DEVOIRS DE LA DÉMOCRATIE
« Quel doit être aujourd'hui le mol d'ordre, le cri de ralliement des partis?
D La réponse est bien simple : elle est toute en un mot action; action une, européenne, incessante, logique, hardie, de tous partout !
» Les discoureurs ont perdu la France; ils perdront l'Europe, si une sainte réaction ne^ s'opère pas contre eux dans le sein du parti. Grâce à eux, nous en sommes aujourd'hui au Bas-Empire I A force de disserter sur l'avenir, nous avons abandonné le présent au premier venu. A force de substituer chacun sa petite secte, son petit système, sa petite organisation de rhumanité à la grande religion de la démocratie, à la foi commune, à l'association des forces pour conquérir le terrain, nous avons jeté la désorganisation dans nos rangs. La phalange sacrée qui doit avancer toujours comme un seul homme, se resserrant à chaque mort de martyr, est devenue un assemblage de corpsfrancs, véritable camp de Wallenstein, moins le génie du maître.
» A l'heure de Tattaque elle s'est débandée i droite et à gauche, elle s'est trouvée éparpillée par noyaux, par petits détachements, sur tous les chemins de traverse du socialisme, partout excepté au cœur de la place ; l'ennemi était un, il ne discutait pas, il agissait : il s'en est emparé ; et ce n'est pas en discutant sur la meilleure manière de mettre Thumanité en coupe réglée que nous l'en chasserons pour toujours.
» Nous avons assez dit la vérité à nos ennemis : grâce à nous et à leur conscience, elle les ronge au cœur aujourd'hui comme le vautour de Prométhée ; elle les trouble et fait de chaque oridie qu'ils commettent une faute.
» L'heure est venue de la dire pure et nette, comme nous la concevons, à nos amis. Qs ont fait tout le mal possible h la plus belle des causes; ils l'auraient tuée par excès d'amour ou par inintelligence, si elle n'était pas immortelle.
y> Je n'accuse pas la grande pensée sociale qui fera la gloire et la mission de l'époque dont nous sommes les précurseurs. Je n'accuse pas les saintes aspirations qui prophétisent l'éman- •cipation des travailleurs, le salut pour tous.
la coupe pour tous; je n'accuse pas la tendance à substituer autant que possible Tassociation libre à la concurrence effrénée des individus, le crédit par VÉtat au crédit essentiellement égoïste des banquiers, Tinipôt unique sur le superflu a l'impôt multiple attaquant la vie du consommateur pauvre, Tinstraction primaire et l'éducation égale pour tous, au monopole et à l'inégalité d'aujourd'hui. Ces choses oqt été préchces depuis vingt ans par nous tous ; elles sont comprises dans ce vieux mot de république pour lequel moururent nos pères, et qui me suffit.
» Mais j'accuse les socialistes, les chefs surtout, d'avoir faussé, mutilé, rétréci la grande pensée en Temprisonnant dans des systèmes absolus qui usurpent à la fois sur la liberté de rindividu, sur la souveraineté du pays, sur la continuité du progrès, notre loi à tous.
)» Je les accuse d'avoir voulu, au nom de leur chétive individualité, bâcler des solutions positives au problème de la vie humaine avant que la vie elle-même ait pu se manifester dans sa plénitude d'aspiration et de capacité sous l'action de ces grands courants électriques qu'on appelle révolutions.
» Je les accuse d'avoir prétendu faire sortir à heure fixe de leurs cerveaux étroits ou malades, une organisation qui ne peut sortir que du concours de toutes les facultés humaines en action, et d'avoir substitué leur moi solitaire au moi collectif européen ; d'avoir parlé au nom de Saint-Simon, de Fourier, de Cabet, de tout autre, là où il s'agissait de tuer les révélateurs au profit de la révélation continue, et d'inscrire sur le fronton du temple : Dieu est Dieu et l'humanité est son prophète.
