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I.es sieurs vom: et la marre, représentant les colporteirs

Belles aux yeux doi^x et brillans , Nous ne publions rien qui vous doive surprendre : Ce n'est que les rubans qu'on prétend vous défendre,

Mais l'on vous permet Içs galans ^

Pour le sieu>' la marre, représentant un colporteur.

Je vis plus retenu que je ne le témoigne ,

Beau sexe, et je fais moins de bruit que de besoigne ;

■ Louis XIV, qui donnait personnellement iVxempie contagieux d*une luai^nificence sans cgile, a publié Jusqu'à seize édits contre le lu\fî. Celui dont il est question ici est sans nul doute la Dèclantion sur les ptusemens d'or et d'urgent, les dorures des carrosses et calèches^ et sur la parure des habits et vestemenSf rendue le n novembre IflattL^lMmbert, Recueil général des anciennes lois franr,, t. XV II, p. 325.)

' On comprend ce calembour, fondé varie double 8ens(|u*avait alors le mot

QaltIMS.

4fi8 .LES PLAISIRS TROUBLÉS.

De tous ceux du métier je suis le plus discret : J*abhorre également la montre et la fanfare , Et d*uD bon colporteur la pièce la plus rare Est celle qu*il montre en secret.

Deux pa!sâns et deux païsannes pleinement satisfaits de Tabondance de Tannée dernière, n^oublient rien de ce qui leur peut aider à gouster innocemment le plaisir d^une copieuse récoite.

Us sieurs BE\ucH4Sii> , baynal, anse et vagnac, représentant les PAÏSANS et païsannes.

Quels bons astres ont cette année Richement couronnée!

De tous costez nous avons eu des fruits :

Le grenier, la cave et la grange Par un miracle étrange, Crèvent des bieus que la terre a produits.

Exempts des soins du mauvais temps

Et de la frayeur de la guerre ,

Nous pouvons dormir bien contons

Et labourer une autre terre.

Pour le sieur anse, repréaentant un paîsan-.

Cet adroit païsan s'employe

A nous témoigner, par sa joye , Qu^une heureuse moisson a comblé son espoir; Mais il sçait de ses biens Taire un si bel usage

Qu'il n'en peut jamais tant avoir

Qu'il n'en mérite davantage.

Ces bonnes gens n'ont presque pas commencé de sentir la douceur de leur petite fortune , qu'ils voycnt leur joye •troublée par les nouveaux malheurs dont les menace la terrible arrivée d'un maréchal des logis et de quelques cavaliers, venus là pour y faire le

logement et l'étape de trois fois autant de gens de guerre qu'il en peut contenir dans le village et les maisons de ces malheureux.

Les sieurs yerbec, saimt-fré, dcjpron , mongb et saint-andbé, représentant un maréchal des logis et quatre cavaliers.

Que ceux qui craignent quelque outrage Dans les lieux de nostre passage Perdent leur appréhension :

Notre compagnie est discrctte^ Et partout elle ne souhaite Que de vivre à discrétion.

ENTRÉE Vn.

Quelques demoiselles du Marais s jouissant ensemble, avec leurs plus fidèles confidens, du fruit de la dernière journée, sont con* traintes de quitter cette plaisante société^ par l'alarme et la terreurque leur donne l'importante recherche de deux commissaiees accompagnés de leurs clercs, qui, pour faire cesser les plaintes du voisinage, se transportent dans cette honneste maison, qu'ils trouvent abandonnée au bruit de leur venue; et après en avoir dressé procès verbal , pour toujours à toutes fins garnir la main de Justice , s'emparent soigneusement de tout ce qui s'y rencontre de plus précieux et de plus facile transport, sauf à le rendre, s'il y échet.

Les sieurs petigny, février, dokc le cadet, et chandourb, représentant les commissaires et leurs clbbcs.

Le soin du bien public fort souvent nous envoyé En des lieux où toujours nous sommes mal receus; Il nous fait mettre l'ordre où l'on n'en cognoist plus, Et porter la douleur où l'on cherche la joye.

' On voit asMz par ce qui suit quelles lODt ces demoiselles. Le Marais en était rempU , et les mots : vne demoiselle ou une dame du Marais étaient passés en dicton pour : une cotrrfutme. Marais, 8*écrie une chanson de 1648, en contre-vérités,

Séjour de rinnocence.

