‹ Les contemporains chantés par eux-mêmesChapitre 3 sur 8 · CORDON BLEU · texte numérisé non relu

CORDON BLEU

Air : Rien n'est sacré pour un sap3ur.

Si vous croyez qu'un' cuisinière

N'a pas d' jugeott', vous vous trompez.

Elle a du goût à sa manière

Et mêm' ses auteurs préférés,

Qui sont pleins d' chic' j' puis vous l' jurer

Nous n'aimons pas un' chos' fadasse

Qui manq' de poivr', de sel et d'ail.

Au lieu du Capitain Fracasse^

Moi, je lis Ponson du Terrail!

J sais qu'autrefois dans les cuisines, L' torchon brûlait pour Paul de Kock.

Aujourd'hui, nous faut d' grand's machines Et c'est Gonzalès q'est le coq.

Quoiqu'il écriv' de bric et d' broc.

N'y a q' lui pour j'ter dans la rivière Un ch'val fougueux jusqu'au poitrail !

Mais, pour vous peindre un monastère, r n' vaut pas Ponson du Terrail.

Quant à Flaubert, c'est des bêtises, Car j'ai tâché d' lir' Salammbô ; Y a là-z-un serpent qu'en fait d' grises. . Puis c'est un liv' trop immorau !

J'en ai rougi d'vant mon fourneau ; Et c te demoiseir de Carthage Qui s'a ensauvé' du bercail î...

Ah! c'est qu'on est autrement sage Dans les romans de du Terrail !

J'aim' pas beaucoup les Misérables, C'est plein d' phras' et c'est rococo; Je donn'rais pour le Fils du diable, Tous les liv" de Victor Hupo

Et sa bataiir de Waterloo,

Oui, sa bataiir de Waterloo!

C môssieur fait trop poser son monde ;

Est-ce qu'i nous prend pour un bétail?..

C n'est pas là c'te bonn' manier' ronde

Qu'affectionn' Ponson du Terrail !

Gustave Aimard, je dois vous 1' dire, Peut seul lui disputer 1" pompon ; Il vous empoign' tant qu'on n' respire Quasi plus en lisant V feuill'ton.

J'en ai brûlé mon miroton, J'euss' laissé brûler la maison!

Dans ses récits on va si vite.

Qu'il semble qu'on soit sur un rail!

J'ai bien peur que c' gueux-là n'hérite De mon cher Ponson du Terrail !

L'aut' soir, pour me t'nir lame en joie, Je lisais le p'tit Moniteur.

V'ià q' tout d'un coup mon œil flamboie Et que j' sens palpiter mon cœur, C'est-i possible! ah! quel bonheur!

Ponson est d' la Légion d'honneur!

Et puis qu'on dis' qu'd notre époque On n'encourag' pas le travail !

C'aurait été par trop baroque, De n' pas décorer du Terrail!

Je m' suis permis de faire un rêve :

Jusquà lui, je veux pénétrer !

Je songe à ça sans paix ni trêve

Et j' fais danser l'ans' du panier,

Car, enfin, s'il veut m'épouser,

Quoiqu'il soit déjà marié !

En dépit de sa légitime,

De la main gauch' j' ferais bien un bail

Oui, je crois, q' j'irais jusqu'au crime,

Pour vivre auprès de du Terrail !

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