AU MESME
Mes amours ne sont point prophanes, Mon esprit par Tamour d'ennuis est accablé , Encore que je danse avecque mes sultanes ; Sans estrc diverty je suis toujours troublé.
On ne sçauroit troubler ma feste,
Sans cesse je suis en langueur, Et j'appréhende peu que Ton m'oste la teste,
Puisqu'Aminthe garde mon cœur.
Vous ne pouvez, avec aucun effort,
Faire mourir un amant déjà mort :
Depuis longtemps la belle a mon ame ravie. Vos ordres contre moy ne sont pas inhumains ; Allez, illustre aga, luy demander ma vie : Elle est entre se$ mains.
Pour les sieurs de mollirr, degan, saiktfre, de lorgb, la MABRE et SAINT-ANDRÉ ^femmes du ùassa,
A riiabit bien moins qu'à l'humeur.
Sans doute on jugera ces dames étrangères : A constamment aimer et n'estre point légères
Elles mettent le point d'honneur;
Elles enragent d'estre veuves :
En faut-il d'autres preuves ?
Pour M. LE DUC DE GUISE , représentant un aga.
Je porte partout la terreur, Elle est peinte sur mon visage ; Mais en effet, c'est une erreur D'en vouloir tirer avantage : Je sçais me faire craindre et me faire estimer, Mais j'ay peine à me faire aimer.
Hélas ! que c*est mal à propos Que jo vois qu'on me porte envie !
Iris, j'ay perdu le repos , Sans plaisir je passe la vie , Si , vous touchant le cœur par ma tendre amitié, Je n'attire vostre pitié.
Mais pourquoy me dois-je affliger?
Mon mal n'est pas sans espérance :
Mes soins sauront vous obliger Et bannir vostre indifTérence ; Et lors, m*ayant fait craindre^ et me sçachant aimé , Mon esprit en sera charmé.
Pour MM. LES CHEVALIERS DE LA M4RTHE Ct DE FOURBIN, H. DE
FERCOUR et le sieur raynàl, représentant quatre janissaires.
Ces janissaires sont galans , Pour le moins autant qu'ils sont braves , Et n*ont pas tant à cœur de paroistre vaillans, Belles , que d'estre vos esclaves.
Pour MM. DE NOVION , LES CHEVALIERS DE HAUTE-FEUÎLLE et DE
BBQUISSAN, et le sieur verbec, représentant des eunuques noirs et muets.
Quand Ton veut faire voir qu*on n'est pas dangereux, C'est lors que les maris s'alarment plus en France; Ils ne se lairont pas tromper par l'apparence : Qui le montre le moins est creu plus amoureux. Vouloir vous déguiser c'est une raillerie : Sçachez qu'on est icy moins dupes qu'en Turquie.
Pour M. DE NOViON, représentant vn eunuque noir et muet.
Sous ce masque trompeur je tasche à m'introduîre , Asseurantles maris, pour leurs femmes séduire : D'un Noir incommodé l'on n'a pas de soupçons. Je sçais me déguiser de toutes les façons. Je feins d'estre muet ; j'en fais mieux mon affaire : Un amant est toujours heureux s'il se peut taire.
M. LE CHEVALIER DE HAUTE-FEUILLE^ représentant un EUNUQUE.
Je ne suis pas ce qu'on me voit paroistre ;
Belles, en plus d*un lieu je me suis fait cognoistre :
Quelques-unes de vous ne m*ont pas trouvé laid.
Je suis un rude trouble-feste ,
Qui prends les hommes par la teste ,
Et les femmes par le collet.
M. LE CHEVALIER DE REQU1SSAN, représentant un eunuque noir,
Clarice, gardez-vous de me faire une frasque, Je punis les maris bizarres et jaloux ;
Et, pour me faire aimer de vous.
Je n'ay rien qu'à lever le masque.
SECONDK PARTIE.
RECIT
Quelques bourgeois, avertis du mariage d'une vieille avec un jeune adolescent, s'assemblent et leur font, le soir de leurs nopces, un charivary * , dont la douceur touche agréablement les oreilles des mariés et de leurs voisins, lorsque
Quatre filoux, moins touchés du plaisir de cette harmonie que du désir de profiter d'une si belle occasion , se saisissent de ceux qui la font, et par cette surprise vengent si bien les mariés de cette interruption de leur aise, qu'ils ostent à ces railleurs jusques à la chemise.