Sur le rente de Paris

Tu remporte* le prit...

Toutes les femmes sont prudes, ete.

( Recueil Maurepat, XXII, 81. )

ENTRIÎE Vin.

Atabalipa, roy du Pérou^ se réjouissant d'e>tre parvenu à Tempire après la mort de son frère *, n*a pas encore achevé les cérémonies (le ^on couronnement , quMI est surpris de la descente des Espagnols sur ses terres, dont il apprend la nouvelle par trois £SPIO^s détachés de Parmée, qui, pour mieux connoistre le pays et rétat de sa cour, y paroissent comme amis , et se meslent agréablement dans son divertissement, sans autre démonstration que celle de là joye qu'ils ont de se voir dans un pays et parmy des gens si dignes de la conqueste de leur maistre et de leur souverain.

M. LE DUC DE GUISE , Atabalipa, MM. LES CHEVALIERS DE LA MARTHE et DE F0URBIN,M. DE FERCOUR tf/ /ff 5/^Ur RAYNAL,

Indietis Les sieurs molli er, de lorge, degàn et la marrk. Indiennes. Les sieurs bbauchamp , dolivet, et de lorgs, Eitpagnois.

Pour M. le duc de guise représentant atabalipa.

J*ay bien couru dejour, j'ay bien rôdé de nuict, Jeune, galant, adroit, plein de magnificence, Les belles à 4'#iivy briguoient ma cognoissauce , Ainsi j*ay beaucoup fait de fracas et de bruit. Comme Roy du Pérou j'étais partout le Maistre; Mais , quand elles taschoient de me faire paroistre Que rien ne leur plaisoit que mon seul entretien, Que sans nul intércst Ton me faisoit caresse. Qu'on aimoit ma personne et non pas ma richesse , O'est lors qu'on me faisoit passer pour Indien.

L'intérest seulement tient leurs beau.x yeux charmés. KIondins , défaites- vous d'une erreur sans seconde : \ ous estes plus que moy des gens de l'autre monde, Si, pour estre bien faits, vous croyez d'estre aimés. IVfe voyant trop instruit de leur façon de faire. Les dames m'ont blasmé d'avoir l'humeur légère ,

' Il b'agit ici (l*Ataliualpa et d« son frère Huascar, dont les historiens de la conquête du Nouveau Monde par les Espagnols, (;arcilaso de la Vega et bien d'autres, avaient popularisé les aventures. Atabalipa figurait dans la première entrée du Grand bal de la douairière de BiUtbahaulit en 1626.

LES PLAISIRS TBOUBLÊS. 471

Quand j*ay cru qu'il falloit prévenir leur dessein, Dès que pour nous qtiitter elles nous fout querelle , Et que , pour ral)aisser leur Oerté naturelle, Il valoit beaucoup mieux les gagner de la main

En pleine liberté, pour vivre doucement, J*av longtemps pratiqué cet advis salutaire; Mais Ton u*est pas toujours en état de le faire. Si le cruel destin en ordonne autrement. L'Amour a de commun avecque la Fortune Qu'enGn également Tun et l'autre importune , Qu*ils n'accordent jamais les biens qu'ils ont offerts , Qu'ils font voir les plaisirs et donnent de la peine , Et que , flattant l'esprit d'une espérance vaine , Ils poussent bien souvent du trosne dans les fers '.

Pour M. LE CHEVALIER DE LA MARTHE, représentant un indien.

Comme je n'ay point de ricbesse

Que celle que Ton voit sur moy, Je mets depuis longtemps mes soins et mon adresse

A trouver quelque bon employ :

Aussi , quelque inconstant que l'on m'ait veu paroistre, Jescauray m'arresier et faire moins le fou,

Si je puis devenir le maistre

De quelque daine du Pérou.

Pour M. LE CHEVALIER DE FOURBiN, représentant un indien.

Le Prince meneilleux à qui je fais ma cour Rend, en souffrant mes soins , ma gloire peu commune : J'ay lieu de me louer beaucoup de ma fortune; 11 ne tiendra qu'à vous, Cloris, que quelque jour, Je n'en die autant de l'Amour.

Pour M. de fercolrt, représentant un indib.\.

