il a dirigé la poursuite. Si un pareil attentat, ajoatet-il, eût été commis chez nous, sur la personne de notre reine bien-aimée, et qu'un grand nombre de personnes eussent été blessées, qu'eût-on dit à un gouvernement étranger qui aurait jugé à propos de
refuser justice, sous prétexte qu^on lui en imposait le devoir! Il n'est pas, en Angleterre, une seule personne qui, à la fin du procès, ne tùi charmée de voir que le pays a été layé de la tache qui lui a été faite.
Je demandé que le jury rende le prisonnier à la liberté , pur de toute flétrissure à son honneur, s'il le croit innocent, mais dans le cas contraixe, je l'adjure de remplir son devoir sans égard à ce qui s'ensuivra. Le prisonnier est accusé d'être complice avant le fait, et la loi porte que si toute personne a fourni des moyens quelconques par lesquels ces individus, Orsini, de Rudio et Pierî eussent pu assassiner l'Empereur des Français, ou tenter de lui faire de graves blessures, et que si en faisant cette tentative ils ont, quoique sans le vouloir, fait périr d'autres personnes, alors ceux qui ont commis cet atte sont coupables d'assassinat, et ceux qui les ont assistés sont complices avant le fait.
Il importe nullement de savoir s'ils ont eu l'intention de faire périr les mêmes individus nommés ^ns l'acte d'accusation. La responsabilité morale <iui ^'attache au crime de ceux qui ont assassiné en masse> tombe sur chacun de ceux qui, directement ou indirectement, ont fait emploi des instru-
me&ts. Le sairant eooseil a longuemenl et oiiautîeusement exposé k3 fait détaillés dans b cours des déposUions, elU a sig^ialé c«ux qcd» ainsi qu'il Ta souteDu, prraxeQl l'aGcusatioiL iateotée coatre le prisonnier.
Deux questions sont soamiaesaajurj : i^'lesiostnimeiits fournis à Orsini sont-ils le» mêmes grenades do aa soBt-41s qa'une partie de ces grenades que M. Tajlor a fabriquées, qu'Àllsop a payées ^ avec lesquelles ûrsini et aes complices ont commis les assassinats? On bien soni-^e d'autres iostm* ments fabriqués, achetés, qu'on s'est procurés ailleurs et qui ont été portés à Bruxelles pour wn but différent?
Yoioi la dernière question : Quel que soit le désir qu'ait le jary de juger avec miséricorde et humanité la conduite du prisonnier, sur laquelle il me parait Im être impossible d'avoir le moindre doute , les jurés ont à se demander si le prisonnier avait con» naissance des criminels desseins pour l'accomplisse* ment desquels ceainrtcuments avaient été fournis»
yi
AUDIENCE BU 17 ÂTRIL.
L'intérêt que présente cette afiave anjourd'lraî était très-grandy par le désir, sans doute, qu'on avait d'entendre le résumé du lord premier juge. Longtemps avant 9 beures» un grand nombre de dames et de gentlemen sont assis dans les galeries et dws l'enceinte delà cour. A dix heures, la cour était encombrée.
Quelques minutes après dix heures, les doctes juges entrent dans Tenceinte de la cour; il precnent siège sur le banc, et le prévenu ost amené à la barre.
M. John Simon, défenseur du prévenu , avant que Sa Seigneurie ait commencé son résumé, dit ^vTû pense que, conformément à Facte du Parlement, les points qu'on a voulu réserver doivent être retetms et expliqués à Tépoque du jugement. H a néanmoins adressé une demande à llattomey général pour qu'il lui soit permis de retenir pendant un temps
raisonnable quelques autres points que le conseil voudrait faire valoir en sa faveur, demande que le docte conseil a adoptée.
Lord Campbell. Il ne reste plus à Taitorney général qu'à exprimer son assentiment ou son refus à cette demande. Les doctes juges ont le pouvoir de réserver tout point de droit pendant un jugement^ bien que cela ne puisse être fait par le conseil opposé, et de le porter devant la cour criminelle d'appel. Cependant, Leurs Seigneuries admettront tout autre point que pourrait proposer le conseil du prévenu, pour être discuté dans un appel devant la cour criminelle d'appel.
Lord Campbell commence son résumé. Il parle très-bas. Nous approchons, dit-il, de la conclusion de cette enquête solennelle qui dure depuis si longtemps. Les juges, mes confrères et moi-même nous avons vu avec une grande satisfaction l'attention constante que le jury a prêtée à ce qu'il a entendu, et Leurs Seigneuries ont été particulièrement frappées du vif désir qu'avait montré le jury hier au soir de ne pas précipiter l'affaire, quand il a demandé unanimement que le résumé fût ajourné au lendemain, malgré toutes les privations qu'il avait souffertes en ' se trouvant si longtemps séparé de la société, de la
iamille et de ses amis et malgré tous les autres inconvénients. Je crains néanmoins qu'il n'ait encore à supporter d'autres inconvénients, car quand il s'agit de la vie, un jury ne peut apporter trop d'attention dans l'examen des faits qui doivent former sa conviction.
Il sait que pendant le jugement un grand nombre de questions légales importantes ont été réservées, et dont le prisonnier pourra profiter si le verdict lui était contraire sur la question de fait qui est soumise à sa décision. Il est juge du fait, et le fait important qu'il a à examiner est de savoir si l'accusé était complice du projet d'assassinat de l'Empereur des Français par l'explosion des grenades. En forme, il est accusé d'être complice du meurtre d'une personne nommée Batty, et, bien que la mort de Batty ait bien pu ne pas avoir été dans son intention, cependant, si cette mort a été la conséquence naturelle et probable de la tentative d'assassinat de l'Empereur des Français (et si ces faits étaient établis contre lui}, il serait complice avant le fait.
Tout ce que la loi soumet à son examen, en vue
de ce jugement, c'est que le prévenu pendant son
séjour dans le Royaume-Uni, était sujet deSa Majesté.
Il y a reçu asile ; il a été protégé par les lois an-
glaises ; il leur devait obéissance et il était lié par elles de la même manière qpe tout autre, né sujet anglais ; il a à examiner s'il est démontré par les preuves que le prévenu a commis quelque acte dans le Royaume-Uni, qui le rende complice dans cette accusation. Ainsi que je Tai fait observer, bien que le prévenu ne se proposât pas la mort de Batty, et qu'il n'eût probablement pas connaissance qu'il eiîstât, cependant, si le jury pense que sa mort a été occasionnée par Texplosion des grenades lancées avec l'intention d'assassiner TEmpereur des Français, le prévenu sera considéré comme tout aussi complice de la mort de Batty, que si Batty avait été ^ personne qu'il se proposait d'assassiner.
C'est, je n'ai pas besoin de vous le rappeler, d'après la preuve que votre verdict doit être déterminé, et cela conformément au serment que vous avez prêté. On vous a présenté des arguments qui, je dois le dire, me paraissent étrangers au procès ; mais la cour n'a pas voulu gêner la défense, de crainte qu'on ne s'imaginât que l'avocat du prisonnier n'avait pas eu la liberté d'émettre les arguments qu'il croyait utiles à son client. C'est ici une cour de justice oh Ton ne s'occupe point de politique. Voire devoir est de vous renfermer dans la loi ^ dans les faits qui
TOUS sont soumis, sans égard è la chute de l'administration de lord Palmerston, aux discussions du parlement, aux assertions relatives aux ordres impérieux d'une puissance étrangère.
Je vous conjure donc d'agir avec indépendance et de rendre votre verdict sur la preuve que vous avez sous les yeux. Il est de mon devoir de vous exposer toutes celles qui ont été produites pour établir la complicité du prisonnier dans l'attentat du 14 janvier. Je ne crois pas cependant qu'il soit nécessaire de vous lire la partie des témoignages qui ont été fournis pour prouver cet attentat. Il n'est pas contesté aujourd'hui, c'est même un fait acquis maintenant à l'histoire, qu'au 14 janvier, au soir, il a été comEaîs par Orsinî, Pieri, de Rudio et Gomez, une tentative pour assassiner l'Empereur des Français avec des grenades.
