DE JOUVENCE. 2Ô
Kii voicy les moyens plaisaos :
Il n est que faire la folie.
Ce vieux tyran qui tout frac<)sse Et dont rien n'évite les dents , ?^e laisse voir aucune trace Qui ramène aux jours fleurissans.
Pour rendre ses coups plus puissans , Le cruel à la mort s'allie; Vengez-vous : pour tuer le temps , Il n'est que faire la folie.
Vieilles , qui voulez que j'efface Vos traits ridés et languissans, J'ccliaufferois bien voslre glace Par mille jeux diverlissans; Mais pour renouveler vos sens Et voslre vigueur affoiblie , Tous autres remèdes sont lents :
II n'est que faire la folie.
L'nvofj.
Belles , de vos doux passelemps Bannissez la mélancholie , Pour paroistre jeunes longtemps 11 u est que faire la folie.
Trois vieux courtisans de (iice7\s règnes dansent d'abord dij/éremment sur un seul ah\ chacun selon la mode de son temps; pnis^ s" accordant à mesme pas, vont éprouver la vertu de la Fontaine.
Pour les TROIS courtisans du vieix temps.
RO^DEAl■.
Le temps passé ne sçauroit revenir.
C'est bien à tort que Ton croit rajeunir Les cheveux gris avecque ce lavage :
Sans le secours d'un si fade breuvage , Trop bien sçaurois. comme il faut rajeunir.
(>)Dter d'amours , tous tristes soins bannir, Pî 'avoir au cœur soucy de Tavcuir, Étoient les eaux qû on mettoit en usage Le temps passé.
Jeunes beautez, quicraignez de finir, Si ne voulez ce beau cliemin tenir, Un jour viendra que tiendrez ce langage : Faut-il avoir du plus beau de nostre âge, Sans qu'il nous reste aucun doux souvenir, T.e temps passé ?
ENTRÉE ni.
Deux doëgnes * espagnoles^ ou garde-filles ^ sont en queste de cette source^ et pétillent d'aise à la veue de ce lieu tant désiré.
Pour les DOEGNES ESPAONOLK, OU GARDE-FILLES.
On nous prend pour gardes fidèles Des corps des gentes damoiselles Qui feroient leurs maris cornuâ , Si , par documens * continus , Pï'arrestions leurs jeunes cervelles.
Nous sommes rudes et cruelles Aux amans qui bruslent pour elles ; Mais pourtant à force d'écus ^ On nous prend.
Marmottant maintes kyrielles, Nous vendons nos demy-pucelles , Et faisons cent jaloux cocus; Avecque toutes ces vertus On nous hait , et Dieu sçait pour quelles On nous prend ^.
' Ce mol , qui vient de IVspagnol diiena , n*était pas encore entré dans la langue : on ne le trouve même point dans le Dictionnaire de Furetière. Il est quelquefois écrit douagmas. (La Fontaine, le Magnifique.) 9 Enseignements, avcrUssements, surveillance; du latin docere, ^ Ensuite la première et la seconde duègne ont epooreobacanedix vers espagnols.
DE JOUVENCE. 23o
enthf:e IV.
Le colonel Gaiatis, désireux de rajeunir ^ pour estre plus propre au métier des armes, se présente a Centrée du cabinet. Mais voyant ce qui se passe en ce mystère , il se retire promptement , et ne veut pas que sa nation luy puisse jamais reprocher qu'il se soit mis en hazardde boire de Ceau '. .
Pour le COLOKEL G AL AXIS.
Moy, party point tame Choufence, Moy trinquer point de l'iau dely ; Son poisson n*est pas mon amy, iMoy n'en Feus point la fer mon panse. Loustic, touchours pon fin ^ poB fin , Fait pon couleur à mon fisache, Rajeunit tout mon personnache ; Trinquant clie feus fifre sans fin.
entrV:e V.