Beautez, que vos rigueurs cèdent à mon adresse; J'ay trouvé le secret de trio.npher de vous : C'est peu d'estre dispos , si l'or et la richesse N'éblouissent vos yeux pour les rendre plus doux.

' Double allusion aux galunteriiM ilu duc de GuUe, et à sa oremié.-e expédition de Naples, ou la Fortune le poussa « du IrcVne d ms les fers ».

Pour les sieurs de uollieb, de lorge, la mabbb et degan, représentant des indiennes.

11 n*est rien de plus doux que dVstre en quelque chose Utile au passe-temps d'uD Prince si charmant : Quoy qu*on fasse pourluy, dans le mesme moment, On a toujours sa part des plaisirs qu*on luy cause.

Nous quittons pour ce Prince un opulent séjour, Nous aimons son mérite et non pas sa couronne : De tant que nous étions esclaves de TAnaour, Nous quatre avons suivy sa charmante Personne, Et le ravissement et Phouneur de le voir Sont les plus grands trésors que nous puissions avoir.

Us sieurs beauchamp, dolivet et de lorge, représentant

trois ESPAGNOLS.

Par nos ruses les plus grands hommes Doivent cramdre d'estre accablés, Kt dans tous les lieux où nous sommes Les Plaisirs sont toujours troublés.

FIN

NOTICR

LB n.ALlEr DE LA LO/EHŒ.

Le hallet de iaioterie semble iie pas avoir élé i-eprésenté à la cour, puisqu'il n'a poiul |)ani cliez Ballard , privilégié |)onr la publication des ballets de cour; mais il Ta été eu haut lieu et \mr des acleui's du pi*eDiier rang , car OH y trouve un récit chanté |Kir Mousimr. La dignité de Monsieur ne lui eHl pas permis de iigiu'er dans un spectacle donné par mi simple particulier; mais rien nePempéchait de le faire chez, son oncle Gaston d'Ch'léans, où la physionomie de ce ballet , rempli de plaisanteries npiivotfues et licencieuses , nous porte à croire cpi'il a été donné.

La représentai ion de ce divertissement eut lieu avant le carnaval de 1()58, 011 du moins avant qu'il ei^t pris fin : on le voit, à la dernière page , par un de» ^crsdu (irand fiallet.W y a, d'ailleurs, un autre moyen d'en déterminera |ieu près exactement la date. Kn effet, la suppn*ssion de la loterie, qui forme SOD vrai sujet et sa conclusion, est annoncée par Loret dans sa lettre du 19 janvier 1658, et c'est assurvment au lendemain de cette mesure, révoqm''e si vite, cpie fut dansé ce ballet, tout d'actualité, et qui porte les trac<»s d'une rapide improvisation.

Mais, en dehors de ces inductions, il nous a élé impossible de trouver un renseignement précis et positif. La Ga^tte de 16.^8 ne rend compte que du l»allel iV/ficidiane yi'i d'un auti"e dont elle ne donne pas le titre, qui fut dansé dc\ant le roi en l'hôtel du maréchal de Tllôpital, gouverneur de Paris, le premier dimanche de carême, 10 mars. Celle date nous |>arait trop éloignée de la suppression de la loleiie pour ((u'elle puisse sv rapporter à notre Imllet. Du reste, le couii récit de ia Gazette ne renferme aucun détail caractéristique propre à éclairer la question, et Loret, dans sa i-elation du 10 mars, dit que ce dernier divertissement était intitidé ia Boutade,

La loterie avait été introduite en France dans le cours de l'année 1G44,|Kir le sieur de («huy es. Plusieurs causes s'opposèrent dans l'origine à son succès, et faillirent la tuer au berceau. D'abord les associés de Chu\es, et spécialement le puriste Yaugelas, tfui a\ait une part prépondérante dans l'entreprise, voulurent qu'elle se pré>cntàt sous le noui de />/«//////«», décrié en France depuis louglem|is, en s'opposant avec opiniâtreté à ce qu'elle prit la dénomination nouvelle de loterie, empnmt(>e à l'italien. La mort inopinée de Yaugelas et un vovage trop subit aux Indes du sieur de (!^liuyes, sans parler du blocus de Paris et <les troubles de la Fronde, allaient l'achexer déliniti\ement, si l'on

^76 NOTICE

n*en eût transporté le privilège aux sieurs Carton et Boulanger. Le premier soin de ceux-ci fut de donner à l'entreprise le nom qu'elle a toujours gardé depuis. Ce nom fit rapidement fortune «< et plut si fort a un chanm, dit Saurai , qui a écrit Thistoire de son étahlissement , qu'il passa en un moment pour un terme de la bonne mar<pic : le peuple, la cour et les dames le natu* ralisèrentà sa naissance », et ou créa même le terme de iot tiers (on écrivait alors iotterie) à l'adresse de <:(mi\ qui témoignèrent le plus d'ardeur pour a»tte invention et s'en occujièreul le plus activement.

