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L ARCHITECTURE BYZANTINE

Ravenne. L'intérieur de la basilique Saint-Vital.

Ph. Alinari.

Jean procède du même principe. Théodore le Grand fit construire, il est vrai, une rotonde surmontée d'une coupole, mais on ne saurait voir là un principe nouveau.

Pourtant, l'influence orientale se fait sentir dans la nouvelle capitale impériale et vers le IV^ siècle, le nouveau style s'affirme. 11 s'essaye, en partant de l'art gréco-romain, à combiner les données symboliques nouvelles avec l'architecture antique, mais c'est surtout au vr siècle qu'il se précise par l'emploi de la coupole sur pendentifs. Sainte-Sophie, comme décoration et comme architecture, exprime le style nouveau.

Par l'emploi de la coupole, le monument s'élève, ses dimensions augmentent. Rien n'est comparable à la partie centrale de Sainte-Sophie où, par la pénétration des voûtes latérales dans la coupole centrale de 31 mètres de diamètre, la nef atteint une largeur considérable, dégageant par la volée des grands arcs, la vue des parties moins élevées.

C'est bien la mystique religieuse qui commande à l'architecture, car la coupole est une nécessité pour les chrétiens grecs, elle doit s'élever au-dessus du lieu très saint; cet espace est réservé au clergé, les fidèles trouvant place dans les tribunes latérales, les pénitents, dans les portiques qui existaient primitivement. Pour augmenter l'effet, dans les angles, se creusent des culs-de-four soutenus par des colonnes.

L'aspect de la coupole byzantine qui se rattache directement au bâtiment est lourd, vu de l'extérieur; aussi cherchat-on à diminuer cet effet en élevant la coupole au-dessus d'un tambour qui la dégage du monument.

A l'intérieur, l'église est décorée de riches mosaïques sur fond or ou bleu foncé, représentant des scènes religieuses, les chapiteaux sont ornés de feuillages, et les coupoles s'élevant, donnent une idée de grandeur jusqu'alors inconnue.

L'orfèvrerie avait aussi contribué à la décoration : l'autel était en or; au-dessus, se développait un dôme tout étincelant

l'architecture byzantine 95

de pierres précieuses et d'or, surmonté d'une croix de même métal, le tout supporté par quatre colonnes de vermeil.

La construction des coupoles sur plan carré n'alla pas sans grandes difficultés. La première coupole de Sainte-Sophie s'écroula. Pour diminuer la charge de la couverture, on fit alors venir de l'île de Rhodes, des tuiles, dont le poids était cinq fois moindre que celui des tuiles ordinaires.

La richesse de cette église, ses dimensions considérables, qui n'ont été dépassées que par Saint-Pierre de Rome, la firent apparaître comme une merveille du monde. L'église Saint-Marc, après l'incendie de la basilique primitive, au iV siècle, fut reconstruite suivant les données de Sainte-Sophie. On construisit d'énormes piliers, sur lesquels vinrent reposer cinq coupoles formant transept. La richesse des mosaïques de Saint-Marc, son architecture, aidèrent à répandre en France le nouveau style. Nous pourrons citer Saint-Pierre d'Angoulême, l'ancienne abbatiale de Souillac, Saint-Front à Périgueux, où les moines s'efforcèrent de rappeler les dispositions générales de Saint-Marc. Il convient également de citer l'interprétation de ce style à Paris, dans la basilique du Sacré Cœur.

A Constantinople, de nombreuses églises du style modifié, comme il est dit plus haut, par la surélévation de la coupole, furent construites, et les coupoles s'élevèrent jusqu'à treize, nombre symbolique.

Ce style atteignit son grand succès en Russie, où les spécimens de l'art byzantin sont particulièrement nombreux.

Mais je m'aperçois que les instants s'écoulent, que l'heure du repas est venue; aussi bien, nous avons encore à nous entretenir du style roman avant d'arriver à nos cathédrales gothiques, et surtout à ceux qui les ont bâties.

Pour ce soir, nous nous en tiendrons là, car en allant, comme nous le faisons, au gré de notre fantaisie, en voulant suivre les constructeurs dans leurs oeuvres et les déformations

du symbolisme primitif à travers les âges, il nous faudrait étudier, comparer entre elles toutes les religions, chacune d'elles, ayant, dans l'architecture de ses temples, exprimé sa foi et sa philosophie.

Rome. La Cuve Baptismale de Saint-Jean.

Ph. Anderson.

Saint-Front, a Péuigueux,

N. D. Photo.

Les Eglises Romanes

LE style byzantin, avec ses ors, ses mosaïques précieuses, sa décoration somptueuse, pouvait bien convenir à la brillante civilisation du Bas Empire romain, toute imprégnée d'orientalisme ; mais la France et le Nord de l'Europe, ruinés par les invasions, plongés dans une profonde barbarie, ne pouvaient y trouver, ni l'expression de leurs souffrances, ni l'interprétation de leur mysticisme.

L'état de guerre en permanence entre les seigneurs, la

misère extrême des peuples, ne favorisaient guère le développement de l'architecture religieuse. Les couvents, les monastères qui s'étaient multipliés après la conversion de Clovis, survenue en 496, étaient autant des forteresses que des églises. Le monde vivait dans la terreur.

