‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 145 sur 325 · CONTCMP. DB MOLIÈRE. — II · texte numérisé non relu

CONTCMP. DB MOLIÈRE. — II

justesse de sa danse, faisant admirer à tout le monde ce qui rassemble en sa seule personne un poète galant, un savant musicien et un excellent danseur. » On le voit même, le lendemain, loucher du théorbe. C'était là, à coup sûr, une réunion assez rare de talents, et MoUier sut les mettre tous ingénieusement à profit le jour où, voulant obtenir la charge de maître de musique du Dauphin, il la demanda au roi par un placet en ver», qu*il clianta sur un air de sa composition, en s'accom]>agnant lui-même. Loret nous apprend qu'il fit encore, avec Boëssel , les airs du Ijallet d'Mcidiane (1658), auxquels nous savons aussi que Lulli prit part. Il figura dans les Plaisirs de Vile enchantée, côte à côte avec Tautre Molière, qu'on avait d'abord confondu avec lui, et qu'il a\ait quelque temps éclipsé de son renom. Louis de Mollier parut dans la plupart dis divertissements de cour jusqu'en 1664, avec sa fille, qu'il maria cette même annw à Itier^ comme lui musicien et chorégraphe dans la maison du roi; apri>squoi, il resta près de huit ans dans la retraite, et ne reparut plus que pour mettre en musique la comédie héroïque de Visé dont nous avons parlé plus haut, et divers petits opéras de l'abbé Tallemant, qui se chantaient dans des maisons particulières où l'on donnait des espèces de concerts de société ' . •

J'ai dû parler avec quelque détail de cet auteur et acteur de l>aUets, nonseulement à cause du rôle important qu'il a renq)li et de la réputation qu'il a eue, mais aussi parce que, après avoir joui d'une espèce de gloire, il est tombé bien vite dans un oubli profond, et qu'on a même quelque peine à dégager sa personnalité de'l'ombre où elle est ensevelie'. Mollier, dont la réputation était commencée avant celle de Benserade, était donc pour lui, à ce qu'il semble, un rival très-sérieux. Mais à partir des débuts de celui-ci , on ne le voit plus jamais figurer autrement que comme danseur ou, tout au plus, comme musicien, dans les ballets royaux donnés à la cour. Malgré la variété et l'étendue de ses aptitudes, peut-être à cause de cette variété même, il avait été bien vite effacé. La supériorité poétique de Benserade l'écrasa, et i)eut-être ses propres talents de compositeur et de chorégraphe avaient-ils fini par faire tort à sa renommée de versificateur. D'ailleurs , sa position avait quelque chose d'équivoque : on ne pouvait le prendre simplement ni iH)ur un ordonnateur de ballets , comme Clément et Villequier, ni pour un musicien, comme Lambert ou Lulli, ni pour le chorégraphe et le régulateur des danses, comme Beauchamp, ni pour le poëte, comme Benserade. Il était successivement ou simultanément tout cela, à l'occasion , et de plus il se rangeait parmi les exécutants , chantait sur la scène, y jouait du théorbe ou du luth, y dansait même, non parmi les grands seigneurs, à la suite du roi, mais parmi les danseurs de profession qui \enaient compléter la troupe princière, et ainsi il se classait naturellement dans un rang

■ t Je m'en vais à an petit opéra de Molière, beaa-père d'itier, qui ae chante chet PéliMari : la masiqae est trés^parfaite. » (Lettre de M"* de SéTigné, févr. 1674.)

3 Voir encore «ur Mollier, Castil-Blaze, Molière musicien, 1, 132; Walckenaër, Mémoire sur Jdme de Sévigné^ V, p. 128; Bazin, !S'otes sur Molière, p. 171.3; P. Lacroix, iM Jeunesse de Molière, 1858, p. 147-158.

DU BALLET DE COUR. I9ô

subalterne, qui ne lui permettait pas de lutter avec un homme de cour, comme était son rival.

