‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 166 sur 325 · BALLET DE LA SYBILE DE PAN SOUST · texte numérisé non relu

BALLET DE LA SYBILE DE PAN SOUST

HÉCIT

De /a Renommée^ accompagnée de la CuaiosiTÉ et de la Vérité.

Je sais Fillustre vagabonde Qui fait valoir tous les exploits, Et publie avec mes cent voix Toutes les merveilles du monde :

Ten vois beaucoup icy ; mais que n*ay-je autant d^yeux Que de langues , pour les voir mieux !

Combien de Déitez mortelles Ont icy des cbarmes divers !

Si je dis par tout Funivers A peu près comme elles sont belles, Je porte de leur part un trépas tout certain A la moitié du genre humain.

Que partout les armes se posent, Que la valeur se trouve à bout, Qu*on ne fasse plus rien du tout, Que les conquérants se reposent :

Tant que de si beaux yeux auront de quoy brusier, J*auray toujours de quoy parler.

ENTRÉE ï.

i'n MÀBÉCHAL DES LOGIS €t trois FOLBBiRRS Viennent marquer les logis de Panttrge et de sa suite.

AUX DAMES

Belles, dont la rigueur maltraite les amans, Lorsque vous nous voyez marquer des logemens Pour ceux qui sur nos soins leur domicile fondent, A voir un procédé si remply d'amitié, Je ne srais comme quoy vous n*avez point pitié Des pauvres gens qui se morfondent.

La SYBiLE Pansoust ■ suivie de deux magiciennes^ nommées

ABMi'dE e^ UbGANDE LA bÉGOGNUE '.

AUX DAMES

Je vois dans le futur Et sçais ternir Tazur Dont le ciel se colore.

Je fais partout éclore Ou les maux ou les biens.

J'ay de puissantes armes.

Et toutefois je tiens Le moindre de vos charmes . Plus fort que tous les miens.

La sybile et sa suite rentrent dans un antre dont elles étoient sorties.

I Voir Rabelais, 1. III, ch. XVI et suivants. Pantagruel, consulté par Panurge pour savoir s'il se doit marier, renvoie à la sibylle : « On m'adit qu*à Panzoust, près le Croulay ( village situé à deux lieues de Cbinon ), est une sibylle trèsinsigne, laquelle prédit toutes choses futures : prenez Ëplstemon de compagnie et vous transportez par devers elle, et oyez ce que vous dira. »

* Urgande la déconnue est une magicienne qui Joue un grand rôle dans VA' madis de Gaule, comme Armide dans le poème du Tasse.

DE LA SYBILE DE PANSOL'ST. 267

EiNTRÉE III.

Rabelais va consulter sur le succez du ballet^ et reoient donnanties vers du ballet.

Je viens consulter la sorcière Pour sçavoir, touchant ce ballet, Dont on prit chez nioy la matière, S'il doit estre agréable ou laid.

BÉPONSE DE L*OBACLE.

Il n'est pas juste qu'il se flatte De Fespoir de donner plaisir :

On Fentreprit trop à la haste On le dance trop à loisir.

Panubge^ aoec deux de ses compagnons^ consultant les docteurs s'il se doit marier ou non.

Je ne sçais si le mariage Est le parti qu'il me faudroit :

Les uns l'appellent une cage, D'autres le nomment tout à droit Le grand chemin du cocuage.

« Il n'est rien tel que le ménage » , Dit l'un ; l'autre : « Romps-toi le cou Plutost que d'entrer en servage ».

Si je me lie ou me dégage, A vostre avis, seray-je fou ?

A vostre avis, seray-je sage }

Le docteur OEsope^ Cujàs et Gallien, consultans ' pour Panurge.

La question est grande, et, pour y pouvoir mordre

Le philosophe est trop floùet * ; Et voilà sur ce poiut, dont Ton fait un jouet,

La jurisprudence en désordre

Et la médecine au roiiet^

BBPONSE DE L^ORACLB A PANUEGE.

Si ta maistresse est jeune et belle, Tasche de n*en pas mal user ; Mais te mariant avec elle, Garde-toy bien de Tépouser.

Cinq jeunes débauchés, qui ayant mangé tout leur bien vont consulter la sybile pour trouver les moyens deparoistre intHsibles à leurs créanciers.

lia ! que la débauche est funeste !