Le savant magistrat donne ensuite lecture des dépositions, en commençant par celle de M. Taylor, de Birmingham, qui avait fabriqué les grenades dont il a été fait usage en cette occasion, et qui ont coûté la vie à Batty. Quant à la lettre d'Allsop, datée du l^ janvier 1857, qu'on a trouvée chez le prisonnier, Sa Seigneurie fait observer qu'elle a été admise en témoignage, non pour prouver que le prisonnier
s'associait aux sentiments qu'elle contenait, mais simplement pour prouver qu'il avait connaissance de ce qui se passait alors entre ÂIIsop et Orsini.
La déposition de Ring, employé dans les bureaux de la compagnie de South- Western, Regent's Circus, est très-importante, et pour la poursuite et pour le prisonnier. Si la déclaration de Bernard est sérieusement faite, elle prouve que quelque insurrection générale élait projetée, et cette remarque : J'irai là quand il sera de retour chez lui, indique que l'insurrection devait avoir un caractère général et que ce n'était point un attentat à la vie de l'Empereur des Français.
Sij ajoute lord Campbell, vous êtes convaincus que le prisonnier à la barre n'est pas responsable de l'acte commis le 14 par Orsini et ses complices, vous devez l'acquitter.
Le savant juge insiste quelque temps sur la déposition relative aux passeports et à la part qu'y avait le docteur Bernard. Il fait observer à ce propos que ces fraudes tendent à prouver l'inutilité du système des passeports. La femme Rudioa fait sa déposition avec une extrôme prudence et sans vouloir dire autre chose que ce qu'elle croyait être vrai. Enfin Sa Seigneurie recomïpande au jury de considérer Taccusa-
lion portée contre le prisonnier comme s'il était sujet de naissance, et que rien ne doit empêcher les jurés de rendre un verdict de culpabilité contre le prisonnier s'ils le croient justiBé par la preuve. Ils ne doivent pas craindre qu'un pareil verdict porte atteinte au droit sacré d'asile qui a fait si longtemps la gloire de ce pays en protégeant les exilés politiques.
Simon Bernard^ avant que le jury se retire, déclare avec exaltation que les balles emportées par Georgi à Bruxelles n'étaient pas les mêmes que celles qui ont été envoyées à Paris. Il n'avait invoqué aucun témoignage, désirant ne pas nuire à d'autres personnes. Il n'a jamais soudoyé d'assassins, et de Rudio est allé à Paris sur sa propre demande. Il est innocent du meurtre du 14 janvier. Il n*a jamais comploté l'assassinat, mais il a conspiré pour anéantir le despotisme et la tyrannie^ regardant cela comme un devoir sacré pour lui-même et pour tous les exilés politiques. Il s'est écrié avec exaspération :
«( Jamais, jamais je ne serai un assassin ! )»
Le jury se retire à trois heures moins dix minutes, pour délibérer sur son verdict, et il rentre à quatre
heures» après une heure dix minutes de délibération.
Les jurés prennent leurs places au milieu du plus profond silence.
Le greffier dit : Messieurs, ôtes-vous tous d'accord? Le prisonnier Simon Bernard est-il coupable ou non coupable?
Le président du jury répond d'une voix ferme: Non coupable.
Des applaudissements ont éclaté dans Tauditoirc aussitôt que le verdict a été connu. Les juges noni pas cru devoir réprimer celle démonslralion,
La physionomie de lord Campbell semble annoncer qu'il n'est pas fâché de ce que les juges, grâce au verdict rendu par le jury, se trouveront exemptés du soin d'examiner en cour d'appel les questions de droit qui auraient été soulevées en faveur du prévenu en cas de condamnation.
Simon Bernard, en proie à une vive émotion, à salué l'auditoire, se tournant de tous les côtés et agitant son mouchoir. Aussitôt que le silence a été rétabli, il a serré la main de M. Sleigh, qui l'avait défendu devant le magistrat de Bowstreet, et s'adrcssant au jury et à la cour, il a dit :
<( Je ne suis pas coupable I je ne suis pas coupable !
V Angleterre a toujours été et je mis convaincu qu'elle sera toujours la terre de liberté ; elle a tou-^ JQ/urs essayé d'écraser le despotisme. »
Lord Campbell. Vous ne pouvez pas continuer ainsi.
Simon Bernard, suivant le conseil de ses amis, garde le silence. .
il, Simons. Je pense qu'après ce verdict le docteur Bernard n'aura pas à se défendre contre les autres accusations de meurtre.
Lord Campbell. Je présume qu'il ne sera pas donné suite à ces accusations.
Le procureur général. Noire inlenlion n*est pas de faire entendre des témoins à cet égard. (Applaudissements.)
M. Simons. J'espère alors que Vos Seigneuries permettront au docteur Bernard de répondre à d'autres accusations.
Lord Campbell. Assurément.
Simon Bernard est rappelé à la barre ; il manifeste d'abord une certaine inquiétude et de Thésitation. M. SIeigh lui explique qu'il va être procédé à l'acquittement pour les autres chefs d'accusation.
M. Clark. Docteur Bernard, quelle est votre in* tention au sujet des antres chefs d'accusation?
Simon Bernard. Je soutiendrai que je ne suis pas coupable.
Le jury prête serment et acquitte Simon Bernard.
Lord Campbell ayant déclaré que, d'office, les divers chefs d'accusation articulés ne seraient pas soutenus, de nouveaux applaudissements éclatent dans la salle d'audience. Le public fait écho dans la rue, et ce nest que quelque temps après que le quartier redevient tranquille.
Ce soir le docteur Bernard sera mis en liberté sous caution, et il sera envoyé^ sous la prévention de conspiration, devant la Cour du Banc de la reine.
On raconte que mercredi, dans l'après-midi, un peu avant la levée de l'audience, un gentleman s'étant approché de Bernard, lui avait présenté un mouchoir de poche blanc qu'il lui avait remis entre les mains.
Le sous-shérif, M. Wehevehead, gouverneur de la prison, a pris aussitôt le mouchoir au prévenu et il Ta examiné.
En le déroulant il y a trouvé un paquet bleu contenant du tabac.
Les autorités ont été étonnées que Ton apportât
du tabac au prévenu qui est autorisé à en avoir sur lui.
Le prévenu avait instamment demandé au sousshérif la pennission de serrer la main d'un ami avant de quitter la salle d'audience, cette faveur lui a élé refusée dans la crainte qu'on ne lui fournit des moyens de destruction en cas de condamnation.
Pendant les audiences, deux agents de police avaient pour mission spéciale d'avoir l'œil sur les étrangers présents.
Nous ne savons pas si Ton a analysé le tabac trouvé dans le mouchoir^ (Sun.)
M. A. Balleydier écrivait de Rome à un journal de Paris, à la date du 3 avril 1838, à propos de la conduite des Anglais pendant la semaine sainte dans la ville éternelle :
<( S'il y a quelque chose de respectable, de saint et de sacré au monde, c'est ia foi d'un peuple se recueillant chez lui, à de certains anniversaires, pour célébrer les plus mémorables mystères de sa religion ; c'est le temple où il se réunit, c'est rautel devant lequel il se prosterne, en présence de ses prêtres et de son pontife suprême. Les têtes carrées de l'Allemagne, les fidèles de l'Eglise russe, les ado^ rateiirs du Koran, tous les dissidents du culte ca-
tholique accourus à Borne pour admirer les pompes des fêtes de Pâques, respectent arec convenance et dignité les sentiments et les actes d'une religion dont ils ne partagent pas les croyances. Les Anglais seuls, sauf quelques imperceptibles exceptions, affectent dans les lieux, saints un cynisme d'attitudes, de maintien, de manières, qui provoquent l'indignation et soulèvent le cœur de dégoût ; les dames anglaises, les dames elles-mêmes qui appartiennent à la classe riche et bien élevée, se signalent par un sans-façon, par une liberté d'allures, par une impudeur du der< nier mauvais goût.
