LE LIBRAIRE DV PONT-NEUF OU LES ROMANS
11 existe sur ce ballet une longue Notice de quarantc-ciuq jvagcs in-S", en vers burlesques, intitulée: le Ballet des romans^ A M. Scarron. Cette Notice, réunie au ballet, et reliée sous la même couverture dans Tcxemplaire Je la Bibliothèque impériale, raconte en détail Tliistoirc de ses représentations, et nous u*aurons qu*à suivre ses indications pas à pas. Elle est rédigée par Tauteur du ballet lui-même, qui malheureusement ne s\»sli>as nommé. Mais le style et la tournure des lers rappellent tout à fait la manière de Loret, et divers détails semblent trahir le caractère, les amitiés et les relations du futur journaliste. Ce n*est là, toutefois, on le comprend bien, qu'une conjecture très-vague, que nous hasardons sans y appuyer.
/^ libraire du Pont-Neuf fut donné pour la pi'emièrc fois le jeudi gras (de l'an 1644 * ), avec le^ violons de la grande bande, « dans une maison empruntée ». Cette première représentation fut donc une sorte de représentation publique. Il semble d'ailleurs que l'auteur eût à sa disposition, pour la circonstance, unetrou))ede danseurs gagés, qu'on le voit conduire avec lui, dans plus de dix carrosses, chez tous ceux qui désirent avoir le sjiectacle de son ballet, et qu'il en fit une espècie de commerce, et, comme on dirait au-
I Cette date est déterminée août nettement que possible par le passage de la relation où il est porté du maréchal de Rassampierre, tout récemment sorti de la Bastille (il en était sorti en IMS), et du duc qui a Aiit, Van passe ^ chanter deui 7e- Dtnm pour Thionville et pour Rocroy (la prise de Thionville et la victoire de Rocroy par le doc d'Eoghien sont de 1613). 11 est vrai que l'auteur, en s'adressant à Scarron, an début de sa relation, dit que celui-ci est malade depuis quatone ans, •il mois et près d'une semaine : or, comme on fait dater d'ordinaire le commencement de U maladie de Scarron de 1638, d'après des documents qni paraissent irrécusables, on serait porté d'abord à reculer la représentation de ce ballet jusqu'en 1632 au moins. Mais l'antenr peut se tromper sur la longueur de la maladie de Scarron, qni peut-être ansai remontait en réalité au delà de 1638, an moins parses premiers germes et sesdébuts. Il parle sans doute par ouï-dire et d'après les bruits courants, et même la précision burlesque qu'il afTecte d'apporter a son calrul,en com ptant jusqn'aui semaines, donne à entendre que c'est une plaisanterie, qui n*a d'autre but que de faire le vers et d'amener la rime. En tout ras, on sent bien que ce passage ne peut détruire ni même affaiblir en rien la double preuve qui se tire de l'autre , et que l'erreur de l'antenr, très-compréhensible dans le premier cas, est inadmissible dans le second.
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jourdMuii, de sjHT.iilalion. Il fut dansé ciisiiilo chez M"'" Grave-Launée ', où le portier laissa entrer tant de monde qu'un grand prince, venu pour voir ce spectacle, dut s'en retourner. Alors on le repixsenta très-vite, au milieu du tapage et d'un tel bruit deeon\ersations que la musique fut obligée (le [Mirlir après le récit d'Apollon. La troisième exhibition du ballet eut lieu chez M. d'Oi-geval ', où, les portes soigneusement closes , il put se déployer à l'abri de la foule, dans luie salle bien éclairée et en présence d'une assemblée brillante, au milieu de laquelle on remanpiait particulièrement la belle >Lirion de l'Orme. Os diverses représentations eurent lieu le jeudi gras.
Le dimanche suivant, sur le désir témoigné par le roi, qui en avait entendu parler, la troupe alla le danser au Palais Royal, devant la cour, et il y obtint, comme partout, un grand succès. Puis on vint demander aux acteurs de se transportera la place Hoyale, chez une duchesse, où, mal reçus et traités avec mesquinerie par lui intendant dont l'auteur se plaint avec amertume, ils s'accpiittèrent de leur tâche sans entrain et en l'abrégeant, sous les yeux du duc d'Orléans, du duc d'Enghieii, du maréchal de Dassompierre , etc. Ils se rendent ensuite dans Vile , chez M. d'Astrey-Commans, où ils trouvent trois princes parmi les spectateurs, et sont lai*gement accueillis.