Mais le triomphe de celui-ci excita bien des jalousies ,• et on tenta plus d'une fois de lui enlever sa position. En 1664, le président de Pcrigny ', qui s*était lait à la cour une réputation farile par ses petits vers et son talent d*amateur, lier d'avoir fourni quelques traits, peut-être quelques quatrains aux ballets en vogue ; enHé de ces éloges dont on est si prodigue envers les gens du monde tant qu'ils ne s'essayent pas en dehors de leur cercle intime, et qui fmissent souvent par leur faire illusion et les pousser aux hasards périlleux d'une entreprise où ils perdent d'un seul coup tout le bénéfice de leur renommée, le président de Périgny donna sur le i>etit théâtre du Palais-Royal le Ballet dfs Amours déguisés, où Ton peut voir une allusion détournée à la passion longtemps secrète du roi pour Mii« de la Vallière. Malgré la magnificence des habits et l'agrément des entrées, il fut loin de réussir, du moins auprès des connaisseurs, comme le poète en titre, dont cette tentative ne ht qu'accroître la gloire et la vogue. Benserade, suivant son caractère, ne sut pas triompher modestement, et il chanta victoire dans un quatrain moqueur :

Awy lecteur ou prcsldeot, n'Importe, Iji mascarade est belle, et vous l'entendcx bleu : Vos Amours déguises le sont de telle sorte

Que le diable n'y connoi^t rien.

Le président, pi(|ué, riposta vertement sur les mêmes rimes :

Méchant plaisant ou poète, n'Importe, la mascarade ent belle, et la cour l'entend bien ; Mais pour les gens de vostrc sorte On est ravjr qu'Us n'y connolsscnt rien.

Malgré la vivacité du début, la querelle en resta là. Chacun crut s'être suflisamment veugé, ou fit semblant de le croire. Ce fut une de ces batailles d'hommes de Ictti-es (je parle de ceux du dix-septième siècle) où il ne coule que de l'encre'.

Benserade allait trouver un rival autrement redoutable dans la i)ersonne de Molière. Déjà, en 1661, celui-ci avait mêlé ses Fâcheux d'intermèdes de ballet; puis étaient venus, en 1664, le ballet du Mariage forcé, dansé pai* le roi, et la Princesse d^Élide , comédie-ballet; dans les années suivantes les comédies-ballets de V Amour médecin et du Sicilien. La Princesse d'Élide

' Conseiller et lecteur du roi, nommé en 1666 préceptear du Dauphin.

' C'est par erreur que le ballet des Amours déguisés a été compris dans l'édition des OEuvresde Benserade donnée en 1697 (2 vol. in-l2), et l'erreur est d'autant plus sin- «uliére que l'éditeur avait reproduit en tète la notice de l'abbé Tallemant, où est racontée tout au long l'anecdote que nous veooos de citer. Cette erreur a entraîné cçlle de M. Walckenaêr et de M. P. Mesoard, qui, Tun dans ses Mémoires sur Mm^^de Sévigné (II, 329), l'autre dans sa ^otice biographique sur la même, eu tètede l'édit. Monmerqué et Régnier (p. 97), donnent aussi ce ballet à Benserade.

avait même fait le principal ornement de cette fête extraordinaire de la cour, mêlée de danse, de musique, de machines, de courses de bagues, de feux d^artifice, dont le souvenir est resté dans l'histoire sous le nom des Plaisirs de l'isle enchantée. Molière s'était trouvé directement aux prises avec Benserade à l'occasion du Ballet des 3/ uses (1666), dans les entr'actes duquel on avait intercalé Mélicerte et la Pastorale comique', et tous deux a^-aient lutlé de près à qui divertirait le mieux Louis XIV. La faveur de Molière croissait chaque jour. Benserade sentait avec chagrin qu'il ne suffisait plus au roi ni à la cour, et il voyait d'un œil jaloux les succès de son rival sur ce terrain nouveau, où il avait cru régner sans partagé. C'est sans doute ce sentiment qui lui inspira le Rondeau aux dames , placé en tête de son Ballet de Flore (1CG9), où il annonçait implicitement sa retraite, en attribuant à sa fatigue une résolution qu'il serait plus sûr, je crois, d'attribuer à son dépit et à sa jalousie :

Je suis trop las de Jouer ce rolct; Oepob longtemps Je trarallle au ballet, l/offlce n'est envie de personne...