» Les hommes se rendent à Saint-Pierre ou à la chapelle Sixtine, comme s'ils allaient à leur taver- Tcs, les femmes y vont et s'y tiennent avec inCniment moins de décence que dans une salle de spectacle. Les hommes enlèvent à coups de coude et à la force du poignet, les meilleures places des tribunes réservées, et, sans y être invités, ils y arrivent les premiers, d'un pas autrement rapide que celui dlnkermann. Là, malheur au voisin, qui, gêné luimême, les gêne ; ils ont au bout de leurs poings un argument irrésistible, celui de la boxe. Les femmes étalent effrontément le luxe de leurs crinolines sur les marches les plus élevées de l'autel, au pied des
évéques, des cardinaux et des princes de TEglisc. Si les gardes suisses du brave colonel Mayer les laissaient faire, elles iraient, n'en douiez pas, s'as< seoir sur la mule du Irès-Sainl-Père.
» En attendant le commencement des cérémonies, on voit çà et là dans l'intérieur de Saint-Pierre, sur la marche d'un autel, au coin d'une chapelle, devant le tombeau d'un pape, un groupe d'Anglais et d'Anglaises se Uvrant gaiement à l'exercice du rosbeef froid et du plum -pudding et du champaigne. Il n'est pas rare de rencontrer là un gentleman , le cigare aux dents et parlant contre l'intolérance catholique qui prohibe dans ces temples cet encens d'estaminet.
» Ne croyez pas, lorsque la croix pontificale, lorsque le pape lui-même, porté sur sa sédice, passent devant eux au milieu de la foule agenouillée, qu'ils s'inclinent légèrement, qu'ils rendent à la plus grande majesté de la terre le tacite hommage que le dernier goujat accorde à la présence du plus infime prince représentant une autorité quelconque. Non, les Anglais et les Anglaises affectent de se redresser dans leur haute taille ; ils affectent de relever leur têto devant ce saint vieillard qu'on appelle Pie IX, et qui dans ce moment n'est élevé au-dessus d'eux que
pour répandre plus facilement sur leurs fronts arrogants les bénédictions dont sa main et son cœur sont pleins. Le dimanche des Rameaux, j*ai vu un Anglais long de six pieds venir se camper fièrement à cinq pas de Pie IX et le lorgner avec une jumelle de spectacle, au moment où le pape bénissait tous les fronts courbés devant lui. Ce jour-là, le général comte de Goyon, commandant l'armée française à Rome, a dû intervenir lui-même et donner une leçon sévère à un Anglais dont Tinconvenance, dépassant toutes les limites, était une insulte pour les catholiques présents.
» On n'accusera pas nos officiers d'être des capucins; mais on reconnaîtra partout qu'ils ont le sentiment des choses saintes et des convenances.
» Il n'en est pas un à Rome qui n'éprouve une impression de colère et d'indignation contre l'indécence des Anglais assistant aux fêtes de la semaine sainte. Déjà plus d'un a fait vigoureuse justice des incroyables abus que je vous signale et qui sont le fait de gens qui par leur fortune devraient faire preuve d'une bonne éducation.
y> Que diraient-ils, que penseraient-ils d'un Français qui affecterait de se couvrir le chef devant leur
gracieuse reine passant non pas è Saint-Poul de Londres, mais à Hyde-Park?
» En 1849, j*ai failli être tué et mis en pièces, pour n'avoir pu, pressé par la foule, mo découvrir dans un parterre de théâtre, au moment où la trèsgracieuse reine de la Grande-Bretagne j faisait sou entrée. Ces hommes devraient savoir, en présence de Pie IX, célébrant les mystères de la religion dans ses temples, que le souverain pontife est le chef de deux cents millions de catholiques. Mais ces hommeslà ne croient qu'une chose, c'est qu'ils sont les maîtres du monde, et qu'à ce titre ils doivent avoir le monopole, le privilège de l'insolence et de l'insulte.
if> Ne croyez pas que celte étude de mœurs soit exagérée ; elle n'est que l'expression imparfaite de la tenue des Anglais à Rome pendant la semaine sûiiite. . • • , »
Il y a quelques années, nous écrivions ceci : Les représentants de F Autriche, de la Prusse et de la Confédération germanique à Londres, ont remis . au ministre des affaires étrangères de la Grande* Bretagne des notes protestant contre l'appui immoral que trouvent en Angleterre les réfugiés politiques étrangers qui, de ce pays, fomentent des conspirations pour troubler le repos de TEurope, en collaboration avec lord Palmerston.
De son côté, la Russie a adressé également, au cabinet de Londres, des représentations énergiques, et la diète de Francfort a remis une note dans lo môme
sens au représentant de la Grande-Bretagne auprès d'elle.
Le cabinet de Vienne, tant qu'on n'aura pas donné satisfaction à ses justes réclamations, tant que les révolutionnaires de Londres pourront impunément organiser des relations criminelles avec leurs frères 4:1 amis d\i reste de l'Europe, ce cabinet, disons-nous, maintiendra la mesure qu'il a prise et qui consiste à mettre obstacle au voyage dans l'empire autrichien, <le personnes munies de passeports anglais ou venant de la Grande-Bretagne.
Il était temps effectivement de s'opposer au scandale de la propagande palmerstonienne-mazzinienne. Ces deux hommes d'Etat de la révolution mettraient •encore le feu à l'Europe si on les laissait faire.
La responsabilité du ministre anglais sera grande -devant la postérité et devant l'histoire. Pas un mouvement insurrectionnel n'a éclaté depuis vingt ans dans le monde, sans qu'il n'y ait pris sa part de collaboration, sans qu'il ne l'ait soit organisé, soit encouragé, soit salarié.
Sous prétexte de religion, il a envoyé des missionnaires par toute la terre, qui , d'une main vous donnent une bible, de l'autre vendent des armes à tous ceux qui veulent s'insurger contre et pour n'importe qui.
Faire servir une religion quelconque à cet odieux commerce, c'est la déshonorer, c'est se déshonorer soi-même, c'est offenser Dieu de la façon la plus abominable.
Ce n'est pas tout. Outres ces prétendus missionnaires de Jésus-Christ, lord Palmerslon a enrégimenté une foule de commis-voyageurs révolutionnaires, chassés de leur pays, conspirateurs nomades, qui, à sa solde, et d'après ses instructions, s'abattent sur tous les points par lui désignés et y propagent l'incendie démocratique.
C'est ainsi que les agents de cet homme, démon de la politique, ont été décpuverts parmi les misérables qui ont été arrêtés à Rome, et qui avaient organisé une société secrète ayant pour but regorgement du Saint-Père, des cardinaux, des principaux officiers de l'armée française, et après, la proclamation do la république.
C'est ainsi que la main de lord Palmerslon s'est encore reconnue dans les troubles qui ont agité naguère la Suisse et ont livré ce malheureux pays, autrefois heureux et libre, au despotisme des radicaux, — le plus dur de tous les despotismes.
Il est fort à présumer que si des difficultés se sont élevées à Turin, au sujet du concordai entre leSaint-
Siège et le gouvernement Sarde» c'est encore lui qui les aura soulevées.
Quand une calamité frappe un peuple ou un gouvernement, la première pensée qui vient tout naturellement à Tesprit des hommes politiques qui ont l'habitude des affaires, c'est que cette calamité est le fait de lord Palmerston.
