X INTRODUCTION (ESSAI CRITIQUE
régime n'était plus au pouvoir. Le « pays légal » soigneusement trié parmi les classes les plus aisées de la nation, prit les affaires en mains ; on pouvait croire qu'il saurait profiter des leçons d'un passé qui datait de la veille ; il avait vécu de la vie nationale ; il expliquait doctement pourquoi, sous le règne précédent, la monarchie constitutionnelle avait succombé ; il se proclamait partisan des doctrines de Técole anglaise et, à ce titre, s'il ne repré* sentait pas Tavènement de la démocratie, il semblait pouvoir se prêter, par une marche progressive, au développement des libertés publiques. La nation lui flt un crédit de dix-buit années : crédit inutile. Pendant ce temps, Ykngleterre augmentait le nombre de ses électeurs et le roi Léopold, en Belgique, suivait scrupuleusement la fameuse maxime : « Le roi règne et ne gouverne pas. » Ni Louis-Philippe, ni ses ministres, ni les chambres qu'envoya « le pays légal » ne furent plus prévoyants que leurs devanciers. On s'étonne encore aujourd'hui d'un aveuglement poussé aussi loin. L'action du roi tendait à devenir de plus en plus prépondérante ; l'adjonction des capacités était écartée comme un progrès irréalisable ou du moins très prématuré. L'affaire d'un banquet suffit à déterminer la révolution de 1848. — Quelles que fussent les hésitations des adversaires des institutions républicaines, le suffrage restreint ne pouvait survivre : il était condamné par l'inexpérience politique dont les électeurs censitaires s'étaient si longuement complu à faire une preuve éclatante; manifestement, il était impuissant à produire, en France, des hommes d'État d'autant plus nécessaires, à cause même de ce mode de suffrage, qu'ils doivent pressentir l'opinion publique en dehors et au delà de la représentation. Quant à la monarchie constitutionnelle, elle avait pour la troisième fois refusé de prendre en France ses lettres de naturalisation : une quatrième expérience devenait impossible. La république fût proclamée en même temps que le sufinrage anlversel
COMSmTUTION POUTIQUK (PEAIfCS) XI
était établi. Le parti vaincu, encore tout étourdi de sa chute, et n'en comprenant point les véritables causes, essaya d'une agitation irréfléchie : il réussit malbeu reuaement à créer une panique dont le second empire sut habilement profiter pour s'emparer du pouvoir, — Né d'une surprise et d'un coup de force, ce régime, dont on peut, encore à cette heure, inutilement chercher la raison d'élre, devait disparaître au premier rayon de liberté. Sa déchéance vint trop tard pour que la France pût échapper aux conséquences de l'acte le plus fatal de sa politique d'aventure. — Cette fois, la nation tout entière se réveilla comme d'un long sommeil. Elle avait subi la loi de la guerre en 1815 ; elle était restée indifférente en 1830; elle s'était trop vite désintéressée en 1850 : l'ftge viril lui vint au lendemain de cette guerre de 1870-1871 qui la laissait mutilée et sous le coup d'une dette écrasante, et sa fermeté triompha des derniers obstacles que les anciens partis essayèrent de lui susciter. On a souvent dit que le peuple français était à la fois léger et difficile à gouverner : ne serait-il pas plus juste, à la suite de ces expériences multiples qui remontent jusqu'à 1789, de reconnaître qu'il fut patient à l'excès, longtemps sceptique au point de vue de la forme du gouvernement, amoureux surtout d'ordre et de travail ? Il a ses défauts , que nous n'entendons point dissimuler et qu'il a chèrement expiés ; du moins ces dures leçons lui serviront-elles à persévérer avec constance dans la route qu'il suit, cherchant à réaliser par lui-même le développement des institutions libérales et démocratiques sans lesquelles il ne peut subsister. La constitution de 1875 n'est point parfaite ; mais avec ses deux chambres issues, bien que dans des conditions inégales, du suffkrage universel, elle permet à chaque citoyen d'assurer sans secousse les progrès nécessaires, et elle fait enfin rentrer la France dans la voie démocratique qu'elle-même avait tracée il y a bit Btôt un