Carton et Boulanger s'installèrent dans une maison garnie , située au bout delà rue Bétbisy, qui s'appelait l'Hôtel d'Anjou, et ils firent' une exposition de leurs principaux lots , sans parler de vingt-trois maisons d'importance diverse qui complétaient la liste. Dès le 10 novembre 1057, Loret, qui fut toujours grand partisan de la loterie, comme i\\\ jeu, annonce cette entreprise avec une complaisance voisine de l'enthousiasme. Mais tout le monde ne croyait pas^ comme lui, à rhonnételé des entrepreneurs, et la Muse royale allait même, dans sa lettre du 1 7 janvier 1658, jusqu'il prononcer à ce propos le mot de filouterie. Les six corps de marchands prirent l'alarme, et firent une opposition si active à ce qu'ils regardaient comme un attentat à leurs privilèges qu'il fallut i-endretout l'argent re<;u.

Carton et son associé obtinrent d'autres lettres du roi dans le cours de la même année 1658. Le 11 mai, c'est-à-dire quelques mois à peine après la première suppression, Loret annonce derechef l'organisation de cette nouvelle blanque , où les lots seront composés cette fois d'écus comptants '. Mais cette seconde tentative ne fut pas plus heureuse que la précédente, et vint échouer au dernier moment conti-e une autre prohibition. On voit quelle difficulté la loterie cprouvait à s'établir, malgré les efforts et les combinaisons de ses introducteurs , malgré la curiosité et l'intérêt qu'elle excitait dans le public.

Vers la même é|)oque , c'est-à-dire succe.<^ivement en 1G53, en 1657 et en 1C60, Laurent Touti tentait vainement de faire réussir trois projets successifs de tontines , dont la seconde surtout n'était autre chose qu'une espèce de ùlarKjue.

Enfin il était réservé au sieur Boulanger de mener à terme une entreprise si longtemps ballottée et comliattue. H organisa uue Blanque royale d'une combinaison ingénieuse, mais tellement compliquée qu'il faudrait bien des pages |)Our la faire clairement comprendre. Elle avait son siège dans la rue Bertin-Poirée,etellefut tirée, après de nombreuses remises, le 8 janvier 1659, « di^is la salle d'un grand logis de la rue Saiut-Martin , où pend pour enseigne Notre-Dame de Paix, en présence de M. le lieutenant civil, de M. le procureur du roi , de leur greffier, etc. »

' Je Iroare dans on rolame de la Bibliothèque Mazarlne , qai contient diverses pièces corieuses f296. A', in-fol.), le prospectus d'une Souvelle banque établie en faveur des hôpitaux généraux de France^ ouverte le 9 mai 1658 : le privilège est accorda au sieur P^pin. \a date concorde avec celle qu'indique L^ret, et il est probable que c'est la même entreprise. Ce Pépin n'était-il qu'un prète-nom de Carton et Boulanger?