Il faut, en vérité, que ce malheureux diplomate soit abandonné de Dieu pour faire de gaieté de cœur et avec une persévérance si tenace, ce triste métier qui le rend robjet des malédictions de tous ceux qui aiment le repos et la justice.
Une ligue contre cette politique détestable, contre cette politique révolutionnaire, est une sainte et honnête pensée, et les gouvernements de rAlIemagne ont bien fait d'en prendre l'initiative.
Gela devenait intolérable, et il y allait du salut de la civilisation et de la paix de l'univers.
Il faut parquer lord Palmerston dans l'isolement; c'est le moyen de le frapper d'impuissance, lui et les complices qu'il s'est choisis, les Mazzini, les Ruge, les Pyat, les Ledru-RoUin, les Louis Blanc, etc.
KOTE 4.
Iie« PUiosoplieii et les Soelctéii «cerètes.
Le sociétés secrètes prétendent avoir pour but d'affranchir l homme, de le rendre libre, et elles commencent par le courber sous le plus dur des esclavages. L'affilié ne s'appartient plus ; il est soumis à la tyrannie mystérieuse, terrible, inconnue, irresponsable d'un comité dirigeant, qui lui met le poignard à la main et lui dit : — « Frappe! »
Et le malheureux, lié par un serment exécrable, doit obéir s'il ne veut être lui-même immolé par un frère moins timoré.
Le membre d'une société secrète n'a plus d'individualité; il n'a plus de patrie; il n'a plus de liberté; il n'a plus de religion ; il n'a plus de famille I II a tout sacrifié, tout donné, tout abandonné, tout renié! Il n'est plus que l'esclave, criminel s'il obéit, égorgé s'il résiste , de tyrans dont il ne connaît pas même le nom, dont il ignore les desseins. C'est au moment où on le proclame libre, affranchi des préjugés de la sagesse, de rhonnôteté, de la religion, de tout ce qui honore et élève l'homme, qu'on le garrotte avec les plus lourdes chaînes !...
Comment l'Eglise aurait-elle vu sans s'émouvoir ces menées criminelles? Comment aurait-elle souf- Icrt, sans les flétrir, ces réunions clandestines? L'influence qu'elles pouvaient exercer sur le monde était Irop fatale pour que les Souverains Pontifes ne les frappassent pas d'anathème.
C'est ce qui eut lieu.
Ces sociétés, où des hommes, dans un but de carnage, de révolte, de mort, se liaient par de redoutables serments, n'avaient d'ailleurs jamais été encouragées que par des princes ennemis de l'Eglise.
Cette agrégation au crime, ces passions entretenues vivaces pour faire, à un jour donné, irruption sur le corps social; cette pensée de destruction, par-
tout la mûme, ne différant jamais quant au but et rarement quant aux moyens, — tout cela tendait, par Tesclavage de Thomme, à l'asservissement de TEglise.
Ce fut donc au nom de la liberté, que l'Eglise lança son anathème contre ce serpent qui se coucbait sur le sein de la société catholique pour lui dévorer le cœur.
Le mouvement insurrectionnel qui éclata en France en 1789, et qui, après s'être souvent produit, depuis, par des actes d'athéisme et de brigandage, menaçait de faire une explosion suprême en 1852, avait été longuement préparé, bien avant la Révolution française, par les sociétés secrètes.
Il ne faut donc pas chercher les causes de cette Révolution dans l'embarras momentané de nos finances, dans une grande impatience de liberté, mais bien dans l'esprit de révolte contre le principe d'autorité qui rongeait la société depuis de longues années.
Le dix-huiiième siècle fut une conspiration permanente de la philosophie contre le Calholicisme ,
et , bientôt après, contre tous les gouvernements de FEurope.
A cette époque déjà, les conjurés abusaient des mots de liberté^ è! égalité, defraternilé, à^humaniié^ de progrès, de réforme^ de rénovation sociale^ etc.
Cette conspiration philosophique contre l'Eglise catholique et contre la Royauté, cette conspiration, dont les dernières frénésies s'appellent Socialisme^ eut d'abord pour chefs : Voltaire, Diderot, d'Alembert et Frédéric IL
Tous les autres philosophes de celte époque se sont montrés les agents de cette conjuration déplorable. Leur mot d'ordre était : — écraser Vinfâme !
L'infâme, c'était le Christianisme.
Pour mieux attaquer l'Egh'se, on s'acharna après les Jésuites ; on demanda l'extinction de cet ordre sacré, qui avait rendu à la religion et à l'humanité tant de services méconnus.
La secte des philosophes était une société secrète :
— « Je vous recommande le secret; y> écrivait Voltaire à d'Alembert, à la date du 1" mai 1768; « il faut agir en conjurés et non pas en zélés. . . Les mystères de Milhra ne doivent point être divulgués; il faut qu'il y ait cent mains invisibles qui percent le tmnstre, et qu'il tombe sous mille coups redoublés.
Le monstre, c'est la Religion de Jésus-Chrîsl.
La conspiration qui avait pour but, de Taveu de Voltaire, de précipiter tous les Jésuites au fond des mers avec un Janséniste au cou, et de l'aveu de ses continuateurs, d*y jeter également les prêtres et les rois, comptait parmi ses adeptes un grand nombre d'hommes de lettres, des économistes et des princes, des grands de la terre, des souverains dont les passions ne s'accommodaient pas du joug de l'Eglise.
Les ministres de Louis XV et ceux de l'infortuné Louis XVI étaient, pour la plupart, des ambitieux hypocrites, traîtres à la Religion et parjures au Roi.
Dans son ouvrage si remarquable sur le Jacobinisme, M. l'abbé Barruel s'exprime ainsi :
c( Turgot fut le premier qui porta au ministère le double esprit de cette révolution à la fois antichré tienne et antimonarchique. Choiseul et Malesherbcs furent aussi impies que Turgot; et le premier surtout fut peut-être plus méchant; mais il n'avait pas encore existé de ministre assez sot pour chercher h détruire dans l'esprit du Roi lui-même les principes de l'autorité qu'ils en recevaient. »
Tous ces hommes qui se préparaient à donner un assaut à l'ordre social, ne voyaient pas, pour la plupart, combien atroces seraient les conséquences de
leur systî^me. Ils ne voyaient pas que la logique rigoureuse de la destruction du Catholicisme était la destruction des gouvernements.
Eiïectivement, l'homme qui n'accepte pas la domination de Dieu, répudie avec bien plus d'emportement encore celle de ses semblables. C'est pourquoi la Trône et l'Autel sont solidaires. Quand l'un disparaît, l'autre s'écroule. Ils s'étayenl mutuellement. Les rois philosophes, les princes révolutionnaires, doivent s'attendre à être renversés par des hommes qu'ils ont eus pour complices dans leurs velléités imprudentes de Libéralisme et de Philosophisme.
Toutes les (ois donc que le principe de l'autorité religieuse a été attaqué, le principe de l'autorité humaine s'est, pour cela seul, trouvé en péril. Il en est de même des bases de la Société : quand la Religion est méconnue, la Famille et la Propriété sont à la veille d'êtres détruites.
Les principes dissolvants de la philosophie ne tardèrent pas à trouver dans les sociétés secrètes un moyen puissant d'action.
Alors florissait déjà la Franc-Maçonnerie, association immorale et antireligieuse, qui fut condamnée par l'Eglise et qui devait l'être.
La Franc-Maçonnerie fut le moyen révolutionnaire
le plus actif employé par les ennemis du Irône et de Fautel.
La Maçonnerie , qui semble être constituée pour exercer la bienfaisance, n'est, en réalité, qu'une réunion de dupes et de malfaiteurs. Les dupes sont ceux qui n'ont que des petits grades, les grades inférieurs ; les malfaiteurs sont ceux qui ont les grades plus élevés, les grades pour l'agrégation desquels il faut se dépouiller de tout sentiment chrétien.
