PAULIN LIMAYRAC
Air : du Jeune homme empoisonné (Diables roses).
Je veux chanter Ihistoire De Paulin Limavrac,
Écrivain dont la gloire
Fait pâlir Cassagnac.
Cet enfant de la Gascogne, Né solennel et malin , A su , sans trop de vergogne , Faire un assez beau chemin.
Mais il eut toujours le trac, Ce cher Paulin Limayrac !
Ce pau , ce lin , ce li , ce may , Ce Lim.ayrac !
Quand de Tarn-et- Garonne A vingt ans , il partit , Bien fait de .sa personne , Quoique un peu trop petit.
Vers la vieille des Deux Mondes
Il porta ses premiers pas,
Et ses tartines profondes
Charmaient messieurs des Débats.
Alors il n'avait pas Tsac,
Ce pauv' Paulin Limayrac !
Ce pau , ce lin , ce li , ce may Ce Limayrac !
S'il restait dans sa bourse.
Quelques sous à papa ,
Cette faible ressource
Prompte ment lui manqua .
Car il voulut plaire à ..., Qui lui prouva clairement Que, pour une grosse amante, Il fallait un grand amant!
Et ce fut la fin du sac A c' pauv' Paulin Limayrac !
A c' pau , à c' lin, à c' li , à c' may , A c' Limayrac !
Il se dit : « N'y a plus mèche
De faire le gandin ;
Cultivons donc la mèche
D'Emile Girardin. »
Sur-le-champ Paulin s'empresse De saisir un encensoir :
Toc , toc , il frappe à la caisse De la Press , journal du soir.
Dès lors il eut un beau frac , Ce brav' Paulin Limayrac ,
Ce pau , ce lin , ce li , ce may , Ce Limayrac !
Survint le deux décembre.
Paulin n'était pas gai ;
Il errait dans sa chambre,
Ayant l'oreille au guet Et se demandant : « Que faire ?
Dois-je célébrer Blanqui Ou bien suivre en téméraire Le panache à Persigny? »
Dieu ! q' son cœur faisait tic, tac, A c'pauv' Paulin Limayrac !
A c'pau, à c' lin, à c'ii, à c'may, A c' Limayrac !
Mais après la bataille,
Redevenu vaillant,
Paulin, malgré sa taille,
Se prit pour un géant.
« Foin ! dit-il, d un cataclysme !
Pour quelqu'un c'est toujours bon; Allons frotter l'rhumatisme De monsieur l'docteur Véron.
Et voilà comm' du mic-mac Sortit Paulin Limayrac, Ce pau , ce lin , ce li , ce may , Ce Limayrac !
De ce métier terrible , D'écrivain complaisant , Paulin, àme sensible , Se lassa promptement.
Il demande un' sinécure ; Bien vite il est pris au mot.
On sait qu'en fait d'préfecture Il n'attrapa pas l'bon Lot.
Hélas ! il n'aura plus l'trac, Ce bon Paulin Limayrac Ce pau , ce lin , ce li , ce may , Ce Limayrac !