Je ne suis plus si gay, ni si fuUet, Un noir chagrin me salnlt au collet, Kt Je n'ay plus que la volonté bonne.

Je suis trop las.

11 devait pourtant reparaître encore, mais après un silence de douze ans, pour clore définitivement sa carrière avec le Ballet royal du Triomphe de l'j4moury dansé à Saint-Germain, en 1681. Molière demeurait en possession de la plac«., \^ la même aimée 1G69 il donna le Divertissement de Chambord ou la comédie-ballet de Monsieur de Pourceaugnac, et il reçut l'ordre de préparer le Divertissement royal ou les j4mans magnifiques, dans lequel le roi dansa en personne l'année suivante (1670). Benserade ne sut] pas garder la dignité de sa défaite , et , le diagrin s' ajoutant à sa causticité naturelle, il provoqua Molière (lar. ses railleries. Au troisième intermède de ce dernier ouvrage (se. 5), le chœur chante :

Et tracez sur les herbettes L'image de nos chansons.

« 11 faudrait dire, fit Benserade, qui avait connu ces vers avant la représentation :

Et tracez sur les herbettes L'image de vos chaussons.

Molière le punit de ce plat quolibet d'une façon assez bénigne en traçant, dans ses vers pour le Roi , qui représentait Neptune et Apollon ( Intermèdes 1 et VI), un pastiche, ou plutôt une parodie du style de Benserade, dont nous aurions peine à apercevoir aujourd'hui l'intention satirique si nous n'étions prévenus, mais dont, à ce qu'on assure, la cour s'amusa fort ' .

> L'abbé Tallemant, Discours sommaire io\uhani la vie de Benserade.

Toutefois, bien qu'il fût resté défiintivement maître du terrain, on peut dire que Molière lui-même ne parvint pas à faire oublier Bcnscradc. Les qualités et les défauts de celui-ci le rendaient plus propre que tout autre au ballet , genre qui demandait moins de génie que de finesse ingénieuse , de raillerie délicate et d'agréable frivolité dans Tesprit. 11 u' était pas jusqu'au genre de vie de Bcnscrade, lié avec tous les grands seigneurs et mêlé, pobr ainsi dire, à toutes leurs babitudes, qui ne lui assurât un avantage particulier. Aussi Bussy, qui sVntendait mieux que pas un à ces divertissements de cour, a-t-il reconnu et proclamé sa supériorité dans cette lutte ' .

Le premier ballet daus lequel avait dansé Louis XIV était, nous l'avons dit^ celui de Cassandre (1G51). 11 parut pour la première fois dans une Mascarade f le 2 janvier 1655, chez le cardinal Mazarin, et pour la dernière, dans le Carnaval de Benseradc (18 janvier 16G8). Mais il continua encore quelque temps à danser dans les ballets, sans revêtir ces masques et ces travestissements plus ou moins bouffons qu'exigeait la familiarité de la Mascaradc. On a dit et répété, d'après une lettre de Boileau^, qu'il cessa d'y figurer après les vers célèbres de Britarinicus^, 11 est permis de douter que Racine, bon courtisan, ait eu la hardiesse qu'on lui prête de vouloir donner un avertissement et un conseil au roi dans ses \rrs ; mais quoi qu'il en soit, volontaire ou non, son avis n'eut pas les conséquences immédiates qu'on lui a attribuées. Rntannicus est du 13 décembre tCCO, et au mois de février 1670 Louis XIV dansait encore les rôles de Neptune et d'Apollon dans la comédie-l)allet des Amants maf^nîfiqnes. Il est vrai qu'à partir de ce moment il ne i-ei^ai-ut plus sur la scène, quoiqu'il fût encore dans toute la force de la jeunesse, et comme il avait commandé expressément les Amants magnifiques à Molière, sans doute dès avant la représentation de Britannicus, il se pourrait qu'il eût voulu d'abord remplir une sorte d'engagement contracté envers son poète, ou qu'il n'eût pas eu le courage de renoncer à danstT une dernière fois dans un ouvrage dont il avait lui-même tracé le plan.