Cependant, les populations chrétiennes, dans le Midi, avaient adopté le style de la basilique, et les anciens temples païens étaient également utilisés pour le service du culte.

Pour comprendre l'expansion religieuse, son expression, sa matérialisation dans l'architecture romane, puis dans l'architecture gothique, il faut se remettre dans le milieu, revivre l'époque du Moyen Age et les terreurs qui assaillirent le monde à l'approche de l'An Mil.

Depuis la première invasion des Barbares et la chute du pouvoir romain en Gaule, notre malheureux pays avait été le cheonp clos où tous les conquérants s'étaient heurtés, détruisant tout vestige d'art et de civilisation.

Après la conquête définitive des Gaules par les Barbares, après la chute de l'Empire Romain, la nuit semblait s'être faite sur le monde d'Occident. Avec le régime féodal, toute indépendance régionale avait disparu. Les ducs, les comtes, toute cette hiérarchisation militaire qui s'est partagé le pays, sont autant de monarques absolus qui régnent sur la terre de France; leur puissance sans limites, envers ceux qui vivent sous leurs lois, ne s'arrête que devant celle du suzerain dont ils dépendent, auquel ils doivent leurs services, car c'est de lui qu'ils ont reçu le fief dont ils jouissent.

Le pouvoir du seigneur, brigand heureux, grossier, sans culture, qui passe son temps à guerroyer ou à chasser, est cependant contrebalancé par l'autorité morale du prêtre. Malheureusement, le plus souvent, le prêtre est lui-même ignorant, et la religion qu'il prétend enseigner reflète un tissu de fables, de superstitions ineptes dans lesquelles le démon tient une place prépondérante. La période barbare qui s'étend de la chute de l'empire romain jusqu'au Moyen Age, est celle des légendes les plus grossières, déformation des mythologies

anciennes qui animaient toute la nature. Ce n'est pas le christianisme qui triomphe dans le domaine religieux, c'est la crainte de Satan qui terrorise et courbe les hommes. Chaque lieu possède son démon, ses génies particuliers qui aiment à tourmenter les humains. Cette terreur générale favorise le développement de l'Eglise, dont les ministres et les moines, pullulent, apparaissent comme des sorciers capables de conjurer le mauvais sort. Les couvents sont nombreux; c'est dans l'asile sacré de quelques-uns d'entre eux que les initiés, cachant leur savoir, trouvent un abri certain. Ils communiqueront même avec l'Extrême-Orient, dont ils connaissent les grandioses civilisations, indienne, chinoise, dont ils s'inspireront dans les ornements qui enrichiront leurs constructions. Le plus souvent, c'est par l'intermédiaire des Corporations nomades que s'échangent les messages. Les chaudronniers en cuivre, les orfèvres qui vont de château en château, sont le plus souvent des Compagnons. Ils transmettent les mots d'ordre et ils maintiennent ainsi les liens jamais rompus avec les grands initiés.

Les Bohémiens, ces nomades qui reçurent des Mages de l'Ancienne Egypte les tarots leur servant à prédire l'avenir, gardant, indestructible, l'image des Symboles, jouent un rôle important dans ce difficile et perpétuel échange.

Au-dessous des initiés, les affiliés constructeurs continuent de recevoir l'enseignement professionnel, mais ils ont presque perdu le sens de leurs origines. Chaque Corporation vit sur une légende adaptée par elle, tenant tout à la fois de la tradition initiale et du culte catholique.

La plupart de ces sociétés font remonter leur origine à la construction du Temple de Salomon : leurs adhérents sont les Enfants de Salomon ou d'Hiram, et voici la légende que, généralement, ils racontent :

(( Hiram, roi de Tyr, avait envoyé des architectes à Salomon, pour la construction du Temple de Jérusalem. Le chef des ouvriers, qui s'appelait également Hiram, avait divisé ceux-ci en trois classes: 1") Les Apprentis, 2°) Les Compa-

gnons, 3") Les Maîtres. Chaque catégorie avait un Devoir spécial et recevait un salaire particulier. Pour éviter que les Apprentis et les Compagnons puissent arbitrairement se faire passer pour Maîtres, chaque grade avait un signe qui lui était propre, un mot de passe, un signe de reconnaissance, des attouchements. Le mot et les signes des Apprentis, des Compagnons, ceux des Maîtres diffèrent suivant les grades. »

(( Un jour, quinze Compagnons de mauvaises moeurs, qui n'avaient pas été jugés dignes d'être reçus parmi les Maîtres, décidèrent d'attenter à la vie du Grand Maître et de lui arracher son secret. Douze d'entre eux reculèrent devant ce forfait, trois seulement persistèrent dans leur mauvais dessein. Un soir, après la visite du Temple, Hiram s'était attardé, il s'apprêtait à en sortir par la porte Nord, quand, l'un des Compagnons se dressant devant lui, lui demanda de livrer le secret. Hiram lui répondit : — Les secrets des Maîtres ne peuvent être livrés aux mauvais Compagnons. — Alors, le Compagnon le frappa à la gorge de sa règle de fer. Hiram, sanglant, s'enfuit vers la porte du Midi, mais il se trouva en présence du deuxième Compagnon, qui essaya d'obtenir le secret. De nouveau il refuse, alors il est frappé d'un coup d'équerre à la poitrine. Il essaye enfin de sortir par l'Orient mais il succombe sous les coups du troisième Compagnon qui le frappe à la tête avec son maillet. Alors, les assassins emportent leur victime dans la campagne et cachent le corps sous la terre. »