» Je les accuse d'avoir effacé l'^omm^ sous le sectaire, la libre intelligence sous la formule, la conception de la vie devant une seule manifestation de la vie ; de s'être appelés communistes, communautaires, communionistes, rouges ou bleus, peu importe, au lieu de s'appeler hommes, républicains, démocrates du xix* siècle; d'avoir inventé les distinctions fatales entre socialistes et républicains, entre socialistes et révolutionnaires.
» Je les accuse d'avoir, dans]eur vanité, toujours dit : C'est moi, là où l'on n'aurait dû dire que : Cest nous; d'avoir déployé toutes les ressources de leur esprit à s entre -dévorer^ à
s'anéantir Tun par l'autre, à détruire dans lecœur du peuple toute confiance en une direction quelconque ; d'avoir enfanté, par une nécessité logique, le génie dissolvant, méphistophélique de Proudhon, qui les nie tous, qui nie Dieu, la société, le, gouvernement, et intronise l'ironie dans le vide.
» Je les accuse d'avoir desséché les sources de la foi, animalisé l'homme, poussé l'ouvrier versl'égoïsme, en concentrant presque exclusivement l'attention de tous vers le problème des intérêts matériels, en donnant pour but au travail européen ce qui ne devrait en être que le moyen, en prenant comme principe d'amélioration physique ce qui ne peut être qu'une conséquence de son amélioration morale.
» Je les accuse d'avoir répété avec Bentham et Volney : La vie est la recherche du bonheur, au lieu de répéter avec tous ceux qui ont produit de grandes transformations dans le monde : La vie est une mission^ c'est V accomplissement d'un devoir.
» Je les accuse d'avoir laissé croire qu'on régénère un peuple en l'engraissant; d'avoir fait delà question de l'humanité une question de-
pot-au-feu de rhumanité ; d'avoir dit : A chacun selon sa capacité, à chacun selon ses besoins, au lieu de crier sur les toits : A chacun selon son amowr, à chacun selon son dévouement.
» Je les accuse d'avoir, par je ne sais quel vague cosmopolitisme qui conclut à l'inaction, par je ne sais quel établissement de communes acéphales, affaibli, ruiné, autant qu'il était en eux, le sentiment national, c'est-à-dire d'avoir voulu faire agir le levier en lui enlevant son point d'appui, et rhumanité en supprimant son organisation pour l'action.
» Et je les accuse d'avoir fait tout cela sous les feux croisés de rennemî, quand tout le monde devait être soldat, quand l'unité, l'organisation étaient une loi suprême, quand les peuples se levaient dans la foi et couraient le risque de mourir dans le désespoir, quand il s'agissait, avant tout, de faire de la révolution un événement européen et non pas une solution de problème économique, quand il fallait faire circuler, comme une croix de feu, de masse en masse, de nation en nation, ce mot ^ue j'ai écrit en commençant : action !
» Pour l'avoir oublié, pour avoir dit : — Ce
que la France doit à VEurope, c'est la solution du problème de V organisation du travail, — pour avoir méconnu la voîi de ceux d'entre ses enfants qui appelaient toutes les dissidences h s'organiser sur un terrain commun pour soutenir la bataille, — la France est arrivée, par Rome, à la honte du 2 décembre.
» Elle Feflacera. Ce n'est pas, Dieu merci, sur la terre qui a vu mourir Jeanne d'Arc, où Georges Sand et Lamennais ont écrit, où les grandes choses de la révolution sont de vivants souvenirs, que peuvent s'éteindre l'enthousiasme, la foi, l'adoration des pures et grandes pensées.
» Elle l'effacera. La France sortira purifiée de la lutte, comme la vaste pensée sociale qui fermente en elle s'élèvera rayonnante d'amour et de liberté au-dessus de toutes ces utopies lilliputiennes qui cherchent à l'emmailloter, audessus de ce culte hideux des intérêts matériels devant lequel elle a un instant courbé sa noble tête.
« » Mais il faut qu'aujourd'hui TEurope démocratique Taide tout entière à se relever, comme elle a autrefois aîdé l'Europe. Il faut, qu'au lieu
de ]a flatter dans ses égarements, elle lui parle la parole franche et sévère qui est le partage des forts. Il faut surtout qu elle marcbe, qu'elle marche toujours, qu elle marche sans elle, pour que la France se hâte de la rejoindre. Le mouvement de la France tient aujourd'hui au mouvement européen : le mouvement du Tessin et l'insurrection sicilienne précédèrent la République de 1848.