Le goût de Louis XIV pour la danse , comme pour tous les exercices du corps, était des plus prononcés*, et, ne fût-ce que \^t calcul et pour fain' leur cour au maître , tous les princes et les gentilshommes partageaient ce goût. La voltige et la danse , nous apprend Brienne dans les premiers chapitres de ses Mémoires, tenaient une place des plus importantes dans l'éducation des gentilshommes. » Notre noblesse, éci-it l'abbé de Pure^, a toujours considéré la danse comme un des plus galans et des plus honnestes exercices où de tout temps les personnels les plus relevées ont tâché d'exceller et ont fait gloire de réussir. » Tant que dura sa jeunesse, le roi fut un des

> Lettre de BoMy, da 7 février 1671, à U comteMe do Doachet (t. 111, p. 306).

* Lettre de Boileaa à Monchesoay, da 7 sept. 1707.

3 A. IV, êc. 4.

^ t Malgré les pénible* traTaax qai oecapoient continuellement ce grand conqaérant, il n'a pai laÎMé de s'en dérober qoelqne* heures pendant plus de Tlogt à Tingt-deux ans, que M. de Beaucbamp a eu l'honneur de le conduire dans ce noble exercice, n {Le Maistre à danger, par le sieur Rameau ; 172&, in-8*.)

^Idée de* speeiacl, ancien* et nouv., p. 280.

p1u4 intrt'puk'ft âan%enn qii*on ci'it jamais ^ii« : sa bonne gr^ce naturelle, ton grand air, sa «ipi«-iir, toujours loués avec abondance par la Gazette dans tes comptes rendus des l>allefs, la passion de Nazarin lui-même pour ce divertissement, où il portait toute l'aptitude et toutes les ressources d*un Italien , et qu'il savait rehausser sans cesse par des éléments nouveaux , la roa(;nirirenre et la miilliplicité de ces fêtes dans une cour empressée à lui plaire, et sous l4*s yeux d'une régente encore belle et amie des plaisirs. Tadmiralion dont il se savait ento«iré et dont il savourait ainsi la première ivresse m attr-ndant qu'il la recueillit sur un plus vaste théâtre, le soin qu'où prenait de lui ménager des personnages brillants dans la pièce et d'ingénieuses flatteries dans les vers , puis le plaisir, pour un roi jeune , porté â la galanterie et de lionne heure enclin à se faire ou à se laisser adorer, de se trouver en rapports étroits et continuels avec les l>eautcs de ta cour, de former le centre et le point de ralliement de ce cortège de nymphes, et d'être, sous r«s formes mythologiques qu'il affectionnait et dans une action qui donnait un corfM arrêté à ses rêves, comme le soleil autour duquel gravitait cette pléiade d'étoiles, tout cela contribuait à accroître son goût jiLsqu'â la passion. Aussi la plupart des l>allets faits pour le roi, répétés d'abord À loisir dans les appartements, étaient-ils dansés par lui jusqu'à cinq ou six fois de suite, et souvent bien davantage '.