(( Le lendemain, les Maîtres, étonnés de ne pas voir Hiram, l'appellent, le cherchent en vain, ils ont le pressentiment de sa mort. Les douze Compagnons font des aveux et s'oflFrent à rechercher le corps, ils se divisent en groupes pour aider aux investigations, enfin, ils découvrent le cadavre sous un tertre, où fleurissait une branche d'acacia. Dès lors, le mot qu'ils ont prononcé à la vue du Maître assassiné, sera leur mot sacré, car ils craignent que la violence n'ait eu raison de sa volonté. Le signe qu'ils ont fait sera celui de la reconnaissance, l'arbrisseau qui recouvrait la terre, leur symbole. ))

DÉTAIL DES PIIIERS d'AvALLON.

A. G. Photo.

(( Puis, ils dictent des épreuves plus rudes pour les Compagnons et les Maîtres, des moeurs pures, de la part des Apprentis, la constance et le courage chez tous ».

Telle est la base des légendes adoptées, avec les variantes inévitables qu'entraîne une transmission orale à travers le temps, par les groupes compagnonniques et par la Franc- Maçonnerie, qui se glorifie de continuer Toeuvre d'éducation et de perfectionnement des hommes. Cette légende rappelle, par certains côtés, les mystères d'Isis, dont nous retrouverons des traces dans le Compagnonnage moderne, Osiris est tué par son frère Typhon, et ses membres, divisés en quatorze parties, sont recueillis par Isis qui les ranime...

— Comme je vous Y ai déjà dit, cette fable ne nous interdit pas de remonter dans un passé bien plus lointain pour y retrouver les origines du Compagnonnage, aidés dans cette recherche, par l'étude et l'analyse des légendes orales transmises à travers les siècles, légendes appuyées de signes matériels conservés dans les monuments, livres de pierre éternels, où viennent s'instruire ceux qui savent et veulent interpréter les S5niiboles.

Qu'étaient ces civilisations disparues, ces villes formidables, comme Thèbes, Babylone, Memphis, Ninive } Nous n'avons sur elles que des récits légendaires, incomplets, mais, en contemplant les ruines de leurs monuments grandioses, en déchiffrant les inscriptions hiéroglyphiques des monuments égyptiens, ou celles cunéiformes des monuments assyriens, on demeure ébloui par la puissance de ces nations et de ces cités. Leur disparition, pendant tant de siècles, sans qu'aucune trace en ait subsisté, laisse à l'imagination la possibilité de créer d'autres civilisations, dont le souvenir demeurerait aboli pour nous.

Quels moyens ont dû employer les constructeurs de ces temples, de ces cités fameuses 7 Comment ont-ils dressé leurs obélisques, édifié leurs pyramides ?

Certes, aujourd'hui, nous accomplissons des travaux plus gigantesques. Nos immenses tunnels, les jetées formidables

de nos ports, nos ponts si hardis laissent loin derrière eux les travaux des anciens, mais nous avons une technique formidable, des moyens mécaniques illimités, des métaux d'une dureté telle qu'elle leur permet d'attaquer le granit et de découper l'acier.

Comment ont-ils transporté ces immenses blocs de pierre ? Comment ont-ils taillé dans le granit les statues qui ornent les temples égyptiens et les taureaux ailés à figure humaine des Assyriens ?

— Ah ! interrompit Nandon, je demeure émerveillé, quand je contemple ces vestiges d'un passé si lointain, d'une civilisation déjà plusieurs fois millénaire, alors Athènes, Rome étaient encore barbares, et, comme vous, je me demande comment leurs ouvriers, leurs artistes entamaient le granit, alors qu'ils ne devaient pas connaître l'acier } Par quels procédés ils arrachaient aux carrières, des blocs de la dimension de notre Obélisque ? Avec quels moyens ils en assuraient le transport et l'érection ? Plus près de nous, nous ignorons comment ont été bandés les arcs sur pendentifs des coupoles de Sainte-Sophie, de même que nous ignorons par quels caculs furent établies antérieurement les chambres de décharge des Pyramides, qui empêchent l'écrasement de l'hypogée par la masse.

Vous nous avez bien indiqué que, par leurs chants rythmés, ils pouvaient coordonner l'effort de milliers d'hommes, halant sur les cordages pour traîner les chariots, comment les sociétés, dans leur organisation théocratique, avaient hiérarchisé leurs connaissances scientifiques, mais justement, par la connaissance de leurs travaux, par ce que l'imagination entrevoit, on reste ébloui, et on se demande si vraiment, l'humanité est en progrès sur les époques disparues, et si la forme de ces sociétés, où dans une hiérarchisation savante, tout semblait organisé pour répondre à des aspirations simples, endormir le serpent du Désir qui, toujours, vient tenter l'homme, n'était pas supérieure à celle de nos sociétés modernes.

