LA THEOGONIE DE L'EGYPTE ANTIQUE
Si on s*en tient à un examen superficiel des choses religieuses, le panthéon égyptien, avec ses dieux à formes humaines, portant des têtes d*épervier, de chien, d'hyène, de faucon, de vautour, avec son culte du bœuf Apis, des crocodiles, des chats, apparaît comme grossier; mais si, derrière cette façade, on cherche Tidée philosophique et le principe religieux, alors, même dans la partie exotérique, la religion égyptienne contient un certain rationalisme. L*idée de création, telle que les prêtres d 'Héliopolis l'ont définie, même avant la dynastie des rois Thinites, dérive d'un principe unique, qui se réalise lui-même par la volonté ou l'Esprit intimement confondu dans le Chaos avec la Matière ; mais cette création suppose un troisième principe, l'Espace, qui permet d'en constater l'existence. Ainsi, se constitue une trinité : — Matière, Esprit, Espace.
Dès que l'homme paraît, un quatrième principe s'impose à lui, celui de la Durée, car bien que le Temps n'existe pas en lui-même, les choses, les êtres se modifient sans cesse, paraissant naître et mourir, et l'homme prend la notion du temps. Ainsi, pour que la création soit parfaite, c'est une sorte de quadrinité qui préside à sa naissance.
Le Feu qui tourbillonne.
Si on admet l'idée d'un commencement, il faut supposer, qu'avant la création, ces différents principes étaient fondus et constituaient la divinité unique.
La création, seule, manifeste la division de cette unité qui, se subdivisant, tire d'elle-même les principes qui
lui sont propres, en restant elle-même et en pénétrant toutes choses.
Ce n'est pas là la conception d'un dieu anthropomorphe, tirant du chaos les substances dont il a besoin pour créer le monde, ce qui suppose une limitation à son étendue, par conséquent, à son pouvoir.
Si les manifestations du créateur : — Matière, Esprit, Espace, Temps peuvent être conçues par les sens humains, Dieu, le principe même des choses, ne peut être conçu par l'homme. Tout d'abord il est, puis ce qui est est lui, émane de lui et retourne à lui ; son essence est impénétrable à l'homme, pour lequel il demeure inconcevable, son image ne peut s'exprimer qu'à travers les formes des choses et des dieux sortis de lui et le continuant.
Le panthéon égyptien sera peuplé de nombreuses déités, car tout ce qui se manifeste de bon émane de Dieu, incorpore son essence, contient à des degrés divers des parcelles de lui.
Quand le monde est créé, avant que la terre ait pris forme, huit divinités intermédiaires naissent, s'ajoutant aux
PENDANT UNE VILLEGIATURE
quatre premiers principes : trois principes primordiaux : — l'esprit Kneph, la matière Neith, le temps Sevek, puis l'espace Pascht, conséquence des trois autres.
Les nouvelles divinités sont : Menth, Phta, Pé, Anuké, Ré, Jah, Hathor et Saté. Elles naissent à mesure que le monde se forme; les dieux sont mâles et femelles, ils sont les générateurs du monde dans ses manifestations spirituelles et matérielles. Les uns, Menth et Phta, naissent directement d'Amon, le Dieu inconcevable qui exprime la bonté ; d'autres sont des émanations de l'Esprit primordial.
Après la naissance de l'univers, la terre reste encore informe. C'est Kneph, l'esprit de bonté qui, avec le concours de Neith, la déesse des eaux, Sevek, dieu du temps et Pascht, gardienne de l'harmonie universelle, la façonnent et la parent.
Toute manifestation de la vie va donner naissance à des dieux secondaires, émanations et sous-émanations des principes premiers. Des quatre essences, naissent les douze dieux cosmiques, comme naîtront plus tard, de ces sous-émanations, les dieux créateurs des arts, ce sera Tôt-Hermès, créateur de la science sacerdotale et de la philosophie. Chaseph est pré-
^ ^ |,^ . ^ . ISIS ALLAITANT HoRl'S. LoUVRE.
pose a 1 écriture et a la A. G. Photo.
science, Imuteph et Nehimeu à la médecine; Mui, qui devient en Grèce Phœbus, et Taphné commandent à la musique et à la poésie. Pharmuti paraît avoir présidé à l'industrie et Emi exprime la justice.