Mais par-dessus toutes ces raisons , l'amour de la danse dominait. Dans VEittat général tles officiers de la maison du Boy, par La Marinière (ICOO , ou remarque cpie le maître de danse de Louis XIV a 2,000 livres de traitement, tandis que son maître de dessin n'en a que t ,500, et son maître d'écriture 300 '. La différence est significative. Cet amour se marque nettement aussi dans l'institution qu'il fit en IGGl de l'Académie royale de danse, et <lans les considérants dont il l'appuya. Il y dit en substance que cet art a « toujours été reconnu l'un des plus honnestes », et c'est pour en empêcher la décadence qu'il fouile une Académie « composée de treize des plus expérimentés du dit art >», choisis parmi les maîtres de danse de la cour et ceux qui figuraient dans ses ballets à côté des plus grands seigneurs'. Aussi fut-il

' l>aD« ce ea<, le ballet primitif recevait soavent des additions on de« modifications, comme cela eut lien par eiempie pour le BalM des Muses. (V. Beanchamps, Reeherehei «nr les théâtres, t. III, p. 101.)

3 Walckenarr, Mè.motr. $ur Mf^* de SèvUjnè, t. Il, p. 494.

' \jt Roy, ne cessant de chérir

Les beaui arts nu'll fait refleurir Dans non grand royaume de France.

Concevant fort bien que la danse Parmy lt*N gens \e% ptu^ pnlu Passe pour un des phM JolU A donner la grAcc et Tadresse Tant au peuple qu'A la noblesse; Qu'elle ent Ir plus doux passe-temps Des rois qui sont en leur printemps:

Qu'elle est, pour avoir l'art de plaire . Aux deux sexes très-néccssaire ; Qu'elle est plus charmante cent fuis Que les combats ny les tournois ,

DU BALLET DE COUR. Iî)9

déclaré par arrêt du conseil, en 1609, qu'on ne déroge point en faisant profession de la danse : c'était bien le moins qu'on pût dire après la décision du roi.

Dans V Établissement de l* Académie royale de danse en la 'ville de Paris, avec un discours académique ' , l'auteur prend prétexte de cette institution pour exalter la danse, i^t démontrer que celle-ci , dans sa plus noble partie, D*a pas besoin du secours de la musique, dont elle est absolument indépendante. Mais il ajoute que <t des ignorans ayant tasché de la défigurer et de la corrompre en la ]>ersonue de la plus grande partie des gens de qualité », peu de courtisans sont capables de figurer dans les ballets du roi. 11 ne faut voir sans doute dans cette assertion chagrine que la boutade d'un fanatique de ce grand art, poussé au dénigrement par quelque motif particulier et prolidblement personnel, ou par quelque théorie systématique et une passion jalouse'. Ils ne sont pas )>eu nombreux les grauds seigneurs et les grandes dames dont les noms n»viennent saïus cesse dans les ballets royaux ' : il suffit d'ou\Tir le recueil de Benserade pour s'en convaincre. A côté des artistes de profession, Mollier, Be^ucbamp, les deux Dcs-Aii's; de bourgeois comme Hcssclin, l'avocat Cabou, etc., on voit tous les plus grands noms de France : le roi, la reine. Monsieur, la comtesse de Soissons, M"® de Nemoui's, le maréchal de la Meilleraye, les ducs de Damville, de Caudale, les comtes de Ouiche, du Lude, les marquis de Villeroy, de Villequier, les ducs de Sully et de Saint-Aignan, les manpiis de Hassan, de Saucourt, de Genlis, les duchesses de Foix, de Sully, de Créqui , de Luynes, W^^ de Moutespau,

Qui, comme symboles de guerre.

Ne font qu'effaronclier la trrre, AU lieu que les baU et ballets.

Soit qu'Us soient grives ou follets , Par leurs Justesse.-, deirct.ibles.

De la paix sont les fruits aimables; Que, pour ne point danser à faux.

On en doit purger les défauts,...

Pour ces cau«ies. Sa Majesté...

En a fait une Académie...