Nous avons, sans nous en vanter, Dévoré tout, et ne nous reste Rien que le dessein d'emprunter.

De sçavoir où s'est dispersée La somme trop tost dépensée,

^ Donnant one consultation. Cette entrée se rapporte au chapitre XXIX de Ralliais (I. ni) : Comment Pantagruel fait assemblée d*un tliéologieo, d*uu médecin, d*un légiste et d*un philosophe, pour la perplexité de Panurge.

' Cétait alors, et même encore plus tard, la forme de notre mot àciuéi fluet. {Dictionn. de Furetiëre.j

* « On dit proverbialement qu^on a mis un homme au rouet, pour dire qu'on Ta déconcerté, quUl ne sait plus que faire ni que dire. » ( Dictionn. de Puretiére et de Leroux ) :

Il mettra mon clerc au rouet.

( R. Belleau, la Reconnue, IV, se 4)

Il y a là une métapliore analogue à celle de faire tomber en quenouille.

DE LA SYBILE DE PANSOUST. 209

Ce n'est pas uo trop grand secret :

La moitié de notre escarcelle Est demeurée au cabaret, Et Fautre chez la damoiselle.

P^ous n'avons pas le double en poche, Quoyque nous soyons fort pimpans, Et ce nous est un dur reproche De vivre un jour à nos dépens. La chemise à demy tirée EtFépaule toute poudrée, Nostre bonne mine en séduit ; Mais aussi ce qui nous poignarde, Cest que le créancier nous suit Lorsque la dame nous regarde.

BÉPONSE DE l'oracle.

Je vous coDseilIerois de rendre Pour voir ces messieurs moins pressans , Mais vous ne pouvez rien comprendre A Tobscurité de mon sens.

Deux vieilles G kiîVES, qui viennent consulter la sybile pour apprendre (telle la Fontainede Jouvence, ou le remède à la vieillesse*.

Nous avons bien de l'âge, et désirons pourtant

N'en paroistre pas tant ; Il nous vient tous les jours quelque rides nouvelles.

Et voulons estre belles.

Nous avons résolu de faire nos efforts

A rebastir nos corps.

Et, bien que nous soyons vieilles comme nous sommes,

Nous voulons plaire aux hommes.

BÉPONSE DE l'oracle.

Comme la nécessité presse Et que le siècle est indigent,

* Voir plus baul le Ballet de ia Fontaine de Jouvence,

Si vous voulez de la jeunesse, Vous en aurez pour votre argent.

ENTRÉE VIIL

V Amant infortuné qui cherche le secret de plaire.

Je suis fait comme un autre, et dans chaque maison J*ayme, et ne suis souffert de brune ny de blonde : Ou je suis un fascheux , ou certes j'ay raison De croire qu'il n'est pas une coquette au monde. Il n'est point de jaloux qui pense à me détruire : Il me laisse sa femme, alors qu'il m'aperçoit, Et la laisse sans craindre, encor que, pour lui nuire, J'aye l'intention comme il faut qu'elle soit. Que je marche sans suite, et qu'entre chien et loup. Le manteau sur le nez, je monte ou je dévale. Messieurs les médisans n*y gagnent pa^ beaucoup, Et je n'ay peur de rien quand je crains le scandale. . Enfîn, j'ay beau languir parmy les douces flammes, ]Sy mes pas ny mes soins ne peuvent obliger, Et je rencontrerois plutost toutes les femmes A l'heure d^ la mort qu'à l'heure du berger.

RÉPONSE DE L*OBACLE.

Pour bien faire ce qu'on veut faire.

Il faut la grâce et la façon ; Mais, de crainte de vous déplaire.

Je vous renvoyé à la chanson.

RÉCIT

De la chanson d^ Amant infortuné^ etc. '

EiNTRÉE IX.

Une FEMME YVRE, Conduite par deux vignerons YVHBS^çui vont à la SYBiLE pour voir si les vignes gèleront.

Si les vignes s*en vont geler Qu'est-ce qui nous peut consoler

' Peut-ëlre la même que celle d\^ma7}« infortunés, dont on peut voir le timbre dans le Recueil de Maurepas {Jirs notés, 1. 1, f. 53}.

DE LA SYBILE DE PANSOUST. 271

En cette vie infortunée ?

Toutefois, grâce au bon destin, Nous en avons pris ce matin Pour tout le reste de Tannée.

Page 1