Cette hiérarchisation sera ensuite poursuivie car, à côté des philosophes initiés, il y a le clergé militant qui, pour exercer le pouvoir, cherche un compromis entre la religion pure et les dieux totémiques des nomes, ou provinces égyptiennes, au nombre de quarante-deux. Pour des raisons de haute politique, quand l'influence militaire, religieuse ou économique d'un nome s'impose à d'autres nomes, son dieu triomphe également et prévaudra sur les autres. C'est ainsi que le faucon qui incarne Horus s'imposa à presque toute l'Egypte et que, pour établir l'unité nationale, toutes les divinités des clans trouvèrent leur place dans le panthéon. Pourtant, ces dieux demeurèrent sous l'autorité d'Aimon, de Râ, d'Aton, noms divers que prendra le démiurge à travers le temps. Puis, les dieux même évolueront, leurs attributions se modifieront. Trois déités : Osiris, Isis, Horus prendront une place considérable, l'emportant sur les autres. Osiris est l'incarnation d'un dieu agricole, qui enseigna aux hommes la connaissance du blé et de la vigne et qui les éveilla à la civilisation. Son épouse, Isis, magicienne habile, le seconde dans ses efforts et gouverne l'Egypte, pendant que le dieu initie le peuple aux connaissances agricoles. Dans la huitième année de son règne, Osiris est assassiné par son frère Seth, qui symbolise le désert aride.
Le corps d'Osiris a été coupé en quatorze parties et jeté dans le Nil. Isis se lamente, cherche, trouve toutes les parties qu'elle réunit et ranime par son art magique. Puis, elle s'unit à nouveau à lui et enfante Horus qui vengera son père.
La vache qui est représentée avec un croissant entre les cornes, constitue un symbole qui fait allusion à Horus, soleil levant, elle personnifie aussi l'allaitement du dieu par sa mère Isis.
La déesse symbolisa, par son art magique, la science
mystérieuse qui ranime la vie, c'est pourquoi elle fut stylisée sous les traits d'une femme à demi voilée, ne se révélant qu'aux seuls initiés.
Le culte d'Osiris prit une importance considérable : il exprimait l'idée de résurrection.
Le Pharaon était l'incarnation du Dieu lui-même, seul il connaissait les mystères et renaissait après la mort. Il pouvait, par ses procédés magiques, conférer la résurrection à qui il voulait. L'une des conséquences de la révolution fut d'étendre ces pratiques mystérieuses à tout le peuple qui fut ainsi admis à l'immortalité. De là, les Livres des Morts et la multitude des momies conservant le support indispensable à la résurrection.
Avant d'être admis à la vie nouvelle, le mort devait être jugé par le tribunal de l'Amenthi ; c'est alors qu'il prononçait sa confession négative, qui nous éclaire sur les règles morales de cette époque.