SUR LK BALLKT DE LA LOTKRIK. 477

Dt'S lors , ce fut une affaire de vogue et de )>assion. Les loteries particnlièrrs se ré|)andireut partout. Vers 1G58, c'est-à-dire à la date de notre Imllet, le roi introduisit à la cour Tusage des loteries gratuites, moyen délicat, galant et nouveau de faire des présents aux dames, en y joignant le plaisir de la surprise et de rimprévu. En fait de loteries gratuites. Tune des plus célèbres et des plus splendides fut celle du cardinal Mazarin (avril 1658), dont les trois cenis billets , représentant une valeur de plus de cent mille écus , étaient tous bons, et qui fit si grand bruit a la cour et à la ville, bien que les ennemis du cardinal nVussent pas manqué d'expliquer cette générosité inaccoutumée par des considérations qui lui enlevaient beaucoup de son désintéressement apparent ' . La ivine mère , le duc d'Anjou , les princesses suivirent cet exemple, n Madame la procureuse générale » en organisa chez elle de très-brillantes; elle fut imitée par toutes les femmes des gens d'affaires. Les loteries particulières devinrent une mode, une fureur, le divertissement obligé de toutes les sociétés et de tous les salons, un ap)>endice habituel des noces, des soirées, des festins, desi)als et l)allets. Il en est à clia(|ue instapt question dans les chroniques du temps, dans V Histoire amoureuse t/rs Gaules ' comme dans les Mémoires de Grammo/it ^ , et dans . les Mémoires de M*'« de Monti)ensier comme dans les Lettres de M™« de Sévigné 4. L'année même de notre ballet , Loret a grand soin de faire part à ses lecteurs de son heureux gain dans la loterie de M"« La Barre, la chanteuse, et il ajoute que, depuis la défense de celle de Carton et Boulanger, ou en a vu plus de (piatre cents, dont il énumère les principales (Lettre du 2 février l(î58). On arrangea des loterirs de dévotion et de charité, en faveur des esclaves d'Alger, des églises, des couvents, en faveur même de tel prélat |>auvre, i>our le fournir d'un écjsiipage conwiîable. On alla jusqu'à faire une blanque des instruments de la Passion , comme on avait essayé d'en faire une avec les tulipes d'un fleuriste célèbre. Quelquefois on inter\ertissait l'ordre ordinaire, et les billets marqués, au lieu de porter l'indication d'un gain, portaient celle d'une redex-ance due par celui à qui ils tombaient en i)artage. On imagina de se traiter par loteries. Le duc de Mazarin distribuait les emplois à ses doinesliques par la n»ème voie.

Les loteries furent aussi métamorphosées en jeux d'esprit , à la façon de celles'que M"'" de Scudéry, à la fois inspiratrice et copiste des modes de son temps, a introduites au quatrième tome de sa Clélie, et il faut lire dans Sauvai les détails de ces amusements où l'on se mariait par la voie du sort pour un apn'S-midi , où l'on tirait une épigramme , un madrigal , un sonnet à improviser, un rôle à soutenir, une pénitence à faire, où l'on gagnait des lots satiriques ou plaisants, etc. Les intrigues de toutes sortes, les ruses et les tricheries se mettaient souvent de la partie, bien entendu ; elles allaient quelquefois jusqu'au scandale et ne contribuèrent pas peu au discrédit final d'un

• Lorft, L. IX, p. 69.60; U de Labordr, le Palais Mnzarin,

> Fdit. Delahays, t. I. p. 26.

9 Kdit. Paulin, rb. |V, p. 50.

< Édit. Monmrrqu* et Ad. Régnier, in-8% VII, 141.

^78 NOTICK SUR LR BALLET DR LA LOTERIR.

usage qui avait jelé de si fortes raeines dans les niœui's de la seconde nioilié du dix-.Heptième sièele ' .

La loterie fonniissait un thème facile et tout pi^l à la verve des poètes et des l>eaux esprits. Le théAtre, le roman, rallégorie,la chanson sVn enifiarèient a%idement, et (Ih. Sorel , comme M"»^ de Scudéry ; Visé et Daiicourt, comme Tabbc Bordolon ; le père Lemoine, comme les Homcres du Pont Neuf et les cliaiitres de tous les carrefours, brodèi^nl à Tenvi sur ce fond Téger toutes sortes d'arahcscpies plus ou moins ingénieuses et épigrammatitpies '.

Ce sujet ne pouvait «•cliapper non plus au Iwllet , qui ne laissait aucune circonstance, aucune mode sans eu tirer ))arti. Olui que nous reproduisons, d*ailleurs platement rimé et plein d'écfuivocpies grossières, contient quelques renseignements curieux, et, en même temps qu'il constate la grande folie du jour, il la met en scène d'une matiière lidèle et vivante. Nous compléterons dans nos notes les indications succinctes auxquelles nous avons dû nous borner dans cette notice.

Le Ballel tie la Loterie a élé publié à Paris, chez Mathieu CoIuuiIm'I, 1658, in-é" ^. Il est rare : La Vallièi-e nVn a pas eu connaissance.

