‹ Les constructeurs de cathédralesChapitre 5 sur 23 · V. n. Photo · texte numérisé non relu

V. n. Photo

être même, trouverait-on encore au-dessous les vestiges d'un temple païen, car, si les dieux ont pu changer, les lieux d'élection pour les fidèles, sont restés les mêmes.

Voyons maintenant la façade. Les tours sont d'inégale hauteur; la vieille tour, d'une grande simplicité, n'a que 38 mètres de hauteur, tandis que la tour du Beurre s'élance à 65 mètres. Cette dernière doit son nom au produit des dépenses payées par les fidèles, pour obtenir le droit de consommer du beurre, pendant le Carême.

Il est à peu près certain que ces tours n'ont pas été exécutées suivant le projet primitif, car il est curieux de signaler que la plupart des cathédrales n'ont jamais été complètement terminées.

Les cinq porches que vous voyez répondent aux cinq nefs, leur nombre est déterminé par un symbolisme rigoureux qui évoque les cinq principes sacramentaux. C'est aussi le nombre de Jésus, celui de Jeova, noms qui, tous deux, comportent cinq lettres. C'est aussi l'étoile flamboyante des Gnostiques.

Sur cette façade, vous voyez les diverses scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, vous voyez aussi sur les diverses faces, des scènes impudiques. C'est que nos imagiers du Moyen Age ne craignaient pas d'évoquer les péchés capitaux, et la luxure, sous toutes ses formes, était étalée par eux en pleine franchise, pour m.ontrer les fautes qui conduisaient à l'Enfer !

Ces cinq porches, exhaussés par un large perron de 55 mètres, avec leurs profondes voussures ornées de statues, avec leurs bas-reliefs et les feuillages qui les décorent, ont grande allure.

La porte du centre évoque les scènes du Jugement Dernier qui sont conçues dans un grand sens dramatique; les autres évocations rappellent la vie de saint Ursin, premier évêque de Bourges, et celle de saint Etienne, le patron de l'église.

Notre cathédrale a failli disparaître dans les diverses

convulsions de notre histoire. Elle fut dévastée par les huguenots, puis par les révolutionnaires, qui s*en prenaient au temple de la suj>erstition, comme on disait alors. Elle fut sauvée par l'ingénieur du département, qui déclara que la dépense nécessitée par la démolition serait immense; on en fît alors un temple de TUnité, jusqu'au Concordat, qui la rendit au culte.

Il nous resterait beaucoup à dire sur les dispositions de cet édifice, sur son histoire, mais pour nous, l'heure est venue de nous arracher à notre admiration. Nous aurons, du reste, je l'espère, l'occasion de reparler de notre visite.

Cathédrale de Bourges. Les damnés précipités dans l'Enfer.

A G. Photo.

Pendant

une

Villégiature

à Fontainebleau

Le Bœuf Apis et le Prêtre Psamétik.

A. G. Photo.

PLUSIEURS mois s'étaient écoulés depuis la visite faite à la cathédrale de Bourges, lorsque le hasard d'une villégiature réunit, dans la villa de M. Matonnat, quelques amis, au nombre desquels se trouvait Nandon.

C'était après déjeuner, nous nous étions assis près de la petite grotte d'oùsort la source minuscule, dont le filet anémique

vient se perdre dans une rivière lilliputienne, retombant en cascades avant d'atteindre le bassin, où s'ébattent de brillants cyprins.

Sous l'accablement d'une atmosphère caniculaire rendue plus pénible par la tension électrique qui brisait nos nerfs, nous laissions vagabonder notre imagination que berçaient les notes cristallines tombant dans la vasque.

Dans la demi-torpeur où nous étions plongés, nous éprouvions cependant un sentiment de bien-être à sentir l'humidité des roches, la fraîcheur des mousses et des iris baignant leurs racines dans l'eau claire.

Nous communiions, inconscients, avec la nature somnolente, lorsque, par une mystérieuse filiation d'idées, j'évoquai, dans ces rêves fugitifs, ce que notre imagination met de beauté dans les âges disparus. En regardant l'eau sourdre à travers les roches je pensais à ces temps légendaires, chantés par les poètes. Alors les dieux habitaient la Terre, les nymphes protégeaient les sources, les dryades et les syl vains se jouaient dans les taillis et les bois. Puis, je revoyais les autels primitifs, dans les forêts inviolées où les prêtres célébraient les mystères de la vie, et, par une association toute naturelle d'idées, j'évoquais les temples formidables de l'Inde et de la Haute Egypte, dont l'architecture exprime des symboles qui, malgré les millénaires écoulés, survivent dans le monde moderne. Par un synchronisme subtil, sa pensée répondant à la mienne, mon ami Nandon, dissipant la nébulosité de ma rêverie et s'adressant à Matonnat, lui dit :

— « Vous souvenez-vous de ce que vous nous révéliez du symbolisme gothique à Bourges quand, avec Guillauma, nous visitions la cathédrale ? Vous nous avez vivement intéressés en nous parlant des vieilles corporations, de leur foi professionnelle, de leur symbolisme ancien. Je crois que vous devriez prendre sur vous d'écrire un livre qui ferait revivre tout ce qu'il y avait de beau dans cette orgeoiisation du Compagnonnage, dont vous semblez connaître les traditions. Pour moi.

PENDANT UNE VILLEGIATURE

j'ai gardé de mon enfance le souvenir de l'accueil que mon père, forgeron cloutier, réservait à ses frères du Tour de France, lorsque ceux-ci venaient s'arrêter à notre forge : n'y eût-il qu'un morceau de pain, malgré sa nombreuse famille, il le partageait avec le frère en détresse- Cette fraternité a laissé en moi une empreinte qui, aujourd'hui, en revenant à ma mémoire fait que je me sens

plein de sympathie pour ces hommes qu'unissait un même devoir et qui pratiquaient entre eux une telle solidarité.

Il me semble que la Révolution, en brisant le compagnonnage, en interdisant l'association professionnelle a, dans ses excès d'individualisme, commis plus qu'une faute à l'égard des corporations, laissant les travailleurs sans défense devant la toute puissance de l'industrialisme naissant, d'où devait sortir, avec le capitalisme, la société moderne. ))

— La loi Lechapellier fut un crime contre les ouvriers qui, durant plus d'un siècle, luttèrent pour obtenir le droit de se

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