. . . Cet établi.<sero('nt , ApréH le Roy directement (Dont II reçoit son plus grand tustre) A pour son Protecteur illustre Saint-Aignan. ce charmant seigneur.

(Loret, I. XIV. p. 61.)

< V. le Catalogne Soleinne, t. IV, p. 141.

> Cependant elle est coofirmée par l'abbé de Pare, qui nous apprend que les cho* régrapbes étaient souvent obligés de retrancher de la force du pas et de la gr&ce de la danse pour s'aceommoder aux gens de qualité, et les acrase de commettre des Incohérences et de ne pas saToir s'accorder entre eux dans les entrées formées de pfiio sienrs personnages. 11 ajoute que c'est pour cacher les défauts des seigneurs mal faits OQ mauTais danseurs qu'on a été oliliç^ d'embrouiller les entrées par la multitude et le changement continuel des figures. {Id>}f des spectacles, p. 240, 248.)

'11 est vrai que tons n'y dansaient pas. Le rôle de plusieurs consistait simplement à flgnrer dans le cortège, et 4 faire nombre, soos les costvmea appropriés à la circonstance.

200 HISTOIRK

M"w de Montausicr, d'Ellicuf, d*Arquien, de Brancas, de Caraman, de Se- >ngnc ' , elc. Voilà un bizarre |)èle-méle de sujets de la danse, et il faut convenir que le principe modcnic de l'égalilc triomplie ici d'une manière bien inattendue à la cour du grand roi. On pourrait facilement adjoindre à ces noms une multitude d'autres aussi illustres. — Ils n'étaient pas non plus peu habiles : le roi ne l'eût point souffert; l'émulation et le désir de se faire remarquer de lui eussent suffi pour les exciter à la perfection, quand même la danse n'eût pas été regardée comme le complément nécessaire non-seulement du parfait courtisan, mais du parfait galant homme. L'eût-on voulu, il eût été difficile de se passer des grands seigneurs, qui étaient à la fois les plus nombreux et les mieux préparés parmi les danseurs de ballets. On en vit une preuve singulière lorsque l'Oi^éra, ayant fait de ce divertissement un spectacle public , reconnut que son personnel était insuffisant , et dut suppléer aux lacunes de sa troupe en appelant les courtisans à son aide, comme ceux-ci les avaient appelés eux-mêmes dans leurs propres ballets. Les gentilshommes répondii-ent à cet appel, et l'on vit, dit-on, le grand écuyer, les ducs de Monmouth et de Villeroy et le marquis de Rossen (Rassan?) danser en plein théâtre, avec Deauchamp et d'autres acteurs, dans Us Fêtes de Vjmour et de Bacchus (1672). Il fallait pour le coup que la danse fût regardée en effet comme un art bien noble, et que les courtisans eussent pris fort au sérieux les considérants de Louis XÏV et l'arrêt du conseil.

Indépendamment des danseurs titrés, on a lu les noms d'un grand nombre de danseuses dans la liste que nous avons donnée plus haut. Très-souvent c'étaient des hommes, dont la figure pouvait faire illusion, qui remplissaient les rôles de femmes; mais cela se pratiquait surtout dans les ballets burle.sques, ou quand on voulait produire un effet comique, principalement par le contraste du rôle et des vers avec la personne : c'est ainsi que le conile du Plessis représentait une Néréide, le marquis de Montglas une bourgeoise, et le duc de Damville Angélique, dans le Ballet de la Nuit. On en verra beaucoup d'autres exemples dans notre recueil. Il semble que les dames de la cour ne se soient décidées qu'assez tardivement, peut-être à cause de la licence habituelle du genre, surtout dans les premiers temps, à prendre place parmi les personnages des ballets, princii>alement parmi ceux des bouffonneries et mascarades, et dans les représentations données à la cour de Gaston. Dans les deux premiers de Benserade , elles sont encore rares : ce fut par degrés seulement que cet usage s'étendit et que prescjuc toutes en vinrent à affronter résolument celte épreuve, à laciuelle les plus hardies s'étaient seules décidées jus([ue-là. Mais jamais on ne vit paraître de danseuses comédiennes parmi les artistes qui s'adjoignaient aux courtisans : on sait qu'à l'Opéra même les rôles de femmes furent assez longtemps remplis par des hommes dans les danses, où celles-là ne figurèrent qu'à partir de 1G81. Ce sont les princesses , on peut le dire , qui leur ont tracé la route , en se mon-