» Outre Sauvai, on peut voir Molièr^nux Champs /-Hyi'ft, de Dordelon (1694) ; len intrigues de la Loterie, de Vi«f, la Loterie de Dancourt (1697).

' Noue avons extrait , eo let complétant sur quelque* pojnts, la plupart des renseignements de cette notice, de VIliitoire de$ tontine», loteties , et Blanque royale, par Sauvai {^Àntiquit. de Ihiris^x. 111, p. &8 et sulv.}^ La Dissertation du P. Méneatrier (1700, petit in-l2}, en dehors de sa partie ibéologique, ne s'occupe guère que des loteries de l'antiquité, et de celle qui eut lieu à Lyon en 1699, dans l'intérêt del'lld. pital de la Charité.

3 Ce Mathieu Colombel a imprimé quelques autres ballets , eatre autres celui des • Mousquetaires du Hoy, repr-sentant le Carnaval mort et ressuscita par Baechus «, eo 1635.

PHEMIERHÊCI'I\ Chanté par la loterie.

Je suis une Divinité Qui, jusques à présent, n'avoil été connue '.

iMa grande libéralité Vous donnera sujet de bénir ma venue.

La Fortune me suit; adressez-Uii vos vœux : Voicy l'occasion de la prendre aux cbeveux.

Ce n'est point une invention , Pour tirer votre argent par une- tromperie :

IVfes trésors sont sans fiction Et vous révérerez le nom de Loterie.

I^ Fortune me suit; adressez luy vos vœux : Voicy l'occasion de la prendre aux cheveux.

EiNTRÉE I.

Ijb maistke de la loterie, une baguette à la main, gui fait tirer un rideau, derrière leqiiel se voient les usteîisilles y bagues et Joyaux de la Loterie \

' Nous avons dit, dnns notre notice, que c'était la première fois que la loterie parvenait, ou du moins semblait devoir parvenir à se constituer en France, puisque la tentative du sieur de CImyes et de Vaugelas en 1644, et celles de Laurent Tonti, avaient également échoué.

2 Ce maistre est Carton, ou Boulanger. Les principaux ustensiles de la lotfrie consistaient en n quatre bitjJiotlkKiues, Torce emmeublemens , tentures de tapisseries, argenterie, drap», tapis, brocards d'or et d'argent, dentelles, points de Gènes, de Venise, d*Oreillac,et une infinité d'autres choses rares et exquises., une quanUté d'agates, de rubis d'émeraudes, de perles, de diamants, de médailles d'or et d'argent, de grand et de moyen bronze, des tableau x de Léonard de Vinci, et du Tiiien, du Poussin », etc. (Sauvai). II semble, d'après ce ballet, que Carton et Boulanger ne craignaient pas d'al)aisser la dignité de leur r(Me, en énumérant ou

Pour le MAiSTfiB DE LA LOTEBiE, aux Dames.

Venez tous à l'Hôtel d'Anjou ' Tirer les billets de la Blanque, Et, si la Fortune vous manque, Belles, consolez-vous : je vous garde un bijou.

ENTRÉE IL DeuxsmssES^ préposés pour la garde de la Loterie,

Pour le premier suisse, aux Dames.

Nous gardons le trésor, de peur qu'on ne l'emporte : Les Glous en ce lieu paroissent bien ardens. C'est un triste métier, belles , d*estre à la porte Et de n'entrer jamais dedans.

Pour le second suisse.

Que je sois dedans ou dehors ,

Ce n'est pas ce qui me tourmente ;

Je ne songe qu'à la descente

D'un verre de vin dans mon corps.

Mon écu » s'en iroit dedans la Loterie , Si j'y voyois du vin au lieu d'argenterie.

ENTRÉE IIL

Cinq BOÉMiENNES, qui^ sous prétexte de porter un écu à la Loterie, pour avoir un billet, ont dessein de dérober quelque

PII moDlrant ces richesses à la foule avec une baguette, comme les démonstrateurs de nos spectacles forains.

' Nous avons déjà dit que c*était simplement une grande maison garnie.

> Avec un srui écu l'on peut

Gaigner, sans payer lois ni vente, Plus de trois mil livret de rente.

(LoRET, ionov. 1657. V. aussi M USE ROT., 8 Janvier 1658.)