Guéridon et la Martingale, Du Pont et la Guimbarde % pour se mieux divertir en leurs amourettes, cherchent cette eau souveraine avec des impatiences incroyables,
^ Le colonel Galatis est un Suisse , et les railleries sur l*amour des Suisses pour le Tin se retrouvent Tréquemment dans It's pièces comiques et satiriques dealers. Voir Chacun fait U métier éTauirui, ballet (1650}, I"* entrée, et dans le iiallet royal de l'Impatience (lOOl), la l" entrée aussi : •
I.rs Allcmandii «ont toujouri mouIs Kt le« SuisMs sont toujours hret,
lit-on dans le Ballet du bureau de Rencontre ^1631), dernière entrée delà 4* partie. ' Personnifications l)urlesques de types populaires. Guéridon fleure dans deux plaquettes satiriques de 1614 ou 1615, Conjen-nce d'Jntitus^ Panuryeet Guéridon^ et Grande Jours ô*yéntitU8, etc. (Voir W n** 377 du catalogue do la vente de M. le comte de Ma.. ; Claudin,lH63j, s'ous les traits d'un paysan gof;uenard, Imvard, médisant fifort en gueule. Sous Louis XIII et pendant une partie du règne de Louis XIV, Guéridon était devenu un type aussi répandu que le fut un peu plus lard Lustucru. On ne manqua pas de le faire figurer dans les cliansons, si souvent qu'il * finit pardonner son nom à certains vaudevilles dont le refrain était : Ah! ah: ah.' Guéridon t ou bien : Guéridon des Guéridons^ don^ don. 11 figurait aussi dans les danses, et particulièrement dans les ballets, par exemple, outre celui-ci, dans oeiui des Argonautes (3 Janv. IGI4). En parlant de la farce du Kégal des Dames dans sa Gazette (3 mai 1668), du Lorens dit : « ...On voit deux Guéridons danser, » ee qui semble faire entendre qu*il y avait des rôles de Guéridons comme d*Arieqoins, de Scaramouclies , etc., taillés sur un patron convenu et reconnaissahles a
23fi LA FONTAINE
Four CiLÉRIDO?! , la MARTINfiALE, DL PONT et la GlIMBARDE.
Quatre amans du siècle passé ,
Guéridon et la Martingale ,
Et Du Pont le rapetassé Avecque la Guimbarde à face de niédale ",
Venons icy pour rajeunir.
Belles, daignez nous retenir ;
Si nos mines vous semblent fades , Nostre danse est un jeu qui n'est pas à bannir.
ENTRÉE VF.
Deux anciens sénateurs de la république de Raguze^ pressés fl'un reste d'amoureux désir à l'aspect de ce beau séjour, ont peine à se contenir dans la gravité,
leur costume ou à leurs manièn^s. (Voir une note très-curieuse de M Ed. Puurnier. (|ui a reproduit la Confirence de Guéridon, duos le t. VIII de ses f'ariétrs hht. rt litt,) — La Martingale s*assortit à merveille a Guéridon pour faire le premier couple. C'était encore un type non moins répandu, type de gueuse, de curieuse et de vieille débauchée, dont Torigine ne se dibliogue pas plus nettement. Le mol de martingale avait d'alx)rd servi a désigner Taccoutrement , mais il lie tarda pas, comme les motsra/e, fjnicUe, etc., à passer de là à la personne qui le portait ; (fuelquefois même on le trouve employé presque en même temps dans les deux sens, par exemple daqs le Ballet du bureau de Rencontre (1631), ou la V entrée, intitulée Jacqueline et la Martingale, débute ainsi :
Autrefois, le monde Inventott .
Toute ctio<iu à la Martingale ; rrrsonne encore ne portoil Aucme chose à la royale.
11 y a aussi un récit de la Martingale dans le BtUlel de Mgr le Prince, donné au Louvre en 1622. Ce nom était devenu une épithéte proverbiale. Tallemant raconte que les gens de M'"* de Ver\ ins, voyant passer Mm* de Brassac, se mirent a dire pour Tinsulter : « Voilà la MarUngale qui passe. » (Édit. P. Pdris, VI, IGU.) Scarron a employé plusieurs fois le mot de martingale dans le sens de coquette de bas étage [rirgile trav.^ I. IV ; Épllrc à Mme de Haute/ort), — Du Pontet la Guimbarde forment toute fait le pendant de Guéridon et la .Martingale : comme eux c*élaient d'anciens types, réels ou fictifs, passés en locutions populaires et iiiis en chansons, qui se répondaient et allaient ensemble :
Lei uns d'humour aftscz fralllnrde Cbanloient Dupont rt la Guimbarde
(l.orel, Muse hist du H févr. 16ST )
La Guimbardeavcc Du Pont Réftonnc dans le» boutiques.
(Poe$tes choisies de Sercy, !66ï, î* part., ?• SO.)
On connaît encore aujourd'hui la vieille chanson : Du Pont, mon umi» à laquelle il est fait allusion plus loin , et dont on peut voir le timbre dans les Airs notes du Recueil de Maurepas, I, f. 233.
' Médaille.