Si la Franc-Maçonnerie était tout simplement une institution de charité, s'entourerait-elie de mystères dont l'immorahté égale la niaiserie? Est-il besoin,, quand on ne veut s'associer que pour le bien, d'ôtcp à rhomme son libre arbitre et de le lier par des sentiments dont il ne doit pas révéler le mystère.
Pourquoi ces formules secrètes, pourquoi ces cérémonies ténébreuses?
Le secret de la Maçonnerie se trouve dans ces deux mots : Liberlé, égalité; — égalité absolue , liberté sans limites. L'école républicaine et socialiste, issue de la Franc- Maçonnerie, ajouta le mot/rafern^7e, afin de mieux capter la confiance des masses.
Mensonge et duplicité ! En dehors du Catholicisme
il n'y a pas de fraternité. La fraternité révolutionnaire
est un mensonge, une mystification ; c'est un dogme
de haine 9 d'oppression et d'obscurantisme. Les frères de la démocratie senties ennemis, les oppresseurs, les Gains de leurs compatriotes et même les uns des autres. Sous la première République, en 1793, la France a subi la /ra(erm(^ révolutionnaire. Sous la seconde République, en 1848, la France a pu juger encore les mérites de cette fraternité. C'est en son nom que la guerre civile a relevé sa bannière sanglante. Tandis que les mots de liberté^ à' égalité, de fraternité étaient barbouillés sur nos monuments publics et sur les murs de nos cités, le désir de Toppression, l'envie, la cupidité et la haine étaient dans les cœurs de ceux qui avaient étalé cette pompeuse formule. Ces passions éclataient dans toute leur nudité.
A ne s'y pas méprendre, c'est l'esprit de la Franc- Maçonnerie qui a engendré Y iiée révolutionnaire.
Il est facile de le démontrer :
Pour être reçu Maçon il faut d'abord s'engager à garderie plus profond silence sur ces mots: Liberté^ Egalité. Les apprenli^et les compagnons peuvent ne pas comprendre dans quelle voie ils s'engagent et quelle signification terrible ont ces deux mots pour ceux qui occupent les grades élevés auxquels ils ne sont pas initiés* mais il n'en saurait être ainsi pour
eelui qui est reçu maître. Celui-là devrait soupçonner, d'après les formules mêmes employées pour le recevoir, formules qui sont un encouragement à la férocité et à Tassassinat, qu'une pensée criminelle do destruction contre Tordre social se cache au fond de cette association.
On fait pénétrer l'initié dans une loge tendue en noir. Au milieu de la salle funèbre s'élève un sarcophage couvert d'un drap mortuaire, autour duquel les frères se tiennent réunis, les uns dans l'attitude ridicule d'une douleur simulée, les autres dans l'attitude également ridicule, mais plus blâmable de la vengeance.
Pourquoi cette comédie étrange et qui tient du blasphème? Pourquoi celte atroce pensée, cette pensée impie de vengeance qui se dresse sur le seuil de la loge? Ne devrait- elle pas être considérée par rhonnête homme comme un avertissement pour sa conscience? Le chrétien ne devrait-il pas s'arrêter dès ce début, qui n'offre rien de suave à son cœur, rien d'honnête à son âme, rien de rassurant pour un esprit droit?
Mais ce qui suit est bien mieux fait encore pour l'éclairer. Dès que l'adepte est entré, on exige de lui le serment de garder un secret dont ï objet lui esiin^
connu. Pendant ce temps, les frères se livrent aux plus pitoyables singeries, aux cérémonies les plus burlesques.
Le président de la loge, qui prend modestement le litre de Ydnérable^ demande à l'aspirant : — « Etcsvous disposé, mon frèrCf à exécuter tous les ordres du Grand-Maître de la Maçonnerie, quand même vous recevriez des ordres contraires de la part d'un Roi, d'un Empereur, ou de quelque autre Souverain que ce soit? »
Remarquez que cette condition d'obéissance passive est exigée par toutes les secrètes sociétés.
Est-ce qu'un honnête homme peut répondre oui à une pareille question? Or, s'il arrivait à un aspirant de répondre non^ il serait immédiatement menacé d'être égorgé, comme traître, par ces honnêtes philanthropes. Quand il répond oui^ on lui dit que le secret de la Franc - Maçonnerie consiste en ces mots : a Egalité et liberté^ tous les hommes sont égaux et libres; tous les hommes sont frères. »
Ensuite le Vénérable lui montre les frères armés de glaives et lui déclare que s'il trahit la Franc- Maçonnerie, il n'échappera pas à la vengeance des frères.
Après quoi , le Vénérable embrasse le ftcre égal et libre.
Il est évident que si les Maçons voulaient seulement la liberté dont tout citoyen peut jouir sous l'empire des lois, si par égalité et fraternité ^ ils entendaient que les hommes , étant tous les enfants d'un Père commun, doivent s'entr'aider et s'aimer comme des frères, il ne serait pas nécessaire de se livrer à toutes ces extravagances; tout cela est dans l'Evangile, qui se proche et peut se pratiquer publiquement. Mais c'est que, pour les Maçons des grades supérieurs, ces mots ont une tout autre signification; ils les expliquent d'une façon jacobine, dans le sens révolutionnaire.
Tout, dans la société secrète universelle, appelée la Franc-Maçonnerie , tout est une protestation contre le Christianisme.
La Maçonnerie a un catéchisme à elle , qui n'est pas celui de l'Eglise. Les Maçons s'engagent à initier des adeptes à la lumière^ à délivrer \es profanes y c'est-à-dire tous ceux qui ne sont pas Maçons, des ténèbres dans lesquelles ils sont plongés. Il est donc, pour les Maçons, une autre morale, une autre foi, une autre doctrine que celle de Jésus-Christ! L'E-
tangile n*cst donc pour eux, qu'erreur» mensonge ,
ténèbres !
De plus, l'ère maçonnique n'est point la même que l'ère chrétienne. Les Maçons font dater leur année de lumière des premiers jours du monde. Ils prétendent donc que leur lumière, leur morale, leur science religieuse est antérieure à la révélation évangélique, et même aux prophètes !
Ils déchirent ainsi la Bible et le Nouveau Testa* ment.
Chaque loge est un temple dans lequel on admet indislinctement les juifs, les musulmans, les protestants, les athées. Celte tolérance n'est rien autre que rindilTérence en matière de religion qui précède sa destruction, si c'était possible ! c'est le premier pas vers l'alhéisme.
Si la science des Maçons était une science de vertu et d'amour, conforme aux prescriptions du christianisme, ils n'auraient pas besoin de se réunir en sociétés secrètes. On ne se cache que pour faire le mal , que pour se mettre en opposition avec les lois religieuses et civiles. Qu'on juge s'il est besoin de se livrer à de semblables cérémonies quand on a les intentions pures de la fraternité, quand on n'est dévoré que par les saintes ardeurs de la charité I
Après quo !e frire égal et libre a reça Taccolade du Vénérable, voici comment on procède pour lo recevoir rnatlre.
Le Vénérable le fait approcher du sarcophage huche sur cinq gradins , et lui raconte Tanecdotc suivante, durant laquelle les frères conservent toujours les attitudes douloureuses et vengeresses quo vous savez:
«— « Âdoniram, choisi par Salomon, présidait au payement des ouvriers qui bâtissaient le temple* Ces ouvriers étaient au nombre de trois mille. Pour donner à chacun le salaire qui lui convenait, Adoniram les divisa en trois classes, apprentis, compagnons et maîtres. H donna à chacun son mot de guet, ses signes propres et la manière dont ils devaient se toucher pour être reconnus. Chaque classe devait tenir son signe et son mot extrêmement secrets. Trois compagnons voulant se procurer la parole et par là le salaire des maîtres, se cachèrent dans le Temple, se postèrent ensuite chacun à une porte différente. Au moment où Adoniram avait coutume de fermer le Temple, le premier compagnon qu'il rencontre luj demande la parole de maître. Adoniraih refuse et reçoit sur la terre un coup de bâton. Il veut fuir par une autre porte, même rencontre, môme demande
et même traitement. A la troisième porte enfin» le troisième compagnon le tue pour le même refus de trahir la parole de maître. Ses assassins Tenterrent sous un tas de pierres, au-dessus duquel ils placent une branche d'acacia, pour reconnaître Tcndroit où ils ont mis le cadavre.