Nous sommes fiers de nos chemins de fer, de nos avions,

de nos progrès matériels. Nos besoins en sont augmentés. La vitesse ne nous donne pas de jouissances plus grandes. Si, par elle, les sensations sont plus rapides, nous sentons moins profondément. Quelle différence entre une excursion pédestre dans nos campagnes et la vision rapide qu'en donne une course en auto; nous nous incorporons au paysage, lorsque nous allons à pied, et nous n'avons qu'une vue cinématographique, lorsque la machine nous emporte.

La beauté de la vie antique, s 'écoulant aux époques de haute civilisation, dans le cadre d'une forte organisation, est supérieure à celle de notre vie moderne; l'homme demande à la Terre la satisfaction de ses besoins, il mange les fruits de son travail, il se vêt avec les étoffes qu'il a tissées de la laine de ses troupeaux : il est libre au sein de la Nature. Au soir, comme au matin, il adresse un hymne de reconnaissance au Maître Créateur de toutes choses, il a peu de besoins, peu de passions. Il est simple. Il est heureux.

— Oui, dit M. Matonnat, ce tableau est enchanteur, mais ce bel équilibre fut un jour rompu, les peuples devinrent conquérants, par nécessité de vie, ou par nécessité de défense. Comme la science était seulement l'apanage de quelques-uns, elle fut facilement détruite, et la nuit des siècles barbares vient de là.

Le Moyen Age fut possible parce que, autour des civilisations hellénique et romaine, dans les forêts de la Germanie, existaient des peuples guerriers, ignorants, assoiffés de richesses qui, sans craindre la mort, osèrent s'attaquer à l'empire romain affaibli.

L'avenir, voyez- vous, ne peut offrir de sécurité si les peuples ne partagent pas leurs richesses et ne communient pas ensemble aux bienfaits de la vie.

Mais arrêtons, une fois encore, nos dissertations et revenons à cette époque du christianisme primitif, qui donna naissance à deux ordres d'architecture d'une beauté éternelle.

Le christianisme primitif, nous l'avons vu, est un mouvement social qui attire d'abord à lui les opprimés puis ce

Cathédrale d'Autun. Le Jugement Dernier.

Cl. Giraudon.

qu'il y a de généreux dans l'aristocratie du monde antique, mais, lorsque, avec Constantin, il a pris figure de religion d'Etat, les mœurs se corrompent, les évêques deviennent les serviteurs de l'Empereur; avec la conquête des Gaules par les Francs, le servilisme religieux s'accentue. Saint Rémy a bien pu baptiser Clovis, l'armée tout entière se convertir, les rois francs et les seigneurs, dans leurs burgs, n'en continuent pas moins d'obéir à leurs passions : ils assassinent leurs frères, leurs enfants, leur père, lorsque l'intérêt les y incite, et le sublime Evangile du Christ demeure incompris de ces brutes.

Ils sont, depuis des siècles, pénétrés par le mysticisme d'une religion barbare, dans laquelle la bravoure était la vertu suprême qui ouvrait aux morts le Walhalla, paradis aux cinq cent quarante portes, par chacune desquelles peuvent sortir huit cents guerriers morts, dont la joie suprême est de se briser les os pour revenir ensuite boire ensemble. C'est le lieu divin, d'où les douze Walkyries sortent chaque jour pour désigner

ceux qui doivent mourir dans la bataille et qu'elles emportent dans le divin séjour.

Leur poésie peuplait les forêts profondes d'êtres surnaturels, leurs légendes évoquaient la puissance des génies de la nature, au sein de laquelle ils vivaient et dont le pouvoir redoutable les frappait de terreur.

C'est par ce côté qui les prédisposait à croire au merveilleux que les prêtres pouvaient avoir une emprise sur leur esprit : leur survenait-il un malheur ? Châtiment. — Un succès ? Récompenses des prières ou des dons faits aux églises. — Tout était prétexte pour asseoir la domination du clergé, mais le grand moyen d'action fut la crainte de l'Enfer, avec son antichambre du Purgatoire.

Cette idée du Purgatoire est empruntée à la légende païenne; elle évoque les épreuves qui attendaient le néophyte avant son admission dans le Collège Sacré, par le passage à travers le feu. Elle contient une idée de rachat, dont les papes, à certaines époques, tirèrent d'importants revenus.

