LA LEGENDE DE RAM
Après la disparition des Atlantes, leur colonie africaine avait prospéré, mais les moeurs s'étaient corrompues, la haute valeur morale des symboles adaptés à l'esprit des masses s'était déformée, anthropomorphisée ; les chefs militaires qui possédaient la force s'étaient emparés du pouvoir, précédemment détenu par les Mages. Ces rois, grisés par le vertige d'une autorité sans limites, étaient revenus aux bas instincts de la brute humaine.
Les guerres avaient repris leur violence ; les peuples, oubliant les grandes lois morales, étaient à nouveau broyés dans ces conflits; seuls, paraît-il, les sages d'Egypte avaient conservé leur puissance et constituaient un îlot de haute raison au milieu de la folie générale. Les peuples de la terre d'Europe n'étaient pas moins martyrisés : soumis à la loi des druidesses, ils participaient à un culte grossier et sauvage, dont les sacrifices humains formaient la base.
C'est alors que surgit Ram, fils d'une druidesse qui, rêvant de fraternité et voulant mettre fin à ces meurtres, partit vers l'Egypte se faire initier par les Mages.
Admis à subir les épreuves formidables de l'initiation, Ram reçut enfin la lumière, il apprit de ses maîtres comment
les connaissances humaines avaient pu se conserver et s* accroître.
Des associations d'hommes, épris de science, s'étaient formées, depuis l'éveil de l'humanité à la civilisation : chacun des membres de ces associations avait étudié une des manifestations de la Nature, cherchant à découvrir les lois générales, et chacun d'eux, après avoir arraché une parcelle de la vérité, l'apportait à ses frères en disant : (( Voici la pierre que j'apporte pour bâtir le Temple de la Sagesse. » Cette expression, conservée à travers le temps, est encore de nos jours d'un usage courant, aussi bien dans les milieux de la Franc- Maçonnerie que dans le monde profane, pour exprimer un effort en vue d'une œuvre commune.
Ram, initié, connut les symboles de la Pyramide et du Sphinx.
La pyramide, qui exprime la philosophie, d'où sortirent ensuite tous les symboles religieux, est ainsi définie par les initiés :
iLa pyramide a pour base un carré, et pour quatre côtés, quatre triangles réunis en un sommet commun. C'est le symbole du monde sensible, de la terre où nous vivons, de la nature enfantée par la Vie-Une, dont pour nous, l'hiérogramme est Dieu.
Le sommet, qui n'est qu'un point, exprime l'idée d'unité appelée Dieu. Il convient de remarquer que cette idée d'unité est aujourd'hui celle qui se dégage des travaux les plus élevés de la Science. C'est le point de départ de tout; c'en est aussi le point d'arrivée, puisque après les évolutions diverses, la matière ou la vie tend à redevenir une.
De ce sommet, expression de l'unité, la diversité va naître. Prenons le symbole exprimé par un côté : Pour engendrer, il est indispensable que deux principes contraires s'unissent; de là, l'angle dont les lignes, partant du sommet, réunissent l'unique au divers; mais l'angle n'apporte nulle conclusion; c'est un principe stérile; il devient fécond, lorsque ces deux
parties sont complétées par le principe d'amour, l'enfant qui unit le père et la mère en formant le triangle.
Donc, /, côté du triangle, représente le père, 2 représente la mère, 3 représente l'enfant, symbole conçu à l'image de Dieu, puisque l'enfant exprime en lui la trinité et l'immortalité par la continuité des vies.
Les symboles se continuent par la base. L'enfant est un des côtés du carré, il va s'unir pour engendrer ; ainsi, le ternaire contient en lui la quaternaire loi de réalisation.
Et maintenant, nous allons retrouver tous les autres symboles auxquels nous sommes habitués. Réunissons les angles du carré de la base, et nous aurons deux lignes qui, se coupant, donnent la croix, axe de gravitation de la nature.
Trois autres triangles existent qui symbolisent le Monde des Rythmes exprimés par le ciel, la terre, l'homme, trinité naturelle.
Mais la pyramide exprime encore d'autres lois : si, du centre, nous traçons un cercle enfermant le carré, en passant pas ses angles, nous exprimons l'ensemble de tout ce qui est. Si nous projetons les quatre triangles qui composent les faces de la pyramide, nous aurons l'étoile à douze branches, qui exprime les douze signes du zodiaque, nombre que nous retrouverons aussi dans les douze tribus d'Israël et dans les douze apôtres.
Il faudrait une étude comparée des religions pour montrer comment se pénètrent et s'interprètent les symboles de chacune d'elles, cela nous entraînerait fort loin. Je vous renvoie aux oeuvres des hermétiques qui méritent votre attention. Imagination! diront les sceptiques... Peut-être, dans une partie toute intuitive, mais quand on voit avec quelle harmonie les parties imaginatives se relient aux faits analysés, aux preuves tirées de la linguistique, de la mystique, de l'architecture, on est bien forcé de trouver l'hypothèse vraisemblable tant les choses paraissent s'enchaîner logiquement!...
Mais, continuons l'examen des formules ésotériques contenues dans la pyramide : la projection d'un côté sur la base
donne Tétoile à sept branches, symbole de la lyre cosmique, des perfections humaines, du temps critique et du développement des êtres chez les pythagoriciens, nombre dont nous retrouverons plus tard l'expression : les Sept Sages de la Grèce, les sept péchés capitaux, les sept vertus, les sept sacrements et les sept voyages que doit faire tout initié. — Sept ! Nombre qui, même chez les Francs-Maçons, signifie T acquit des qualités supérieures réservées aux Maîtres.
Deux triangles donnent l'étoile à six branches, qui évoque le principe de l'évolution et de l'involution, lutte du mouvement et de la matière. L'homme est symbolisé par l'étoile à cinq branches. Devant le temple, qui précédait la pyramide, deux colonnes étaient dressées exprimant le bien et le mal. Les prêtres, d'après Moret, imaginaient que ces deux tours étaient, l'une, Isis, l'autre, Nephtys, les deux grandes déesses qui sont au côté oriental du ciel. Ces colonnes, nous les retrouverons devant le Temple de Salomon et dans l'architecture gothique, rappelant ces deux principes premiers, et, dans l'Ancien Testament, elles évoqueront alors la Colonne de Feu et celle de Nuée qui guidaient les Hébreux dans le désert. On les retrouve aussi dans les temples maçonniques, l'une portant la lettre J, l'autre, la lettre B, tant les mêmes idées mènent les hommes, malgré les siècles qui sombrent dans l'abîme du Temps.
R£im reçut chez les Mages tout un enseignement philosophique, ses maîtres dévoilèrent pour lui qu'au delà des formules élémentaires révélées au peuple, s'exprimaient de hautes pensées philosophiques.
Il acquit d'eux l'enseomble des connaissances accumulées transmises par voie ésotérique et orale, il apprit les légendes symboliques du Paradis Terrestre, celle du Serpent, exprimant le Désir qui tourmente les êtres, il apprit la hiérarchisation des sciences, puis après une initiation qui dura 33 années, Ram put connaître le secret du Sphinx.