» L'absence d'Adoniram désespère Salomon et les maîtres. On le cherche partout; enfin un des maîtres découvre son cadavre et le prend par un doigt, qui se détache de la main : il le prend par le poignet, qui se détache du bras, et le maître, dans son étonncment, s'écrie : mac T)enaCy ce qui signifie, suivant les Maçons : La chair quitte les os.
» Dans la crainte qu'Adoniram n'eût révélé leur mol du guet, appelé la parole, tous les maîtres convinrent de le changer et d'y substituer ces mois de mac henacy mots vénérables que les Francs- Maçons n'osent prononcer hors des loges et dont alors même chacun ne prononce qu'une syllabe, laissant à son voisin le soin d'achever le mot. »
Après ce conte pitoyable, l'adepte apprend que l'objet de son grade est de chercher la parole perdue et de venger la mort d'Adoniram. — ce martyr du secret maçonniqne.
Ces i^xn. ridicules dégoûtent un grand nombre do
Slaçons, qui préfèrent en rester là. Mais ceux qui persévèrent sont appelés à juger encore bien mieux combien, au fond de ces puérilités, il y a une pensée criminelle sérieuse. Les cérémonies pour le grade d'Elu ne laissent aucun doute à cet égard.
En acceptant ce grade on s'engage : 1® à venger Adoniram qui dès lors est nommé Iliram; 2** à rechercher la parole perdue et la doctrine sacrée qu'elle exprimait.
Dans une salle éclairée à la façon des scènes où se jouent les mélodrames, les frères sont réunis, portant au côté gauche un plastron, sur lequel on voit une tête de mort, un os et un poignard avec cette devise : Vaincre ou mourir, reproduite sur un cordon qu'ils portent en sautoir.
L'initié a les mains couvertes de gants ensanglantés, et a un bandeau sur les yeux. Un frèrCy le poignard levé, le menace de l'égorger s'il ne promet de venger la mort du père des Maçons.
Quand on lui rend la lumière, il se trouve devant une caverne sombre, dans laquelle il doit entrer; on lui crie : — ce Frappez I vengez Iliram ! c'est à ce prix que vous serez élu. Frappez, voilà l'assassin du Maître ! »
L'aspirant est devant un fantôme ; il lui plonge ud poignard dans la poitrine ; le sang coule....
— « Coupez-lui la tête I » s'écrient les frères.
11 obéit , il saisit par les cheveux la tête du cadavre, cl la montre triomphalement à chaque frère. Ce cadavre est un mannequin entouré de boyaux remplis du sang.
Qu'on le dise, quel rapport cette scène de carnage a-t-elle avec la charité dont les Maçons prétendent avoir le monopole?...
<( J'ai demandé à plusieurs Maçons, dit M.
Tabbé Barruel, si cet apprentissage de férocité ne leur faisait pas au moins soupçonner que la tête h couper était celle des Rois; ils m'ont avoué ne lavoir reconnu que lorsque la Révolution était venue leur apprendre à ne pas en douter. »
Voilà pour la partie politique du grade de Maître. — La partie religieuse est tout aussi infâme, et démontre, sans contestation possible, que la Franc- Meçonnerie a pour but l'abolition de la Religion catholique. La cérémonie appelée du sacrifice, dans laquelle les frères sont tous couverts des vêtements sacerdotaux, rétablit, selon eux, légalité religieuse. Tous les hommes, d'après les Maçons, sont également prêtres ; la Religion de la nature est la seule
Traie ; Moïse et notre Seigneur Jésus-Christ ont violé les droits naturels de la liberté et de légalité a\ec leur distinction de prêtres et de laïcs.
Ces enseignements sont assez positifs.
•— « Il a fallu encore, dit M. l'abbé Barruel, il a fallu encore la Révolution à bien des adeptes, pour confesser qu'ils avaient été dupes de cette impiété, comme de cet essai de régicide dans leur grade d'Elu, »
Avant la révolution, la plupart des Maçons admis à ce grade, ne se préoccupaient pas de sa signification ; ils regardaient toutes ces cérémonies mystérieuses comme de vieilles coutumes sans importance, et ils ne se donnaient pas la peine de pénétrer le sens vrai de ces secrets.
A beaucoup, ces épreuves semblent tellement répugnantes qu'ils restent dans les grades inférieurs.
Mais il est impossible qu'un homme admis dans les hauts grades puisse conserver la moindre illusion sur le but de la Maçonnerie, par rapport à l'abolilion de Vidée religieuse dans le monde. En effet, pour le grade appelé chevalier du soleiU grade purement philosophique, et qui ne date que du xvni' siècle, — époque de V Encyclopédie ^ — le Frère- Vérité s'exprime ainsi, en s'adressant au nouvel adopte :
a Si vous me demandez quelles sont les qualités qu'un Maçon doit avoir pour arriver au centre du vrai bien, je vous répondrai que, pour y arriver, il faut avoir écrasé la tête du Serpent de l'ignorance mondaine ; avoir secoué le joug des f réjugés de V enfance ^ concernant les mystères de la Religion dominante du pays où Von est né. Tout culte religieux n'a été inventé que par Vespoir de commander et d'occuper le premier rang parmi les hommes, que par une paresse qui engendre, par une fausse piété, la cupidité d'acquérir les biens d'autrui; enfin que par la gourmandise, fille de l'hypocrisie, qui met tout en usage pour contenir les sens charnels de ceux qui les possèdent, et qui lui ofl'rent sans cesse, sur un autel dressé dans leurs cœurs, des holocaustes que la volupté, la luxure et la parjure leur ont procurés. — Voilà, mon cher frère, tout ce qu'il faut savoir combattre, voilà le monstre, sous la figure du Serpent à exterminer. C'est la peinture fidèle de ce que Y imbécile vulgaire adore som le nom de religion !
Ce texte est formel ; il n'y a point à s'y méprendre ; le secret est révélé dans tout son athéisme, dans toute son horreur.
Le Frère-Vérité ajoute que le Rit Monacal et Re* ligieux est une hydre à cent têtes qui trompa et trompe
encore cantinmllement les hommes qui sont soumis à son empire^ ei les trompera jusques au moment od les vrais élus paraîtront pour la combattre et la détruire entièrement.
Ces preuves de la conspiration des Maçons contre la Religion suffisent pour éclairer les peuples. 11 en est d'autres non moins curieuses.
Pour être initié dans les hauts grades de la Frano- Maçonnerie, il faut que Thomme se dépouUle de tous ses sentiments religieux. On lui dit qu'il a vécu jusqu'alors dans la servitude; aussi, pour être admis h l'honneur insigne d'être chevalier de Saint- André, on lui passe au cou une corde à quatre nœuds, on le plonge dans un cachot où il doit méditer sur son esclavage, et apprendre à apprécier la liberté.
La liberté, pour les sociétés secrètes, c'est la révolte de l'homme contre Dieu.
Pour les chevaliers de la Rose-Croix, Notre-Seigneur Jésus-Christ est un imposteur.
Ainsi, plus on monte en grade dans la Maçonnerie, et plus le blasphème augmente, plus le voile tombe, plus le but révolutionnaire s'affirme!
Le mot du guet des chevaliers de Rose-Croix est INRI. Ils se déclarent les ennemis personnels de Jésus et du christianisme.