C'est Saint Patrick, le patron de l'Irlande, qui, le premier, semble avoir, au V^ siècle, évoqué cette idée du Purgatoire, inconnue du judaïsme. Ne pouvant parvenir à convaincre les populations qu'il évangélisait, en leur parlant des hautes vertus du Christ et de son enseignement, il évoquait pour eux les supplices qui attendaient les incroyants. Puis, il demanda à Dieu un miracle pour convaincre ses fidèles de la réalité des peines endurées. EHeu daigna se mianif ester et le mena dans une île, en un lac formé par le Drog, à deux lieues de Donegal; là, il lui montra l'entrée d'une caverne et lui dit : « Quiconque, ayant confessé ses fautes passées, entrera dans ce lieu, avec une ferme foi, y verra les châtiments destinés aux coupables et les récompenses qui attendent les justes après cette vie, il en ressortira avec la rémission de ses péchés. Mais, quiconque n'y pénétrera que pour satisfaire sa curiosité, sera destiné à y demeurer enfermé jusqu'au jugement dernier. » Le lendemain, saint Patrick fit assembler tout le peuple des environs,

pour lui raconter cette révélation, qui se répandit de tous côtés. Il se trouva, dit-on, des gens pour tenter l'expérience qui rapportèrent des récits de l'autre monde, il y eut aussi des incroyants qui ne revinrent jamais. Cette fable colportée contribua à accréditer l'idée du Purgatoire et de l'Enfer, les supplices entrevus assurèrent la servilité des peuples.

Le Diable, au Moyen Age, a plus de pouvoir que Dieu, car il semble être la force. Dans ces siècles barbares, toute perturbation atmosphérique ou géologique, toute maladie épidémique, sont les manifestations de l'esprit du mal.

Les religions antiques avaient des cérémonies diverses ; au nombre de celles-ci, les orgies de Bacchus avaient laissé, dans l'esprit des peuples, leur souvenir. Au Moyen Age, les Sabazies deviennent les Danses du Sabbat. Ce n'est plus Bacchus qu'il s'agit d'honorer, mais c'est à Satan que l'on rend hommage.

Voici comment dans son livre, « Histoire de la Magie », Christian, ancien bibliothécaire au Ministère de l'Instruction Publique et des Cultes, décrit le Sabbat :

(( Imaginez quelque part une vaste lande, hérissée d'herbes sauvages, ou une large éclaircie dans la profondeur des grands bois.

(( Supposez, au milieu de cet espace, un tertre fait de main d'homme, ou quelque vieux dolmen celtique, autel colossal d'un culte évanoui.

(( Çà et là, des amas de bois résineux renvoient leurs fauves reflets sur des ombres mouvantes et, dominant cette scène, un haut Satan de bois noir, à tête de bouc, porte à bras tendus des torches embrasées qui font saillir, du ciel sans étoiles, sa lugubre silhouette. Voilà le théâtre ordinaire du Sabbat.

(( Autour du tertre, et sous la table du dolmen, sont accroupies quelques vieilles femmes à physionomie spectrale, brûlant des parfums composés de plantes funéraires et de débris humains, volés aux tombes. Ce sont les prêtresses du Diable.

(( Un peuple inconnu cl*hommes, de femmes et même (( d'enfants, arrive en silence à la nuitée, de tous les points (( de l'horizon, et à mesure que les groupes se forment, des (( nouveaux venus prennent place dans cette chaîne vivante (( qui enveloppe peu à peu l'infernale effigie. »

— Ce tableau évoque bien l'idée de ces assemblées infernales auxquelles jDarticipaient, non seulement un peuple de sorcières, de mendiants, mais même parfois, des seigneurs et des prêtres. La Messe du Diable était célébrée, les hystériques, stimulées par le milieu, entraient en transe, et la cérémonie se terminait par une ronde échevelée et des orgies ignobles, mêlant les âges et les sexes.

Cette société était propre à recevoir les superstitions concernant la fin du monde, d'autant plus que, dans l'état d'insécurité où vivaient les paysans, les famines succédaient aux famines, que le règne de Dieu, avec le Jugement Dernier, semblait le terme naturel à cette désolation. C'est alors que, partout, jaillissent, comme des actes de foi, les claires cathédrales, portant, comme dit Musset, la robe blanche de leur virginité.

Plus qu'aucun art plastique, l'architecture exprime la pensée, l'état d'esprit d'un peuple, ses préoccupations, sa mentalité. Les initiés, les Compagnons qui vont concevoir l'architecture romane, ne peuvent échapper à leur milieu, ce ne sont, pour la plupart, que des affiliés des degrés inférieurs, qui n'ont pas la haute culture philosophique des sages des grandes époques, ils subissent, plus ou moins l'empreinte des superstitions, en tous cas, ils ont ressenti les appréhensions des peuples, à l'approche de l'An Mil; ce sont ces craintes, ces sup>erstitions, cette oppression de la pensée que vont révéler, dans leur symbolisme, les églises romanes, sentiments qui revivront également dans les églises gothiques, dans lesquelles s'affirme toute la mythologie païenne.

L'architecture romane est caractérisée par la voûte à plein cintre, déjà employée par les Romains dans leurs constructions, soit en briques, soit en ciment, comme aux Thermes de

Caracalla, employée également avant eux par les constructeurs du palais de Korsabad, cette ville royale des empereurs assyriens, car l'architecture antique connaissait la voûte en berceau, dont on retrouve des vestiges dans les constructions de la Mésopotamie, aux époques Parthe et Sassanide. Dans ces pays, où le bois manquait, on construisait sans cintre préalable, en partant d'un mur pignon qui donnait l'origine du cintre, et celui-ci, prenant son point d'appui sur ce gabarit original, progressait dans le vide, par petites parties agglomérées entre elles par des couches successives de mortier qui constituaient une étroite liaison.