' Gel usage de donner un charivari aux vieilles qui é|>ousaient des jeunes fiens , et parliculiérement aux veuves qui se remarlaieui, remontait fort haul. On en trouve la Irace dans plusieurs romans, fabliaux et miniatures du moyen Age. Bassompierre raconte, dans ses mémoires, que Gaston d'Orléans assista à un cjiarivari donné par ses marmitons à un oflicler de la Cour qui s*était marié avec une veuve. Le compositeur du charivari des Plaisirs Iroublès était de Lor^^e le père, et il était Joué par vin^t musiciens.
MM. LES CHEVALIERS DE L4 MARTHE et DE FOURBIN, M. DE PEB-
coOR et le sieur t^AW AL, filoftx.
Comment ! faire un charivary
Pour éveiller ce beau mary !
Bourgeois, ce procédé est bien digne de blasme. Nous vous en payerons , et sans assassinat : Chacun de vous bientost sera rais en état
D*aller coucher avec sa femme.
Pour M, LE CHEVALIER DE LA MARTHE, représentant un kilou.
Quoyqu'indisoret, je suis heureux Dedans les larcins amoureux ; Mais, pour me tirer de la presse, Fuyant les rigueurs de la loy, Je fais souvent que ma maistresse Kntre en prison au lieu de moy.
Pour M. LE CHEVALIER DE FOURBiN, représentant un filou.
Dans noslre métier le succez
Ne dépend rien que de l'adresse;
Chacun chez soy me donne accez , Tant Ton est abusé de ma feinte sagesse. Je vole impunément, et de tous les Gloux Je suis le moins suspect, et le pire de tous.
Pourri. DEFEBCOUR, représentant un FiLor.
Je donne à tout sans me contraindre Et fais souvent de si bons coups Que je suis , entre les Gloux , Un deceux qu'on doit le plus craindre.
Je vais de jour, je vais de nuit, Et quelquefois^ de bonne prise , ( Sans beaucoup d'éclat et sans bruit) J'osle, pour m'égaycr, jusques à la chemise.
CU.MKMÏ'. DE HOUkUE. — U. 30
46C LES PLAISIRS TROUBLKS.
Mais pendant que ces voleurs, en partageant ce considérable butin, se réjouissent d'une si- heureuse rencontré, leur jovc (init par répouvante que leur donne Tarrivée impréveue d'un prkvost et de quatre archers qui les surprennent, en sorte qu'a peine ont-ils le temps de favoriser leur fuite par leur résistance contre les coups et la force de ces vaillans et dignes défenseurs de la seureté publique.
Le .sieur février, représentant un phévost.
Vous me consommez peu à peu , Trop chaste et sévère Diane; Comme prévost, je vous condannie
A brusler de mesme feu.
Si vostre cœur me le pardonne , Je puis vivre heureux désormais , Puisque Ton n'appelle jamais De la sentence que je donne.
Les sieurs beauchamp, delouge, degan et chandoijbk, représentant des ARCHERS.
Beautez, dont les traits sont si doux,
Si (|uelqu*un vous a, malgré vous ,
Enlevé chemises ou juppes , Vous vous pourrez venger en vous servant de nous : Si vous estes souvent les duppes des Hioux ,
Les filoux sont souvent nos duppes.
ENTRÉE IlL
Un des plus accrédités marchands merciers du Palais' se présente à sa boutique et s'en va en ville porter à son ordinaire la monstrueuse quantité de galans % dont depuis quelque temps il a f;iit un si considérable débit.
' De la galeri« du Palais de Jutice.
> n s^agit des nœuds de rubans qu'on portait alors sur toutes les parties du cortume.
IjB sieur dolivet, représentant un mabchand.
Ces Cialans, dont la cour admire les parures, Ne prennent que chez moy toutes leurs garnitures, Dos rubans d'or, d'argent, de couleur, des plus beaux : J'en ay sans vanité toujours les plus nouveaux. Des marchands du Palais j'ay le plus de pratique : J'ay l'honneur de servir le Roy et les Seigneurs , Je suis riche , et je vends un jour en ma boutique Plus que durant trois mois on n*en débite ailleurs.
KNTKÉE IV.
Ce grand faiseur de révérences à la moderne n*est pas presque sorty de chez luy, déjà tout plein de la joye et de l'espérance de trouver sa dupe, quMl tombe dans une mortelle affliction par la douloureuse nouvelle que lui annoncent deux colpouteurs, qui, publiant et criant le dernier édit de la réformation des habits • , le contraignent de fermer boutique, ou du moins de se contenter désormais d'un gain plus proportionné à son commerce et à la médiocrité de sa condition.