» L'initiative européenne appartient aujourd'hui au premier peuple, quel qu'il soit, qui se lèvera au nom, non pas d'un intérêt local, mais d'un intérêt européen. Si la France le fait, que Dieu et l'humanité bénissent la France I Si elle ne le fait pas, que d'autres le fassent. Dieu ne connaît pas de peuple élu. Père de tous, il est avec tous; il est avec tous ceux qui sont prêts à s'immoler pour le bien.
» L'alliance des nationalités, là est le siège de l'initiative. Il n'en est pas une qui ne puisse, à l'heure qu'il est, en s' élançant spontanément surl'arène ou en résistant noblement, soulever les deux tiers de l'Europe.
y> Il faut que tout bon démocrate répète sans cesse aux peuples : a La liberté ne peut nous
Tenir qu'autant que vous aurez la conscience de la liberté, et cette conscience vous ne pourrez la conquérir que par l'action. Vous n'avez, de par Dieu, ni homme-roi, ni peuple-roi. Vos destinées sont en vous. Le monde est dans Tattente. L'initiative est partout où cette attente sera remplie, partout où un peuple se lavera prêt à combattre et à mourir s'il le faut pour le salut de tous, en écrivant sur son drapeau : Dieu, Peuple, Justice, Vérité, Vertu 1 Levez-vous tous pour tous, et vous serez suivis par tous. »
« Il faut que tout démocrate dise à ses frères de France : « Vous expiez aujourd'hui une immense faute, celle d'avoir déserté la cause européenne en 1848. Ne l'oubliez pas au jour du réveil. Et, dans Tintervalle, purifiez- vous par l'amour, par le culte des nobles pensées, par le retour aux larges inspirations de nos pères.
Sortez des cellules où vous ont emprisonné les Mseurs de formules. Refaites-vous hommes au grand air, sous la grande lumière de Dieu.
Rentrez dans nos rangs, d'où l'orgueil et la parole des faux prophètes vous ont fait sortir.
D Combattez, non la bourgeoisie, mais l'égoisme partout où il se trouve, sous la blouse
comme sous Thafait, — non Tautorite que nous cherchons tous, mais les fantômes qui situent l'autorité, les cadavres qui disent : Nous sonmies la vie, le privilège héréditaire,, censitaire ou autre, qui se substitue au génie et à la vertu.
» Ne dites pas : Soignons le corps et tout ira bien. C'est Fâme qui crée le corps, l'idée qui forme sa cage, et toutes les fois que vous aurez conquis un principe, vous en verrez sortir une organisation sociale. Soignez l'honneur, soignez le devoir, la mission de la France ; chaque devoir rempli vousdonneraun des droits que vous réclamez aujourd'hui et que l'on vous conteste.
» Il faut que les Français, dignes de ce nom, aienteux-mêmesassezd'énergie.assezdeloyauté, assez d'amour dans rame pour dire à leurs frères des autres pays : <( La France vous a aidés jadis; elle a aujourd'hui besoin de votre aide. C'est à cause de la foi de nos pères en eux-mêmes que nul effort ennemi ne peut briser notre unité ou effacer notre nationalité. Ayez foi en vousmêmes. Nous cherchons des frères et non des sujets en Europe. Bienvenu soit votre cri de
— OSvictoire.Nousle suivrons comme vous avez suivi le notre. »
» Il faut que le parti tout entier se moralise.
» Il faut que tout homme de cœur vienne se rallier autour du drapeau planté sur ce terrain, commun que nous avons tant de fois indiqué, que j'indique encore: Dieu, Peuple, Amour, Association, Liberté, Vérité ^ Égalité, Vertu, Bien de tous.