Plus tard, lorsque le christianisme a conquis l'Orient, la Syrie, l'Asie Mineure, la voûte en berceau en plein cintre sera employée, et même la coupole sur pendentifs, qui inspire le style byzantin.

Ce n'est pas forcer les textes, que de constater que l'architecture syrienne contient tous les principes du roman.

Les églises de Qualb Louzeh, Kalat Sem'An, construites avant le VI* siècle de l'ère chrétienne, avec leurs trois nefs, leur abside sur plan cintré, leurs fenêtres à plein cintre, leur couverture en voûte, les arcades de la tribune de l'église de Binbirkilisse dans le Kara Dagh au V® siècle, ainsi que les motifs de décoration employés, tout contribue à fournir les éléments qui, interprétés, adaptés au milieu, permettront aux Initiés de concevoir et de réaliser le style roman.

Chaque peuple, suivant son caractère particulier, avait appliqué cette architecture à ses besoins, et nos constructeurs d'églises employaient la voûte en plein cintre, depuis le V^ siècle, mais c'est seulement au X" siècle que l'ordre roman est créé, avec ses voûtes basses, ses lourdes colonnes, aux fûts épais, aux chapiteaux historiés.

Dans l'église byzantine, l'emploi de la coupole obligeait à adopter pour le plan de l'édifice la croix grecque aux bras égaux.

La construction romane permet de revenir au plan primitif de la basilique et de retrouver la croix latine. Les nefs latérales

La Tour romane DK St-Germain-des-Prés a Paris.

sont prolongées autour du chœur, Tabside devient le plus souvent circulaire; quelquefois, comme à Vézelay, et dans les églises d'Orient, il y a un vestibule appelé narthex. Les côtés des nefs sont souvent garnis de chapelles en cul-de-four. Parmi les innovations du style roman, il faut citer la voûte d*arête, les voûtes en berceau, les arcades à plein cintre, les arcades géminées, laissant entre elles et le grand cintre qui les enveloppe, un tympan souvent percé d'un œil-de-bœuf, qui annonce les rosaces.

Dans la conception des arcs, les constructeurs ont cherché toutes les combinaisons ornementales possibles ; avec le plein cintre, on sent un effort professionnel, une volonté d'innover.

Ces arcs sont parfois divisés par trois arcs de cercle, dans ce cas, on les dit en trèfle; parfois, comme à La Charité-sur-Loire, ils sont divisés par cinq arcs de cercle, dans ce cas, on les dit quintilobés.

On fait remonter ce dispositif aux Arabes qui l'ont

employé dans la construction de la mosquée de Cordoue.

On rencontre dans les églises romanes d'Auvergne et du Bourbonnais, remontant au X*" siècle, un dispositif qui divise la fenêtre en trois parties: celle du milieu, à plein cintre, et les deux autres, moins hautes, se terminent par un arc de cercle accolé à la partie centrale; enfin, on voit dans les mêmes régions et en Angleterre, des fenêtres géminées sous un plein cintre, dont la partie haute se termine pour chacune d'elles par un triangle ; on dit ces fenêtres en mitre ou fronton.

Il est curieux de constater que nous retrouvons souvent dans les églises romanes, gothiques ou byzantines, le triangle équilatéral, symbole dont nous aurons à reparler.

Quelquefois, les arcades à plein cintre sont enlacées; dans ce cas, on les dit à tiers point ; peut-être, est-ce dans cette rencontre des arcades enlacées qu'il faut chercher le début du style ogival ?

L'une des caractéristiques du style roman, c'est la colonne lourde, trapue, faite pour résister aux charges de la voûte.

Alors que les colonnes antiques : doriques, ioniques ou corinthiennes, ont des modules qui les allègent, des chapiteaux et des bases harmonieuses, tout est lourd dans la colonne romane; on sent une époque qui réapprend les lois de l'architecture, comme elle réapprend les règles de l'art sculptural. 11 est merveilleux, qu'après des siècles de barbarie, on puisse retrouver toute la technique nécessaire à ces appareillages de pierre, à cette décoration inventée presque de toutes pièces, et que, tout à coup, puissent surgir des armées d'ouvriers qui vont, à travers la France, et même en Angleterre, faire sortir de terre, comme par un miracle, ces églises qui attestent le renouveau de la foi.

C'est que, pieusement, au milieu du désarroi d'un monde mourant, les Compagnons, les grands Initiés du passé, entretenaient la flamme de la science, cachés dans leurs loges et dans les couvents.

Les bases des colonnes romanes sont des dégénérescences des bases antiques, elles comportent des filets, des tores, des

scoties, le tout, d'un dessin plus ou moins pur. Les parties de la base offrent souvent un projfil informe, ne rappelant rien des tracés anciens. Le fût de la colonne est carré, octogonal, cylindrique, en forme de croix, portant le plus souvent lorsque le fût est carré ou en croix, des colonnettes engagées comme au Puy-en-Velay. On trouve également des colonnes croisées, des colonnes torses.

