SCENE Vlil
DORAME, CRISPIN, LjE MUSICIEN , par/a;i/ toujours gascon.
LE MUSICIEN. Monsieur sçait-il de la musique?
DOBAME. J'ignore s'il en sçait, mais je sçais qu'il sVn pique.
LE MUSICIEN, riotant.
Ah ! Monsieur a tout l'air d'un chantre de lutrin : 11 est propre à chanter à quelque Tabarin , Ou bien à TOrviétan ■ ; je le vois à sa mine.
pour réttfblisfcementde PAcadémie de musique, déclaraient que les gentilshommes et nobles demoiselles pourraient y figurer sans déroger.
■ Tabarin était, comme on .sait, Tassocié de Mondor« célèbre vendeur de baume, qui trônait sur la place Daupliinedans la première moiUé du dix-septième siècle. Il débitait des lazzis et des gaudrioles, entamait avec Mondor des dialogues biscornus, et Jouait même des Tarces pour aider au débit des drogues. Mondor et
Tadinirc son habit et sa taîlle poupine.
Je gage que ISIonsieur touche quelque instrument. DOBAMK. Cela peut eslre vray.
LE MUSICIEN. Mais délicatement.
Apparemment, Monsieur, vous jouez de la vldlc ? CRISPIN, bas. Que dire? haut. Et nous jouons...
(H fait de la main comme s'il jonoit de ta vielle,) LE MUSICIEN. Je vous tieus un modelle^
Qu'on doit suivre partout.
cfiispiN. 11 n'en faut point douter.
LE liUSiciExN. Sur un trio nouveau peut-on vous consulter? CRISPIN, à part. Payons d'effronterie.
LE MUS1CIE^, luy montrant un papier. Or, faites-moi la grâce
De ra'éclaircir un peu sur ce qui m'enubarrasse :
C'est un certain endroit que j'ay peine à sauver. CRiSPiN. Pour en venir à bout il falloit y resver. LE MUSICIEN. Voyez, de vos avis ne soyez point avare :
Txi basse vJi devant cet E mi la B quarre,
Hem?
CRISPIN , apj'és avoir regardé.
Yoilà des accords dont je suis enchanté. LE MUSICIEN. Ces accords ne font pas cette dildculté î*
Je sçais que ces derniers ont peu de consonnance ;
Mais j'ay, pour m'en tirer, certaine intelligence ,
Que peu de nos scavaus po.ssèdeut comme moy.
Là, voyez.
CRISPIN, bas. Je voudrois te voir au diable.
LE MUSICIEN. QllOy ?
<»TSPrN. Rien,
LE MUSICIEN. C'est cet E mi la qui me fait de la peine,
Ë.t pour le bien sauver, il me met à la gène.
Que feriez-vous, Monsiew, dans un tel embarras?
Tabariii avaient des joueurs Je viole sur leur lliéàlre en plein vent. L'Orviétan, dont le nom est devenu proverbial comme celui de Tabarin, s^appelait Hiéron} ma Ferranti; il était nntiT d'Orviète, d^oii rb drogue avait pris le nom d'Orviétan, sous lequel il était connu lui-même. li avait également uo Uiédlre en plein air, sur le Pont- Neuf, vers la même époque et un peu plus tard que Tal)arin.
' I.a vielle, dès le moyen lige, élail regardée comme un in&trumcnl du dernier «rdre, réservé aux Jon^ieurt» vulgAire». Les mendiants ei les (rveugle'B des rues l'avaient .iccaparée : elle cor/'espondail à peu près à notre orgue de Barbarie. Cal lot n'a pas oublié le Joueur de vielle dans sa série deiGiieuK. Il en était de même du \iolon. Cependant deux personnages fameux, la Rose et Jonot, venaient deréveillpr [e goût de la -vielle el de fa remi»Urc un peu en honneur. (Castil-Blaze, Molière^ miisic.^ II, un.)