» Que chacun d'entre vous poursuive l'étude de là solution qu'il croit avoir entrevue; qu'il parle, qu'il écrive selon sa conscience ; rien de mieux. C'est là notre droit à tous. Mais qu'il ne confonde pas la lutte avec la victoire; qu'il ne fasse pas de son drapeau spécial un drapeau d'exclusion; qu'il ne déserte pas la grande armée de l'avenir; qu'il se rappelle ce que je ne cesserai jamais de répéter à mes frères : TSous ne sommes pas la démocratie, fious n'en sommes que V avant-garde. Nous avons à lui frayer le chemin; elle fera le reste.
» Chaque homme aujourd'hui doit apporter , son œuvre à la lutte. S'il ne le fait pas, il mérite le déshonneur. On meurt ailleurs, tandis qu'oa discute.
» Nous sommes, par le nombre, par Fintelligence, par le courage, par la vérité, plus puissants que nos ennemis ; il ne nous manque que l'unité de plan, de direction, de travail. Honte ^t malheur h celui dont l'intolérance ou la vanité en éloignerait la réalisation !
» Le jour où la démocratie militante aura un gouvernement, un impôt, un terrain commun, ^n plan, un ensemble d'opérations, elle aura vaincu. Jusqu'à ce jour, qu'elle se résigne à M. de Maupas, à Schwarzentberg, à Radetzki; -qu'elle se résigne à la honte, au bâton, à la déportation, au gibet; etqu'elletrouve sa compensation, si elle le peut, dans la lecture des romans politiques que ses paciQques utopistes sauront toujours lui écrire; ils coûtent fort peu à faire.
» Mars 1852.
ï> Joseph Mazzlni. )>
Ce pathos est l'œuvre personnelle de Mazzinî, 'car ranarchîe est au camp de rcanonii Los
membres du Comité central européen se sont disputés et maudits les uns les autres ; chacun d'eux a prétendu à la Dictature et ils se sont séparés en s'invectivant fraternellement.
Cette proclamation, ce cri amer de découragement et de tristesse, cet acte d'accusation prouve une fois de plus combien sont divisés entre eux les ennemis de la société. Cette division fait sa force. Cette fois, Mazzini ne parle pas au nom du Comité; il parle pour lai seuL Comme M. Proudhon, il lance l'anathème aux autres grands prêtres de la révolution. Et ce qu'il blâme chez les autres, il le fait lui-même. Il se proclame rhomme d'action par excellence, de même queM. Proudhonse proclame Thomme de Y anarchie. L'un et l'autre se plaignent de ce que chaque démocrate a sa petite église, sa petite secte, sa petite boutique, et veut imposer sa volonté aux frères en disant : « Hors moi ! pas
de salut pour la démocratie ! » Et Tun et l'autre
disent absolument la même chose : — c Vous êtes des imbéciles si yoos ne croyez pas à V anarchie et & la banque du peuple, » s'écrie Proudhon. — tu Vous êtes des traîtres et des lâches si vous ne suivez pas ma direction, » s'écrie Mazzini.
M. Proudhon a beaucoup plus de talent que Mazzini, mais, au fond, leur orgueil estle même. Même aussi est leur religion. Proudhon avoue franchement qu'il iadore Satan et que I>iea c^est le mal; Mazzini, plus hypocrite, a sans cesse le nom de la Providence à la bouche. Maïs le Dieu de Tex-tyran de Rome, de Mazzini, c'est le Dieu de Robespierre.
Au milieu des trivialités et des phrases sec* tenlieuses et boursoufflées de cet impudent manifeste, voilà leDieu qui surgit.
Nous savons tous ce que veut Mazzini, ce que veulent les révolutionnaires de tontes les écoles»'
depoisles litéraux jusqu'aux uUra^adteaux. Le but de la démagogie, c'est d'égoi^er les souverains, de déchirer le catéchisme, fermer les églises, livrer les prêtres à Tinfamie, voler la Propriété, souiller la Famille, en attendant Topportunité de manier les stylets et de faire fonctionner la guillotine.