I État des sujets de la danse employés aux fêtes de la cour, en 1H64, pnbl. par le dansenr De*préaux. — A. Baron, Lettres sur ladansef in-S», p. 176. — Ballets de Bense. rade.

trant dans les ballets de cour, bien avant qiraucuue femme se fût décidée à faire apparition dans les l>allets de tbéâtre. En dehors des grandes dames, le beau sexe n'était donc généralement représenté dans ces divertissements cpie par les chanteuses des récits , comme MU*» Hilaire, La Barre , Christophe, Raymond, Sercamanans et Bcrgeroti.

.En cessant d'y danser, le roi ne perdit pas entièrement son goût pour les lialletSy et il continua à en demander à Molière et à en faire représenter devant la cour. Néanmoins, ils avaient perdu leur grand attrait et leur principal soutien. Après 1G71, ou les voit entrer en pleine décadence, et déchoir rapidement. Ils ne se relevèrent un moment que dix. ans plus tard, au moment où le dauphin arrivait à l'ége d'y figurer. C'est alors que Benserade et le liallet de cour jettent leur dernier éclat avec le Triomphe de V Amour (1681), où le roi ne dansa pas, mais qui fut dansé devant lui. En comparant ce ballet aux précédents, on s'a})er<^oit que la cour a déjà subi un changement et que la maturité du roi a donné plus de réserve au poète. Le personnel des danseurs de qualité s'est aussi rgiiouvclc à peu près en entier.

Lors de l'établissement de l'Académie royale de musique, le ballet passa sur ce théâtre, mais en se transformant. Jusque-là il avait été un divertissement aristocratique et privé. Avant la fondation de l'Opéra, les troupes dramatiques prenaient sans doute quelquefois part à l'exécution des ballets, mais en se rendant elles-mêmes chez les princes ou les riches particuliers' qui les donnaient, et non en les repirsentant dans leurs propres salles '. 11 devait en être bientôt autrement , et ce divertissement , souvent intercalé d'abord dans les entr'actes des pièces régulières , allait devenir un nouveau genre dramatique d'un caractèrt; spécial, formant une action suivie, comme la comédie, et un sj)ectacle théâtral, comme l'Opéra. Eu 1672, Quinault imagina une œuvi*c mi.xte avec ses Fttes de l' Amour et de Bacchus, où les entrées de ballet se mêlent au développement de la pastorale. Le Triomphe de l* Amour f représenté en IG8I à Saint-Germain devant le roi, joignait aux t'ers pour les personnages , faits jMir Benserade , une sorte d'ojiéra , de pièce dialoguée et chantée, dont Quinault était encore l'auteur, et il acheva, par son succès le triomphe du nouveau genre. Dès lors la danse , qui était autrefois la partie princi|iale, la seule essentielle, ne fut plus que l'accessoire ; elle dut se subordonner au chaut et se résoudre à ne plus servir que d'intermède ^.

L'ancien genre ne conserva plus d'asile que dans les collèges, surtout dans ceux des jésuites, où il s*était déjà introduit depuis assez longtemps. A la naissance de Louis XIV, ils avaient fait non-seulement jouer

* Comme fit, le 28 novembre 1634, la troupe de Mondory, qoi se transporta à TArtenal, pour les noces de Puylanreos, da duc de la Vallette et du comte de Guiche avec trois cousines du cardinal-dnc.