N Ceux qui désirent y tirer donnent un écu pour chacun billet, » dit Sauvai, au moment où il vient de parler de cette loterie de 1658 (t. 111, p. 63}. Du r«ste, la dissertation de Sau\al est écrite avec si peu d*ordre et de netteté quMI est souvent difiicile de démêler au Juste à quelle loterie se rapportent les renseignements qu*il donne.

chose; et de/aU la plus petite s'avance vers ta table de la Loterie, dérobe deux rubys ' et se remet en la danse avec les autres.

Pour la PETITE BOÉMIENNE.

Je me dérobe de la danse Pour achever nostre dessein; Sans interrompre la cadence Les rubys sont dedans mon sein :

Jugez, par ce coup de maistresse, Si, pour voler les cœurs, je manquerois d^adresse.

Pour les BOÉMIEMNES.

Nous trompons les trompeurs, et, par nostre industrie, Nous tirons sans billets des rubys de grand prix : Chacun fait comme nous^ tout n'est que volerie ; Ceux qui volent le mieux sont les plus beaux esprits.

Sur la fin de la danse des Boémibnnes les deux Suisses entrent, qui prennent les Boémiennes et les mènent dans la loterie * pour les fouiller.

Pour les deux suisses.

Qui croiroit que cette jeunesse,

Fust si subtile larronesse?

Fouillons partout dans leurs habits :

11 y faut trouver les rubys.

Dépouillons jusqu'à la chemise:

Pour nous tout est de bonne prise.

Nous pourrions vous traiter avec plus de rigueur. Belles, puisque vos yeux nous ont volé le cœur.

■ Les bijoax et pierres précieuses composaient le fonds ordinaire des loteries; on le voit dans tons les récits da temps. Le gain de Loret dans la loterie de Miif La Barre consistait en un sapliir et une améthiste ( Mum hiitoriq., 28 avr. 1658).

> On voit que le mot se prenait aussi pour désigner l*endroit où Ton tirait la loterie.

GOKTEMP. DE MOUÈRB. — U. 31

Un PAGE q\ài vient à la loterie pour avoir un billet.

Pour le PAGE, aux Dames.

Je viens risquer fortune avec deux écus blancs; J*aurois plus de billets si j'avois davantage. Si je pouvois tirer le Lot de cent mil francs ' Je pourrois dire alors que je suis hors de page*. Belles, si mon bonheur attiroit ce hazart, II ne tiendroit qu*à vous d'en avoir vostre part.

Deux GALANS et leurs haistbbsses, qui font société pour tirer des billets à la Loterie,

Four la première dame.

Le lot du beau collier me donne de Tenvie : J'avoue , si je Tay, que j'en seray ravie ; Il n'en faut point douter^ sufQt que je le veux : La Fortune jamais ne résiste à mes vœux.

Pour f autre dame.

Tout me plaist dans la Loterie :

Cest le grand magazin de la galanterie. Perles et diamans, dentelles, tout m'y rit; •

. Surtout J'en veux au point d'esprit.

Pour le premier TtALANd.

Par l'amitié qui nous assemble Nous mettons en commun ce qui viendra du sort : J'attens un bel effet , étant ainsi d'accord

De mettre nos pièces ensemble.

I 11 s'agit 8808 doute du grand logis de trente six mille écus , le plus cousldé rable des vingt-trois qui formaient autant de lots.

* On connaît le sens de celte locution proverbiale, qui forme ici un jeu dtf mot» dans la bouche du pafse; être hors de page^ c'était être affranchi, émancipé. On appelait aussi à la cour, le hors de page^ la récompense donnée aux pa^es du roi qui sorlaient de service.

DE LA LOTERIR. 483

Pour Cautre galând.

Nous pourrions réussir beaucoup mieux que les autres^ Nous sommes tous portés pour nous joindre avec vou s : Faisons société, belles, et donnez-nous Chacune vostre pièce, ou vous chargez des nostres.

ENTllÉE VI.

Deux SUIVANTES des deux Dames de la précédente entrée.

Pour la première suivante.

Ma maistresse s'en va dedans la Loterie Hasarder le paquet avec son favory ; Je la suis, pour avoir un lot qui me marie : Cest un fort bon billet dont on fait un mary.

Pour l'autre SUIVA^TE.

Je crains pour mon argent : mon cœur en est saisy ;

Nous en aurons bien courte joye.

Il me semble déjà que chacun nous envoyé

A la rue deBéthisy.

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