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Mon oncle est fort content, et je le suis fort peu. Pourquoy?
Je suis sa nièce, et non pas son neveu. En est-ce la raison ?
Oujs c'est ce qui mjétonne ".
. J'approuve sa raison, je la trouve fort bonne. Et ne suis point surpris de son étonnement. Je ne suis pas, Monsieur, de vostre sentiment : Je vois que tout luy rit, tout luy fait bonne mine. Qu'on Tattend avec joye au logis de Séline, Qu'on prépare un festin et le bal, que je croy ; L'argent est prest aussi.
Tout est prest, hormis moy.
Avez-vous oublié que je suis une fille. Que Ton me croit garçon dedans cette famille? Ah ! mon oncle me cause un nouvel embarras Dont vos subtilitez ne me tireront pas. Son sexe à cet hymen est un si grand obstacle Qu'il ne peut s'accomplir, à moins que d'un miracle; Il choque sa pudeur et nos affections.
Puis nous ne sommes plus au temps des fictions, Et nous ne voyons plus nulle métamorphose. Perdre la tramontane est une étrange chose ! Vous avez un bonheur au-dessus des souhaits; Mais vous connoissez mal tous deux vos intércsts : Vous ne pouviez avoir de meilleure nouvelle Que celle qui vous vient de troubler la cervelle. Elle n'a seulement qu'à signer le contrat. Et recevoir l'argent : c'est là le coup d'État ; Et puis reprendre après et son sexe et ses jupes, Pour tromper deux vieillards et les prendre pour dupes. Je ne puis accomplir un si laschc dessein
I M*al)at, me consterne, iDVrfraye, dans le sens énergique qu*avait au dix-sepliëme siècle ce mot, qui s'est affalhii, comme tant d'autres, par les abus de Texagération et de l'emphase dans la langue : c Mon Dieu, dit Bossuet duns un de ses sermons pour le vendredi saint, pourquoi vois-Je devant moi ce visage dont \ow élonnez les réprouvés? •
CONTEMP. ne MOLlàRE. — II. 2
18 lES INTRIGUES AMOUREUSES.
Sans estre criiuiuellc et sans faire uu larcin. MABOT. L'argent que Ton vous offre, et que vous devez prendre «
Par un autre contrat n'est- il pas à Lisandre? YAXTE. Ouy.
MABOT. Quand vous luy rendrez cet argent dès demain.
Vous croirez-vous alors coupable d'un larcin ? YANTE. Non.
MABOT. Que craignez-vous donc ?
YANTE. Que Ctindor en colère
Avec Sélinc aussi ne poursuive mon frère,
Comme un lasche voleur qui leur ravit leur bien. MABOT. Et que luy feront-ils? Les morts ne craignent rien. YAKTE. Mais si mon frère mort perdoit sa renommée,
Par riutérest du sang je serois diffamée.
Et Clindor, justement le croyant un voleur.
Ne voudroit pas après s'allier à sa sœur. MAROT. Pour oster à Clindor tout sujet de vengeance,
Nous feindrons qu'un appel a causé son absence;
Par ce moyen, un temps nous pourrons l'abuser,
Et Lisandre, tandis», pourra vous épouser. LiSANDBE. On ne peut répliquer à ce qu'il vient de dire. YA.NTE. L'invention est belle, et pour moy je Tadmire. LISANDBE. Suivez douc son conseil, sans faire de façon :
Passez encor ce soir en habit de garçon. MABOT. J'oubliois à vous dire une chose importante :
Timandre , aimant Sélinc et redoutant Yante,
Est jaloux comme un diable, et méchant comme deux LISANDBE. Noussçaurons l'apaiser 8*il fait le furieux.
Mais le plus important est de gagner Lisette ;
Ainsi que sa maistresse, elle est iine et coquette ,
Et sçait tous ses secrets.
MABOT.' Je la gagneray bien,
Et j'en ay découvert l'infaillible moyen.
' Pendant ce temps.