Voici ce que dit le mort devant le tribunal qui le juge : (( — Je n'ai commis aucune faute contre les hommes ! Je n'ai pas tourmenté la veuve ! Je n'ai pas menti dans le tribunal ! Je ne connais pas la mauvaise foi ! Je n'ai fait aucune chose défendue ! Je n'ai pas fait exécuter à un chef de travailleurs, chaque jour plus de travaux qu'il n'en devait faire ! Je n'ai pas été négligent ! Je n'ai pas été oisif ! Je n'ai pas failli ! Je n'ai pas défailli ! Je n'ai pas fait ce qui était abominable aux dieux ! Je n'ai pas desservi l'esclave auprès du maître ! Je n'ai pas affamé ! Je n'ai pas fait pleurer ! Je n'ai point tué ! Je n'ai point ordonné le meurtre par trahison ! Je n'ai point commis de faute envers personne ! Je n'ai point détourné les pains du temple ! Je n'ai point distrait les gâteaux d'offrande des dieux ! Je n'ai pas enlevé les provisions et les bandelettes des morts ! Je n'ai pas fait de gain frauduleux ! Je n'ai pas altéré les mesures de grains ! Je n'ai pas fraudé d'un doigt sur une parure ! Je n'ai pas usurpé dans les champs ! Je n'ai pas faussé l'équilibre de la balance ! Je n'ai pas enlevé le lait de la bouche des nourrissons ! Je n'ai pas chassé les bestiaux
sacrés sur leurs herbages ! Je n'ai pas pris au filet les oiseaux divins ! Je n'ai pas pêche les poissons sacrés dans leurs étangs ! Je n'ai pas repoussé l'eau en sa saison ! Je n'ai pas coupé un bras d'eau sur son passage ! Je n'ai pas éteint le feu sacré en son heure ! Je n'ai pas volé la neu vaine des dieux dans des offrandes • choisies ! Je n'ai pas repoussé les bœufs des propriétés divines ! Je n'ai pas repoussé Dieu dans sa procession ! Je suis pur ! Je suis pur ! Je suis pur ! »
De même que, sous les idolâtries catholiques pratiquées par certains fidèles, il faut chercher l'idée première du sacrifice divin, de même, sous cet amas de dieux à têtes d'animaux, il faut chercher la pensée religieuse et philosophique. C'est à la Pyramide que nous la demanderons, en étudiant sa forme, sa construction, les symboles qu'elle renferme.
La forme de la pyramide ne se justifie par aucune raison d'esthétique, à moins d'admettre, suivant l'hypothèse par trop simpliste de Prisse d'Avenne, que les constructeurs se sont inspirés des tumuli, ou collines tumulaires, mais elle se comprend pleinement, si on interprète son sens symbolique.
Lorsque les hommes, après les cultes rendus à la terre, qui leur apparaissait comme créatrice de la vie, eurent évolué vers les cultes solaires, puis vers le monothéisme, conséquence de l'esprit de généralisation, ils établirent une harmonie entre le principe générateur, la loi des nombres, leur progression et la diversité des choses.
L'unité créatrice correspondit à l'unité des nombres, car c'est d'elle que sortent la diversité et les nombres.
Un, nombre premier exprime le principe unique, source de vie et matrice dans laquelle les nombres viennent se fondre ainsi que les choses.
Deux est également un nombre premier, c'est la première ébauche de la division, il exprime la matière universelle qui, pour s'animer, a besoin du souffle de l'esprit ou de la force. Par cette association nouvelle, nous aurons le nombre TROIS, qui donne la possibilité de réalisation.
Deux multiplié par lui-même donne QUATRE, nombre parfait qui donne le carré.
Quatre et trois donnent SEPT, et trois multiplié par luimême donne NEUF, et quatre multiplié par trois donne DOUZE, nombres qui demeurent symboliques.
Dans la philosophie pythagoricienne, nous retrouverons encore une interprétation plus complète, plus scientifique des nombres, dont l'harmonie fut révélée au maître par les prêtres d'Egypte.
La légende raconte que lorsque Pythagore eut découvert les rapports abstraits, révélés par les Egyptiens, de l'hypoténuse du triangle rectangle avec ses côtés, dans son enthousiasme il sacrifia aux dieux un bouc, en témoignage de reconnaissance.
Pour ces philosophes, le monde entier était harmonie et nombre.
Qu'y a-t-il de plus sage ? — Le nombre.
Qu'y a-t-il de plus beau ? — L'harmonie. — Cette formule constituait la théorie de l'école.
Dans toutes les religions, nous trouvons à la base ces nombres, que nous examinerons plus profondément dans le symbolisme de la pyramide, expliqué par les initiés.