YIII INTRODUCTION (ESSAI CRITIQUE
En France, la république, proclamée déjà en 1792 et en 1848 , n*est définitivement établie que depuis quelques années. — Longteinps on a paru croire que la tradition monarchique y faisait obstacle, et; tout en concédant que l'ancien régime était condamné pour toujours, on voulut s'arrêter à cette forme mixte connue sous le nom de monarchie constitutionnelle; on citait à l'appui notamment l'exemple de l'Angleterre, qui passe, d'ailleurs à juste tilre, pour avoir su allier chez elle le culte du souverain et les libertés politiques. C'était méconnaître l'histoire des deux pays; c'était surtout oublier l'avortement successif des monarchies constitutionnelles essayées en France , avortement dont sont responsables ceux-là mêmes qui étaient le plus intéressés à le prévoir et à l'éviter. La France devait, de tout^ nécessité, aboutir à la réforme républicaine; les raisons peuvent en être brièvement exposées.
Tandis qu'en Angleterre, où la mort de Charles !•' n'avait pas éteint tout respect du souverain, une noblesse puissante et éclairée savait s'associer aux autres classes de la nation pour contraindre, dès 1688, la royauté à des concessions qui s'augmentèrent sans cesse, — le peuple, en France, resta jusqu'à la fin du xvm* siècle, seul, en présence d'un roi dont rien ne venait contre-balancer l'autorité absolue. Aux périodes brillantes du règne de Louis XIV, succédèrent les années de désastres, de misères et d'humiliations. Du grand pouvoir royal, la France ne vit plus que des abus monstrueux la précipitant à sa ruine sans ar.cune chance de salut. Le souverain et la noblesse, réduite depuis longtemps à l'état de noblesse de cour, s'isolaient toujours davantage de la nation et ne comprirent pas l'épanouissement intellectuel de la société française, si vif pourtant qu'il, rayonnait alors bien au delà de nos frontières ; ils ne virent pas non plus le régime libéral qui
CONSTITUTION POUTIQUB (FRÂNCB) IX
grandissait peu à peu de l'autre côté du détroit. La nécessité d'une réforme s'imposait; seuls, ils n'en eurent pas conscience. — Aussi , la révolution de 1789 devait-elle trouver la nation d'autant plus ardente et préparée à la lutte ; les griefs et les embarras de toute nalure avaient, en s'accroissant d'année en année, creusé l'abime qui devait séparer le peuple du roi. Bientôt, il fut démontré que, loin de consentir à l'exécution loyale de la constitution de 1792, qui s'inspirait en partie des libertés anglaises, la cour songeait uniquement à résister. Au point où en étaient les choses, c'eût été au souverain à faciliter la transition et à tout faire pour acclimater en France une monarchie tempérée par une charte libérale; à défaut de la raison, son intérêt lui commandait impérieusement de se rendre aux nécessités de son temps et de rompre avec les traditions du passé. Pouvait-on, en effet, espérer arrêter sans concessions toute une nation frémissante et soulevée pour la première fois après une attente aussi vaine et aussi prolongée? Devant la résistance du roi, la république fut proclamée : Louis XVI mourut comme Charles I", mais il entraîna dans sa chute ce prestige du souverain, cette foi robuste dans la royauté qui avait survécu jusque-là. — Le premier empire qui se substitua à la république ne fut point, en réalité, un gouvernement; hostile d'ailleurs à toutes libertés, il conduisit seulement la France sur les . champs de bataille pendant quinze ans, et, quand la Restauration vint, la carrière était libre, au milieu d'une nation épuisée par un si long effort, pour un essai nouveau de la monarchie constitutionnelle. Les conseillers qui entouraient Charles X ne furent pas plus hommes d'Etat que ne l'avaient été les nobles du xwn^ siècle ; la charte ne fut point prise au sérieux et, pour la seconde fois, la forme constitutionnelle succomba sous le poids des fautes des partisans du roi. — Le régime de 1830 se présentait avec une situation nouvelle. Le parti des émigrés et de l'ancien