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LE BONTEMPS

Cest l'unique moyen d'adoucir nos rebelles ; Commence, et soyons ûers, puisqu'elles sont cruelles.

LE PLAISIR, à sa belle, CHANSON.

Que l'on vivroit heureusement En vous aimant.

LES PLAISIRS TROUBLES. 4â7

Si vous étiez moins inhumaine ; Mais il vous faut un autre amant.

Pour rooy, je crains étrangement To\is les plaisirs qui donnent tant de peine.

TOUS DEUX ENSEMBLE

Quoy donc ! languir incessamment

Dans le tourment, Sur une espérance incertaine !

C'est nous traiter trop rudenieirt , Et nous quittons facilement Tous les plaisirs qui donnent tant de peine.

A peine ont-ils commmencé ce divertissement qu'ils sont interrompus par quatre laquais, qui, naturellement peu compatibles avec la tranquillité de cette sorte de plaisirs, leur font une querelle, et, à coups de pelotes de neige, les contraignent de prendre la fuite, bienheureux d'en estre quittes à si bon marché.

Les sieurs râynal, du pboiv, la marre et dejan, représentant

tes LAQUAIS. •

Nostre corps n'est point arresté,

Il est toujours en exercice ;

Celles à qui nous rendons service

Ayment nostre légèreté.

Nous ne nous battons plus avec de noirs desseins

Et nous avons ce privilège , Sans allumer du bois de nous chauffer les mains.

Et trouver du feu dans la neige.

Mais pendant que ces quatre fripors se réjouissent entre eux d'avoir ainsi troublé le plaisir des autres, ils sont payés de la mesme monnoye par

Leur MAiSTBE, qui, outré de colère de se voir ainsi abandooDé de ses valets, leur apprend, par une harangue au genre démonstratif, de se rendre désormais un peu plus assidus à son service.

Le sieur beauchamp, représentant le maistbe.

Mon train est assez leste, Et je suis aujourd^huy Sans chagrin , sans ennuy ; Tay du plaisir de reste.

La fortune me rit Et chacun me chérit.

Je vis dans Fopulence ; Mais après le Ballet , Adieu la différence Du maistre et du valet !

ENTRÉE m.

Quatre écoLiERs^ au retour de Técole , croyant estre dans un h'eu fort éloigné de la portée des yeux et des soins de leur pédant, se mettent à jouer, au lieu d'employer le temps à Fétude.

Les sieurs bonart, bbouart^ chaudbon et tarin, représentant

les écOLIEBS.

Nous ne devons pas estimer La science pédante, incertaine et frivole ; Biéntost nous apprendrons ce que c'est que d'aimer : Les ruelles des lits nous serviront d*école.

ENTRÉE ÏV.

Ils ne quitteroieot pas sitost cette occupation , sans la surprise de leur PÉDANT, dont la mine leur glace le cœur, et change ce moment de joye en pleurs, et en la douleur qui a aocoustumé de suivre ce plaisant libertinage.

Le sieur d*olivet, représentant ^pédant.

Si je viens rudement condamner vos désirs , Cette mauvaise humeur ne vous doit pas surprendre : Il est bien naturel de troubler les plaisirs , Alors que Ton n'est plus en état de les prendre.

Trois SERVANTES se réjouissent d'avoir ferré la roule ', et faisant ensemble leur mardi gras, s'entretiennent des moyens d'augmenter les proûts d'un si doux métier.

Les sieurs février, la pierre et sibbrt , représentant des servantes.

Nous concertons icy notre rolet Pour tondre une maitresse avare et ridicule, Et nous ferrons souvent la mule En gardant le mulet.

Elles en sont encore à la première santé, lorsqu'elles aperçoivent une vieille dagornb % leur maistresse, qui, avertie de ce beau commerce par les espions et les sçavantes de la Halle, leur demande compte, et leur fait rendre ce qu'elles pensoient avoir si bien et si dignement gagné.

Le sieur de lorgb, représentant la vieille.

Chez moy leurs comptes sont menteurs ;

Pour bien ferrer la mule elles sont trop sçavantes.

' Ferrer la mule, c*e8t, comme on dirait ai]^rd*bul, faire damer rame du pauier. Voir, dans la faille de Pari» en vert burleeques^ par Bertbod, le chapitre inUtulé : La Servante qui ferre la mule.

' • Terme populaire et injnrieax, qa*on dit à une femme vieille, laide et de maavaise bnmear, ce qui vient d'un vieux mot lorrain qui siffiifie une couenne de lard, à cause que les vieilles ont d'ordinaire la peau fort vilaioe. » {Dictionnaire de Foretlère.)