Hazzini, sententieux doctrinaire de la démocratie, a, dans cette boutade, souffleté les frères et amis^ déjà jetés par terre par M. Proudhon. A ce point de vue, il est utile de donner à ce document toute la publicité possible. Il est d'autres motifs qui engagent à cette reproduction les ennemis de Yaetûm démocratique, les réactionnaires, comme ils nous appellent. Il est bon, par exemple, de montrer aux peuples la lâche hypocrisie de ces hommes de sang qui espèrent les pousser encore aux luttes impies, à ces combats odieux oii, eux, les chefs, les entraîneurs, ne paraissent pas. Ils parlent de Dieu I Ils- parlent delà vertu I Ces imposteurs prennent le masque de la vertu et le prétexte du bien public avec une effronterie qu'il convient de signaler sans relâche.
D'un autre côté, de quel droit Mazzîni vient-il
-parler des autres sectaires et de leur moi solitaire? Ne dit-il pas moiy lui aussi? Est-ce que, lai aussi, ne cherche pas, par jalousie, h dévorer, à Anéantir ses rivaux? Et quand il les flétrit pour n'avoir pas consenti à se courber sous aucune direction, n'est-ce pas à la sienne qu'il fait allusion, n'est-ce pas la sienne qu'il aurait voulu qu'ils acceptassent?... Est-ce que, comme Proudhon^ il ne nie pas tous les autres révolutionnaires, tous ceux qui ne le reconnaissent pas <îomme chef, tous ceux qui n'acceptent pas la dictature qu'il a la prétention d'imposer aux révolutionnaires de tous les pays? Ne nie-t-il pas, comme Proudhon, le vrai Dieu?...
Gomme lui aussi, il nie la société actuelle, la société religieuse et monarchique ; comme lui, il nie l'autorité et le gouvernement. Seulement, plus logique que lui avec les principes de la révolution, Proudhon n'a pas caché que leurs conséquences inflexibles étaient la négation do Dieu, de la société et du gouvernement, le chaos, l'anarchie, des ruines, des cendres.
Et en ceci, il a porté un coup mortel à Y idée révolutionnaire. Beaucoup d'hommes égarés, trompés, séduits, entraînés, dupés, ont aban-
donné le parti révolutionnaire en voyant les horribles abîmes où il pousse.
Arrière donc ce jongleur italien qui a déshonoré et perdu Tltalie, et voudrait l'ensanglanter encore ! Arrière son hypocrite déisme et son ambition que cache mal son faux amour de rhumanité 1 Satan flatte l'homme pour le damner ; Mazzini caresse les peuples pour les perdre. Nous lui préférons M. P. J. Proudhon avec son indomptable logique du mal et sa brutale franchise.
Il n'est pas un des crimes reprochés par Mazzini à ses rivaux qu'il n'ait commis lui-même.
Il ne comprend pas différemment qu'eux la fraternité; — elle est au bout de son poignard! Tout autant qu'eux il a desséché les sources de la foi, animalisé l'homme eipoiissé Vomrier vers Végoïsme,
Il ose parler de l'amélioration morale des peuples ! mais qu'a-t-il fait pour elle? Il s'est fait Tennemi du catholicisme et il a fait égorger les prêtres de la sainte Église I II s'est acharné contre la religion, sans laquelle il n'y a ni morale, ni amélioration, ni liberté, ni progrès, ni
fraternité, ni amour. Quelle lùission il a rem-
plie, quelle mis^on il s'est donnée dans la vie, la voilai Telle est sa façon d'accomplir le devoir I Quand donc il parle de la mission de li vie et de raccomplissement da devoir, il eherche à donner le change aux crédules mnlti tudes.
