‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 156 sur 325 · DE JOUVENCE · texte numérisé non relu

DE JOUVENCE

Pour les DFAX sénateurs de RAGIZK.

Qui nous fait venir en ces lieux Du fond du golfe Adriatique?

^ous ne sommes ny froids ', ny vieux , Et nous sçavons encor l'amoureuse pratique.

Belles, qui nous faites la nique, >J'en croyez pas nos envieux :

. (^est le soin de la république Qui nous fait paroistre à vos yeux Avec ces cheveux gris et cette face étiquc ".

lin nécromanlien de lunlcersité (te Sala manque "^ , persuadé de pouvoir re?iais/re, commande à ses deux valets de le hacher et le mettre dans une bouteille^ à Cexemple du marquis de /'illena , Espagnol, autrefois si fameux en fart înagique ^. Mais se trouvant prés de cette Fontaine, il quille son premier dessein pour en éprouver les merveilles ; ses valets le suivent et veulent, ainsi que leur maistre, profiter de cette heureuse rencontre.

Pour le NÉCROMANTIEN ESPAONOL, tenant une bouleille ou phiole à la main.

Foihic déesse à l'eau rajeunissante, Faites couler vostre fontaine ailleurs ; Je porte icy des secrets bien meilleurs , Dont la manière est toute ravissante:

Je fais reiiaislre avec grande merveille, Hachant menu comme chair à pasté, Le corps humain de vieillesse gasté , Que je renferme au fond d'une bouteille.

Certain scavant jadis en (it l'épreuve, • Et sans l'erreur d'un connais indiscret,

« Le texte porte /or/5 ; duns notre exemplaire ce mol e>l barré et remplicé d'uni* écriture du temps par celui âe/rtuiis, qui semble le vérilal)le.

* Suivent huit vers italiens, ranges sous le nom des mêmes.

3 II y avait, pendant le moyen âge, à Salamancpie, comme à Tolède, à Sèville, etc., des écoles publiques de nécromancie, que lit fermer la reine IsabiMle.

* Don Knriquede Aragon, marquis de V illena (i. 181-1 i34„ célèbre pcWe, que sa science et son érudition ûrent passer pour sorcier.

I/on auroit veu , par ce divin secret , Corps, chef, pieds, mains, cœur, os, chair et peau neuve.

Sus donc, à moy, vieillards de peu d'aiïairo , Qui tout glacés couvez un cœur de feu : Pour vous donner bonne mine et bon jeu, J'ay le secret qui vous est nécessaire '.

SECONDE PARTIE

De quelque espoir dont fussent flattés ces divers adorateurs de la Jouvence, ils ne laissent pas d'estre surpris de se voir rajeunir si promptement; et cette aimable déité ne change pas seulement leur vieille peau, mais encore leurs habits, qu'elle leur donne convenables à leurs différentes conditions, et selon le temps qui court. Cependant, ô beautez divines ! quelques-uns d'entre eux sont d'opinion que vos charma ns regards ont fait ce miracle plutost que la vertu de cette Fontaine. Quoy qu'il en soit , la joye qu'ils ont d'un si doux prodige se va faire voir par la gayeté de leur danse.

liLClT,

La JOYK, aux dames.

Sources d'amour et de lumière , Beaux yeux , c'est a vous seulement Que ces corps, revestus de leur forme première, Doivent un si prompt changement.

Dans vos regards si pleins de flames Ils ont rallumé leurs désirs , Et retrouvé des sens aussi bien que des âmes Capables des plus doux plaisirs.

ENTRIÏE I.

Les TROIS couBTisAKS rajeunfs,

soyysT.

Grâce à cet humide séjour,

Qui , chassant notre âge incommode ,

> Suivent deux strophes espagnoles, pour le même.

DE JOUVENCE. 2aî»

Nos vieilles pièces raccommode Et nous fait voir un nouveau jour, Nous avons de la vieille cour Toujours Tadresse et la méthode , Mais nos corps , refaits à la mode , Sont tous prests de faire Tamour.

Dames, cette onde merveilleuse Rend notre flame vigoureuse Et maintenant digue de vous ; Si vous en craignez Timposture , Faites l'épreuve avecque nous Du secret de celte avanture.

LES DEUX DOEGNES revenues entre dix-huit et dix-neuf ans.

Miracle! Teffroy des Immains

Est maintenant Tamour du monde ,

Et cette fontaine féconde

De leur visage et de leurs mains

A repoly les parchemins ,

Par les merveilles de son onde !

O d'un rare secret effet tout singulier!

Ces vieilles et laides brehaignes '

Ont quitté le nom de Doëgoes

Et repris leur premier métier.

ENTRÉE m.

GUÉBIDON et la MARTINGALE^ DU PONT et la GUIMBARDE^ en

adolescence.

Nous sommes rajeunis : la vertu de cette eau A rétably la nostre avec beaucoup d'usure ; Chacun s'ea trouve bien : la Martingale assure Qu'elle ne vit jamais son Guéridon plus beau ^ Et Du Pont mon amy, d'une humeur plus gaillarde ReDOUvelle sa danse nvecque la Guimbarde.

I Liltéralemeiit : femelles «lériles.

LES DEUX sÉ5ATEi'BS €n leurs plus beaux jours.

Sans aucun défaut des deux nges , Nous possédoDS leurs avantages.

Belles, qui désirez des amans tous parfaits. D'une vigoureuse vieillesse Et d'une prudente jeunesse Recevez Toffre et les effets.

/ty, fordreest interrompu par l'entrée extravagante (Tune opératrice », gui prétend, par cerfaines eaux, fards, pommades et autres secrets^ rendre à toutes personnes la première fleur de beauté^ et se moque de celles qui vont chercher la jeunesse ailleurs que dans so7i logis.

Pour rOPÉRATBlCE.

De tous les trésors dont se pare • La terre dedans et dehors ,

Jo fais un composé si rare Pour rembellissemeut du corps , Et j'y travaille avec tant d'ordre Que la vieillesse n'y peut mordre.

Je remets des gorges nouvelles, J'aplanis les rides du front, Et je rends les vieilles -si belles Qu'on ne voit pas ce qu'elles sont ; Bref, je porte en ma boëte encloses Les beautcz ' des lys et des roses.

Que ce peuple est simple et crédule De penser rajeunir sa peau

' Le mol opéraleur, opératrice, correspondait à peu près à noire mol d'empirique ou (le charlatan. Sur les opérateurs du dix-seplième siècle, leur genre de vie , les s/v rets merveilleux dont ils se targuaient, elc, on peut voir le cli. VU de notre Tableau du vieux Paris : les spectacles populaires et les artistes dts rues, (Dentu, iii-l2.)

' Correction de récriture du temps, sur notre exemplaire. l\j a la beauté y dans le tcxlc.

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