A partir du X^ siècle, la surface des colonnes est souvent ornementée de divers motifs : cannelures avec rendentures, cannelures à spirales, colonnes chéorannées, godronnées, imbriquées, losangées, gaufrées; on verra ces divers types dans les cathédrales du Puy-en-Velay, d'Autun, de Souvigny, de Bourges, etc.

Les chapiteaux sont lourds, comme les colonnes ellesmêmes, ils sont fréquemment cubiques. Le plus souvent, ils comportent une corbeille et un tailloir de dimension très forte, surtout dans les églises romanes d'Auvergne. Les tailloirs, au Xf siècle, sont rehaussés de palmettes, d'oves, de méandres, de billettes et sont parfois imbriqués.

Au début, la corbeille du chapiteau est cubique, arrondie à la base pour se raccorder avec la colonne. Quelquefois, dans le Midi de la France, on trouve des chapiteaux imités de la corbeille corinthienne, mais nous ne trouvons qu'une volute incomplète, et les feuilles d'acanthe sont remplacées par des feuillages divers, grossièrement sculptés.

Très souvent, on trouve des chapiteaux historiés, c'est-àdire, comportant des scènes allégoriques tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament, même des faits locaux, comme à Vézelay, où les chapiteaux retracent des scènes d'un naturalisme outré. Les Compagnons et les prêtres de cette époque ne craignaient pas d'appeler les choses par leur nom, et pour flétrir les vices, de les étaler sous les yeux des fidèles.

Obligés par le manque de place à sculpter les figures avec un raccourci, difficile à obtenir, celles-ci sont presque toujours assez grossières.

Les motifs de décoration sont infinis, les artistes ont perdu

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La Cathépbai.i: df, Kaon

le contact avec l'art antique. C'est une véritable création à laquelle nous assistons, et c'est à la Nature que les sculpteurs demandent leur inspiration.

La décoration employée, quoique inspirée des constructeurs de l'Asie, est en effet nouvelle dans son interprétation, les motifs en sont empruntés à la géométrie, à la flore, à la faune naturelle ou imaginaire, à la légende religieuse, à la chronique locale au besoin.

Les tympans, sur les façades, entre les porches, sont décorés de scènes du Jugement Dernier, dans une imagerie hiératique, qui subit encore l'influence byzantine, dont les scènes frappent l'imagination. Les archivoltes des fenêtres, les bandeaux sont décorés de galons, de perles, de tores, ou gables tordus de besants ou disques plats, de chevrons, d'ornements en dcimiers, de lozanges; c'est surtout dans le Languedoc, le Poitou, le Dauphiné, la Provence, que l'on rencontre les ornements dont nous venons de parler. On trouve également, sous les voûtes d'entrée des façades, des personnages, anges ou saints, et des scènes démoniaques sculptées à profusion.

Les voûtes d'arête sont une des caractéristiques du style roman, elles sont formées par la rencontre des deux arcs qui se coupent par le milieu, dont les naissances reposent sur quatre points opposés. Les voûtes en berceau sont employées pour les nefs des églises romanes, elles reposent sur les murs parallèles, les voûtes d'arête correspondent à une travée, elles sont employées pour les bas-côtés et sont séparées les unes des autres par un arc appelé doubleau. La voûte d'arête exerce une pression sur les quatre piliers et sur les arcs doubleaux et formerets.

L'église romane étant surchargée d'une voûte, celle-ci exerçant sa pression sur les murs extérieurs, nécessitait l'emploi de contreforts, parfois constitués par un renfort de maçonnerie, d'autres fois, comportant des arcades en plein cintre, appelées bandes lombardes.

Le clocher de l'église romane est lourd, trapu en général;

ce sont des tours carrées, surmontées d'un toit ou d'une pyramide à huit pans.

L'église romane, par son essai d'architecture symboHque, annonce le grand mouvement mystique qui, s'amplifiant, va donner naissance au style ogival.

Le sanctuaire, peu éclairé, est propice au recueillement de l'esprit, qu'étreint l'angoisse des années écoulées dans la crainte des pires cataclysmes. Le souvenir des années de famine, les ravages effectués par les guerres ou la peste, les maux atroces, dont souffre l'humanité, et qu'une science à peine renaissante ne sait ni soigner, ni classer, tout invite les croyants à l'humilité, au recueillement.

L'art du vitrier, qui vient de s'affirmer, au X^ siècle, en substituant aux vitraux composés de verres de diverses couleurs, les compositions légendaires, ayant trait à la vie des saints, vient prêter son appui à l'effet mystique qui se dégage de l'ensemble.

Les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, le (( Jugement Dernier » et les images démoniaques, sculptés sur les façades et les tympans, impressionnent les fidèles. Les clochers s'élèvent pour la première fois au^lessus de la croisée de transept et achèvent de donner à l'église sa silhouette définitive. Du haut de ces tours, les cloches feront entendre leur sonnerie, joyeuse ou triste, suivant les heures, et viendront rappeler aux fidèles les pratiques du culte : Tout contribue à entretenir et raviver la foi.