Bien de neuf au surplus dans les reproches adressés par Mazzini aux socialistes; bien avant lai, beaucoup mieux et plus complètement que lui, nous les avons tous opposés, et bien d'antres encore, à ces utopistes en démence. Il y a longtemps que Ton a jugé le socialisme, cette momie qui, dès qu'on la touche, tombe en poussière. Sur ce sujet il existe nombre de travaux plus sérieux et plus forts que ce libelle tout ruisselant de bave immonde, de haine, do jalousie, de rage, et qui révèle la colère d'nn ambitieux auquel échappe la direction rêvée.
l£h bien 1 moi je l'accuse d'avoir répanda
clans le monde l'idée de révolte, qui est une idée de l'enfer; Vidée de la révolution, qui est une idée de mort; je Taccuse précisément d'avoir manqué de cet amour, de ce dévouement qu'impudemment il invoque. Il n a eu d'amour que pour le mal; il n'a eu de dévouement que pour l'erreur, pour le crime. Il a nié, il a combattu, il a outragé, il a poignardé la religion, qui est tout amour et tout dévouement.
Je l'accuse d'avoir affaibli, ruiné, autant qu'il était en lui, le sentiment national au profit de Vidée républicaine, idée funeste, idée fausse, libérâtre, oppressive, impie.
Et je l'accuse d'avoir fait tout cela quand tout le monde en Italie devait se ranger sous le drapeau légitime de l'indépendance; quand, au lieu du mot maudit de république, il fallait écrire sur la commune bannière le mot patrie. C'est ainsi que lui et ses complices, les républicains de l'Italie, ont trahi le pays en méconnaissant le principe catholique et le principe monarchique; c'est ainsi qu'ils ont plongé leurs compatriotes dans le désespoir.
Quant k la France, elle se soucie peu, en vérité, des prédictions et des leçons d'un pareil
homme, et si elle s'enorgueillit de saint Louis et de Jeanne d'Arc, elle n'est nullement fière de rimmoral romancier Georges Sand et de Tapostat Lamennais, qui trinquait, dans les banquets démocratiques, à la santé de l'exécrable Marat, — ce Mazzini de 93.
Les journaux protestants de rAngleterre. je l'ai dit, ont donné de l'importance à ce nouveau manifeste. Mais quoi qu'ils fassent, les circonstances prêtent peu aux déclamations des tribuns rouges. Ces adjurations à la démocratie, toujours les mêmes, sont accueillies par le dédain et n'ont plus d'échos. Les peuples laissent ces déclamations dans leur silence et leur obscurité. Les masses désillusionnées savent désormais à quoi s'en tenir sur le compte de ces tribuns furibonds qui leur promettent l'âge d'or, et ne sèment, partout où leurs doctrines trouvent accueil, que ruines, désolations, misères.
En résumé, en dégageant cette proclamation
de tous les mots inutiles, de toutes les paroles oiseuses, de toutes les phrases ridicules, des grossièretés et des impudences qui la revêtent, que trouve-t-on?
Deux choses : La confession de la désorganisation qui règne dans les rangs de la démocratie socialiste, et un nouvel appel aux armes.
A ce dernier point de vue, le gouvernement anglais, en autorisant l'impression dans plusieurs langues et à un très-grand nombre d'exemplaires de cette pièce anarcbique, a, une fois de plus, manqué aux principes conservateurs, et trahi les intérêts des gouvernements de T Europe.
n a des tolérances pour Mazzini. Mais ne le connalt-il donc pas? Son nom seul ne signiûet-il pas homme de carnage, homme de mort?
Ne sait-il pas qu'il aime à repattre ses yeux du supplice de ses ennemis?...
Verser le sang humain pour satisfaire une ambition insatiable, pour voir des têtes è ses pieds, pour marcher environné de complices, pour dormir dans le velours au nom des vagabonds qui dorment sur les places publiques ; pour manier l'or et la puissance, faire bon.
marché de sa conscience; passer ses jours dans Torgueil et ses nuits dans les terreurs ; n'oser se regarder de peur de se voir rougir; vivre retiré dans les palais usurpés comme au fond de sa tanière la bète fauve des forêts ; avoir le cauchemar dans Tesprit et le remords dans le cœur; être tout-puissant pour le mal et maudit par ceux qui aiment et pratiquent le bien, — voilà souvent ce que c'est que d*étre chef des démocraties.
Tel était Mazzini à Rome pendant sa terrible dictature.
La canaille seule applaudissait à son audace, à ses crimes, à ses vols, dont elle partageait la honte et les bénéfices.