Dans le grade de Kadfuch ou thùmtM régénéri, l'assassin d'AdoDÎram devient h rat. Il faut le tuer poor venger l'ordre des Maçons, successeurs des Templiers. Il faut venger le grand œattre Molay. Il faut détratre la religion de Jësus-Chrlst et son culte, fondé sur la révélation. U faut renouveler la parole^ c'est-à-dire la Liberté et Y Egalité ajani pour but do délnrire toute Royauté et (oui culte.
Ainsi le but de la Maçonnerie est franchement avoaé : Plus de Royauté, plus de Religion!
Les sociétés secrètes modernes, issues de la Franc- Maçoonme» n'ont donc fait que continuer son œuvre révolutionnaire de destruction, de même que les Maçons ont continué les Templiers.
Templiers, Maçons, Jacd}ins^ tous ont le même esprit, tous sont animés des mêmes intentions : haine de l'Eglise et haine des Rois. Qu'on rapproche leurs dogmes, leurs mystères, leurs symboles, leur langage; les hérésies des Temjrfiers se- retrouvent dans les Marxms et dans les Jacobins. Ils se distinguent par la même haine pour le Christ, par leurs serments de révolte contre UnU pouvoir spirituel et tempord.
Ces seetatresappartîenneDt à la grande école révolutionnaire qui protesta toujours contre la Religion el
la Société. Cette école a souvent ckingé de nom, mais aa fond la doctrioe est la mém^. La tradition révolutionnaire remonte aux premières héré^es : bien plus, la tradition socialiste remonte au paganisme. Lacédémone et Tîle de Crète vécurent sous eetlo légisiatiofi honteuse, et c est pourquoi ces pays tombèrent dans la décadence. Encore le communisme n'y put-il vivre qu'à l'aide de l'esclavage. Lycurgue, tant admiré par les universitaires, était un terroriste. Les Spartiates, grâce au socialisme, devinrent des barbares, des brigands. Mrnos, cet autre prétendu sage, établit la même tyrannie en Crète. Il proclamaif, Wen avant les jacobins, que Yinmrrcction est le plus saint des devoirs. Lycurgue et Mtnos s'étaient inspirés du Traité de la République de Platon, livre odieux, dans lequel la doctrine du communisme est exposée dans toute son horreur : Le Livre des Lois de Platon, qui vint après le Traité de la République, est dirigé également contre la Famille et la Propriété, surtout contre cette dernière.
L'œuvre de destruction fut conlînaée par Luther, par Calvin, par Stork et Mûnzer. L'Ânabaptisme n'est qu'une conséquence du Protestantisme. Et le principe de la révolte une fois admis, il n'est pas de folies auxquelles on ne puisse atteindre.
Il faut lire Thistoire lamentable de ces lottes des sectaires contre l'ordre social. Le chef de TAnabaptisme, Mûnzer, est un type dont Marat, Babœuf , Blanqui etMazzini ont été les fidèles reproductions. Ce qu'il veut, c'est le triomphe de la Révolution, afin d'être mattre absolu, imper alar^ roi de la canaille.
Après Mûnzer, nous trouvons Hutter et Gabriel Scherding, disciples de Stork, puis Jean de Leyde, et tant d'autres. Que veulent-ils? — Toujours la même chose : Tuer l'Eglise catholique, conGsquer la liberté individuelle et la Propriété, abolir la Famille. Pas un seul de tous les réformateurs ne varie dans ses attaques : ils n'ont tous qu'un même but.
Tels furent, dans le monde moral et dans le monde matériel, le résultat de Vidée révolutionnaire dont le Protestantisme fut l'une des phases les plus désastreuses.
Logiquement, le Protestantisme conduit Thumanité à la révolte contre toute espèce d'autorité, à l'anarchie et à la misère, au communisme et au désespoir. Nous l'avons maintes fois prouvé et sans réplique.
Les philosophes desxvi% xvu* et xviir siècle continuent l'œuvre de démolition si bien avancée par
les protestants de toutes sectes. A qui en veulentils?
Thomas, Morus, Campanella» Morelly, Mably, Brissot, à la Propriété; toute l'école encyclopédique, à la Religion ; Gampanella, Morelly, Diderot, Brissot de Warwille, à la Famille.
Tous ces voyageurs se jettent avec ardeur dans la Franc-Maçonnerie, cette forteresse de la Révolution où Ton jure haine à la Religion et à la Royauté ; où Ton fait le serment d'étrangler le dernier des rois avec les boyatuo du dernier des prêtres !
Dans les papiers trouvés chez ce bon monsieur de Robespierre, on remarque les vers suivants de l'apostat Dom Gerles, qui, comme Maçon, les adressait à la Vérité :
iVt cultey ni Prêtres, ni Roi :
Car la nouvelle Eve, c'est toi.
Ni culte, ni Prêtres, ni Roi, c'est la pensée bien suivie de Vidée révolutionnaire à travers les âges. Au xviîi* s ocle, tous les ennemis de TEglise et
de la Société se réunirent pour con^irer dans les loges maçonniques. Cette société secrète avait une influence formidable, une organisation complète. Le Grand Orient était la loge directrioe. De son sein émanaient tous les ordres pour les Vénérubles ou présidents de chaque loge*
Les cotisations étaient très-abondantes et permettaient d'envoyer par toute l'Europe des commisvoyageurs de la Révolution, prêchant Flnsurrection.
Généralisée par Sieyès et Gondorcet, l'action de la Maçonnerie devint une puissance redoutable pour le repos public. Ces deux philosophes avaient organisé une propagande active pour jacobiniser non-seulement les loges françaises, mais encore celles de l'étranger.
Aux philosophes et aux Maçons, vinrent se joindre les Illuminés.
La société des Illuminés était une réunion d'athées frénétiques, de Communistes-Matérialistes; comme nos modernes niveleurs démocrates, ils voulaient l'anéantissement delà Religion^ de la Famille et de la Propriété ; ils voulaient l'abolition de l'idée même de gouvernement, c'est-à-dire TAnarchie. C'est le système plus particulièrement préconisé de nos jours par M. Proudhon, qui se fait gloire d'être, lui aussi,
refmemi ptrsmnel de Dieu, de la Propriété et du Principe d'Autorité, »
Ces conspirateurs s'appelaiciit eux-mêmes lUtmù nés de ralhéisme, afin qu'on ne pût pas se tromper sur leurs doctrines.
Ils s'intitulaient : Impies, Anarchistes^ Conspirsh tmrs eonire toute Religion et contre tout Gouvernefnmtf contre tmte société civile et contre toute pro* priété quelconque
Le nom à! Illuminés choisi par ces sectaires avait Më commun à plusieurs autres désorganisateurs. Celait entreautres, celui de Manèsetde ses disciples.
L'ordre des Illuminés de Weishaupt, l'un des chefs de la Franc-Maçonnerie, avait des loges en Bavière, en Autriche» en Italie, dans le Tyrot, en Hollande, dans la Souabe. Les principaux meneurs de rillumi« nisme étaient Xavier Zwach, dit (Jalon ; Hertel, prêtre apostat, dit Marins ; Baader, dit Celsê; Berger, proiesseur à Munich, dit Scipion ; Troponero, marchand hambourgeois , dit Coriolan ; le baron de Bastos, (fit Annibal; le marquis de Gonstanga, dit Diomèée ; Ificbt, dit Solon; le baron de SchrœckensteÎD, dit Mahomet; Bohei&eîcher, eonseiller allemand, dit Alcibiade; puis un certain GermanicuSf dontwi ne sait pas le véritable nom.
LlIIuminismc s'empara insensiblement des loges maçonniques, dans lesquelles il trouva de puissants auxiliaires et beaucoup d'argent pour entretenir la propagande.
. L'IIluminisme ne tarda pas à gangrener toute l'Eu- ^pe.
Frappés d'aveuglement» les gouvernements laissaient faire ces sectaires qui complotaient contre leur existence.
