LES CONSTITUANTS GLUCIDIQUES 12 QUELQUES ESPÈCES DE PHÉOPHYCÉES
Le groupe des Phéophycées compte, sur les côtes de Bretagne, de nombreux représentants. La Flore des Algues marines des îles anglo-normandes du Docteur Henri Van HEURCK en mentionne cent dix espèces. On en rencontre à tous les niveaux, depuis Pelvetia canaliculata, dont les touffes s’accrochent aux rochers à la limite supérieure des marées, jusqu’à Saccorhiza bulbosa qui ne découvre qu’aux basses mers de viveeau, en passant par les divers Fucus, les Ascophyllum, les Himanthalia, les Laminaires, etc. On en trouve de toutes les tailles; depuis les minuscules Ectocarpus terminalis (10 à 18), jusqu'aux grandes Laminaires qui atteignent, sur nos côtes, 3 à 4 mètres de longueur.
Les Phéophycées forment la grande masse des algues qui couvrent nos rochers, celles qui sont exploitées comme engrais par les riverains.
Malgré la diversité de leur taille, de leur forme et de leur habitat, on a réuni sous une même accolade toutes les espèces dont la coloration brune est dûe à un pigment appelé fucoxanthine, associé à la chlorophylle et aux autres pigments (MozLrARD, I, p. 190; OLTMANNS, IIL, p. 36).
Prenant comme point de départ et comme terme de comparaison la composition du contingent glucidique des Laminaires : mannitol, laminarine, algine, il était intéressant de déterminer le degré d’homogénéité du groupe au point de vue physiologique, en appliquant la méthode de dosage à un certain nombre d’espèces d’algues brunes.
La méthode d’analyse précédemment décrite a donc été utilisée de la manière suivante : le mannitol a été recherché dans les liqueurs d’extraction alcoolique, mais on ne s’est pas contenté de le doser au moyen de la déviation polarimétrique provoquée par l’addition d’acide arsénieux, on a, de plus, isolé cette substance par cristallisation, en reprenant par l’alcool bouillant le résidu sec d’évaporation de la liqueur.
Pour rechercher la laminarine, on soumet à l’hydrolyse à 120° par 3 % d’HCI, les liqueurs d'extraction alcoolique et aqueuse, préalablement concentrées et déféquées. Si ce traitement ne fait pas apparaître de sucre réducteur, on conclut à l’absence de laminarine. Dans le cas contraire, les déviations polarimétriques, avant et après hydrolyse, permettent de caractériser cette substance. La quantité en est déterminée par le dosage du sucre réducteur.
Enfin, on a compté comme algine tout ce qui précipite par les acides minéraux
dans la liqueur d’épuisement par les alcalis dilués, c’est-à-dire le corps décrit pour la première fois par STANFORD comme soluble dans les bases et insoluble dans les acides.
Les algues ont toujours été recueillies en place : pour permettre d'établir une comparaison plus exacte entre leurs poids secs, elles ont été récoltées dans l’eau, au moment où la marée les découvre. Sommairement égouttées (elles sont rapportées au laboratoire dans un sac de toile), elles ont été aussitôt pesées et fixées dans l’alcool bouillant, tandis qu’une autre portion était séchée à l’étuve pour la détermination du poids sec. On a choisi des individus adultes, en bon état, autant que possible dépourvus d’épiphytes : ceux-ci, en tous cas, ont été soigneusement éliminés (1).
La plupart des récoltes ont été faites à Jersey et à Roscoff, au cours de l'été de 1929 (2). Quelques espèces, en outre, ont été récoltées au printemps et en hiver à Jersey et à Ambleteuse (Pas-de-Calais).
En dehors des deux Laminaires dont l’étude fait l’objet du chapitre précédent : L. flexicaulis Le Jolis et L. saccharina Lamouroux, les analyses ont porté sur treize espèces appartenant aux groupes des Laminariées, des Fucacées, des Dictyotées et des Ponctariées. Ce sont :
LAMINARIÉES ..... Laminaria flexicaulis Le Jol. Laminaria saccharina Lamour.