Le soir du lundi gras, la même lrou|>e représente le ballet chez le cardinal Mazarin, devant le prince Thomas de Savoir. Elle est ensuite mandée au Luxembourg, quoique toute la cour, sauf Madame, empêchée par sa maladie, eût déjà joui de ce spectacle. Enfui elle va dans la maison de M. Portail, conseiller de cour souveraine, qui avait réuni à cette occasion toute la mortellerit et quelques dames du Marais. Après cpioi, la troupe se sépare^.
On voit que le Libraire du Pont-Neuf ^ ou, comme il est plus fréquemment désigné, le Ballet des Romans y obtint un vrai succès de vogue, et que, sî sa carrière fut courte , elle fut du moins acti\e et glotieuse. Quoi(|u'iI n'ait pas été fait directement pour la cour, cependant, comme il fut représenté plusieurs fois devant elle, nous avons pu l'admettre dans notre cadre. On jugera sans doute, en le lisant, que ce ballet ingénieux, dont le sujet appartient à ia fois l\ la réalité et à la fantaisie, à l'observation et à l'imagination, n'était pas indigne de son succès, facile- du moins à comprendre pour peu qu'on veuille songer à la variété piquante de mise en scène
* Franroiae-Godet des Marais, femme de Gravé, sieur de Launay, qui s'était l>eaa> coup enricbi dans \ti affaires du roi, et depuis marquise de Piennes. Voir son histoire dans Tallemant des Réaux, t. VI, p. 352 et suiv. (édit. P. Paris et Monmerqaé).
^ Gcoffroy-Lnillier, sieur d'Orgeval , conseiller ou parlement en 1637, maifrc des requêtes en 1602 (Tallemant dea I\caux, éd. P. Paris, t, VI, p. 87). Tallemant- nous apprend que Mme d'Orgeval avait souvent bal chez elle, et que le mari s'amusait à faire le maître des cérémonies et s'opposait avec vigueur à l'entrée des importuns, ce qui s'accorde très-bien avec la relation de notre auteur.
3 11 existait aussi une autre relation en stn^ Kpistrc du Ballet des HomanSy que M. Monmerqué possédait manuscrite (E. Fournier, liist, du l'ont-IVev/, p. 153;. Nous n'avons pu remettre la main sur cette ^/^>/Wre, et vérifier si elle différait du récit que nous venons d'analyser.
SUR LE LIBHAIRE DU PONT-NEUF. 2i7
que foiu-uisfUiiiMit les motifs des ciilrées. (l'était un thème l'ait à souhait puur ce genre de spectacle : au^si rablx- de Marollcs a-t-il tracé, dans la suite de ses Memoins ', un plan de hall<;t sous h* même titre, (pii a |)eut-*''lre inspiré celui-ci. En outre, Va noutade dis Comédies^ publiée (|uelipu:.s années après, prohahlemenl vers 1(147 *, mais (|ue nous m? rt>produisons {tas parce cpi'il est douteux (piVlle ait été dansée et qu'il est certain ((u'elle ne Ta pas été à la cour, rappelle le liallet dès Hitma/is par son plan général, et par quelques entrées on Ton voit app;iraitre les mêmes personnai^es.
Le lïallet du Liùmin- du Pont-?ieitf ou des liomans (in-4") est devenu rare. Ilnejiorttrni lieu ni date, ni nom d'imprimeur et de libraire.
' DifCoars IX, du Bnllrt.
' N'oasiui donnons crttr dnte d'nprr« rell^dei dernirrrs pièrei dont il y est question, La Sophonisbe , qui joue un rôle dans lu 2*' partie, e»t ossiirénieot celle de Mairrt, représeiitce en 1023 et imprhnce eu 163ô, c'c«t-u-dire vifr» la même époque que la plupart des autres pièces sur lexqurllei roule le ballet, et non rrlle de Corneille, représentée seulement en 16C3, bien po&trrieurement à tontes les comédies et tragédies citrcf dans Touf rage.
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