L'électeur de Bavière seul interdit les sociétés secrètes. (Décret du 22 juin 1784.) La justice du pays fut saisie de l'affaire» mais Weishaupt et les principaux meneur^ s'étaient enfuis. Les moyens et le but de la société furent révélés ; mais contre une conspî* ration qui s'étendait sur toute l'Europe» la Bavière était impuissante.
Dans les dépositions qui furent faites par le conseiller aulique Utzscbneider» par le prêtre Gosandey et par l'académicien Grùnberger» à la date du 9 septembre 1785» on lit :
-^ « Chez les Illuminés, l'objet des premiers grades est tout à fait de former leurs jeunes gens» et d'être instruit» à force d'espionnage» de tout ce qui se passe.
» Les supérieurs cherchent à obtenir de leurs in-
férieurs des actes diplomatiques, dei documents, des titres originaux. Ils les voient toujours avec plaisir se livrer à toutes sortes de^ trahisons, partie pour profiter eux-mêmes des secrets trahis, partie pour tenir ensuite les traîtres mêmes dans une crainte continuelle, en les menaçant de découvrir leurs trahisons s'ils venaient à se montrer revêches.
Les Illuminés de ces premiers grades sont élevés d'après les principes suivants :
— «cl® L'Illuminé qui veut arriver aux plus hauts grades doit être libre de toute religion;
» 2® Le suicide est ordonné quand la vie devient pesante ou difficile ;
3® Le but sanctifie les moyens; le bien de l'Ordre justifie les calomnieSy les empoisonnementSy les meurires^ les parjures, les trahisons, les rébellions ; bref, tout ce que les préjugés des hommes qualifient de crime;
ib 4® Il faut être plus soumis aux supérieurs de niluminisme qu'aux souverains ou magistrats qui gouvernent les peuples. Il faut sacrifier aux supérieurs honneur, fortune, vie. Les gouverneurs des peuples sont des députés lorsqu'ils ne sont pas dirigés par nous. Ils n'ont aucun droit sur nous»
hommes libres.
1» Il fMrt aassi que les soayerahis irnssent par tes grades inférieiirs de TOrdre ; ils ne doîteot être proiBus aux plus hauts quo lorsqu'ils o»t bien setei les bons desseins 4e l'Ordre» dont tout le but est de délivrer les peuples de Tesdavage des prineesy de k fioblem el du dergé; d'établir régalité des conditions, de religions» de rendre les hostsies libres et heureux. »>
N'est-ce pas là le code du erisie et de TesclaYage? Du crime le plus cynique, de l'esclavage le plus complet? — Accepter un semblable joug, c'est te comble de la dégradation, c'est se plonger dans l'abjection. Et ces malheureux se proclament libres!
En lisant ces théories froidement conçues, fiiû* ries , exposées, on se demande où peut s'arrêter la scélératesse du parti révolutionnaire.
Les horreurs commises en 1793 ne furent, on le voit, que l'application des doctrines des sociétés secrètes. Il a fallu les saturnales de cette époque pour qu'on fàt bien persuadé que la Maçonnerie et i'IUuminisme n'étaient point des jeux d'enfants, et pour que ces complots [abominables ne fussent phis considérés comme des chimères.
La cour de Bawère, avec une vigilance qui Thonore , avait envoyé à toutes les puissances de l'Eu-
rope un etenphire imprimé de toodes les phces relatives à la coBjuraltcm » mais les goufeniemeots, iiégiîgents de leors denms» indiffireDls an soki de kar propie comervatioa et da repos des peoples, ft'attaehèrwt pas à ces docœneMs rimportance que aérilaît leur crimiiiaHté. D'aîlleors, par un ateagi»* ment à pdne croyabte, un grand nombre de mo»
narques, de princes, àe grands de la terre, mai^ dianl à lei^ propre snidde , étaient affiliés à la ^société!
Et pourtant» rilluminisme ne dissimulait pas sen bat exécrable : Ni Dieu, ni goarernement, ni pro« priélé!
Les Illuminés prodamaknt l'étal saaTsge, Tétat de barbarie comme le seul dans lequel les hommes poissent être Yraiment libres. Ils proscrivsieni même les sciences et les arts. Ils voulaient « subjuguer et ^uffer Umi dloyen zélé pour la religion^ poicr la tmiintien des leis de la société et des propriéiés ; » ils avouaiei^ vouloir « Vemarehkf h communauté iesfemmes%\ ^Xre possédés de la rage de la dévastation, »
Dieu s'était retiré de ces bommes, et la paovre France, affaiblie par les dissensions intestines, ne pouvait plus offrk de résistance à lecvs ravages.
Spartacus Weisbaupt était le chef suprême de cette société qui, partout, déclarait ne vouloir aa« cun chef et proclamait la iomeraineté de Vindimdu.
Les autres chefs de rilluminisme s'exprimaient ainsi en s'adressant aux adeptes. — <c Cette société secrète qui tous a conduit avec tant d'art, de mystères en mystères ; qui a tant de soins à déraciner dans votre cœur tous les principes de la religion , tous ces faux sentiments d'amour national» d'amour de la patrie, d'amour de la famille ; toutes ces prétentions de la propriété et de droits exclusifs à des richesses, à des fruits de la terre ; cette société qui a tant travaillé à vous montrer le despotisme et la tyrannie dans tout ce que vous appeliez lois des empires ; cette société qui vous déclare libre et vous apprend qu'il n'est pour vous d'autre souverain que vous-même, d'autres droits près des autres que ceux d'une parfaite égaliti , d'une liberté absolue et d'une entière indépendance; cette société n'est point l'ouvrage de la superstitieuse et ignorante antiquité; elle est celui de la philoso[hie moderne ; elle est le nôtre. »
Les Illuminés disaient encore :
— a Les sauvages sont au suprême degré les plus éclairés des hommes et les plus libres. »
Les grands prôtres de la conjaration donnaient à leurs émissaires les instructions suivantes :
— a Eclaire les nations» c'est-à-dire, ôtez à tous les peuples tout ce que nous appelons préjugés religieux et préjugés politiques; emparez -vous de Topinion publique» et sous cet empire vous verrez s'écrouler tout celui des constitutions qui gouvernent le monde. )»
Et ils ajoutaient ce mot qui dit toute la barbarie de leurs projets: — « Il (auivandaliser l'univers. »
C'était l'anarchie universelle. Pour en arriver là, les membres des sociétés secrètes ont de tous temps cherché à pervertir les peuples» à les opprimer» à les détacher de la Religion et des lois morales qui font leur repos et leur bonheur.
Weishauptet Philon Kingge, agrégèrent les Maçons de France à llUuminisme.
L'illuminisme n'eut point de peine à se greffer sur la Franc Maçonnerie. Les Illuminés ne tardèrent pas à recruter des adeptes importants» entre autres
Mirabeau» Talleyrand et le duc d'Oriéan, premier prince du saegl.... Jusqu'au peut faire descendre le mépris de la Relîgioal BtentAt les chefs d& parti LibéraU doQt quelques-nos derinreal dieb daparli Jacobin, s'enrôlèrent sms la bannière de la Révola* lion la plus radicale et de rAthéisme le flkss effronté*
Ce sont toutes ces soeiâés secrètes réunies, ce sont leurs prédications abominables et leurs ma** iMBiivres souterraines qui ont aiaené la Béfolaâon Française et tous les malheurs , tous les crimes» toutes les démences, toutes les doolears, tous les martyres qu'elle engendra.
L'histoiro fait remonter la respoosalMlitf des iar« mes et du sang versés à ces conspirateurs téné^ breux qui, bien qu'ils fiissent plus ou moins avancés les uns que les autres dans la voie du mal, n'en con* tribuèrent pas moins tous à ébranler l'édifice social, à humilier la Religion, k pervertir la Famille et à compromettre les droits de la Propriété.