Du vol que me font mes servantes Je me ferois des serviteurs.

Trois GALANS et trois coquettes^ croyant 8*estre heureusement dérobés aux yeux et à la persécution de leurs observateurs, et s*estre suffisamment précautionnés contre les soins des ennemis de leur félicité, goustent paisiblement les douceurs de leur amoureuse intelligence.

MV. D*HEUBEUX, LA YALÉE, LE FÈVRE, BONCOUK, et ies SieUTS

MONGÉ et THOURY, représentant les galars et coquettes.

Nous avons, pour raisons secrettes.

Grand crédit parmy les coquettes. Et Fart de nous y maintenir.

Que si quelque beauté, lasse d'estre sévère, A dessein de la devenir.

Qu'elle nous laisse faire.

Pour M. D*HEciREiJX, représentant Uiie coquette.

Afin de paroistre coquette, Les rides sur le front, et les cheveux tout gris, Je radoucis mes yeux et fais mille souris ; Mais si quelque galant à me parler s*arreste,

Tout aussitost je m*apperçoy (S*il me dit des douceurs) que ce n'est pas pour moy.

Pour le sieur de mollieb, représentant un galant.

Chanter, galantiser^ sont les beaux arts que j'ainie ; Tous deux à mon génie ont beaucoup de rapport : Quand par mon chant j'exprime un amoureux transport , Je sens ce que j'exprimp^ et parle pour moy-mesme.

Les dames quelquefois prennent de mes leçons , Fardes accens flattés je scais toucher leur ame , Je pousse des soupirs dont j'entretiens leur flamme. Et souvent mes discours ne sont pas de chansons ^

* Ne sont pas de vains propos, sans effet, sans ;ré8uUat. Les maîtres à chanter

Belles, donnez-moy donc vostre aimable pratique : Vous connoisircz bientost que, chantaot ou parlant, Je sçais traiter T Amour ainsi que la musique, D*un air assez galant.

Ces AMAKS commencent à peine à jouir doucement de leur bonne fortune, que trois vieux mabis jaloux, pressés de leur inquiétude naturelle, et conduits par la méfiance ordinaire aux gens de leur âge, les contraignent de se séparer, et d'éviter par la fuite la mauvaise humeur de ces insupportables trouble- festes.

Les sieurs beauchamp, donc le cadet et chandoubb, représentant les vieux mabis jaloux.

Il n'est point de tourment plus rude

Que la jalouse inquiétude

Que nous aimons à conserver :

Tout nous nuit, nous trouble et nous gesne ,

Et nous cherchons avecque peine

Ce que nous craignons de trouver.

ENTRÉE VIII

Le bassa de natolie , se réjouissant avec ses femmes d'avoir été nommé bassa d'Egypte, est épouvanté de voir arriver un AGA,suivy de quatre janissaibes et de quatre eunlques noirs el muets, qui vient, de la part du Grand Seigneur, luy demander sa teste, le bruit de son crédit et de ses excessives richesses ayant obligé Sa Uautesse de prendre cette résolution : ce qui convertit en pleurs et en désespoirs la joye que ses femmes avaient de le voir élevé à cette nouvelle dignité '.

Pour M. LE MABQUis DE sÉGUiEB, représentant le bassa.

Mon esprit amoureux, qui pousse des soupirs. Ne murmureroit pas contre les destinées Qui, dans la fleur de mes années ,

ont Rardé durant fout le dlx-sepUémo siècle, fl même plus longtemps encore, ccUe réputation de séducteurs dont Mollier se vanle Ici pour son compte. (Voir Dancourt, CElé des coquettes^ se. 7; Fuselier, Momus exilée se. 7, etc. )

' .Allusion au Tameux roman publié peu de temps aupara>ant par Mii« deScudéry, sous le nom de son frère : Ibrahim, ou Villustre Bassa (IC4I, 4 \ol. fn-l2}. Dans ce roman, Ibrahim, bassa de Natolie, après avoir longtemps Joui de la Tavear du Grand Seigneur Soliman, est étranglé par son ordre, à la fin da 4* volume.

Viennent pour retrancher mes jours et mes plaisirs ;

Ces six charmantes Cythérées, Ces divines beautez, d'un chacun adorées , Me verroient constamment supporter ce malheur, Si Ton me permettoit, pour charmer ma tristesse, D*aller porter mon cœur à ma belle maistresse, Avant que de porter ma teste au Grand Seigneur.

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