Les églises romanes qui ont conservé la pureté de leur style d'origine sont rares. Tout d'abord, l'apparition du style ogival fit substituer aux constructions primitives le type nouveau, plus riche, plus symbolique. Celles des églises qui ne subirent pas les atteintes de la mode, furent plus ou moins transformées à travers les siècles par des prélats ou des architectes qui les mirent au goût du jour, comme par exemple, la cathédrale d'Agen, qui comprend des constructions des Xf , Xlf, XUf et XIV^ siècles. Seules, l'abside et les trois absidioles qui entourent le chœur, sont de l'époque romane, ainsi

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que l'une des portes extérieures, remarquable par ses sculptures. Les deux travées de la nef ont été construites dans le style ogival du xvr siècle. Nous citerons encore Avignon, qui possède un porche carolingien, avec un arc en plein cintre et des colonnes corinthiennes.

L'intérieur de la nef est de style ogival du Xlf siècle, et les chapelles latérales sont des XIV^, N. D. Photo

XV^ et xvr siècles. La galerie qui contourne la nef et la coupole sont de la fin du XVIlf siècle.

Pourtant, il demeure un certain nombre de monuments où le style s'est conservé pur. C'est surtout en Auvergne et dans le Bourbonnais qu'on trouve ceux-ci.

Quand on analyse le style roman, on y trouve toutes les influences antiques et une pénétration d'éléments contemporains, apportés par la communion des confréries ou loges entre elles.

Ce n'est pas seulement l'art architectural qui se trouve rénové, mais l'art des imagiers, comme on appelait alors les

Clermont-Ferrand.

Abside de Notre-Dame-du-Port.

sculpteurs, les mosaïstes, les verriers, les ferronniers, les miniaturistes, les ivoiriers; tous, dans une émulation admirable, apportent leur contingent d*efîorts.

Les influences qui s'exercent et qui vont s'épanouir complètement dans le gothique sont multiples : l'Orient y trouve sa place, l'Irlande marque une empreinte forte par ses enluminures, dont les dessins seront interprétés par nos sculpteurs.

Dans une étude, publiée par (( La Revue de l'Art », en mai 1924, M. Vallery Radot montre cette influence des miniaturistes irlandais dans la décoration de la cathédrale ogivale de Bayeux :

(( 11 s'agit, écrit-il, de discerner maintenant si certains (( de ces animaux, plus ou moins monstrueux de la cathédrale {( de Bayeux, ne s'apparentent pas à des formes, sans aucun (( doute, apportées de l'Orient, mais acclimatées depuis longce temps déjà, dans le domaine artistique de la miniature (( irlandaise.

« Examinons attentivement, entre autres, le bas-relief (( représentant deux monstres entrelacés. (Côté septentrional (( de la nef.)

(( Où trouver ailleurs que dans les ornements des manus- (( crits irlandais, de plus nombreux spécimens de ces monstres (( au corps allongé, tenant du serpent par la queue et du dogue (( par la tête, prétexte à de subtils entrelacs, dont la compli- « cation inouïe et l'impeccable dessin attestent la virtuosité des « calligraphes d'Outre-Manche ? Ce motif des animaux enche- (( vêtrés en d'étranges contorsions, pour se mordre, revient à (( chaque page sous la plume experte de ces artistes, avec une (( interprétation sans cesse différente. »

Nous qui savons que, même aux époques les plus sombres du Moyen Age, les Compagnons et Francs-Maçons n'ont pas cessé de correspondre entre eux, nous ne sommes nullement étonnés de ces apports de l'Extrême-Orient ou du Nord, qui viennent se fondre dans nos deux grands styles nouveaux.

On compte huit écoles d'architecture romane : Les écoles

française, germanique, normande, toulousaine, auvergnate, poitevine, bourguignonne et provençale. La Commission des Monuments Historiques, en se basant sur des caractères particuliers de détails, a porté ce nombre à treize, en ajoutant : les écoles champenoise, rhénane, saintongeaise, périgourdine et picarde.

Dans l'Est, plusieurs églises ont deux sanctuaires, précédés chacune d'un transept. D'autres églises, comme Cluny, Parayle-Monial, Vézelay, ont une avant-nef, ou narthex, formée de plusieurs travées. C'était le lieu où se tenaient les assistants pendant certains offices auxquels, seuls, les moines devaient prendre part. Les plus anciennes églises romanes en France sont : Notre-Dame^le-Poitiers, Sainte-Croix-de-Bordeaux, Saint- Sernin-de-Toulouse, Sainte-Foy-de-Conques, La Madeleinede- Vézelay, Saint-Philibert-de-Tournus, Notre-Dame-du-Port, à Clermont-Ferrand, Saint-Paul-d'Issoire, Saint-Etienne-de- Nevers, Saint-Etienne-de-laTrinité, à Caen, Saint-Martind'Ainay, à Lyon, Saint-Hilaire-de-Melle, de Champagne (Ardèche). A Paris, nous citerons Saint-Germain-des-Prés, Saint-Martin-des-Champs, Saint-Julien-le-Pauvre, Saint-Germain-de-Charonne, l'abbaye de Saint-Denis.

Il n'entre pas dans le cadre de cette étude de donner une nomenclature spéciale de chacune de ces églises, nous nous contenterons simplement d'indiquer quelques-unes des caractéristiques qui permettent de classer chacune des églises romanes dans l'une des écoles que nous avons citées.

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