Chorda filum Lamour.
FUCAGÉES ER Fucus serratus L.
Ascophyllum nodosum Le Jol.
Himanthalia lorea Lyngb.
Bifurcaria tuberculata Dec. et Thur.
Halidrys siliquosa Lyngb.
Cystoseira ericoides Agardh.
Pelvetia canaliculata Dec. et Thur.
DICTYOTÉES ...... Dictyota dichotoma Lamour.
Padina Pavonia Gaill.
Dictyopteris polypodioides Lamour.
Taonia atomaria J, Ag.
PONCTARIÉES ..... Asperococcus bullosus Lamour.
Laminariées
Chorda filum Lamour.
On trouve cette espèce, à basse mer, flottant dans les courants d’eau qui suivent les rigoles sablonneuses entre les rochers, fixée à un galet, parfois à un coquillage, fréquemment couverte de parasites, en particulier d’'Ectocarpus. Son aspect extérieur est celui d’une cordelette brune, lisse, atteignant plusieurs mètres de longueur, amincie à ses deux extrémités. En réalité, c’est un tube rempli d’une gelée visqueuse.
(1) Pour l’étude et la détermination des espèces, on a utilisé les ouvrages de BoRNET et THURET, CROUAN, HARVEY, HAUCK, OLTMANNS, VAN HEURCK, WUITNER, ainsi que la très complète collection d’exsiccata du Père Morin, à Jersey.
(2) J’ai reçu à la Station biologique de Roscoff la plus bienveillante hospitalité. C’est pour moi un devoir d’adresser à M. le Professeur Ch. PÉREz l’expression de ma sincère gratitude.
En toute saison, son poids sec est très réduit : 1/10° environ du poids total, la
proportion de sels abondante : un tiers du poids sec. Elle ne renferme jamais de lami-
narine ni de sucre réducteur. En été (récolte du 3 septembre 1928 à Jersey, La Colette),
on trouve un peu de mannitol, un peu d’algine, une proportion d’algulose très faible. En hiver (récolte du 4 décembre, mème station) le mannitol disparait.
3 SEPTEMBRE 1928 4 DÉCEMBRE 1929 % POIDS FRAIS | % POIDS SEC | % POIDS FRAIS| % POIDS SEC ETES Le 2. : 89,5 — 88,9 — SDS es ; — — 3,6 32,4 Mannitol ...... 1,1 10,5 0 0 Laminarine .... 0 0 0 0 Aigine"....... - 1,5 14,3 — — Aigulose. ..... ; 0,4 3,8 — — Fucacées
Fucus serratus L.
Il est superflu de décrire le genre Fucus, très commun sur nos côtes où il envahit tous les rochers qui ne sont pas trop battus par les flots, découvrant à la mi-marée. Fucus serratus occupe parmi eux la zône moyenne et inférieure où il voisine avec les premières Laminaires. Il doit son nom à la forme de sa fronde, finement découpée en dents de scie. Sa pigmentation lui donne une coloration foncée qui rend assez pénible la décoloration des liquides d’extraction.
Ses constituants sont ceux des Laminaires : mannitol, laminarine, algine, dont les proportions sont comparables à celles que l’on trouve chez ces algues. La laminarine y semble notablement moins abondante, mais il est difficile de généraliser les conclusions que l’on peut tirer d’un trop petit nombre de dosages. L’amplitude des variations saisonnières est telle, en effet, qu’il faudrait, pour cela, comparer entre elles une série d'analyses échelonnées ,au cours de l’année. On a groupé dans le tableau suivant les résultats de dosages effectués sur F. serralus du 8 août 1928 (Ambleteuse) et L. flexicaulis de la même époque, sur F. serratus du 29 septembre 1929 (Jersey, La Motte- Verte) et L. saccharina du 21 septembre.