' 11 7 eut quHqaeseiceptions, mais très-rares. Ainsi la Gazette nous apprend que le Jour de la publication de la paix (1660) un ballet fut dansé par les comédiens sur le thiAtre de la troupe royale.

3 C'est seulement de ces ballets de thêAtre qu'il est question dans les Lettres d^ Noverre tur la danse et les ballets.

une coniédif^y mais n-pirseuter un liailel |Uir le« fcolier», dans U cour ôe leur élablUscment, «t*lairér df plu^ de dfti\ mille liimioir« '. Dans toufes In circoiiHtaiice^ ftoleiiuelln , spéciaicmeut au\ distribution» de prix, leurs élèves renouvelaient le même spectacle dans les salles de l'institut : cette liabitude subsistait encon* en plein div-liuitieme siècle '. Le Sages*est moqué de ces extravagants iMllets de collt'ge, où Ton « \o\oit danser jusqu'aux prétérits et aux supins', m Jamais, en effet, on n*al>usa si cruellement de Tallégorie que dans ces (ruvres des jésuites, qui sont, comme leurs tragédies, mortellement classiques, ingénieusement puériles, et surtout méthodiquement ennuyeuses. f> sont eux, |iar exemple, qui firent danser, en 1659, pour célébrer Tunion de Louis XIV avec Marie-Thérèse, le Mariage du Lrs et de r Impériale f en quatre parties, composé par l'historiographe du genre, le |M>re Menestrier, qui s'entendait à merveille, comme rabl>é d'Aubignac, à composer de mauvais ouvrages selon toutes les règles. Et pourtant, dans son Traité^ le |M.*re Menestrier avait parfaitement indiqué les défauts d'un l^allet de même nature dont un de ses doctes colli^gnes, le pcre Mambnin, aviit traci'* la description en vers latins à la suite du livre : ùe pœmaie epico, et qu'il Gt depuis rentrer comme épisode dans son é|K>i>ée {Coiutantinus). Le sujet de ce dernier était qu' » il est plus aisé de terminer les différends des peuples jNir la religion que par les armes : »

DiM»rdn stodiU populos componere «oU Relllgio potlt est. tceptrumque vocare sub unam.

Il faut voir dans son ouvrage* la curieuse analyse de cette pièce dansante, entreprise par gageure, et qui trouve moyen de joindn' à une régularité parfaite et à un grand étalage de pompe allégorique et mythologique une froidetir, une monotonie et une absence d'invention glaciales. Ce sont là aussi les caractères de la plupart des ballots de collège, et nous nous dispenserons de suivre |ias à ps les derniers vestiges du genre à travers cette longue décadence.

Ce spectacle iw n'panit plus une seule fois jusqu'à la un du long règne de Louis XIV, et il ne se conserva dans les petites cours de Saint-Maur et de Sceaux cpie sous la forme nouvelle qu'il avait définitivement revêtue. Ce fut en vain que le mariolial de Villeroy i^ssaya de le ressusciter sous Louis XV, et d'inspirer au jeune prince dont il était gouverneur le goût de ce divertissement, où il avait joué lui-même un rôle si brillant à côté du monarque défunt. Les deux tentatives qu'il fit en 1718 et en 1720 ennuyèrent et fatiguèrent tellement l'enfant-roi , successeur dégénéré de son illustre aïeul, qu'ils lui en inspirèrtrnt un dégoût insurmontable pour toute la vie**. I^ ballet de cour était bien définitivement mort.

• l/ibb* de Cbolsy, Mhnoire$, Utrecbt, 1727, p. 201. ' Art. lialleti^ dans V Encyclopédie.

^U Diable boiteux, ch. 18.

* Des bnllrfg ancieni et modernes, 1682, p. 83-i)2.

^Mémotrrs de SaM'Stmon, éd. Cbérael, iD-12, X, 2; 11, 236. « V. sarle ballet do

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